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bérales concédées par l'Empereur. Beaucoup de députés ne demandèrent pas mieux que de le. croire, et on sut gré à M. Walewski d'avoir ainsi rassuré les consciences trop scrupuleuses.
Mais les questions de personnes avaient pris une trop grande place depuis deux mois pour que la paix pût durer longtemps. La guerre recommença à propos d'une simple difficulté de procédure. Il s'agissait de savoir si, aux termes du décret qui réglementait le droit d'interpellation, les auteurs d'une demande d'interpellation pourraient la déposer en séance publique et en indiquer les motifs, ou bien s'ils devraient se contenter de l'envoyer directement et par écrit au Président. Le règlement était formel, et c'est dans le sens de la seconde alternative qu'il devait être interprété ; on avait voulu éviter que l'interpellation servît de prétexte à des développements qui rendraient inutile l'autorisation préalable des bureaux. Mais un certain nombre de députés étaient d'avis que la Chambre ne pouvait se prononcer en connaissance de cause, si on ne lui indiquait pas les raisons qui avaient dicté l'interpellation. Les signataires étant dans l'impossibilité de se transporter dans les neuf bureaux, il était nécessaire, suivant eux, qu'ils pussent accompagner l'interpellation d une sorte d'exposé des motifs.
La question fut discutée entre le Président et les secrétaires. Quelques-uns d'entre eux penchaient vers l'interprétation la plus large; mais en consultant les textes, nous les trouvâmes tellement clairs qu'il n'était pas possible de les éluder. Il fut décidé qu'on suivrait strictement le règlement.
Malheureusement pour lui, à la première demande
^ d'interpellation qui fut présentée, M. Walewski perdit littéralement la tête. M. Lanjuinais, qui voulait interpeller le gouvernement sur la suppression de l'Adresse déposa sa demande en séance publique, au lieu de la remettre au Président. M. Walewski donna de la procédure à suivre une interprétation tellement embrouillée, que M. Ernest Picard en prit texte immédiatement pour interpeller à son tour le gouvernement sur les ordres en vertu desquels le secret des lettres n'était plus respecté. Le règlement s'en allait à vau-l'eau; le Président essaya vainement de le repêcher ; il contribua à renfoncer davantage.
Cet incident fut le signal d'un grand déchaînement contre M. Walewski. On n'était pas bien loin de l'accuser de trahison. On racontait que, dans un conseil des ministres auquel il assistait, il avait été décidé que le règlement serait rigoureusement appliqué, et qu'aucune demande d'interpellation ne devait se produire en séance publique avant d'avoir été autorisée par les bureaux.
Dans le monde officiel, on déclai^ait que le règlement avait été violé, et on se mit à rechercher gravement les moyens d'effacer les traces du précédent qui venait d'être créé. On comptait pour cela sur la fermeté de la majorité. Mais la majorité, outre qu'elle ne comprenait rien à ces subtilités, ne se montrait pas disposée à se laisser conduire. On trouvait d'ailleurs que le Président ne pouvait agir autrement qu'il ne l'avait fait. De quelque façon qu'on s'y prît, les demandes d'interpellation ne pouvaient échapper à la publicité. Les signataires n'avaient-ils pas la ressource des journaux? Avec la procédure réglementaire, il
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arriverait que le public aurait connaissance des interpellations avant les députés. C'était inadmissible. Et puis, on entrevoyait le dessein des ultras d'enterrer les questions indiscrètes et de réduire le droit d'interpellation à ses plus étroites limites, et pourquoi ne pas le dire? à rien. Tout cela paraissait illogique et absurde. Le précédent resta acquis ; mais on commença à élever des doutes sur les capacités présidentielles de M. Walewski.
Quand Finterpellatioji Lanjuinais fut soumise à la discussion des bureaux, elle fut combattue très vivement par les ultras. Mais on put s'apercevoir que ceux-ci obéissaient à un mot d'ordre qui ne partait pas des régions officielles. Ainsi, c'est M. de Montjoyeux, un des amis de M. le marquis de La Valette, qui avait parlé dans son bureau en faveur de Tinterpellation et qui avait contribué à la faire admettre.
