‹ Histoire de douze ans (1857-1860): notes et souvenirsChapitre 7 sur 39 · LES DÉCRETS DU 24 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

LES DÉCRETS DU 24 NOVEMBRE

C'est à partir de l'expédition d'Italie que les idées parlementaires ont repris faveur en France. Jusque-là l'opposition s'était bornée à se plaindre des entraves que le système des candidatures officielles apportait au libre choix des électeurs ; mais elle se gardait bien de s'attaquer à la Constitution de 1852. Tout au plus se permettait-elle des allusions ironiques au futur couronnement de Tédiflce. Le terrible décret du 17 février 1862 tenait suspendue au-dessus des écritoires la menace permanente des avertissements, des suspensions et des suppressions. La presse gardait par prudence une réserve absolue. Quant au petit groupe de députés, qui représentait en France Topposition constitutionnelle, il était enlacé dans les liens d'un règlement, œuvre du pouvoir exécutif, qui ne laissait de place à aucune initiative et qui ne permettait aucun écart.

Il était visible cependant que le Corps législatif ne

supportait qu'avec peine la camisole de force qui paralysait tous ses mouvements. C'/est surtout en matière financière que l'impuissance à laquelle on l'avait réduit lui pesait. Il ne laissait échapper aucune occasion de se plaindre de la faculté que s'était attribuée le gouvernement de l'Empereur d'ouvrir des crédits supplémentaires et extraordinaires * sans la participation des représentants du pays. Les commissions financières critiquaient le mode de votation du budget qu'avait imposé le sénatus-consulte du 25 décembre 1852 ; elles demandaient qu'on en revînt, sinon au vote par chapitres, du moins au vote par grandes spécialités. Mais tous ces vœux étaient exprimés en termes discrets par des gens qui, avant tout, avaient peur de déplaire.

Le 30 avril 1859^ la discussion s'ouvrit au Corps législatif sur l'emprunt de 500 millions destinés à subvenir aux besoins de la guorre contre l'Autriche, et, en un instant, les choses changèrent de face.

M. le vicomte Anatole Lemercier adressa aux commissaires du gouvernement une question qui avait tout le caractère d'une véritable interpellation : il manifesta le désir que le gouvernement de l'Empereur déclarât « qu'il avait pris toutes les précautions » nécessaires, afin de garantir la sécurité du Saint- » Père dans le présent, l'indépendance du Saint- » Siège dans l'avenir. »

Le président du Conseil d'État, M. Baroche, ne fit aucune observation sur cette façon insolite d'interroger le gouvernement. Il donna les assurances qui étaient réclamées. Il se borna a exprimer son étonue-

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ment « au sujet du doute que Ton pouvait avoir sur » la conduite du gouvernement. »

Le vicomte de La Tour prit acte des déclarations de M. Baroche, et la discussion se poursuivit avec une liberté de langage et d'allure qui prouvait que le Corps législatif avait conscience du fait important qui venait de se produire.

C'était, en efifet, le droit d'interpellation qui venait de faire subitement sa rentrée sur la scène politique. Ce droit, que la Constitution de 1852 avait pris le plus grand soin d'efifacer, il avait suffit d'un moment de défaillance du pouvoir exécutif pour qu'il s'imposât en quelque sorte de lui-même.

On racontait volontiers dans les couloirs do la Chambre que M. Baroche avait encouragé M. le vicomte Anatole Lemercier à lui adresser sa question, afin de lui permettre de rassurer les consciences catholiques que la guerre d'Italie rendait inquiètes et qui redoutaient les conséquences qu'elle pouvait avoir pour la sécurité et l'indépendance du Saini-Père. Mais le fait même accusait les lacunes des institutions, puisque, pour fournir au gouvernement le moyen de s'expliquer sur une question scabreuse, il avait fallu avoir recours à un subterfuge et laisser de côté les prescriptions les plus formelles du règlement.

