LE MINISTÈKE DU 2 .1 AN VI EU IN
térielle. Toutes ces allées et venues qui eurent lieu pendant les mois d'octobre et de novembre et auxquelles M. OUivier prit une part très active, n'eurent pas d'autre objectif. L'Empereur paraissait buté à une idée qui était de tout point inacceptable ; il voulait, suivant une expression très juste, amener M, OUivier* aux anciens ministres, au lieu de prendre des anciens ministres dans un ministère que celui-ci serait chargé de former. « Ce serait, disait M, Ollivier, une preuve » de faiblesse ou de basse ambition. » De son côté, M. Ollivier insistait sur la nécessité de n'entrer au pouvoir qu'après l'ouverture des Chambres, et, par conséquent, après la formation d'une majorité.
Toutes les lettres qui remplissent le neuvième fascicule des Papiers et correspondance de la famille impériale sont instructives, en ce qu'elles montrent à quelles misérables questions de persomies se ramènent les grands événements qui marquent dans la vie d'un peuple. Un moment M. Ollivier fut sur le point de céder et de devancer l'heure qu'il s'était fixée à luimême. Il se rendit bientôt compte qu'il était en présence d'hésitations dont les événements seuls pouvaient avoir raison. Les négociations furent suspendues.
Il j avait du reste entre M. Ollivier et M. Cl. Duvernois un malentendu qui n'avait fait que s'élargir. M. Cl. Duvernois écrivait à l'Empereur à la date du 14 novembre : « L'heure n'est pas loin où Votre Ma- » jesté va recueillir lefruit deson admirable patience... » L'avènement d'mi nouveau cabinet^, l'affirmation » nette de la politique de résistance par un homme » qu'on ne pourra pas accuser de vouloir la réaction,
» feront bien vite le reste. » Ce n'était point de cette façon que M. Ollivier entendait les choses; il ne voulait être à aucun degré un ministre do combat. Il s'en était expliqué très catégoriquement: « Plus que jamais, » écrivait-il le 10 novembre, je considère comme im- )) possible que j'entre dans une voie de répression à » l'égard de la presse. Moi, libéral, je poursuivrais, » alors que les réactionnaires n'ont pas poursuivi ! B Cela me coulerait du coup et pour toujours! »
Sur d'autres questions tout aussi délicates, l'Empereur et M. Ollivier étaient loin de s'entendre. Ainsi Napoléon III avait paru froissé de la demande, formulée par M. Ollivier, d'une lettre insérée au Journal officiel et le chargeant de constituer un cabinet. Napoléon III éprouvait la plus grande difficulté à se plier aux exigences du nouveau régime et cela lui avait paru un abandon de ses prérogatives, plus que cela, un acte de défiance. M. Duvernois eut beaucoup de peine à faire revenir l'Empereur sur sa première impression : 'i La note du Moniteur, dit-il, n'était pas du tout dans .. la pensée d'OUivier une précaution contre l'Empe- )) reur ou un moyen d'amoindrir le rôle de Votre Ma- » jesté, Ollivier est comme moi sur ce point de l'école » de M. Guizot. Il n'admet pas du tout que TEmpe- « reur doive avoir un rôle effacé, ni que le trône soit » un fauteuil vide. » Il n'était pas sûr qu'Ollivier entendît les choses de cette façon; dans tous les cas, ce n'était point ainsi que les interprétaient les hommes politiques qui aspiraient à devenir ses collaborateurs; ils comptaient bien transformer le gouvernement impérial en simple monarchie constitutionnelle.
Il était évident que l'Empereur, après avoir souscrit