M. E. Ollivier nous apprend qu'à la veille de la discussion sur l'interpellation Lanjuinais, il soutint^ dans une réunion qui eut lieu chez M. de Janzé, que les signataires de l'amendement des 42 devaient voter l'ordre du jour pur et simple, « quoique, dit-il, le ». droit d'interpellation ne parût pas au plus grand » nombre un équivalent du droit d'Adresse. » Il eût été à désirer que tout le monde fût animé des mêmes sentiments de conciliation. Mais M. de Girardin s'était emparé du nom de M. E. Ollivier pour le mettre continuellement en opposition avec celui de M. Rouher. Les lois destinées à régir la presse et le droit de réunion n'avaient pas encore été élaborées par le conseil d'État que M. de Girardin opposait aux lois- Rouher ce qu'il appelait lois-Ollivier, De vives discus-
%ions s'engageaient dans la presse. Il y avait évidemment des hommes politiques intéressés à amener entre M. E. Ollivier et M. Rouher une rupture éclatante.
L'interpellation de M. Lanjuinais sur la suppression de l'Adresse eut lieu le 25 février. La discussion fut conduite de la façon la plus maladroite. On avait recommandé à M. Walewski d'appliquer complètement les dispositions du sénatus-consulte du 6 juillet 1866 et d'empêcher que la Constitution fût discutée. lUexécuta les instructions qu'il avait reçues avec une rigueur intempestive. M. Lanjuinais qui voulait prou- Ver que les modifications apportées au décret du 24 novembre 4860 n'étaient pas dans l'esprit de la Constitution, fut forcé d'interrompre sa démonstration. Après un discours de M. Jules Favre, parlant au nom de la gauche, on avait réclamé la clôture ; mais M. Emile Ollivier avait demandé la parole et M. Walewski tenait beaucoup à ce qu'il parlât. Il avait raison; car M. Emile Ollivier était, paraît-il, décidé à faire une déclaration favorable aux réformes du 49 janvier et à en finir une bonne fois avec la gauche. Mais pour obtenir la continuation de la discussion, il n'était pas nécessaire d'avoir recours à un subterfuge; il était visible en effet que, si on lui donnait de bonnes raisons, la majorité n'insisterait pas sur la clôture. La clôture fut mise aux voix, et sans consulter les secrétaires sur le résultat du vote, qui paraissait douteux, ?/[. Walewski décida que la discussion continuerait.
Les niembres du bureau furent, à leur sortie de la salle, robjet des interpellations les plus vives. Le
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garde des sceaux, M. Baroche, déclara que cette façon de procéder mettait le gouvernement dans rembarras. Les secrétaires, placés dans une situation fausse, parlaient de donîKîr leur démission. Mais le lendemain, à la suite d'une longue explication sur l'incident; le Président avoua qu'il avait eu tort en omettant de consulter le bureau. Devant cette déclaration, les secrétaires n'insistèrent pas.
La journée du 26 février 1867 a été le point aigu de la crise ouverte par le décret du 19 janvier. C'est de ce jour-là que date réellement la rivalité fâcheuse qui s'est établie entre M. E. Ollivier et M. Rouher. Jusque-là, ils avaient paru marcher d'accord, ne tenant aucun compte du tapage qui se faisait autour de leurs noms, et écartant toutes les tentatives de division qu'on voulait établir entre eux.
