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et surtout les subalternes qu'ils supposaient avoir l'oreille du maître. Ainsi on craignait beaucoup M. Conti, chef du cabinet deJ'Empereur, parce que les devoirs de sa charge lui permettaient de pénétrer à chaque instant dans les appartements privés du souverain, et qu'il lui était loisible d'introduire auprès de celui-ci tel personnage dont l'influence pouvait nuire.
Je ne sais si M. de La Valette alla réellement voir l'Empereur; j'en doute. Je crois qu'il ne vit que l'Impératrice ; car à quelques jours de là, il me dit qu'il l'avait trouvée comme toujours fort aimable, ce qui l'avait complètement rassuré. Cependant certains faits me donnèrent lieu de penser que le ministère avait organisé une sorte de plan de défense. Les journaux annoncèrent le départ précipité du prince Napoléon pour Prangins. M. de Persigny fut blâmé pour avoir donné de la publicité à sa lettre à M. Emile OUivier, et il envoya humblement de Chamarande une dépêche où il exprimait ses regrets de cette publicité qui avait eu lieu, disait-il, contrairement à ses intentions. Mais la grosse pièce d'artillerie qui fut démasquée, ce fut la lettre de l'Empereur à M. le baron de Mackau.
M. le baron de Mackau était alors un député fort obscur, que rien n'avait recommandé jusque-là à l'attention publique. On fut fort étonné de voir l'Empereur le choisir, dans des circonstances aussi graves, pour le confident de ses plus secrètes pensées. Dans cette lettre, Napoléon III semblait donner raison à ceux qui renvoyaient les réformes à l'époque éloignée où se serait produit l'apaisement des esprits. Le Peuple français qui avait eu la primeur de cette pièce avait omis la date ; mais à son contexte, il était facile le voir
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qu elle remontait à trois semaines au moins. Comme il était impossible qu'elle eût été publiée sans autorisation, on en concluait qu'il y avait là un indice que les partisans du statu quo l'emportaient.
Tous les commentaires auxquels donna, lieu la publication de la lettre à M. de Mackau seraient tombés immédiatement, si on avait su que l'épître impériale était arrivée aux mains du directeur du Peuple fraiieais par suite d'une indiscrétion. C'était j\f. Conti qui avait fait cette communication à M. Clément Davernois, et celui-ci n'avait pu résister au désir de profiter de l'occasion pour récolter des lecteurs à son journal. L'Empereur fut, dit-on, très mécontent de cette publicité donnée à une lettre où il avait cru mettre plus de politesse que de politique.
Il y eut aussi des tentatives pour enlever à M. Schneider le fauteuil de la présidence du Corps législatif. M. Schneider, fidèle aux traditions de M. de Morny et de M. Walewski, poursuivait l'accroissement des prérogatives de la Chambre; il était l'allié naturel des députés libéraux. A cause de cela, il était suspect. On craignait en outre qu'il se montrât trop doux et trop parlementaire en présence de M. Bancel et de M. Gambotta. On croyait qu'il était nécessaire qu'il y eiit un présidents poigne. U. J. David était désigné comme riiomme le plus propre à tenir tête aux irréconciliables. L'entreprise échoua. L'ancien bureau fut maintenu, avec M. Schneider à sa tète. M. J. David resta simple vice-président; mais, comme fiche de consolation, on lui donna la plaque de grand officier de la Légion d'Honneur.
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C'était, à le bien prendre, un échec pour M. Rouher. Mais, dans le camp des libéraux, on n'en jugea pas ainsi. La plaque de grand-officier donnée à M. J. David parut une approbation de la politique qu'il était censé représenter. M, de Girardin, qui avait des relations fort intimes avec la famille de M. Schneider, se rendit l'interprète de ces sentiments, dans un entrefilet retentissant, qui eut pour résultat d'éveiller les susceptibilités du président du Corps législatif. M. Schneider écrivit à l'Empereur « qu'il » considérait comme un devoir de ne pas affaiblir en » ses mains l'autorité morale si nécessaire au pré- » sident d'un grand corps » et que la nomination de M. David lui paraissait avoir ce résultat. Il terminait en donnant sa démission.
