‹ Histoire de douze ans (1857-1869): notes et souvenirsChapitre 14 sur 21 · LA LETTRE DU 1» JANVIER 18G · texte numérisé non relu

LA LETTRE DU 1» JANVIER 18G

le déficit dans les récoltes, les inondations, les doutes sur la santé de l'Empereur, tout cela contribuait à répandre l'inquiétude. On se prenait à douter de la solidité des institutions.

Eaprésence des succès foudroyants de la Prusse réforme de notre législation militaire s'imposait ds osax-là même qu'on avait chargé d'étudier la uestion étaient effrayés de la désaffection qu'une réforme devait amener, a Gomment faire ? me disait un détslH des membres de la commission, le général Lebrun^ ^ au commencement de novembre 1866. On ne peut » pas augmenter le contingent ; ce serait mécontenter 'S c»|i les populations des campagnes et fournir par là > aux partis hostiles un moyen d'exercer leur action » délétère. Les députés de la majorité ne veulent pas » qu'on touche à leurs électeurs. Si la majorité ré- " pugne à la réforme de l'armée, ce sera une diminu- » tion de notre influence à l'extérieur. Pour cas sopices » tes de choses, il faut l'unanimité des représentants » dttpays; sans cela, c'est une affaire ratée. »

Le général Lebrun ne se trompait pas sur les sentiments des députés de la majorité. Voici ce que je lis dans mes carnets à la date du 9 décembre 1866 : » Les membres de la majorité que je rencontre se ') montfent de plus en plus inquiets. On nous laisse ') sans direction, disent-ils. Nous ne savons plus si » nous sommes avec ou contre le gouvernement. A '> la dernière sessicm, le gouvernement avait l'air » d'approuver M. Thiers. M. Fould l'applaudissait » dans les couloirs, et M. Rouher, par son attitude, m I H semblait l'encourager. Que pouvions-nous faire di^ mieux, sifton de les imiter? On ne uo>i*& 4\^<v\. '^^^

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si Ton était avec la Prusse ou avec l'Autriche. Nous sommes allés où le bon droit nous semblait le plus évident. L'Autriche nous paraissait avoir été attaquée sans prétexte sérieux; nous avons naturellement désiré le triomphe de l'Autriche. Comment le gouvernement va-t-il se poser en face de l'opposition à la prochaine session? On nous laisse à cet égard dans l'ignorance la plus complète. L'opposition aura trop raison, vpilà ce que nous croyons entrevoir. Quelle justification peut-on donner de Tafi'aire du Mexique? Quand M. Thiers disait qu'il fallait traiter avec Juarez, on s'est récrié. Aujourd'hui, nous serions trop heureux de pouvoir traiter avec Juarez. La question militaire met les députés les plus dévoués dans une situation des plus difficile; ils sont placés entre l'enclume et le marteau. On ne peut pourtant pas leur demander de se sacrifier; ils se doivent à leurs électeurs. Or, toute augmentation du contingent est condamnée à l'avance par les paysans. Le député ne peut pas aller à l'encontre des sentiments de ses commettants. Le gouvernement va mettre la majorité à une rude épreuve. »

Et cependant, c'était la conclusion à laquelle tous arrivaient, on ne pouvait pas rester dans le statu quo. De l'aveu des hommes qui suivaient avec soin la marche des événements, jamais la France ne s'était trouvée dans une situation aussi' grave. « Pour peu» » me disait un homme d'Etat, que les choses marchen'*' » dans le même sens,^ ce ne sera plus le gouverne-- » ment, ce sera la nationalité française qui sera eï* » péril. En efiet, nous sommes en l'air, sans alliance^

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►- d'aucune sorte et sans un traité auquel nous puis- •L sions nous adosser. On a pu, en 1854, faire la guerre

> d'Orient; il s'agissait du maintien des traités. En

> 1859, on a pu faire la guerre d'Italie sans pré- » ' texte plausible ; on pouvait avec quelque raison dire » que l'Autriche interprétait mal les traités et les fai- » sait servir à ses vues ambitieuses. Mais, dans le ►" discours d'Auxerre, on a déclaré que les traités de

> 1815 étaient déchirés et devenus caducs. Il y a fort

> à parier que la Prusse prendra texte de cet aveu * dans un avenir très prochain. Puisque nous ne nous

> croyons plus liés par les traités antérieurs, la Rus-

> sie se déclarera libre des engagements dé 1856 et

> fera renaître la question d'Orient. Elle a une alliée

> toute naturelle : c'est la Prusse. Quels sont nos

^> alliés à nous? L'Angleterre? Elle paraît vouloir se

•^ désintéresser des afifaires du continent. L'Italie ?

