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mot juste et pour réprimer les écarts de tribune. Ou il laissait faire et dire, ou il intervenait hors de propos, n s'était rendu lui-même compte de son insuffisance, et il se retirait spontanément pour n'être pas amené à le faire plus tard forcément.
Dans les circonstances où elle se produisait, la chute de M. Walewski fut considérée comme le premier pas fait dans la voie de la résistance aux réformes du 19 janvier. Un instant on eut Tespoir que le Président démissionnaire resterait député; déjà on formait le projet de constituer un groupe dont il deviendrait le chef. Mais le 3 avril, un décret élevait M. Walewski à la dignité de sénateur; c'était une renonciation à tout rôle politique.
On eut bientôt le mot de tous les efforts qui avaient abouti à la formation du Cercle de la rue de l'Arcade. On n'avait élevé péniblementcet échafaudage politique que pour faire arriver M. J. David soità la présidence, soit à la vice-présidence du Corps législatif. Les choses n'allèrent pas toutes seules. L'Empereur avait personnellement du goût pour M. J. David et l'Impératrice encore davantage. Mais on trouvait qu'il manquait de la souplesse nécesssaire pour remplir des fonctions aussi délicates. Le titre que lui donnaient les journaux de chef des Arcadiens lui constituait aux yeux de TEmpereur une situation qui le rendait en quelque sorte impossible. Le nommer, c'était encourager la réaction dans sa résistance. En l'élevant à la dignité de préi^ident de la Chambre, on semblait faire abandon des réformes du 19 janvier.
Il y eut à ce sujet de grandes hésitations. Un instant on put croire que M. J. David avait perdu toutes
ses chances. Le lendemain^ il paraissait les avoir regagnées. L'Empereur avait été frappé de cette considération que M. J. David avait été nommé trois fois secrétaire par la Chambre, et ce fait témoignait à ses yeux de l'estime dont il jouissait auprès de ses collègues. Mais ce motif ne suffit pas pour triompher des objections que soulevait la candidature de M. J. David. De guerre las, l'Empereur s'arrêta à une transaction : M. Schneider, vice-président, fut choisi pour remplacer M. Walewski; on nomma, à la place de M. Schneider, M. Gouin, un député que ses antécédents parlementaires mettaient à l'abri de tout soupçon rétrograde; M. J. David fut nommé troisième vice-président.
La nomination de M. J. David enleva au Cercle de la rue de l'Arcade toute son importance politique. Il n'y fit plus que de courtes et rares apparitions. On avait eu vent que le Cercle était vu d'un œil peu favorable par l'Empereur. Dans un article intitulé la Réaction, le journal VÉtendard, qui passait pour refléter la pensée impériale, avait donné à la majorité un avertissement auquel elle s'était montrée très sensible. Le Cercle devint peu à peu une sorte de rendez-vous pour les députés qui ne savaient où passer leurs soirées. On y jouait au billard, et on y faisait force parties de piquet; mais on y causait très peu politique. Il y eut encore quelques réunions où, sur des questions spéciales, on discuta de la conduite à suivre ; elles attirèrent peu de monde, et petit à petit se réduisirent à rien. Quand, quelques mois plus tard, une campagne fut ouverte par des journaux du Tiers-Parti contrôle Cercle de la rue de l'Arcade, on peut dire qu'ils s 'achar-
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naient sur un enuemi absent; le groupe des Arcadiens s'était dispersé.
Cela veut-il dire que les idées de résistance s'étaient évanouies? Elles étaient au contraire devenues plus fortes que jamais. A la commission de la loi sur le droit de réunion, on ne parlait rien moins que d'enterrer la loi. Les amendements à la loi de la presse se succédaient plus excentriques les uns que les autres : tous avaient pour but de revenir aux mesures restrictives. L'amendement de M. Mathieu eut un succès de fou-rire et est resté légendaire. Par contre, les députés de la gauche et du Tiers-Parti, devenus méfiants, se montraient pressants etmettaient à chaque instant les commissions en demeure d'achever leur travail et de déposer leurs rapports.
La majorité était fort embarrassée. Les journaux la menaçaient d'une dissolution, si elle se séparait avant d'avoir voté les deux lois libérales* On faisait courir le bruit qu'une intrigue s'ourdissait dans l'entourage de l'Empereur pour se débarrasser du même coup de la Chambre et du ministère. On devait dire à l'Empereur : <( Si la majorité était réellement dévouée, elle » n'aui^ait pas marchandé, comme elle le fait, le vote » delà loi. sur l'armée: elle, s'est fait tirer Toreille; » elle a exigé des modifications de toute sorte ; ce » n'est pas une majorité dévoué^ que celle qui fait » passer ses intérêts avant ceux du pays. » Pour avoir raison de M. Rouher, on se proposait de dire : « On n'a pas relevé l'Empire pour changer les » lois économiques qui ont fondé la prospérité de la » France ; on ne demandait ni traités de commerce » ni libertés commerciales ; le pays réclamait avant
)> tout d'être relevé de la déchéance qu'il avait subie » depuis 1815 ; la raison d'être de l'Empire, c'est de » rendre à la nation son prestige aux yeux de Tétran- » ger ; la politique de M. Rouher est essentiellenaent » anti-impérialiste ; on doit y renoncer au plus vite.»