L'Empereur, dans sa réponse à AL Schneider, descendit jusqu'aux plus humbles explications. Il protesta du reste contre l'interprétation que le président de la Chambre avait paru craindre : « Je ne » saurais, dit-il, admettre que cette nomination ait, » dans l'opinion publique, la signification que vous » paraissez redouter. La politique de mon gouverw nement se montre assez clairement pour éviter » toute équivoque. Après comme avant les élections, )) il continuera l'œuvre qu'il a entreprise : la conci- )) liation d'un pouvoir fort avec des institutions sin- » cèrement libérales. »
Cette correspondance entre le souverain et le président d'un des grands corps de l'Etat produisit une impression pénible. On voulut bien admettre les protestations de l'Empereur; maison apercevait, comme dans un miroir, les hésitations auxquelles il était en
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proie et les tiraillements que lui faisait subir son entourage.
« La diversité des vœux, des oppositions de toutes » couleurs, voilà le danger de la situation, me disait » M. de Parieu, vice-président du conseil d'Etat, » quelques jours avant l'ouverture de la petite ses- » sion. On a si mal manœuvré qu'on a mis touj; le » monde contre soi. Tous les partis sont mécontents, » les bonapartistes peut-être plus que les républicains » et les socialistes ; tous les intérêts sont hostiles, les » conservateurs bien plus encore que les niveleurs. » Aussi se fait-il de singulières alliances. On se » divise sur le but, mais on se rencontre sur le moyen, » et ce moyen, c'est le retour au gouvernement du » pays par le pays, c'est-à-dire la fin de l'Empire de » 1852. Les bonapartistes arrivent eux-mêmes à cette » conclusion : « Puisque l'Empereur, disent-ils, ne » sait plus ou ne veut plus gouverner, qu'il laisse » faire la majorité; elle sauvera la dynastie. » Raison- » nement faux; car la dynastie, c'est le plébiscite de » 1852, et si, après des élections aussi orageuses, on » est forcé de faire un appel au peuple pour modifier » ce plébiscite dans ses bases principales, qui sait ce » que deviendra la dynastie? »
C'était là des conclusions poussées à l'extrême; mais elles étaient le reflet des préoccupations des hommes qui touchaient de près au gouvernement. Eu présence de ces indécisions et de ces incertitudes, on ne pouvait s'empêcher de répéter un mot récent de M. Guizot : u Le gouvernement n'a rien à craindre de » la riiinorité ; il a tout à redouter de la sénilité. »
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Mot cruel, en ce qu'il faisait reposer l'avenir de l'Empire sur la force cérébrale de l'Empereur.
Les députés, arrivés de leurs départements, commençaient à se grouper et à prendre position. La gauche se trouvait fortifiée de quelques personnalités brillantes ; il j avait là des éléments jeunes et ardents avec lesquels il faudrait compter, les Bancel, les J. Ferry, les Gambetta. Le groupe qui paraissait devoir être le plus compact était le centre gauche; il avait absorbé l'ancien Tiers-Parti ; il s'était assimilé un certain nombre de membres appartenant à la précédente majorité ; les élections lui avaient apporté de nouveaux renforts; mais, ce qui était important pour lui, c'est qu'il avait l'appui secret de M. Thiers, et que celui-ci paraissait disposé à lui obtenir, dans les grandes occasions, le concours de ses amis. Quant k la Droite, elle n'avait plus, pour ainsi dire, qu'une existence nominale; laissée sans direction par le gouvernement, elle attendait qu'on voulût bien lui indiquer la voie à suivre et lui désigner ceux qu'elle devait adopter pour ses chefs.
Jusqu'à la veille de l'ouverture de la petite session, il n'y avait eu que des pourparlers très sommaires entre certains hommes appartenant au centre gauche. Mais il leur avait suffi de quelques entrevues pour se mettre d'accord sur le programme des revendications à réclamer. Quant à la ligne de conduite à suivre, elle était subordonnée à l'attitude que prendrait le ministère. S'il se prononçait pour des réformes nettement définies, on en prendrait acte et on le mettrait en demeure de les réaliser à bref délai; s'il restait dans le vague et s'il renvoyait les réformes à une date éloi-