^> Elle est impuissante, et d'ailleurs elle est attachée

» à la Prusse par les liens de la reconnaissance.

» L'Autriche? Elle lutte pour sa propre existence,

» et loin d'être un appui, elle est un embarras. Nous

» sommes seuls, absolument seuls. Dans ces condi-

» tiens, quelle aurait dû être notre ligne de con-

» duite? Il fallait imiter l'Angleterre, et puisqu'on

» avait conservé la neutralité dans la lutte entre la

» Prusse et l'Autriche, il fallait en profiter pour ne

» pas intervenir au moins moralement. Au lieu de

» cela, on met le feu sous le ventre au pays ; on

» chauflfe les populations; on fait une loi militaire.

» Il n'est pas besoin de voir très clair pour apercevoir

» où mène une pareille politique. Quand il sera bien

» prouvé que nous sommes seuls, il a'a^Y^ ^^ \Àfc\v

idi HISTOIRE DE DOUZE ANS

» autre chose que de la dynastie. Ce sera notre exiMPre » tence comme nation qu'on agitera dans les conseilsÉi*^ » deTEuIrope. » • yf

Le découragement avait gagné tous les esprits. Je fr^ rencontrai vers la fin de décembre un administrateur^^ do la France, M. de R..., un de ceux que le régime^ impérial avait enrichis. « Eh bien, lui dis-je, qi » dites-vous de tout ce qui se passe? — Hélas! w^ » répohdit-il, cela va bien mal! — Oui, la machine' » aurait besoin d'être graissée de nouveau, — C'est, )) me dit-il, une bien mauvaise machine. »

L'appréciation était jui^te. Mais où trouver des' hommes capables de construire une nouvelle machine^ et de la remettre en mouvement? « L'Empire, disait » plaisamment M. Ernest Picard, ressemble au coche^ )) embourbé de la fable. Malheureusement, pour le ï) tirer de rornière, il n'y a ni chevaux ni charretier, » il n'y a que des mouches. »

M. Walewski se souvenait de l'heureuse diversion que, dans des circonstances graves, avaient produite les décrets du 24 novembre 1860. Il crut qu'on se tirerait des difficultés de la situation par les mêmes % moyens, c'est-çi-dire en adoptant le programme libéral " qu'avait tracé l'amendement des 42. Il avait été témoin des hésitations, des embarras des députés de la majorité; il savait que beaucoup d'entre eux se repentaient de n'avoir pas voté avec les 65 ; après les événements des derniers mois, il ne doutait pas que le Tiers-Parti ne fît tache d'huile dans la Chambre et ne parvînt à faire prévaloir sa politique. Cela l'avait amené à se jeter à corps perdu dans ce parti ; au 15 août, il avait proposé pour la décoration un grand

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^mbre de députés pris dans ce groupe. Napoléon III iraigsait ainsi avoir encouragé Topposition des 42. A Compiègne, H. Walewski avait eu de longues • >nversations avec TEmpereur. D'après M. Emile Olivier, les mesures suivantes avaient été arrêtées : Bnvoi des ministres à la Chambre comme commis* dres du gouvernement ; la suppression du ministère Etat ou plutôt sa réduction à ce qu'il avait été pri* itivement; le retrait de l'Adresse et son remplaceent par le droit d'interpellation ; un décret qui, en aintenant le régime de la presse, subordonnait la ippression des journaux à certaines garanties, telles le l'intervention du Conseil d'Etat.

Il ne paraît pas que le président du Corps législatif t eu grande cohâanoe dans les ministres en exerce pour faire réussir son plan. Il s'attendait sans mte à de grandes résistances de leur part, car il ât . »pel à M. Emile OlliAier, dont il avait, semble-t-ii, it accepter le nom par l'Empereur.

M. Emile OUivier a fait ailleurs, en l'accompagnant J pièces à l'appui, le récit complet des pourparlers li eurent lieu à ce moment entre M. Walewski et Jui. e voulant pas me livrer à desT redites inutiles, je ne aisj qu'y renvoyer le lecteur. Mais, pour l'intelligence es faits qui vont suivre, il est nécessaire de bien réciser le sens de ces pourparlers.

