‹ Histoire de douze ansChapitre 7 sur 67 · I.tLECTlON DES CINQ · texte numérisé non relu

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le serment. Sur ce terrain, il n'y avait pas de conciliation possible, et la séparation devint tout de suite très tranchée entre ceux que M. Havin appelait les sermentistes et lés )wn-se)'mentistes.

Dans le but, disait-il, de montrer son désintéressement, mais en réalité pour ne pas s'exposer à une lutte inégale contre le général Cavaignac, M. Havin renonça à toute candidature. La liste du Siècle et de la Presse se composa de noms empruntés à la liste du comité et de noms nouveaux. Pour la 3"^ circonscription, personne n'avait été désigné. Quelqu'un mit en avant le nom de M. Emile OUivier. On fit différentes objections, mais cette candidature fut soutenue avec chaleur par un jeune avocat qui avait assisté à plusieurs de nos pourparlers, et qui s'était rangé du premier coup parmi les plus acharnés sermentistes; c'était M. Ernest Picard. M. Nefftzer appuya ce choix de son côté, et le nom de M. Emile Ollivier fut inscrit sur la liste. M. Ernest Picard et moi nous fûmes chargés d'aller voir M. Emile Ollivier et d'obtenir son adhésion. Nous ne le trouvâmes pas chez lui, rue Saint- Guillaume; ce fut sur l'escalier de son médecin, rue Saint- Arnaud, que nous le mîmes en demeure d'accepter ou de refuser la candidature qui lui était offerte. Ses hésitations ne furent pas bien longues ; au bout de cinq minutes, nous emportâmes son consentement.

M. Picard était de longue date l'ami de M. Ollivier. Quoi qu'il ne fût pas le promoteur de sa candidature, il mit le plus grand zèle à la faire triompher. Un moment même, il espéra la faire admettre par le terrible comité. Des scrupules étaient venus à M. 01-

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approbation implicite du serment. A la date du 29 juin, au plus fort de la mêlée , Proudhon m'écrit :

^ ((29 juin 1857.

« Mon cher Darimo.x,

)) En 1848, j'exprimais l'innovation; vous exprimez aujourd'hui la transition. J'ai rencontré l'antagonisme, soulevé la protestation et la colère ; vous recueillez la méfiance, le dénigrement, la jalousie. Il y a progrès, en mieux, ou, si vous voulez, en moins mal.

V Pourquoi vous tourmenter de ces misères ? L'humanité ne marche pas encore dans la liberté ; elle suit ses intérêts. Aussi sa déraison est. plus logique que ne le serait son rationalisme.

» Ce qui doit arriver arrive. Vous êtes, malgré les anciens, le candidat de l'opposition, vous resterez candidat, à moins que vous ne fassiez quelque sottise. Ne dites rien, ne parlez pas; attendez votre élection en patience, et ne vous étonnez pas si, après l'élection, les mauvais propos redoublent. Cela doit être et cela sera.

» Quant à vous, devenu le signe de l'opposition démocratique, agissez selon les inclinations de cette opposition, non en esclave qui cherche son mot d'ordre, mais en esprit libre qui le devine et s'y soumet.

» C'est ainsi que vous dominerez les autres et vous ferez respecter.

» J'userai de vos renseignements en bon ami, croyez-le, mais je suis peu ému en ce moment de ce qui vous vexe. Fata volunt. Ou vou^, ou personne. C'est dans la logique de la situation.

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» Voulez-vous donc faire tomber les cancans ? Ne vous écartez jamais de cette règle : Un représentant doit se placer toujours au point de vue de son parti, dire sa pensée, donner son avis, et si cet avis ne prévaut pas, suivre le sentiment commun.

■» A ce sacrifice de votre jugement personnel, on reconnaîtra en vous l'homme probe et loyal.

» Bonjour et espoir.

» P. J. Proudhon. »

Le sentiment commun, dans le parti, c'était le refus du serment. Pour qui savait lire entre les lignes, Proudhon aurait voulu, si j'étais nommé, que je suivisse l'exemple de MM. Carnot etGoudchaux. Ainsi, à quelques semaines de distance, le grand publiciste avait émis les avis les plus contradictoires. Evidemment, il ne pouvait plus être pour moi un guide. Je pris la résolution de me soumettre non au parti, mais aux électeurs, ce que je considérais comme le plus probe et le plus loyal.

La 1^ circonscription, dans laquelle j'étais porté comme candidat, se composait des quartiers de l'Observatoire, Saint-Marcel, la Sorbonne, Saint- Jacques, Jardin des Plantes, Ile Saint-Louis, les Arcis, l'Hôtel-de-Ville, l'Arsenal. Elle s'étendait sur les deux rives de la Seine et comprenait des populations qui n'avaient ni les mêmes idées ni les mêmes intérêts.

Le candidat du gouvernement était M. Lanquetin^ gros négociant en vins, membre du conseil municipal, et député sortant. Les non-sermentistes m'opposaient M. Bastide, ancien ministre des affaires étrangères en 1848, un des hommes les plus honnêtes du parti repu-

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blicain. Sur ses affiches, M. Bastide prit le titre de candidat de l'opposition démocratique ; ^e mécontentai de celui de candidat de Voppositinn.

