LA LETTRE DU 19 JANVIER 18C
M. Emile OUivier, dans son livre sur le 19 janvier nous a révélé que peu de mois avant sa mort, M. de Morny s'était laissé convertir à l'idée de compléter le décret du 24 novembre et d' « effacer, comme il dit, » le coup d'État de décembre par un coup d'éclat » libéral. » Il s'était mis d'accord avec M. Rouher qui, à ce moment, ne témoignait aucune répugnance à entrer dans un cabinet dont M. Emile OUivier ferait partie.
Le programme à présenter avait été à peu près arrêté. Il s'agissait de proclamer la liberté de la .presse, d'effacer delà Constitution Tinterdiction pour les députés de devenir ministres en conservant leur siège, et de remplacer l'Adresse par le droit d'interpellation largement appliqué et libéralement entendu. Mais peu à peu, M. Rouher s'était refroidi. Le 10 mars 1865, M. de Moi:ny était mort. Avec lui disparaissait l'espoir de voir le gouveTivem^iiX. VcK^^rL^
prendre une initiative hardie. Grâce à la double influence qu'il exerçait sur l'Empereur et sur la Chambre, le Président seul était capable de faire prévaloir des réformes nouvelles et d'avoir raison des tentatives de résistance.
Après la mort de M. de Mornj", il se produisit dans la majorité une sorte de craquement. Les élections de 1863 avaient amené sur les bancs du Corps légis-» latif un groupe de gauche assez compact ; à côté de ce groupe, il s'en était formé un autre, 'composé d'individualités flottantes, qui visaient avant tout à affirmer leur indépendance, mais qui auraient eu beaucoup de peine à formuler un programme commun. Ce groupe, précisément parce qu'il renfermait des éléments disparates, agit sur la majorité à la façon d'un dissol- ' vant. On ne se méfiait pas d'hommes qui proolamaient en toute circonstance leur dévouement à la dynastie et qui apportaient dans leurs critiques une extrême modération.
Le Tiers-Parti qu'on eût mieux fait d'appeler le parti-Thiers, parce qu'en effet cet homme d'État exerçait indirectement sur lui une grande influence, aspirait à jouer un rôle. Des hommes comme MM. Buffet, Lambrecht, de Talhouët, Plichon, Brame^ de Chambrun, Martel, ne pouvaient longtemps se résigner à être de simples serre-files dans une Chambre où l'op* position avait conquis une si large place. Ils attendaient une occasion d'exposer leurs idées. Napoléon III les servit ù* souhait en donnant pour successeur à M. de Morny, M. le comte Walewski, devenu de gÉ^tour, député des Landes. On sait quelle part ^^^|)Éw«ki avait prise aux décrets du 24 novembre;