Entre M. Ollivier et M. Walewski, il y avait un oint commun : c'est que le moment était venu de aire un pas de plus dans la voie des réformes libéaies. Sut* rétendue et la portée de ces réformes, il avait certaines divergences qu'il est utile de wcA«t . 1. E. Ollivier trouvait que les réformes aâio^X.èe'a» ^-

±]i\ HISTOJHE DE DOrZK ANS

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laient en deçà de son programme ; il était néanmoioB disposé à prêter Tappui qu'on lui demandait. Mais il y avait trois points sur lesquels il déclarait ne pouvoir rien concéder : V l'abandon du projet de loi militaire, qui avait soulevé un ^oWe général; 2* l'abrogation de l'article 44 de la Constitution et la possibilité reconnue, pour un ministre, de rester député; 3° la cessation du pouvoir arbitraire qui pesait sur la pressep et la constitution pour elle d'un régime légal quelconque.

Mais la grande difficulté, c'est que M. Walewski s'était chargé d'ofi'rir à M. E. OUivier, de la part de l'Empereur, le ministère de l'instruction publique, et M. E. OUivier se montrait très résolu à ne pas devenir ministre. Il y eut, à ce sujet, une lutte qui dura plusieurs jours et qui se termina par une transaction: M. E. OUivier s'engageait à remplacer M. Rouher, dans le cas, fort improbable, où le ministre d'Etat ne se déciderait pas à exécuter le nouveau programme; il consentait, en outre, à entrer aux affaires, même avec M. Rouher, mais en subordonnant son acceptation à des conditions qui devaient inévitablement faire hésiter l'Empereur et amener celwi-ci à lui rendresa parole. Une note en ce sens fut remise à M. ^^alewski, afin que l'Empereur sût d'avance à quoi s'ea tenir.

M. E. OUivier eut une entrevue avec l'Empereur l* 10 janvier 1867. Les raisons pour ne pas accepter iw portefeuille avaient sans doute été trouvées bonnes; car, après une longue conversation sur les questions de fond, l'Empereur lui dit : « Et vous? U parait » que vous ne voulez pas entrer au^ affaires?»-

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LA LETTKE bV 10 JAxNVIER 1867 237

I. E. Ollivier affirma de nouveau son refus, et ajouta qu'ayant à son service un homme de la valeur de M. Rouher, nul ne lui était nécessaire, et que, d'ailleurs, si TEmpereur lui croyait quelque force, il était prêt à se concerter avec le ministre d'Etat, qui ne déclinerait pas, il en était certain, l'honneur de réaliser la nouvelle politique. » L'Empereur épliqua : « Vos raisons sont trop bonnes pour que j'y oppose une seule objection; je pense comme vous ; je vous rends votre parole. » Et la conversaon se trouva terminée.

Deux jours après, M. E. Ollivier recevait une lettre 3s plus flatteuses, par laquelle l'Empereur l'invitait venir causer avec lui et M. Rouher sur les détails exécution. Il alla au rendez-vous, mais il n'y trouva is M. Rouher. L'Empereur se déclara décidé à la loi ir les réunions publiques, à l'envoi de ministres à la hiambre et au sacrifice du pouvoir discrétionnaire en atière de presse. Puis, il ajouta : « Ce que j'accorde est considérable, et, si je sortais du premier Empire, on le reconnaîtrait, mais, comme je succède à des gouvernements parlementaires, tant que je ne verserai pas dans l'ancienne ornière, on trouvera que ce que j'accorde est peu ; vous le verrez, on le dira. »

A la suite de cette seconde entrevue, il y eut un îhànge de notes entre le député et le souverain, omme les réformes promises se faisaient attendre, [. E. Ollivier s'informa respectueusement des motifs u retard. L'Empereur lui répondit qu'il était uniuement dû aux difficultés du remaniement minis- Jriel.

