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» pas sérieux. Prêter serment à l'Empire, et, se sou- » mettant à la Constitution, remplir loyalement le » mandat de député? Personne ne le croira. Dès lors, » que reste-t-il? Essayer de semer le trouble et l'agita- » tion, d'embarrasser l'action de l'Empereur. »
C'était là un singulier procédé de polémique ; rien ni dans nos paroles ni dans nos démarches ne laissait suspecter nos intentions ; nous nous gardâmes de protester, cette malencontreuse circulaire ne pouvant avoir d'autre effet que de nous ramener l'opinion.
Le scrutin s'ouvrit les 21 et 22 juin.
Comme aucun des candidats n'avait obtenu la majorité, il y avait lieu à un scrutin de ballottage, qui fut renvoyé aux 5 et 6 juillet.
Dans l'intervalle, les journaux officieux redoublèrent de violence. Je ne fus pas mieux traité par VEstafette. Quant au comité non-sermentiste, il ne me ménagea pas les marques de malveillance; au premier tour de scrutin, il m'avait impitoyablement écarté de sa liste ; au second tour, il me fit une autre vilenie ; tandis que M. Gârnier-Pagès se retirait devant M. Ollivier, qui avait obtenu la majorité relative, on discuta fort sérieusement si M. Bastide ne devait pas maintenir sa candidature en face de la mienne; cela était tellement contraire à tous les usages reçus, qu'on dut renoncer à ce. beau projet 5 seulement il fut décidé que M. Bastide garderait le silence et ne ferait pas connaître son désistement.
J'éprouvai, de ce procédé, un grand chagrin ; un instant, il me vint à l'esprit de me retirer et de laisser le champ libre aux intolérants ; ce fut pour me détourner de cette résolution que Proudhon
HISTOiKE DE DOUZE ANS
m'écrivit la lettre que j'ai citée plus haut. Je me résignai donc, et bien m'en prit, car, au bout de quelques jours, toutes les dissidences disparurent devant le désir du succès. Les partisans de M. Bastide semirent d'eux-mêmes à ma disposition. Aussi au ballottage, je l'emportai sur M. Lanquetin. Il était temps que la lutte cessât ; j'étais à bout de force et de patience.
M. OUivier a raconté dans son livre: Le 19 janvier, qu'au lendemain de son élection, il avait pris tout de suite la résolution de prêter le serment. J'avais pris de mon côté la même résolution. Je ne comprenais pas, en effet, qu'après nous être séparés dans l'élection des anciens du parti démocratique, et cela de la façon la plus éclatante, nous nous unissions à eux dans un acte de protestation révolutionnaire contre l'Empire. A nous conduire ainsi, nous nous exposions à être traités comme des politiques sans cervelle, et à être accusés d'avoir trompé nos électeurs.
Ce n'était pas, en effet, une lutte puérile de personnalités qui avait eu lieu le 21 juin et le 6 juillet ; c'était bien véritablement un changement d'attitude dans la masse électorale. Les électeurs de Paris voulaient évidemment en finir avec l'agitation stérile et confier le mandat de député à des hommes disposés, non à renverser le gouvernement, mais à le pousser en avant. Cela résultait non seulement du langage tenu dans les petites réunions préparatoires, auxquelles nous avions été invités à assister, mais encore des mises en demeure qui nous furent adressées au lendemain de l'élection.
Je reçus à ce sujet une masse de lettres qui ne permettaient aucune échappatoire. Les ouvriers surtout
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se montraient les plus ardents à nous conseiller de prêter le serment : « Si les députés démocrates ne prêtaient pas le serment, m'écrivait l'un d'eux, les masses à qui on a recommandé de ne point s'abstenir dans les élections diraient: — Autant s'abstenir, puisque nos candidats n'acceptent pas. Et alors il s'ensuivrait une indifférence générale à la vie publique. » Refuser' le serment, c'était donc décourager les électeurs et rejeter les masses dans l'abstention.
Après la lutte électorale, les candidats nommés ne s'étaient point revus. J'avais repris mes travaux à la Presse, M, Ollivier était parti pour l'Italie. Quant à MM. Cavaignac, Carnot et Goudchaux, je n'avais ni à les voir ni à les consulter, puisque leurs sentiments m'étaient connus. Nous n'eûmes donc point d'occasion de mettre en discussion la ligne de conduite à "suivre. M. Ollivier et moi, nous nous décidâmes chacun de notre côté, et sans prendre l'avis de personne.
M. Ollivier a donné publiquement les motifs de sa résolution. Je ne suivrai pas son exemple. Les faits que je viens d'exposer suffisent pour rendre compte de la ligne de conduite que j'ai cru devoir adopter.
Pour rester fidèle à la Constitution qui voulait, qu'en cas de dissolution du Corps législatif, un nouveau Corps législatif fût réuni dans un délai de six mois, le gouvernement convoqua les députés pour le 28 novembre 1857, à l'effet de procéder à la vérification des pouvoirs. Il y eut, à la veille de l'ouverture de cette session, une réunion chez M. Carnot, où ni M. Ollivier ni moi nous ne fûmes appelés. Il s'agissait en apparence de discuter l'éternelle question du serment, en réalité d'empêcher M. Hénon, qui avait été nommé
à Lyon, de venir se joindre à nous; il était d'autant plus important pour ces messieurs d'avoir M. Hénon de leur côté, qu'en 1852, élu député par le département du Rhône, M. Hénon, comme MM. Cavaignac et Goudchaux, s'était associé à leur refus de serment. M. Hénon ne céda point aux obsessions dont il fut l'objet; en arrivant à la Chambre, nous le trouvâmes assis sur un banc, tout au haut de l'extrême gauche, où, d'office, des places nous avaient été réservées. A la réunion Carnet avait été également convoqué M. Curé, député de Bordeaux. M. Curé, ancien maire de Bordeaux en 1848, avait été à la vérité élu par l'opposition; mais comme on ne lui avait imposé aucune condition, et qu'il était conservateur par tempérament, il reconnut dès le premier jour, qu'il s'était fourvoyé en venant s'asseoir à nos côtés. Nous entretînmes avec lui de bonnes relations; mais ce futtout : il ne vota jamais qu'accidentellement avec nous.
En ouvrant la première séance, M. de Morny prononça un discours dans lequel je relève le passage suivant: « Restez fidèles aux principes qui ont diiigé » la précédente Législature; nenous laisons pas écarter » de cette politique qui avait pour programme que la » véritable indépendance nest ni dans une approbation » aveugle ni dans une opposition constq,nte... » Plus tard, en 1863, M. Ollivier a dit dans sa profession de foi : « Admirer toujours est servile; blâmer quand même » est injuste ; je ne veux ni l'approbation systématique, » ni l'opposition systématique. » C'est mieux dit, mais c'est la même idée.
On procéda à l'appel nominal, et chaque député dut prêter le serment exigé par la Constitution. M. Olli-