Dès ce moment, un courant dans le sens d'un retour aux idées parlementaires se forma dans le Corps législatif. Dans la séance du 27 avril 1859, M. Emile OlUvier avait regretté que, pendant quatre mois, il n'y eût eu de renseignements fournis sur les événements qui se préparaient au delà des Alpes que par les discussions du Parlement anglais ou sarde, et que

le Corps législatif n'eût été saisi de la question qu'en présence pour ainsi dire des faits accomplis. Dans la séance où s'était produite l'interpellation de M. le vicomte Anatole Lemercier, d'autres orateurs s'enhardirent jusqu'à déclarer qu'il était en effet « intolérable » pour un pays qui avait durant si longtemps vécu » de la vie politique complète, d'en être réduit à ap- » prendre de l'étranger les nouvelles qui l'intéres- » saient». L'élan, dès lors, était donné; il ne devait plus s'arrêter.

L'esprit de la majorité ne s'était pourtant pas subitement transformé. A la buvette, nous rencontrions des députés qui nous disaient : « Nous ne sommes » rien ; on ne nous consulte que pour la forme ; le » Corps législatif ne compte pas; c'est une assemblée » de muets. » Il y eh avait d'autres qui se hasardaient à nous dire : c< Nous avons été candidats officiels; » mais, c'est parce que le gouvernement voyait bien » que nous seuls nous avions des chances de réussir; » il a mieux aimé triompher avec nous que d'être » battu contre nous. » On applaudissait peut-être plus volontiers aux talents oratoires des députés de l'opposition. Mais tout cela se bornait à des démonstrations de couloirs. Au vote, la Chambre se retrouvait unie et compacte 'avec son écrasante majorité.

Il n'en est pas moins vrai que les députés qui avaient conservé un certain goût pour le régime parlementaire, et ils composaient dans la Chambre un groupe assez important, commencèrent à reprendre confiance en eux-mêmes. Quoique nomnaés, pour la plupart, avec l'appui du gouvernement ou du moins

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avec sa neutralité bienveillante, ils se mirent à affecter des allures plus indépendantes. En toutes circonstances, ils protestaient avec fracas de leur dévoûment pour TEmpereur et pour sa dynastie; mais ils étaient au fond les adversaires les plus implacables de la politique impériale.

Cette politique, après les préliminaires de Villafranca, fut soumise à des oscillations qui la rendaient fort difficile à suivre. Ces préliminaires eux-mêmes, malgré les déclarations de l'Empereur, avaient paru une énigme dont le mot échappait à tout le monde. Le danger d'une alliance avec la Révolution n'avait pas semblé une explication suffisante d'un arrêt si subit après la victoire. Aussi la défiance régnait-elle dans le monde politique, et les événements qui se passaient en Italie contribuaient à l'accroître.

J'ai recueilli à ce moment des témoignages bien saisissants du désarroi produit dans les esprits par la conduite hésitante de Napoléon III. Ils sont une indication précieuse de la direction qu'avait prise l'opinion publique.

On peut n'avoir qu'une confiance fort médiocre dans les jugements politiques du docteur Louis Véron, le légendaire directeur du Constitutionnel. On ne saurait nier cependant que l'homme qui a pris lui-même, avec un certain orgueil, le titre de Bourgeois de Paris ne fût,' dans ses appréciations, le reflet de ces classes moyennes dont il résumait tous les ridicules et tous les défauts. C'était un homme dont le dévouement à la dynastie n'était pas suspect. Il causait volontiers avec nioi, parce que j'étais homme de presse, et qu'il n'était pas fâché de montrer qu'à l'occasion, il savait mettre

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ses jugements sur les choses au-dessus de ses sentiments sur les hommes.

Je. rencontrai le docteur Véron peu de jours après la réception à Saint-Cloud du corps diplomatique (22 juillet 1859). L'Empereur avait cru devoir rassurer TEurope inquiète.

