‹ Histoire de douze ans (1857-1860): notes et souvenirsChapitre 22 sur 39 · MM. EMILE OLLIVIER, ERNEST PICARD, JULES FAVRE ALFRED DARIMON, UÉNON · texte numérisé non relu

MM. EMILE OLLIVIER, ERNEST PICARD, JULES FAVRE ALFRED DARIMON, UÉNON

COiMPTE^RENDU DE LEURS TRAVAUX

LES ÉLECTIONS DE PAKIS LN l^AiU IKi

Au moment OÙ je corrigeais les épreuves de ce manifeste, jer reçus une invitation de me rendre à une réunion d'électeurs, rue de la Glacière, chez un des jardiniers qui abondent dans ce quartier. L'endroit choisi était charmant ; c'était une immense serre, où les plantes robustes aux parfums pénétrants des régions tropicales se mariaient aux plantes délicates aux parfums plus doux de nos climats. Il y avait là des personnes appartenant à toutes les classes. J'avais emporté une épreuve de notre compte-rendu; j'en donnai lecture à la réunion. L'effet produit fut magique. Au fur et à mesure que j'avançais dans ma lecture, les approbations allaient en croissant et s'exprimaient sous toutes les formes. Arrivé au paragraphe final, j'élevai la voix, bien que mes auditeurs gardassent le plus profond silence. M. Ollivier avait répandu sur ce paragraphe un voile de mélancolie, qui donnait à notre circulaire un véritable caractère de dignité et de grandeur :

« Si vous nous jugez encore dignes de votre con- » fiance, nous serons fiers d'être de nouveau vos élus. » Si vous pensez que d'autres conviendraient mieux » aux luttes qui se préparent, préférez-les. Nous » vous demandons alors, quand nous seront rentrés » dans la vie privée, de ne pas oublier complètement >' les cinq députés, qui n'ont pas désespéré, quand » tous les hommes politiques désespéraient et se te- » naient à Técart; nous vous demandons de garder » un souvenir sympathique à ceux qui n'ont pas voulu » que l'histoire pût dire un jour qu'à une époque » quelconque, la France libérale s'était abandonnée à » elle-même. »

l8t rilStOlKE DE DOUZE aNs

A peine avais-je prononcé cette dernière phrase que les applaudissements éclatèrent; toutes les mains se tendirent vers les miennes : « Vivent les Cinq! ils » nous les faut. C'est un devoir pour tous de voter » pour eux ! » Ces cris s'entrecroisaient sans que je pusse parvenir à placer une parole. A la fin, un peu de silence se fit, et j'en profitai pour dire que j'étais prêt à fournir des explications... On ne me laissa pas achever. — u Des explications ! s'écriait-on de » tous les côtés , sur quoi ? Les voilà, les explications ! » Elles sont complètes ! Nous ne voulons pas entendre » un mot de plus ! » .

Je me retirai en proie à une profonde émotion. Je venais d'être récompensé de tous les déboires que j'avais eu à supporter pendant les trois derniers mois et d'être vengé de toutes les attaques dont j avais été l'objet. J'avais repris confiance en moi-même et je me promis de laisser désornaais passer sans les relever ces manœuvres de la dernière heure, que les oppositions impuissantes emploient aussi volontiers que les gouvernements faibles i

Après la publication du compte^rendu des Cinq, et surtout après l'accession de la candidature de M. Thiers, on s'habitua dans le public à ne plus dire la liste de l'opposition, mais simplement la liste. Les dissidents subirent une série de déconvenues qui pronostiquaient leur défaite.

La déroute commença par un manifeste qui portait les signatures de MM. Carnot, Garnier-Pagès, Henri Martin, Jules Simon et Marie, et qui mettait fin à une scission malheureuse. C'était un appel chaleureux en faveur de l'uniou.

Page 1