Au début de la séance, il était naturel que M. E. Ollivier prît le premier la parole, puisqu'il était inscrit. Mais M. Rouher réclama le bénéfice du privilège qui accorde la priorité à un ministre sur tout autre orateur. Il parla et longuement. Son discours fut un hommage éclatant rendu aux réformes du 19 janvier. Après ce discours, il ne restait à M. È. Ollivier que ralternative,ou de se taire, ou de prendre acte des déclarations de M. le ministre d'Etat. Il réclama la parole. Aussitôt des clameurs s'élevèrent des bancs de la majorité ; on demanda avec insistance la clôture. La manœuvre se laissait trop apercevoir. Aussi M< E. Ollivier n'eut aucune peine pour ramener la Chambre au sentiment de la justice. La clôture ne fut point prononcée, et la parole lui fut maintenue. Il n'en usa que pour donner en peu de mots une adhésion sans
réserve au discours de M. Rouher et pour inviter ses ses amis « à se réunir à ceux qui exprimeront leur » satisfaction et leur confiance en votant Tordre du » jour. »
M. Rouher avait évidemment pris pour lui le beaii rôle, et, bien qu'il eût usé pour l'obtenir d'une tactique un peu brutale, le beau rôle lui restait. M. Emile 01livier en paraissait légèrement amoindri. En réalité, il avait obéi, comme il lui est arrivé souvent, à sa nature prime-sautière. Mais le monde politique, qui ne juge le plus souvent les actes que sur les apparences, se montra impitoyable. M. Emile de Girardin donna le signal par son fameux article : Les réserves qui nont pas été faites, dans lequel, parodiant le mot du Journal des Débats à M. Guizot, il disait à son allié de la veille : « Vous pouvez avoir encore notre estime , mais » vous n'aurez plus, notre concours. »
Cet incident parlementaire eut un long retentissenient. Le lendemain 27 février^ avait lieu au Vaudeville, la première représentation des Brebis galeuses, de Théodore Barrière. On s'entretenait bien moins de la pièce dans les couloirs que de l'attitude prise par M. Emile OUivier. L'article de M. de Girardin servait de thème aux commentaires. On racontait que la veille, en sortant de la séance, le directeur de Isl Liberté avait dit : « Ou M. OUivier a un portefeuille dans sa » poche, ou il est devenu fou. » M. de Girardin était fort entouré et fort interrogé. En passant devant sa loge qui était ouverte, je l'entendis qui disait à M. Paul de Saint- Victor : « Je ne l'ai jeté si brutalement à la » mer que pour avoir occasion de le repêcher dans » deux ou trois mois. » r- • t
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Il n'attendit pas aussi longtemps ; car, dès le 28 féyrier,il prenait sa meilleure plume pour défendre contre les attaques des journaux officieux celui dont il s'était séparé la veille avec tant d'éclat. Mais la rupture n'en était pas moins définitive. M. E. de Girardin, déçu dans l'espoir, longtemps caressé, de voir arriver au pouvoir un homme représentant ses idées, s'était lancé dans une opposition violente contre l'Empire. La Liberté aitait été saisie, et l'éminent publiciste avait été s'asseoir sur lés bancs de la police correctionnelle. Celui qui se donnait le nom de Condamné du 6 mars pouvait, pour son compte, procéder à ce qu'il appelait Y Amputation. Il n'y avait plus d'entente possible entre lui et M. Emile OUivier.
Au reste, une réaction en faveur de ce dernier s'était produite au bout de quelques jours dans le sein de la Chambre. On disait que l'Empereur l'avait fait appeler pour le complimenter sur son attitude. Devant les députés qui faisaient partie de sa Maison, le souverain s'était exprimé en termes sévères sur l'hostilité qu'on paraissait témoigner au député de Paris. Il avait chargé M. de La Valette de blâmer fortement un article violent publié dans le Pays par M. Granier de Cassagnac. On avait eu vent de tout cela dans la Chambre. Aussi les sentiments des députés se mirent à Tunisson, et on- entendit M. Mathieu, un futur compétiteur, dire en pleine salle des conférences qu' « il >' était impolitique de repousser M. Emile Ollivier » puisqu'il venait à la majorité. » Le 10 mars, les bureaux nommèrent la commission chargée d'examiner le projet de loi ayant pour objet de décerner une récompense à Lamartine, et eu témoignage de
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bon vouloir, M. E. Ollivier fut choisi comme membre et rapporteur de la commission.
Pendant que le Corps législatif s'ëpui sait en débats stériles sur des rivalités personnelles, le gouvernement avait réussi à faire adopter un sénatus-consulte qui permettait au Sénat d'annuler ou de suspendre une loi votée par les députés du pays. C'était un moyen de contrebalancer Faction directe du Corps législatif. Le Sénat avait voté sans bien se rendre compte de Timportance de l'innovation. Les parlementaires y avaient vu un acheminement vers le système des deux Chambres et y avaient applaudi. M. Ernest Picard seul crut y apercevoir un amoindrissement de la Chambre issue du suffrage universel. Il demanda à interpeller le gouvernement; mais sa demande fut repoussée par les bureaux qui bien certainement n'en comprirent pas la portée.