« L'Europe, avait-il dit, a été en général si injuste » envers moi au début de la guerre que j'ai été heu- » reux de pouvoir conclure la paix, dès que l'honneur » et les intérêts de la France ont été satisfaits et de » prouver qu'il ne pouvait entrer dans mes intentions » de bouleverser l'Europe et de susciter une guerre » générale. »

Ces paroles n'avaient pas suffi pour rassurer le docteur. « Il faut que je l'avoue, bien que cela me coûte, » me dit-il, l'Empereur s'est amoindri par la guerre » d'Italie, et la paix qui l'a suivie lui a fait perdre » beaucoup de son prestige. La France ne peut pas » vivre avec une Constitution où il est dit qu'un seul » homme est responsable de tout. Les derniers événe- » ments ont contribué à démontrer que c'était là une » Constitution vicieuse et indigne d'un grand pays » comme le nôtre ; ils ont donné singulièrement à ré- » fléchir à l'Europe. Elle ne souffrira pas longtemps w qu'il y ait en France un pouvoir qui ne doit compte » à personne de ses actes; c'est là pour elle un danger » permanent. »

Puis il ajouta après une pause :

« Le peuple est indigné d'avoir été joué. Il dit que i) l'Empereur, après avoir fait tuer 50,000 hommes, » dépensé 500 millions et faussé sa parole, est venu » se cacher à Saint-Cloud. La classe bourgeoise n'est

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» pas moins mécontente; elle trouve que TEmpereur » a manqué de prévoyance ; on l'avait averti des dan- » gers que présentait cette guerre ; on ne le tient pas » quitte pour les avoir reconnus et avoués après deux » mois de campagne. Je crois à une désafifection pro- » fonde. »

Le bon docteur exagérait; mais, à cause de l'appui qu'il avait prêté à l'Empire et qu'il était disposé à lui prêter encore, son langage était très significatif. Il était évident que la bourgeoisie retournait, par une pente rapide, à ses préjugés parlementaires.

C'est ce qu'avaient compris les esprits perspicaces qui approchaient l'Empereur. Causant, dans les premiers jours d'août 1859, avec un haut personnage qui avait pris une part active aux derniers événements, il me fut donné d'entendre des paroles qui étaient en parfaite concordance avec les tendances qui déjà se manifestaient de toutes parts,

Comme j'exprimais mon étonnement de l'interruption subite de la campagne, au lendemain d'une grande victoire qui en présageait de nouvelles, il me fut répondu :

« Tout est venu de l'obstination de l'Empereur à » ne pas vouloir se débarrasser de son entourage. On » a fait la guerre à l'Autriche avec des gens partisans » de la politique autrichienne. On a été d'ailleurs bien '» forcé de faire la paix ; le ministre de la guerre

n'envoyait plus de troupes ni de munitions, et le » ministre des Affaires étrangères, hostile à l'Italie, >> jetait la terreur dans Tesprit de l'Empereur... »

— Mais, dis-je à mon illustre interlocuteur^ n'a-t-on pas craint de mécontenter les masses que l'idée de

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l'indépendance de l'Italie avait exaltées jusqu'à l'enthousiasme ?

Il ne me laissa pas achever et accentua davantage ses paroles :

« Le parti démocratique, me dit-il, est la seule » force de ce pays-ci; on se l'est aliéné à tout jamais. » Nous sommes pour longtemps voués à cet ignoble ') parti conservateur qui déteste le progrès^ hait la » Révolution et veut la paix à tout prix. L'Empereur )) est compromis aux yeux de toute l'Europe ; la con- » fiance qu'on avait en lui s'est ébranlée. On craint » de se réveiller le matin avec une note du Moniteur » annonçant une nouvelle guerre. Cela donne beau >) jeu aux partisans du régime parlementaire. Le mo- » ment était venu de donner plus de liberté au pays. » Au Château^ on ne veut pas; on ne comprend que » l'absolutisme. »

