HISÏOIIIE DE DOUZE ANS
six ans, tenir en haleine le pouvoir, déconcerté parle ton calme et mesuré avec lequel étaient revendiquées les libertés publiques.
En 1863, le courant libéral imprimé par les Cinq a produit son effet naturel. Les populations, mieux instruites sur la portée de leurs droits, délivrées de la peur que leur causait un pouvoir sans contrôle, habituées à voir discuter les actes du gouvernement par' les orateurs de l'opposition, se reprennent du désir d'avoir une part directe au mouvement politique. Les hommes résolus à lutter contre l'action gouvernementale sont encore en petit nombre, les candidats hésitent; mais l'abstention a perdu un immense terrain. L'opposition rentre en lice avec une certaine assurance, et le gouvernement, sentant qu'il joue une partie décisive, use de toutes les armes que la centralisation met entre ses mains pour triompher d'adversaires devenus plus audacieux.
Les élections dans les départements, où des candidats de l'opposition s'étaient présentés, ont donné lieu à des incidents qui ont varié suivant les localités et suivant le plus ou moins d'énergie des préfets et sous-préfets, chargés de combattre les candidatures anti-gouvernementales. C'est dans les élections de Paris que prédomine l'élément politique ; c'est là véritablement qu'est le foyer de la lutte, et si l'on veut découvrir quel est l'esprit qui a présidé au mouvement électoral de 1863, c'est le résultat des élections de Paris qui peut seul en donner la clé.
L'opposition, avant d'aboutir à ce résultat qui fut véritablement foudroyant, eut à déjouer bien des intrigues, à écarter bien des hostilités mesquines et
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à combattre bien des tactiques maladroites. Elle dut son succès d'abord à la résolution qu'avaient prise les Cinq de rester unis en face des électeurs, comme ils l'avaient été pendant six années en face du pouvoir, et puis à la valeur politique des candidats qu'ils s'étaient adjoints et qu'ils présentaient au choix des masses électorales.
Dans le récit qui va suivre, je tâcherai d'oublier les attaques injustes dont j'ai été l'objet pour ne me souvenir que des dévouements que j'ai rencontrés. Il faudra cependant que je mette ma personnalité en jeu, puisqu'un moment, elle est devenue en quelque sorte le pivot de toute la campagne électorale. Mais je parlerai de moi le moins possible, pour laisser la place aux grands principes qui étaient en lutte. Quant aux combinaisons louches, auxquelles mon nom a servi de prétexte, il y a longtemps que j'ai pardonné à ceux qui les ont essayées.
La période électorale avait précédée de beaucoup la convocation légale des électeurs. Le décret qui appelait les citoyens dans les comices ne devait être publié que le 9 mai, et, dès les premiers jours de janvier, il s'était formé sur plusieurs points de Paris dee comités, ayant pour but, en apparence, d'aider les électeurs à se faire inscrire sur les listes, mais, en réalité, se proposant d'exercer une action sur le choix des candidats.
Je fus invité le 12 janvier 1863 à assister à la réunion d'un de ces comités, qui avait sûn siège rue Saint-André-des-Arts, chez M. Emmanuel Durand, une jeune recrue de la presse libérale, mort depuis sans avoir pu donner la mesure de son talent. Ce fut
dans ce modeste logement d'étudiant que je fis, pour la première fois, la rencontre de M. Gambetta. Quoique pauvre et inconnu, il exerçait déjà sur un certain nombre d'amis de son âge une puissante influence. A côté de lui, se trouvait M. Isambert, qui ne le quittait pas plus que son ombre, et qui paraissait être déjà un disciple fidèle et convaincu. Ces jeunes gens étaient loin de se montrer les irréœnciUables qu'ils sont devenus depuis. M. Gambetta, en particulier, approuvait fort la politique que les Cinq avaient suivie; il était d'avis qu'il n'y avait rien à faire en dehors de l'opposition légale et constitutionnelle, et il engageait ses camarades à se placer sur ce terrain, le seul qui, suivant lui, ofi'rait une base solide.
L'appui de ces débutants dans la vie politique n'était point à dédaigner. On dirigeait, contre quelquesuns d'entre nous', des attaques, dans le but de nous diviser et de nous rendre suspects les uns aux autres. Il était bon que nous eussions des défenseurs dans cette jeunesse ardente, qui marchait à la conquête de la liberté, sans préoccupation du passé et l'œil uniquement fixé sur l'avenir.
• C'était particulièrement à M. OUivier et à moi que s'adressaient les critiques et les reproches. D'abord répandues sourdement, ces attaques prirent bientôt un caractère qui ne nous laissait aucun doute sur les intentions hostiles de ceux qui les formulaient ou qui s'en faisaient les échos.
On accusait M. Ollivier de se montrer trop crédule sur les intentions libérales du gouvernement. On prétendait que dans ses discours, il prenait plus de soin de marquer les pas en avant faits par TEmpire que