‹ Histoire de douze ans (1857-1860): notes et souvenirsChapitre 19 sur 39 · HISTOIRE DE DOUZE J^S · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE DOUZE J^S

aurait difficilement entamé le prestige des Cinq, qu'on avait vus constamment sur la brèche et qui étaient déjà, suivant une heureuse expression de M. Jules Ferry, « entrés dans l'histoire ». Mais nous eûmes connaissance vers la fin de février d'un projet formé de longue date et à notre insu, qui, s'il n'avait pas été déjoué à temps, aurait certainement, bien plus que les calomnies, compromis le résultat des élections de Paris.

Les insermentistes ne nous avaient jamais pardonné leur défaite de 4857; mais ce dont ils nous voulaient le plus, c'était d'avoir créé un mouvement d'opinion dont nous étions devenus le centre et d'avoir amené au 24 novembre le gouvernement impérial à faire un pas vers la liberté. A présent que le succès avait couronné nos efforts et que notre politique avait produit des fruits, ils voulaient rentrer dans la lice, non pour nous aider à poursuivre notre tâche, mais pour confisquer à leur profit les résultats obtenus.

Le plan auquel ces messieurs s'étaient arrêtés était vraiment diabolique. Le décret du 29 décembre 1862 qui avait fixé les nouvelles circonscriptions delà Seine, avait fait subir aux anciennes de profondes modifications. Par suite de ces remaniements, le département de la Seine, qui, jusque-là, avait nommé dix députés, n'en comptait plus que neuf. On prétendait qu'à. cause dé cela, les députés sortants de Paris n'avaient pas le droit de réclamer comme leur appartenant des circonscriptions que les changements apportés par l'administration avaient transformées et rendues méconnaissables. On en conclut qu'une nouvelle répartition des candidatures devait être opérée,

LES ÉLECTIONS DE PARIS EN 1^03 Ki^

et qu'elle ne pouvait être que l'œuvre d'un comité investi de ce rôle par la confiance des électeurs.

Cette idée n'était pas venue toute seule aux insère rmntistes. Elle leur avait été soufflée p^r M. Havin qui, dans un but tout personnel, voulait se rendre le maître des élections de Paris. M. Havin appelait à son secours- ceux-là même dont il avait été l'adversaire en 1857. n avait inventé une combinaison qu'il croyait très fine, mais qui péchait par la base ; c'était de former un comité où l'élément abstentionniste dominait pour présider au choix des candidatures. Quand on a recours aux moyens louches, il est tout naturel de prendre pour auxiliaires des esprits mesquins. Pour, triompher de l'ascendant des Cinq, ce n'était pas de trop que de s'appuyer sur les envies et sur les rancunes.

L'affaire avait été menée fort secrètement, mais j'en avais eu vent dès le mois de février 1863. Je fis part de ce que je savais à M. de Girardin. M. de Girardin avait eu d'abord l'intention de se désintéresser des élections de 1863. Il n'aimait pas à se mêler à ces luttes où les questions de personnes prennent trop souvent la place des idées. Mais il vit tout de suite qu'il s'agissait bien moins de nous que de l'avenir de cette opposition légale et constitutionnelle dont il s'était porté le promoteur en 1857. Aussi se résolii(t-il à nous accorder son puissant appui. Il m'écrivait à la date du 6 mars :

« J'étais instruit de tout ce que vous m'écrivez. Il » y a plusieurs mois que je sais que MM. Havin et }> Guéroult se sonf entendus pour se porter à Paris, et

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» TuQ par l'autre, à votre exclusion, et même à celle » de M. Emile Oilivier.

» Les motifs allégués ne sont que de faux prétextes.

» Nous avons à nous concerter pour examiner ce » que la Presse devra faire pour déjouer la manœu- » vre et pour la leur faire abandonner.... Il y a tout » un programme à débattre. Je suis d'avis de conver- » tir l'objection en moyen et de marquer un pas de w plus en avant dans la voie que l'opposition a ou- » verte en acceptant l'élection et la candidature.

» Tout à vous,

)> Emile de Girârdin« »

11 était en effet temps d'aviser. En quelques jours, les conjurés avaient rallié à eux toutes les hostilités que les Cinq avaient soulevées^ et on commençait à mettre en avant une répartition des circonscritions qui les privait du droit de rendre compte de leur mandat aux électeurs qui les avaient envoyés à la Chambre. Dans cette combinaison, M» Havin se présentait dans la 5' circonscription qui était celle de M. Ernest Picard ; on dpnnait à M. Ernest Picard la 7* circon* scription qui était la mienne, et on me réservait la 1*^* circonscription où j'étais complètement inconnu et où je ne comptais pas un seul de mes électeurs de 48S7* Les prétentions du comité qui patronnait cet arrangement étaient insoutenables. On ne comprend pas que M. Carnot, qui avait ouvert ses salons aux membres qui en faisaient partie, eût pu un instant se faire illusion sur la réussite d'une aussi misérable manœuvre. Les remaniements qu'avaient subis les circonscriptions n'étaient pas tels qu'on ne pût facilement

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