M. Emile de Girardin, que je voyais souvent, envisageait la situation de la, même façon. Au moment où M. Billault remplaçait, au ministère de l'Intérieur, M. le duc de Padoue que l'indulgence du gouvernement pour les menées de Cavour avaient mis au désespoir, et qui avait offert sa démission à l'Empereur au lendemain de l'avertissement donné au Correspondant pour l'article de Montalembert : Pie IX et la France en iSAS et en i859y le grand publiciste s'exprimait avec cette justesse de coup d'œil et cet esprit pratique qu'il possédait au plus haut degré :

K A l'étranger, me dit-il, Napoléon III passe pour » agitateur révolutionnaire. On ne se trompe pas. )) L'Empereur est l'homme le plus révolutionnaire et » à la fois l'esprit le plus libéral de ce temps-ci. Mais

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> il est faible ; il n'ose pas rompre avec son entourage; " c'est à tel point que, pour nommer M.Billault, il se ' cache de M. Fould. C'est un homme incomplet.

» Je suis effrayé de la puissance que prend le parti " orléaniste. Je n'ai aucune foi dans ce parti que je

> considère comme l'ennemi de la liberté. Si jamais " l'Empire était menacé, j'espère qu'il y aurait dans " le peuple assez de force démocratique pour résister » aux menées des orléanistes. «

M. de Girardin jugeait très sévèrement les efforts incohérents que faisait l'Empereur pour conserver l'équilibre entre les forces révolutionnaires qui submergeaient l'Italie, et les ultramontains qui l'accusaient d'être le complice de Cavour et de Garibaldi.

« L'Empereur, me disait-il, ne s'en tirera pas. Il a " porté la main sur une question pleine de, cbausse- " trapes et de périls. Mieux eût valu pour lui entre- ' prendre la réforme économique, Là, on ne trouve ' que des intérêts ; ils crient,- njais ils finissent par se " soumettre. D'ailleurs, on en crée d'autres qui contrebalance at les mécontentements. Les moments >' difficiles arrivent ; les affaires sont à bas ; personne '^ ne gagne d'argent, les grandes maisons liquident. » On n'est prêt nulle part. C'est le Courrier du Diman- ^chcy organe de l'orléanisme, qui mène le pays. »

Dans les départements, on avait les mêmes préoccupations qu'à Paris et on avait les mêmes propensions à revenir au régime parlementaire. J'étais, je l'ai <i^jà dit, fort lié à cette époque avec M. le baron de «lanzé, qui a été mon collègue au Corps législatif et qui est encore aujourd'hui député des Côtes-du-Nord. Il possédait un grand domaine en Normandie. Au

retour d'une de ses excursions, il me donna les nouvelles les plus alarmantes. Les gros propriétaires et les gros industrielà commençaient à murmurer. « Ils » ne savent plus où ils en sont, me disait M. de Janzé. )) Ils avaient donné à ce gouvernement la dictature, )' à charge par lui de leur procurer la sécurité, et ) cette sécurité, ils ne l'ont pas. »

Dans cette disposition où étaient les esprits, on se rend facilement compte du succès qu'avaient tous les écrits qui préconisaient l'excellence da régime parlementaire. Ils étaient nombreux et ils portaient la signature d'écrivains et d'hommes politiques dont on s'était habitué à honorer le talent et le caractère. Comment ne pas se laisser prendre aux séductions d'une doctrine qui était prêchée par des Montalembert, des Villemain, des d'Haussonville, des Prévost- Paradol, des Weiss, des Pelletan, etc? Le Courrier du Dimanche faisait rage. Il s'était formé autour de ce journal une coalition d'hommes qui auraient eu beaucoup de peine à formuler un programme commun, mais qui étaient d'accord sur un point, la nécessité d'arracher la France à ce qu'ils appelaient le « pouvoir* personnel ».

