‹ Histoire de douze ansChapitre 58 sur 67 · I.'l.NTERPEI.r.ATION DES !l(i H'iili · texte numérisé non relu

I.'l.NTERPEI.r.ATION DES !l(i H'iili

Cette pièce fut pour moi une révélation; elle me présentait l'ex-ministre sous un jour tout nouveau; j'y reconnus tout de suite l'ami de M. de Morny, Tancien parlementaire. Pour l'honneur du marquis, ses héritiers devraient livrer son mémoire à la publicité. Je ne puis ici en donner qu'une analyse incomplète.

M. de La Valette posait en thèse générale que les réformes introduites dans les rapports entre l'Empereur et la Chambre avaient dépassé les bases de la Constitution; qu'il ne«restait rien ou presque rien du plébiscite de ISoi, qu'on marchait à grands pas vers la restauration du régime parlementaire, et que, puisqu'il en était ainsi, mieux valait y aller avec netteté et franchise que de s'y laisser traîner à travers les ambiguités de toutes sortes. La Constitution de 18o2 formait un tout complet, dont tout^^s les parties concordaient entre elles. On y a fait tant de brèches que ce n'est plus qu'un édifice à moitié ruiné et qui ne se soutient plus que par des moyens factices. 11 faut en ramasser les morceaux épars et en faire une construction nouvelle. Que l'Empereur rédige un nouveau plébiscite; qu'il le soumette à l'acceptation du peuple, et le nouveau pacte contracté avec la nation assurera la stabilité et la durée de la dynastie. »

Le marquis me raconta qu'il avait lu lui-même son mémoire à l'Empereur, afin d'être bien sûr qu'il ne serait pas mis au panier. Après cette lecture, Napoléon III le lui avait pris des mains, mais il n'avait jamais pu savoir ce que l'Empereur en pensait.

Cette communication me rendit tout pensif. Je venais de m'expliquer pourquoi M. de La Valett® s'était trouvé si souvent en dissidence avec M. Rouher ;

;î9i HISTOIIiK 1)1-: 1>()1 ZK \NS

j'avais compris (''gaiement comment il se faisait que certains journaux, placés sous l'influcnco du marquis, avaient demandé qu'on allât jusqu'au bout et qu'on admît la responsabilité ministérielle.

Le mémoire de l'ancien ministre de l'Intérieur avait paru faire upe profonde impression sur M, Censier. Il considérait que les mesures qui étaient })roposées n'.waient rien perdu de lonr oj)portunité et qu'à ce miiment eiK?ore, c'était, suivant une expression qui décidément Ini était familière, « une partie à jouer. » Seulement il a])portait dans son approbation des idées qui faisaient sourire Je marquis ; il se figurait que le plébiscite nouveau pouvait avoir un caractère réactionnaire. A})rès les élections qui venaient d'avoir lieu et l'imposante manifestation des 116, il n'y avait pourtant pas à s'y tromper ; il était évident qu'on ne pouvait pas rétrogader.

Dans toute cette conversation, je vis chez M. de La Valette une préoccupation constante, celle de savoir quel siérait le personnel gouvernemental, qui remplacerait le ministèr»' mort-né du 18 juillet. M. Censier lui dit qu'on parlait de sa rentrée aux affaires ; il s'en défendit, mais faiblement, et comme un homme qni ne serait pas fâché qu'on le fourrât dans quelque combinaison. En lisant le mémoire qu'il avait communiqué à l'Empereur, il s'interrompait, à chaque instant, pour dire : « Et voilà l'homme qu'on » proclame réactionnaire 1 »

Rien ne peint plus fidèlement létat des esprits, dans les hautes régions gouvernementales, que ces aveux d'un homme d'État qui avait, dans les dernières années, exercé une grande influence et qui

1, 'interpellation des iKï 393

avait pris , une part dirt^ctu aux principaux événements de son temps.

L'interpellation des 116 avait contribué à mettre à nu une situation ; mais elle avait posé un problème qui n'avait reçu qu'une solution incomplète. Un pas restait à faire, et ce pas, c était celui que M. de La Valette indiquait à la fin de 1867 dans son mémoire à l'Empereur. Ce- pas ne sera franchi qu au 8 mai

Page 1