‹ Histoire de douze ansChapitre 60 sur 67 · LE MINISTÈRE UU 2 JANVIER ISTO · texte numérisé non relu

LE MINISTÈRE UU 2 JANVIER ISTO

en même temps très décidé à réprimer toutes les tentatives de désordre.

On accusait M. de La Valette, revenu de Londres depuis quelques jours, de s'être fait l'âme de la combinaison Roulier. M. de La Valette, malgré toutes les protestations contraires, n'avait quitté le pouvoir qu'à contre-cœur. Il était, comme M. de Morny, un parlementaire déguisé en autoritaire, et il regrettait, au moment où le régime constitutionnel reprenait faveur et lui permettait de déployer ses qualités d'homme d'État, d'être relégué dans une ambassade, brillante sans doute, mais où il n'y avait absolument rien à faire, l'Angleterre s'étant, depuis de longues années, complètement désintéressée des questions continentales.

Quoi qu'il en soit, le Public lança tout à coup dans la circulation, sous le titre de Papiers perdus, un programme de réformes. Le journal prétendait que c'était des notes au crayon trouvées dans un wagon de chemin de fer et il posait mystérieusement cette question : De quel portefeuille sont tombées ces notes ? Le procédé était enfantin ; tout le monde savait que le rédacteur en chef du Public, M. Dréolle, était en rapport constant avec M. Rouher. On voulait évidemment faire croire que M. Rouher était l'auteur de ce programme où des réformes puériles étaient accolées à des projets d'un radicalisme exagéré. Mais la mèche fut éventée tout de suite, et le pétard allumé par M. Dréolle fit long feu.

En même temps qu'on publiait ce pseudo-manifeste, on convoquait les membres de la majorité à la bibliothèque du Corps législatif. Il s'agissait de constituer

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un groupe assez puissant pour appuyor la formation d'un ministère do Droite. La convocation était faite, au nom do M. Mathieu, député de la Corrèze. Depuis six ans qu'il était à la Chambre, malgré l'appui ostensible que lui prêtait M. Rouhor, M. Mathieu n'avait pu réussir à s'y faire une situation. On lui reconnaissait de l'esprit et du savoir, mais on lui déniait les qualités qui constituent l'homme politique. On trouvait qu'il avait trop d'esprit d'intrigue et pas assez d'idées pour devenir un chef do parti; il était resté, malgré d'honorables efforts, un homme de coterie. Comme il était facile de k( prévoir, la réunion qu'il avait provoquée échoua complètement. Quinze membres au plus avaient répondu à l'appel, et, après une heure de discussion, on s'était séparé sans rien conclure.

Les amis de M. Rouher n'avaient donc pas réussi à faire }trendro leur combinaison au sérieux. Ils attribuaient leur déconvenue à M. Schneider qui se plaisait, disaient-ils, à détruire dans l'esprit del'Emporeur ce qui restait de l'ancienne influence de l'ex-ministre d'État, et ils avaient résolu de prendre une revanche éclatante, en empêchant M. Schneider d'être nommé président de la Chambre. Il s'agissait de trouver un nom assez retentissant pour rallier la majorité et la détacher du député du Creuzot. Je reçus un matin la visite d'un de mes anciens collègues qui m'apprit qu'on songeait à faire de M. Ollivier un candidat à la présidence et qui venait me prier de le tâter sur cette éventualité. M. de La Valette m'avait parlé à diverses reprises, de l'utilité qu'il y aurait à opérer un rapprochement entre M. Rouher et M. Ollivier. Dans ces derniers

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temps, il avait insisté davantage et il croyait le moment favorable. Je ne partageais par la confiance du marquis sur l'issue d'une démarche faite en ce sens, Aussi, avant de m'adresser à M. Ollivier, j'allai voir un de nos amis communs, qui était fort au courant de ses projets et de ses tendances. Aux premiers mots, je vis to"t de suite que je faisais fausse route : la proposition était bien tentante; être nommé par la Chambre, ce n'était pas la même chose qu'être nommé par le gouvernement, mais M. Ollivier avait un bien autre rôle à remplir que de diriger les débats du Corps législatif. Je me le lins pour dit, et je n'allai pas plus avant. Bien m'en prit, car, j'appris plus tard que M. Ollivier était le plus chaud partisan de la réélection de M. Schneider à la Présidence,

C'est au commencement du mois d'octobre que remontent les premiers pourparlers pour la formation d'un cabinet dans lequel M. Ollivier occuperait la première place. Afin de faciliter la transition, on avait nommé M. Ollivier président du conseil général du Var, et en cette qualité, il avait reçu l'Impératrice se rendant en Corse pour le centenaire de Napoléon P'', Dans une excursion à Vittel, dans les Vosges, il avait prononcé un discours dans lequel il indiquait nettement quelle serait à l'avenir sa ligne de conduite ; il y avait fait l'éloge de M. Buffet, ce qui prouvait qu'il chercherait surtout son point d'appui dans le centre gauche. On a publié, dans le recueil des Pièces saisies aux Tuileries, un certain nombre de lettres échangées entre M. Duvernois et M. Ollivier qui indiquent dans quel sens les pourparlers étaient engagés. Dès sa première lettre, M. Ollivier explique à quelles conditions

il peut accepter le pouvoir. Il repousse toute uuioii avec M. Rouher dans un même ministère : « Ce serait, » dit-il un désastre pour tous les deux. » Il ne veut pas davantage d'une annexion au ministère Forcade : « Il semblerait, observe-t-il, que je trahis mes amis » et que j'adhère à l'origine extra-parlementaire du » ministère. » Puis il ajoute : « Si l'Empereur croit » devoir m'employer, qu'il le fasse en tirant de moi » le plus de profit possible ; qu'il me charge par une » note au Moniteur de former un ministère. Voilà qui )> frappera les esprits et sera efficace. Il faudrait que -> je fusse autorisé à dissoudre la Chambre, si elle ne » me suivait pas. »

M. Ollivier ne paraissait pas du reste aussi pressé que les officieux qui s'entremettaient auprès de lui pour arriver à une solution : « Le mieux, disait-il dans une » lettre du 5 octobre, serait de laisser le ministère » tel qu'il est jusqu'à la réunion de la Chambre; je » lui viendrai en aide contre les irréconciliables; les '< groupes et les partis s'organiseront ; en ce qui me » concerne, je serai amené à rompre avec la partie » pointue du Tiers-Parti, ce qui me donnera plus de • liberté dans mes allures. Alors naturellement une )■> multitude de combinaisons s'offriront, et je me prê- » terai très volontiers à faciliter celle qui aura le » plus de chances. »

Dans ces passages de sa correspondance, M. Ollivier a tracé nettement le plan de conduite que nous allons lui voir suivre. Les pourparlers continuèrent ; mais, comme on l'a dit plus tard, il s'agissait bien moins en ce moment de constituer un ministère que de se livrer à mie étude approfondie de la question minis-

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