On faisait naturellement remonter la responsabilité de tout ce mouvement au parti orléaniste. Je crois qu'au fond, il en était bieh innocent. Les écrivains qui faisaient au gouvernement impérial une guerre de brochures et d'articles de revues appartenaient en effet pour la plupart au parti orléaniste. Mais ils attachaient plus de prix aux idées qu'aux hommes, et pourvu qu'ils fissent triompher leurs doctrines, ils étaient prêts à faire bon marché des questions dynas-

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tiques. Ainsi M. de Montalembert avait été fortement compromis dans le coup d'Etat ; sa séparation d'avec Napoléon III avait toujours été considérée comme une brouille, et non comme une rupture.

C'était d'ailleurs M. Thiers qui était le meneur caché de toute cette campagne, et M. Thiers, la suite l'a prouvé, n'avait qu'un goût médiocre pour les princes d'Orléans. Il y avait longtemps qu'il guettait l'occasion de jouer de nouveau un rôle prépondérant, et les difficultés que des événements inattendus avaient créées au gouvernement impérial lui avaient paru favorables pour reprendre la direction des partis hostiles et pour se remettre, comme le disait le maréchal Soult, <i à frétiller dans l'intrigue ». C'était de son cabinet que partait le mot d'ordre ; les meilleurs articles de Prévost-Paradol ne faisaient le plus souvent que traduire sa pensée. Le salon de M. Thiers était devenu le centre de l'opposition ; on ne consultait ni l'origine ni les tendances des nouveaux venus ; pour peu qu'on se déclarât l'adversaire des candidatures officielles et qu'on protestât contre le régime de 1852, on était sûr d'y recevoir un accueil gracieux de la part du maître de la maison et de ses commensaux habituels.

Après avoir essayé, pendant plusieurs mois, d'arrêter le Piémont dans ses entreprises contre les Etats de l'Italie centrale et les provinces pontificales, l'Empereur avait été forcé de céder. Avant d'être promulgué, le traité de Zurich, qui consacrait les droits des princes dépossédés, était déchiré en lambeaux. « Ce n'est déjà » plus qu'un vieux papier, » avait dit lord Palmerston. Pour rassurer l'Europe inquiète, Napoléon III en était

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réduit à faire écrire par son chef de cabinet, M. Mocquard, à des négociants de Liverpool des lettres où Ton protestait de son désir de maintenir la paix. On avait remis à un Congrès le soin de régler les difficultés que soulevaient les affaires d'Italie. Mais, à part l'empereur d'Autriche, le roi de Naples et le Pape, personne ne voulait de ce Congrès d'où pouvait sortir une guerre générale, et l'Empereur qui l'avait provoqué, employait tous les moyens de l'empêcher de se réunir.

On sait comment Napoléon III réussit à rendre la réunion du Congrès impossible. La publication de la brochure : Le Pape et le Congrès ^ qui était un abandon complet des préliminaires de Villafranca, et la lettre adressée à Pie IX, qui mettait le contre-seing impérial au bas de la brochure, furent un avertissement donné à l'Europe que la France s'inclinait devant les faits accomplis et que désormais elle prendait pour règle dans les affaires italiennes la politique de nonintervention.

L'adoption de cette nouvelle ligne de conduite rendait indispensable un rapprochement avec l'Angleterre. C'est le cabinet anglais qui avait mis en avant, le premier, l'idée de la politique de non-intervention; il fallait à tout prix que le gouvernement impérial s'assurât de son appui, afin de faire face, à l'occasion, à la Russie et à l'Autriche qui s'efi'orçaient de faire prévaloir le principe contraire.

Napoléon III eut à ce moment une véritable inspiration de génie. Le 14 janvier 1860 parut, au Mmiteur^ la lettre au ministre d'Etat, qui traçait le plan d'une grande réforme économique. Par cet acte, l'Eni-

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