i^ HlStOIRE OË IK)UZE AMS

Il ne parait pas que M. E. OUivier ait mis aven ^ I de ses collègues dans la confidence de ses dëmarehêi ^- ^ et des pourparlers qui avaient eu lieu entre lui et le ^^^

souverain. Cela résulte des reproches qui lui ontétf i^î^'^

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ivait lesqu lauT me:

adressés plus tard par certaines personnalités médiocres et remuantes. Dans tous les cas, j*ai recueilli de la bouche de plusieurs des 42 qu'ils n'avaient pas éll mis au courant de ce qui se passait, que M. E. Ollh vier ne les avait pas consultés, et qu'ils ne connaiisaient que fort vaguement et par de simples ouï-dire la part qu'il avait prise aux réformes. I ^'-

Tout s'était, du reste, passé dans le plus grand se-frai* cret. C'est seulement dans le conseil du 17 janntfl* ^ que l'Empereur, pour la première fois, s'exprima nOT^i*!^ tement sur la nécessité d'introduire des changemenfcioii^ dans Torganisme de TËtat. Aucun des ministres nepin fit d'objections. M. Rouher fit observer qu'en pré-pel sence des réformes qui allaient s'opérer, il était dip ' devoir de tous les membres du cabinet de donner leur tsq démission collectivement* Il pouvait se faire que 1* Couronne jugeât utile de s'entourer d'hommes nouveaux pour une œuvre nouvelle, et rien ne devait gêner l'Empereur dans les choix qu'il aurait à faire. L'Empereur insista pour que tous ses conseillers restassent aux affaires. Mais, par des motifs divers, étrangers aux modifications qui se préparaient, le maréchal Randon, M. Fould et M. de Chasseloup- Laubat demandèrent à se retirer. Le conseil se se* j I para, sans qu'aucune résolution définitive eût étél I prise . F^

Le secret n'avait cependant pas été si bien gardé j&i que le public n'eût eu vent de ce qui se préparait p'

LA LETTRE DU 49 JANVIER Iml 239

«e 18 janvier, la gauche avait été convoquée ojiiez I. Thiers, au lieu de l'être chez M. Marie, comme ela se faisait précédemment ; elle avait discuté Tatitude qu'elle devait prendre, si les bruits qui couaient venaient à se réaliser. Le journal la France .vait indiqué avec assez de précision les points sur ssquels portaient les réformes. On en causait tout àut le soir au premier grand bal des Tuileries. On ttendait donc avec impatience que le Moniteur voulût ien fixer- l'opinion publique. ^

Comme le 24 novembre 1860, le décret qui conèarait les réformes nouvelles était précédé d'une lettre € l'Empereur au ministre d'Etat, destinée à les exliquer et à les interpréter. Il y avait une certaine ontradiction entre le langage qu'avait tenu le souveain en ouvrant la session de 1866 et les mesures auxuelles ilvenait de s'arrêter. L'Empereur trouva moyen « s'en tirer par une de ces habiletés de style dans îsquelles il était passé maître : « J'ai dit, l'année dernière, que mon gouvernement voulait marcher sur un sol affermi, capable de supporter le pouvoir et la liberté. Par les mesures que je viens d'indiquer, mes paroles se réalisent; je n'ébranle pas le sol que quinze années de calme et de prospérité ont consolidé, je l'affermis davantage en assurant par la loi aux citoyens des garanties nouvelles, en achevant enfin le couronnement de l'édifice élevé par la volonté nationale. »

Le décret du 19 janvier 1867 supprimait l'Aresse, concédait le droit d'interpellation et établisstit pour les ministres la faculté d'être chargés, par ne délégation spéciale, et de concert avec le mi-

fUi * HI>TUIR£ UL DOl ZL A>S

nistre d*Etat, les présidents et les membres du C!onseil d'Etat, de représenter le gouvernement devant ta Sénat et le Corps législatif. Une loi devait être prc posée « pour attribuer exclusivement aux tribunaux » correctionnels l'appréciation des délits de presse et o supprimer ainsi le pouvoir discrétionnaire du gouo vemement. » Une autre devait « régler le droit 4 » réunion, en le contenant dans les limites qu'eiûg /i la sûreté publique. »

Le commentaire impérial avait paru sans doute ii suffisant^ car on y avait joint deux longues Notes ii terprétatives. La première donnait les motifs q avaient déterminé l'Empereur à supprimer l'Adresi fît à la remplacer par le droit d'interpellation. Las conde expliquait les difficultés qu'il y avait eu à me tre d'accord la présence des ministres dans la Chai bre et le respect de la Constitution. «Il fallait/ disî » le rédacteur de la Note, se renfermer dans ] >^ termes de la Constitution, portant que les ministr n ne dépendent que du chef de l'Etat, qu'ils ne so » responsables que chacun, en ce qui le concerne, à » actes du gouvernement, qu'il n'y a pas de solidar w entre eux, et quils ne peuvent être membres du Cor n législatif. Le décret n'apporte et ne pouvait appori » aucun changement à ces prescriptions. »

