LA SCISSION. I)K KA (JAICHK
w mon n'ont pas été convoqués aux réunions de l'oppo- » sition : l'honorable M. Glais-Bizoiu, chargé des M convocations, est là pour démentir cette assertion.» Je rectifiai cette note dans une lettre adressée au Siècle. Mais j'eus le tort de vouloir épargner M. Glais- Bizoin avec qui j'avais eu jusque-là d'excellents rapports et que j'étais loin de soupçonner de manquer de droiture. Il en résulta une longue correspondance qui fit rire la galerie à nos dépens et qui ne fournit aucun éclaircissement au public.
Ce qui s'était passé, le voici :
Le jour de l'ouverture de la session, j'avais rencontré dans la salle des conférences M. Glais-Bizoin. Après les paroles de politesse banale qu'on échange entre gens qui ne se sont pas vus depuis longtemps, M. Glais-Bizoin me dit, en mâchonnant ses mots, suivant son habitude: « Il est bien fâcheux qu'il y ait » des divisions entre nous. Il serait à désirer qu'elles » ne se renouvelassent pas à cette session. — Cela ne » dépend pas de nous, répondis-je. — Il faut faire ces- « serces divisions au plus vite; elles sont déplorables; ') nous prêtons le flanc à nos adversaires. » Là-dessus, M. Glais-Bizoin m'avait quitté brusiquement, sans m'avoir parlé une seule minute des réunions de la gauche et sans m'avoir pressenti à ce sujet.
La note du Siècle était donc mensongère. Mais elle avait un but, c'était de inettre les torts de notre côté. Ce n'était plus la gauche qui s'était séparée de nous, c'était nous qui nous étions séparés de la gauche.
Toutes ces roueries ne. pouvaient rien contre un fait désormais irrémédiable. Sans désapprouver wn^ polémique avec M. GJais-Bizoin, M. E, OWvNrVerc xcv^ ^>^*
ii HJSTOIRE DE DOUZE ANS
que, pour son compte, s'il avait été convoqué à la reunion de la gauche, il aurait refusé de s'y rendre, jugeant qu'il était de sa dignité de ne pas laisser se prolonger plus longtemps une équivoque. C'était à la gauche à revenir à nous; nous étions restés fidèles au pacte contracté avec nos électeurs. Nous n'avions plus rien à faire avec des gens qui voulaient nous entraîner dans une ligne de conduite que nouB avions répudiée en entrant dans la Chambre.
Après un pareil éclat, il ne restait plus à M. E. 01livier qu'une chose à faire, c'était d'affirmer hautement et énergiquement la politique qu'il suivrait à l'avenir. Ce fut l'objet du discours du 27 mars 1865. Ce discours produisit dans les régions gouvernementales un effet prodigieux. Les partisans de la politique de résistance en furent désarçonnés du premier coup ; les amis des réformes libérales reprirent confiance, et ils purent espérer de rencontrer plus de faveur pour les projets qu'ils caressaient en secret. A la Chambre, l'effet produit ne fut pas immédiat; la majorité se trouva plus étonnée que ravie ; la modération de M. |E. Ollivier lui faisait peur. Mais dans le Tiers-Parti, parmi les députés qui avaient traversé les Chambres sous la monarchie constitutionnelle, on se trouvail heureux d'avoir rencontré un pareil auxiliaire. Le discours de M. E. Ollivier fut considéré, comme la préface d'un mouvement en avant. [L'élan qui fui donné alors ne s'est plus arrêté depuis.
La scission de la gauche fut donc en soi un événement considérable. Elle eut sur les événements qui suivirent une énorme influence. On sait quel rôle jgjportant jouaM. Ollivier dans touslfes changements
ipportés par la suite à la marche du gouvernement rapérial. L'amendement des 42, la lettre du 19 janvier, 'interpellation des 116 et le plébiscite de 1870, tous les faits qui opérèrent la transformation de l'Empire lutoritaire en Empire libéral, ont eu pour point de lépart cette rupture, non cherchée, mais acceptée, vec un courage qu'on ne saurait trop louer.
Après le discours du 27 mars, un vide complet se t autour de nous. Tous ces jeunes débutants dans la ie politique, qui nous faisaient cortège la veille, se étirèrent brusquement de nous pour aller à MM. Jules avre et E. Picard. Un seul nous resta fidèle, ce fut [. Gambetta. En ce moment il cherchait encore sa oie ; n(iais il montrait déjà un certain esprit pratique, l'opposition légale et constitutionnelle paraissait la suie rationnelle et la seule féconde à cet esprit qui evait plus tard devenir le chef des irréconciliables, [ais il se laissa bientôt entraîner par la camaraderie ; homme qui devait faire la caricature de nos idées Q les àfi'ublantdu nom grotesque à! Opportunisme, penhait de plus en plus vers les opinions extrêmes.
M. Gambetta s'adressait souvent à moi pour obteir des billets d'entrée dans les tribunes réservées, 'allai un jour lui porter moi-même dans la salle des as-Perdus le billet qu'il réclamait. Nous échaneâmes quelques mots qui me prouvèrent qu'il avait ris son parti :
c( Eh ! bien, mon cher Gambetta, lui dis-je, il paraît
que vous êtes en train de dépasser la gauche.
— « Que youlez-vous ? me dit-il, nous sommes en présence d'un malade. Je vois bien qu'OUivier et vous, vous lui préparez un enterrement de première
■iii HISTOIKË DE 1KU/.K ANS
» classe. J*aurai^ consenti volontiers à aller jusqu'à • » l'église; mais je ne veux pas aller jusqu'au cime- » tière. »
Nous nous quittâmes sur ce mot, et, depuis, je ne l'ai plus revu.