LES RÉFORMES DE M. FOILD
M. Forcade la Roquette vint prendre la défense non seulement de son administration financière, mais encore de celle de ses prédécesseurs. On eut donc sous les yeux cet étrange spectacle d*un ministre venant présenter sa justification dans le moment même où il repoussait» avec tout le Sénat, la doctrine de la responsabilité ministérielle.
Le sénatus-consulte fut voté à l'unanimité moins une voix^ celle du cardinal Mathieu. A cause de la date de sa promulgation, il prit le nom de Sénatmconsulte du 31 décembre 1861.
On avait beaucoup reproché à M. Fould d'avoir présenté la situation sous un jour trop sombre. On ne niait pas l'existence des difficultés qu'il signalait ; mais on trouvait qu'il aurait dû mettre en regard l'immensité des ressources nationales. Il ne suffisait pas de jeter un cri d'alarme en dénonçant une Dette fiottante d'un milliard ; il aurait fallu indiquer le moyen qu'on comptait employer sinon pour la faire disparaître, au moins pour la ramener dans des limites acceptables. Au fond, disait-on, M. Fould n'avait réussi qu'à fournir aux ennemis de l'Empire des armes pour le combattre.
Ces critiques étaient venues aux oreilles de l'Empereur. Aussi crut-il devoir y répondre dans le discours qu'il prononça le 2 février 1862- à l'ouverture de la session. On vit en cette circonstance un souverain, s'appropriant les idées de son ministre, venir expliquer au pays comme quoi la Dette flottante n'était point arrivée à un chiffre exagéré et comment il était possible d'atténuer le montant des découverts. On peut juger de l'infiuence qu'exerçait M. Fould sur
l'esprit de Napoléon III, puisqu'il avait obtenu nonseulement que l'Empereur prit la défense de son plan financier, mais encore qu'il recommandât au Corps législatif son projet de conversion, l'une des mesures les plus sujettes à contestation qui soit sortie du cerveau d'un ministre des finances.*
Le système de M. Fould ne pouvait marcher qu'à la condition de renfermer l'imprévu dans les limites les plus étroites. Mais il ne dépend pas d'un ministre, si puissant qu'il soit, de supprimer l'imprévu. Or, au moment où M. Fould faisait prévaloir ses réformes, l'imprévu faisait sa rentrée dans la politique française sous la forme d'un incident dont personne alors ne pouvait soupçonner la. portée : le 21 novembre 4864, le Moniteur publiait un décret portant promulgation de la convention conclue le 24 octobre précédent entre la France, l'Espagne et la Grande- Bretagne pour une expédition contre la Mexique.
Au mois de mars 4863, devant les exigences de la guerre du Mexique, on avait dû mettre de côté les règles établies par le sénatus-consulte du 34 décembre 4864. M. Magne, ministre de la parole, en fit l'aveu dans des termes qui atteignaient directement M. Fould : « Les ministres, dit-^il, ayant agi seuls de leur propre » mouvement, sans l'avis du ministre des finances, sans » le contrôle du. Conseil d'État, sans la publicité d'un » décret, on se trouve avoir perdu à la fois et les » garanties qu'offrent les virements et celles qui s'at- ») tachaient aux crédits supplémentaires. »
C'était avouer que les réformes du 44 novembre avaient échoué. M. Magne fut sévèrement puni de sa franchise. Un décret du 30 mars lui enleva le minis-
LES HÉFOUMES DK M. KOlI.l) li')\
tère de la parole et l'envoya au Conseil privé. Afin qu'il n'y eût aucun doute sur les motifs de sa disgrâce, une lettre de l'Empereur qui accompagnait le décret disait « qu'un incident avait fait ressortir les diver- » gences existant entre M. Fould et le ministre démis- » sionnaire sur les questions de finances. »
C'était la fin d'une lutte sourde qui durait depuis plusieurs années.