‹ Histoire de douze ans (1857-1860): notes et souvenirsChapitre 13 sur 39 · LES RÉFORMES DE M. FOLLD · texte numérisé non relu

LES RÉFORMES DE M. FOLLD

tribuait une influence dans les réformes dont M. Fould s'était porté le promoteur. On parlait même d'une lettre qui aurait été écrite par M. Thiers à M. Walewski et qai aurait déterminé l'adoption de nouvelles mesures financières. La presse étrangère et même quelques journaux de Paris avaient colporté ces bruits et leur avaient donné une certaine consistance. Le Moniteur crut devoir les démentir.

M. Thiers s'émut de son côté ; une lettre de M. Prévost-Paradol, écrite sous son inspiration, déclara qu'il n'était pour rien dans les réformes du 14 novembre. M. Thiers n'y était pour rien, ext effet; il les critiquait, au contraire, très vivement ; il les trouvait, au fond, moins considérables qu'elles n'en avaient l'air. Il refusait son approbation à la suppression des crédits supplémentaires et extraordinaires ; il était indispensable, suivant lui, pour un gouvernement, d'avoir la faculté de faire face aux dépenses imprévues. L'extension donnée atf droit de virement était, à son sens, en contradiction avec le retour à la spécialité. Quant à l'exposé de M. Fould sur la situation financière^ M. Thiers y voyait bien plus un aveu qu'une révélation.

Dans le monde officiel, la publication du Mémoire de M. F*ould causa un vif sentiment de surprise et de mécontentement. On trouvait que c'était là une de ces pièces qu'on devait tenir sous clé et ne jamais faire apparaître au grand jour. En lui faisant les honneurs du Moniteur universel^ on avait donné un caractère authentique aux faits qu'elle exposait. C'avait été, disait-on, le point de départ des suppositions les plus fausses sur la situation de nos finances.

Les partis hostiles avaient, en effet, pris texte des aveux de M. Fould pour caractériser le rôle qu'il était appelé à jouer ; ils lui avaient donné le nom de Sm^ die de r Empire. Le. mot était joli et il répondait à une préoccupation qu'avait fait naître dans les esprits le chiffre de la Dette flottante. On ne se doutait pas qu'elle s'élevât à plus d'un milliard. Bien que le fait eût été dénoncé lors de la discussion de l'Adresse, il avait en quelque sorte passé inaperçu. Les gens de finances seuls en avaient pris note; le gros du public n'y avait pas pris garde. Signalé par M. Fould comme un des dangers de la situation et comme étant la conséquence de l'abus des crédits extra-budgétaires, ce milliard avait pris dans l'imagination de tous des proportions gigantesques. On se demandait comment le nouveau ministre s'y prendrait pour éteindre cette énorme dette ; aux yeux de la petite bourgeoisie, qui n'entend rien aux combinaisons financières, elle mettait le gouvernement dans la situation d'un failli. Aussi la qualification de Syndic de V Empire, appliquée à M. Fould, avait-elle fait fortune. S'il ne procédait pas à la liquidation de la Dette flottante, il s'exposait à tromper l'espoir de tous ceux qui avaient applaudi à son avènement.

Le 16 novembre, on donnait au Vaudeville la première représentation de Nos Intimes, de Victorien Sardou. On s'y entretenait beaucoup de M. Fould, de son Mémoire et de ses réformes. Je rencontrai dans un couloir notre président, M. de Morny. « Il faut, » me dit-il, applaudir aux actes du 14 novembre, » parce qu'ils augmentent les prérogatives du Corps » législatif; maië j'attends avec impatience le budget

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