S'il était resté dans l'esprit de M. E. Olliv: quelque arrière-pensée au sujet du portefeuille qui avait été si nettement offert et qu'il avait si nettemc refusé, ce passage de la deuxième Note du Moniti lui aurait causé quelque déception. Une des modifie tions constitutionnelles sur lesquelles il avait insi le plus, la faculté pour un député de devenir minist

LA LETTRE DU 19 JAiNVlER 1807 24i

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^tait impitoyablement repoussée. Aussi, on comprend lu'il ait pu écrire, dans son livre, que la lettre du 19 lanvier « ne le satisfit pas » et qu'il y sentit « un pre- >^ mier refroidissement. »

Le Moniteur annonçait que tous les ministres avaient donné leur démission entre les mains de

l'Empereur. Mais le même jour le cabinet démissionnaire s'était réuni en conseil. Au lieu de constituer iine nouvelle administration, on s'occupa d'abord de combler les vides causés par le départ de MM. Fould, Randon et de Chasseloup-Laubat. Dans la combinaison qui se formait, M. Béhic occupait le portefeuille des finances, le maréchal Niel était désigné pour succéder au maréchal Randon et l'amiral Rigault de Ge- Qouilly à M. de Chasseloup-Laubat. Les autres ministres maintenaient leur démission ; mais aucun nom l'était prononcé pour les remplacer. L'Empereur les nterrogea les uns après les autres pour savoir s'ils étaient disposés à rester et à. l'aider dans l'œuvre ju'il s'agissait d'accomplir. M. Rouher accepta sans faire la moindre réserve. Quand ce fut le tour de M. de La Valette de se prononcer, celui-ci se montra fort imu ; il exprima le regret d'être forcé d'abandonner le service de l'Empereur ; il lui serait, dit-il, impossible, le cas échéant, d'aborder la tribune. Mais l'Impératrice intervint et insista pour que M. de La Valette retirât sa démission. Cet incident arrêta le refus sur les lèvres des autres ministres, et à l'instant même la composition du cabinet fut arrêtée. Elle devait cependant subir une modification avant d'avoir été rendue publique. M. Béhic se ravisait dans la nuit et refusait de se charger du portefeuille des finances. Yà^ ^ot^fô-

feuille abandonné par M. Béhic fat offert i M. RoiilMr|[r qni Taceepta après quelques objections.

On a dit de la journée du 19 janvier qa^'elle aTiii|rtD été la journée des dupes. Si l'on a entendu par qu'elle avait trompé Tespoir de certains hommes qâ avaient cru que les chaugements. apportés dans IflfEi institutions amèneraient TaTènement d*un nouT personnel gouvernemental, le mot ne manque pas justesse. A la première nouTelle de la démission des ministres, M. de La Guéronnière, dans la Fmiicr, et M. Clément Duvernois, dans la Liberté, s'étaient em* pressés d'applaudir ; ils complimentaient M. Rooher d'avoir montré assez de sagesse pour se condamner i une retraite momentanée. Mais quand ils virent («que » la démission éclatante des ministres aboutissait, » comme le disait M. Clément Duvernois, à leur réta- » blissement, » ils poussèrent un cri de surprise et ib accusèrent les ministres de «vouloir reprendre en «détail, dans l'application, ce que l'Empereur avait » abandonné en principe. » Ces soupçons, semés avec une insistance perfide, contribuèrent à faire croire dans le public qu'il y avait eu une combinaison plus î libérale que le cabinet renouvelé avait contribué à faire avorter. On commença à accuser M. Rouher dV voir pesé sur Pesprit de l'Empereur pour écarter ce qu'on appelait « les hommes nouveaux. »

Rien n'était moins exact. Le seul nom qui eût été mis en avant était celui de M. Emile OUivier ; on a vu qu'il avait un moment accepté de faire partie d'un cabinet avec M. Rouher, et que, si la combinaison avait échoué, c'était parce quMl avait mis la plus grande inaistance à refuser un portefeuille. En dehors de

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