LES ÉLECTIONS DE PARIS EN 1863 {M
de signaler ses fautes et ses actes arbitraires. «Ce » n'est pas pour donner des satisfecit au gouvernement » qu'on Ta envoyé à la Chambre », disaient les mécontents. Le discours que M. OUivier avait prononcé à propos du décret du 24 novembre, considéré naguère comme intempestif et maladroit, était de nouveau Tobjet des commentaires les plus malveillants. On allait jusqu'à faire un crime au jeune député de Paris des sympathies qu'il rencontrait sur les bancs du Corps législatif et de l'estime que M. de Morny professait hautement pour son talent d'orateur.
Les attaques qu'on dirigeait contre moi étaient empruntées à un autre ordre d'idées. On prétendait que j'étais l'allié du Palais-Royal et que j'allais prendre le mot d'ordre chez le prince Napoléon. Cette accusation était absurde ; il suffisait d'examiner mes discours et mes votes pour s'assurer que j'avais constamment marché d'accord avec mes collègues de l'opposition et que ma conduite n'avait été à aucun moment entachée de complaisance. Quelques-uns de mes amis s'émurent, et je dus, pour les rassurer, leur fournir des explications.
En fait, mes relations avec le prince Napoléon étaient bien antérieures à mon élection comme député au Corps législatif. Elles n'impliquaient aucune alliance politique, par cette raison bien simple que le prince n'affichait à ce moment aucune ligne de conduite bien tranchée. Les questions extérieures l'absorbaient complètement,, et, sur ce point, si une discussion s'était engagée entre nous, nous nous serions trouvés bien certainement en dissidence. Là où il y aurait eu un accord possible, c'était sur les questions
économiques et sociales, où le prince apportait une grande largeur d'esprit et pour la solution desquelles il faisait comme nous appel àlaliborté. Mais là même,il prenait des idées un peu de toutes mains^ s'inspirant de M. Michel Chevalier et de M. Le Play et repoussant les doctrines du socialisme libéral ; un disciple de Proudhon ne pouvait accorder son adhésion à cette sorte d'éclectisme semi-saint-simonien. *
J'avais trouvé le prince Napoléon toujours disposé à venir en aide aux condamnés politiques et aux victimes du coup d'Etat, et je n'avais usé des bons sentiments qu'il me témoignait que pour tirer mes amis de la prison ou de TexiL C'est ainsi que, par son entremise, j'avais obtenu le retour à Paris, puis la mise en liberté de M. Victor Pilhes, de M. Àmédée Langlois et de M. Louis Vauthier, condamnés par la Haute Cour de Versailles pour l'échaufiFourée du 13 juin ;un autre condamné de la même catégorie, M. André Pasquet, fut mis en liberté par la même influence, A la suite de l'amnistie du 15 août 4859, le prince, sollicité par moi, avait fait tous ses efforts pour y faire comprendre Proudhon qu'une absurde condamnation pour outrage aux mœurs plaçait, ainsi que M. Ledru- RoUin, dans une situation exceptionnelle ; c'est à mes démarches que Proudhon dut de voir sa peine effacée par un décret spécial et de pouvoir rentrer en France, «à la veille même des élections de 1863.
Un de mes amis politiques, qui était mon collaborateur à la Presse, et qui a occupé, depuis le 4 Septembre, de hautes situations dans le gouvernement de la République, M. Jules Ferry, se montra moins facile que les autres. Il arriva un moment où nos rapports,
LES ÉKECTIOMS DE PARIS EN i>m Itv)
tournant à Taigre, étaient menacés do se terminer par une rupture. Je trouvais qu*il était indigne de moi de me disculper de relations qui étaient publiques et que personne ^jusque-là n'avait songé à me reprocher. Je ne consentis à m'expliquer que lorsqu'il eut iavoqué notre amitié. Il m'écrivit une lettre qu'il m'autorisa à montrer et qui fit taire pour un temps les mauvaises langues. J'en cite les principaux passages :
« Votre lettre est noble et m'a vivement touché. » C'est pénétré des sentiments qu'elle confirme en » moi qu'avant de clore cet incident, je veux protes- » ter à mon tour contre les dispositions d'esprit où » vous avez pu me croire. Je n'ai jamais conçu le » moindre doute sur le point en question... Ce que la » mauvaise foi vous reproche n'est pas seulement » inoffensif, mais par la tenue qjie vous y avez gardé » particulièrement honorable. Je n'en ai jamais jugé » autrement. J'ai trop grande horreur de la malveil- » lance et du dénigrement démocratiques pour accep- » ter les points de vue bas et mesquins en honneur » dans un certain monde, et je suis trop naturelle- » ment porté vers l'équité pour que l'ensemble de vos » actes si fermes et si limpides , ait laissé ppindre » dans mon esprit le besoin d'une réfutation quel- » conque. »
M. Ollivier et moi, nous avions tort de nous émouvoir si fort de ces attaques. Elles ne dépassaient pas les limites étrpites de cercles politiques excessivement restreints. Elles ne pénétraient point dans les masses électorales ; si l'on avait essayé de les y répandre, elles n'auraient rencontré que de l'indifférence. On