La Chambre était du reste préoccupée de deux faits qui l'empêchaient de porter ailleurs son attention : le gouvernement venait de déposer sur le bureau les projets de loi concernant la presse et le droit de réunion; d'autre part, les bureaux avaient admis une interpellation de M. Thiers « sur les affaires extérieures. » On n'avait soumis aux bureaux cette interpellation que pour la forme; car, au lendemain du 19 janvier, le Moniteur avait publié la note suivante dont le texte avait été fourni par M. Emile Ollivier :
« Le gouvernement a le vif désir de soumettre à » l'appréciation des grands corps de TÉtat les motifs » qui ont déterminé sa conduite dans la politique exté- » rieure. La suppression des débats de l'Adresse ne » retardera pas ces explications, car le gouvernement
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» est décidé à accepter dès le début de la session les » demandes d'interpellation qui lui seront adressées » sur les affaires étrangères. »
Cette discussion sur les affaires extérieures fut un véritable tournoi oratoire; M. Thiers y prononça le fameux discours qui se terminait par ce trait venimeux : Prenez garde, il n'y a plus une seule faute à cornniettre. Cette fois, M. E. Ollivier trouva le .moyen de prendre sa revanche. Il répliqua à M. Thiers et remporta un triomphe complet. M. llouher eut beau le lendemain se surpasser lui-même ; il ne parvint pas à effacer l'impression produite par Torateur que les circonstances lui avaient donné pour rival. Le 14 mars, on ne parlait aux Tuileries où il y avait une grande réception que du discours de M. Thiers, et les critiques sanglantes dirigées contre la politique impériale dans les affaires de 1866 avaient allongé les visages. Le lendemain, à la soirée de la Présidence du Corps législatif, les mêmes personnes étaient rayonnantes. On déclarait qu'après le discours de M. E. Ollivier, il n'y avait plus rien adiré et que M. Rouher avait reçu « la monnaie de sa pièce ». On s'élevait contre les interruptions dont l'Extrême-Droite avait émaillé ce discours qu'on considérait comme un grand acte politique; on les trouvait d'autant plus maladroites qu'aux yeux des esprits inattentifs, elles pouvaient passer pour des adhésions aux allégations de M. Thiers. Les amis de l'homme d'État de la place Saint-Georges et les gens du Tiers-Parti se montraient consternés. On avait remarqué que M. Buffet, qui avait ponctué de Très bien le discours de M. Thiers, avait haussé les épaules à plusieurs reprises pendant le discours de
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M. OUivier. Le 16 mars, M. Clément Duvernois, s'inspi^a^t de ses rancunes, publiait un article très violent dans lequel il appelait M. E. Ollivier le nouveau membre de la majorité.
Le 18 mars, comme je prenais ma place au bureau, un de mes collègues, M. Mège *, qui était de service avec moi, médit : « Nous fondons un cercle, voulez- » vous en être ? — Je répondis : Quelle en sera la » .composition ? — On ne fera exclusion de personne, » me dit M. Mège; seulement on fera surtout appel » aux membres de la majorité; tous les membres du » bureau ont déjà donné leur adhésion. Vous ne pou- » vez, sans faire injure à la majorité qui vous amain- » tenu à votre poste de secrétaire, refuser votre » adhésion. — Eh bien, dis-je à M. Mège, inscrivez- » moi. Au lendemain du jour où l'Empereur donne les » libertés que j'ai si souvent réclamées, j'aurais en » eflfet mauvaise grâce à me séparer de mes collègues ; » j'aurais l'air de me réserver. J'ai toujours été très » net. Dites à vos amis qu'ils ne me trouveront jamais » parmi les partisans de l'équivoque. »
Il s'agissait de la réunion qui a acquis une certaine célébrité sous le nom de Cercle de la rue de V Arcade, Les députés qui devaient en faire partie avaient été convoqués pour le 22 mars, v J'appris qu'il y avait eu quelque difficulté pour la formation du Cercle. Les ministres ne voulaient pas en entendre parler, et le Préfet de police avait reçu pour instruction de refuser l'autorisation. Mais M. Jérôme David qui avait eu ridée de cette réunion, était parvenu à triompher de