La lutte fut vive entre le Siècle et VEstafette, qui était l'organo des partisans de la liste àes non-sermentistes: mais, comme il y avait plus de dépit que de colère, elle ne dépassa pas les bornes des convenances. Il n'en fut pas de même du coté de l'administration où 1 on essaya de toutes les armes, même de la calomnie pour avoir raison de M. Ollivier et de moi.

L'attitude que tous les deux nous avions prise inquiétait très fort le gouvernement. M. Ollivier avait rédigé une profession de foi d'une modération extrême. Je m'étais renfermé dans un silence complet, laissant à mes opinions bien connues le soin de plaider ma cause. M. Nefftzer mena du reste la campagne électorale avec une prudence et une habileté consommées : aux anciens, comme les appelait Proudhon, il disait qu'il fallait des hommes nouveaux; à la presse officieuse, il déclarait qu'il s'agissait de constituer non point une opposition systématique, mais ce qu'au-de là du détroit, on appelait l'opposition de l'Empereur.

On retrouve des traces des préoccupations gouvernementales dans la circulaire adressée aux préfets le 19 juin 1857 par M. Billault, ministre de l'intérieur.

tt La plupart, y était-il dit, des candidats que l'on » a fait surgir, professaient autrefois les idées répu- » blicaines ou socialistes, et certes aucun d'eux ne » déclarerait aujourd'hui qu'il les a répudiées. Que » veulent-ils donc ? Présenter de nouveau la question » de la République au suffrage universel, que la France » a trois fois solennellement condamnée? Cela n'est

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» pas sérieux. Prêter serment à l'Empire, et, se sou- » mettant à la Constitution, remplir loyalement le » mandat de député? Personne ne le croira. Dès lors, » que reste-t-il ? Essayer de semer le trouble et l'agita- » tion, d'embarrasser Faction de l'Empereur. »

C'était là un singulier procédé de polémique ; rien ni dans nos paroles ni dans nos démarches ne laissait suspecter nos intentions ; nous nous gardâmes de protester, cette malencontreuse circulaire ne pouvant avoir d'autre effet que de nous ramener l'opinion.

Le scrutin s'ouvrit les 21 et 22 juin.

Comme aucun des candidats n'avait obtenu la majorité, il y avait lieu à un scrutin de ballottage, qui fut renvoyé aux 5 et 6 juillet.

Dans l'intervalle, les journaux officieux redoublèrent de violence. Je ne fus pas mieux traité par VEstafette. Quant au comité non-sermentiste, il ne me ménagea pas les marques de malveillance; au premier tour de scrutin, il m'avait impitoyablement écarté de sa liste ; au second tour, il me fit une autre vilenie ; tandis que M. Gârnier-Pagès se retirait devant M. Ollivier, qui avait obtenu la majorité relative, on discuta fort sérieusement si M. Bastide ne devait pas maintenir sa candidature en face de la mienne; cela était tellement contraire à tous les usages reçus, qu'on dut renoncer à ce beau projet \ seulement il fut décidé que M. Bastide garderait le silence et ne ferait pas connaître son désistement.

J'éprouvai, de ce procédé, un grand chagrin ; un instant, il me vint à l'esprit de me retirer et de laisser le champ libre aux intolérants ; ce fut pour me détourner de cette résolution que Proudhon

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blicain. Sur ses affiches, M. Bastide prit le titre de candidat de l'opposition démocratique ; je mécontentai de celui de candidat de Vopposition.

La lutte fut vive entre le Siècle et VEstafette, qui était l'organe des partisans de la liste àes non-sermentistes; mais, comme il y avait plus de dépit que de colère, elle ne dépassa pas les bornes des convenances. Il n'en fut pas de même du côté de l'administration où l'on essaya de toutes les armes, même de la calomnie pour avoir raison de M. OUivier et de moi.

L'attitude que tous les deux nous avions prise inquiétait très fort le gouvernement. M. Ollivier avait rédigé une profession de foi d'une modération extrême, Je m'étais renfermé dans un silence complet, laissant à mes opinions bien connues le soin de plaider ma cause. M. Nefftzer mena du reste la campagne électorale avec une prudence et une habileté consommées : aux anciens, comme les appelait Proudhon, il disait qu'il fallait des hommes nouveaux; à la presse officieuse, il déclarait qu'il s'agissait de constituer non point une opposition systématique, mais ce qu'au-de là du détroit, on appelait l'opposition de l'Empereur.

On retrouve des traces des préoccupations gouvernementales dans la circulaire adressée aux préfets le 19 juin 1857 par M. Billault, ministre de l'intérieur.

« La plupart, y était-il dit, des candidats que l'on » a fait surgir, professaient autrefois les idées répu- » blicaines ou socialistes, et certes aucun d'eux ne » déclarerait aujourd'hui qu'il les a répudiées. Que » veulent-ils donc? Présenter de nouveau la question » de la République au suffrage universel, que la France » a trois fois solennellement condamnée? Cela n'est

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