C'était là des combinaisons ridicules. Mais elles révélaient tout ce qu'il y avait d'équivoque dans la situation. La majorité voyait bien qu'elle avait cessé d'être le point d'appui du gouvernement. Sans doute, les hommes qui lui étaient chers occupaient les ministères ; mais c'est la politique de la minorité qu'ils étaient forcés de suivre. « La majorité se sent empoi- » sonnée, » me disait M. de La Valette. Le mot était fort juste ; on avait fait avaler à la majorité les réformes du 19 janvier, et comme un homme empoisonné, elle faisait tous ses efiforts pour les vomir, sentant bien que si elle se les assimilait, elle^ était perdue et que l'heure de sa mort ne tarderait pas à sonner.
C'était toujours la loi sur le droit de réunion qui inspirait le plus de répugnance aux députés de la Droite. On parlait de faire une démarche collective auprès de l'Empereur pour le supplier de ne pas donner suite au projet. Mais au moment de se mettre en route pour les Tuileries, on hésitait, on sentait qu'une pareille démarche eût été le signal de la débâcle. Je trouve, dans mes carnets, à la date du 24 mai, la note curieuse que voici :
(c Je causais hier avec M. Paulmier, un des mem- » bres de la commission du droit de réunion. Il était de » fort mauvaise humeur : « Nous avons fait, disait- » il, tous nos efforts pour montrer au gouvernement » combien cette loi est dangereuse ; mais que voulez-
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» VOUS dire à un homme qui vejut absolument se jeter w par les fenêtres ? — M. Peyrusse, chargé de faire le » rapport, disait de son côté : « Je commencerai mon » rapport en déclarant que si nous acceptons la loi, » c'est par déférence pour la volonté de TEmpereur. » » Je ne crois pas que la résistance • aille jusqu'à un » vote de rejet ; mais l'irritation est grande. On en- » tend des propos comme celui-ci : « Si l'Empereur » ne sait plus gouverner, qu'il s'en aille. »
Par une étrange contradiction, cette Chambre, qui paraissait vouloir laisser protester les promesses du 19 janvier, ne souffrait pas que lés journaux lui reprochassent ses hésitations. Elle avait accueilli par (les murmures M. E. OUivier caractérisant la politique suivie par ces mots : le piétinement sur place. Deux articles publiés par la Presse et la Liberté avaient causé une telle émotion à la salle des conférences qu'on avait songé à réclamer des poursuites. La question avait été agitée en conseil des ministres. Mais la Chambre avait reculé devant l'idée d'être obligée de traduire des journalistes à sa barre. On s'était contenté de grogner dans les .couloirs ; Taffàire en était restée là.
Le moment était venu pour le gouvernement d'éclairer l'opinion sur ses véritables intentions autour desquelles on cherchait à épaissir les nuages. M. Rouher saisit la première occasion pour déclarer que le gouvernement désirait vivement que les lois politiques fussent discutées et pour protester contre les projets de dissolution qu'on lui attribuait. Afin de dissiper toutes les incertitudes, les rapporteurs des lois de la presse et du droit de réunion furent invités à déposer leurs
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rapports. Les commissions s'exécutèrent immédiatement. Le rapport sur la loi relative aux réunions publiques fut présenté le 12 juin ; le rapport sur la loi concernant l'imprimerie et la presse fut déposé trois jours après.
Mais quand il s'agit de placer ces lois à Tordre du jour, une nouvelle difficulté s'éleva. La session était très avancée, et il paraissait impossible que la discussion pût aboutir avant la réunion des conseils généraux ; on serait donc forcé de l'interrompre et d'ajourner la Chambre. Ne valait-il pas mieux dès lors renvoyer la discussion de lois politiques' à une session supplémentaire qui aurait lieu au mois de novembre ou d'octobre ? Un grand nombre de députés se montraient favorables à cette combinaison, et par des motifs tout oppoèés ; les uns espéraient qu'un incident quelconque ferait rentrer le gouvernement en lui-même et' que les lois seraient retirées ; les autres craignaient que le temps manquât pour, les soumettre à un examen sérieux et pour en faire disparaître les dispositions restrictives. Il n'y avait qu'un point qui faisait hésiter ces derniers, c'est que l'ajournement ne cachât une arrière-pensée de rétrogradation.
Il y avait foule le 48 juin à la réception du ministère de l'Intérieur. Aux députés qui l'interrogeaient, M. de La Valette faisait la même réponse : « Si la Cham- )) bre désire renvoyer à une session supplémentaire » le vote des lois politiques, elle en est la maîtresse ; » l'ordre du jour lui appartient. Mais le gouverne* » ment déclare qu'il est prêt dès à présent àsoutenir » la discussion. »
Il était évident que le gouvernement voulait laisser