‹ Histoire de douze ans (1857-1869): notes et souvenirsChapitre 15 sur 21 · I.A LETTRE Ut' 19 JANVIBH IH6T · texte numérisé non relu

I.A LETTRE Ut' 19 JANVIBH IH6T

JT. Emile Olliviert personne n^avait été appelé. Les ournaux, et, en particulier les journaux étrangers, avaient publié des listes ministérielles. Elles étaient ne pure œuvre d'imagination. La meilleure preuve, 'est qu'elles portaient toutes en tête le nom de I, Emile Ollivier, dont elles faisaient soit un minisre d'Etat, soit un ministre de l'Intérieur, soit même n ministre présidant le conseil d'Etat, et que, de Ta- ^u de M. Emile Ollivier lui-même, non-seulement ucun de ces portefeuilles ne lui avait été offert, mais u'au moment où on lui donnait un rôle prépondérant ans un cabinet, il avait repris son rang de simple éputé et n'avait d'autre ambition que de s'entendre vec M. Rouher pour faire aboutir les réformes dont il vait été l'un des promoteurs.

Quoi qu'il en soit, on s'attendait bien certainement, ians certaines régions, a voir M. Rouher reculer deant des réformes contre lesquelles il s'était si vivement prononcé l'année précédente et se décider à une etraite qu'on considérait comme forcée. Son maintien i\i ministère d'Etat doublé du ministère des finances ^usa de grands mécomptes, et c'est dans ce sens [n'on peut dire du 19 janvier qu'il fut une nouvelle ournée des dupes.

J'ai noté jour par jour les impressions que j'ai re- . 'Ueillies à la salle des conférences ; quoique la session le fut pas ouverte, un grand nombre de députés s'y 'éunissaient ; la gravité des événements les avait naturellement attirés. Il régnait une certaine obscurité sur les faits qui avaient amené la nouvelle évolution ; LOS questions de personnes contribuaieïv\. k Tevvôit^ V^*?^ enèbres plus épaisses. Mais il est mtère^^îOiX, ^^^ ^^^'^^

m HISTOIRE bE DOl'ZE ANS

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naître les impressions produites ; je copie mes notes

sans y rien changer : . ,j

2/ janvier. « Les membres de la majorité sont dé- » routés. Ils ne savent pas bien quelle attitude ils doi- " vent prendre. Pourquoi, disent-ils, nous avoir fait " voter l'année dernière contre Tamendement des 42, '» si on devait à un an de distance leur donner com- »' plètement raison? Il y a là une véritable atteinte à >• la dignité de la Chambre. — Le Tiers-Parti est en » liesse ; on le traite en triomphateur. — La gauche » est mécontente ; elle regrette l'Adresse ; à la place >» de l'Adresse, on lui donne le droit d'interpellation, » mais en le soumettant à Tautorisation préalable de » la majorité ; c'est une diminution d'influence.

» On agite aussi les questions de personnes. On est » généralement persuadé que la combinaison ministé- » rielle qui a prévalu dans les conseils de l'Empereur » est purement provisoire. On ne comprend pas surtout /> comment M. Rouher continuerait à cumuler deux » portefeuilles. On ne croit pas à l'avènement de » M. Emile Ollivler.

» Le rôle que M. Emile Ollivier a joué est fortobs- » cur. La seule chose qui paraît certaine, c'est qu'il a » eu une entrevue avec l'Empereur. Que s'est-il dit » dans cette entrevue ? — C'est ce que personne n'a » encore su tirer au clair. Ou prétend que M. Emile » Ollivier était dans une combinaison que préconi' » saient MM. de Persigny et Valewski. On va jusqu'à » l'accuser d'avoir voulu renverser M. Rouher. }) M. Buffet aurait été également appelé par l'Empe- M reur. »

S2 Jajwier. — « L'opposition contre M. Emile Olli-

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» vier s'accentue. On prétend qu'il ne peut se fixer » à rien et qu'il oscille perpétuellement entre ses » amis et la majorité. Il y a évidemment un mot » d'ordre donné. On affirme que c'est M. Walewski » qui a conduit M. Emile OUivier chez l'Empereur. La » combinaison n'aurait pas tenu deux heures; ce » serait l'Impératrice qui l'aurait fait échouer. »

2i3 janvier. — « M. Bufi'et, avec qyi je me suis en- >» tretenu, paraît radieux; on lui a accordé tout ce » qu'il demandait dans le discours qu'il a prononcé à » l'appui de l'amendement des 42. Il regrette seule- » ment la suppression de l'Adresse ; il pense qu'on y » reviendra; l'Adresse est la conséquence naturelle du » droit d'interpellation. M. Bufi'et voudrait qu'au lieu '> dé terminer les interpellations par un ordre du jour » général et vague, on en revînt à l'ordre du jour » motivé. Des membres de la majorité ne sont pas loin » d'adopter l'opinion de M. Buffet. »

25 janvier. — « La majorité commence à se ras- » surer. On lui a persuadé qu'en accordant les )) réformes, ce n'est pas l'amendement des 42 que ') l'Empereur avait en vue, mais bien le passage cor- » respondant de l'Adresse. L'amendement des 42 n'au- » rait fait qu'apporter un élément de plus dans les » déterminations du souverain.. Entre les. 42 et la » majorité, il n'y aurait eu qu'une question de > nuances. On dit que l'Empereur, dans le discours » de la Couronne, introduira une phrase qui donnera » à la naajorité une complète satisfaction sur ce » point. »

Pendant qu'à la salle des conférences on se livrait a des conjectures hasardées et que l'oçmiow ^' feçpxivX»,

M. Étnile Ollivier entrait en conférence avec M. Ronher; sur rinvitation de celui-ci, le député de Paris se rendait dans le cabinet du ministre d'État dans le but de d*entendre sur les bases àMonner aux lois sur la presse et sur le droit de réunion. Ce que fut cet entretien, M. Emile Ollivier ne Ta laissé entrevoir que d'une façon discrète ; mais il y a un point sur lequel il fut très net : « Permettez-moi, dit-il au ministre d'État, » de vous déclarer qu'il est faux, ainsi qu'on vous l'a )» affirmé, que mon unique désir soit de vous reiii- )) placer; pas un seul de mes cheveux n'y pense; si )^ oii Vous rapportait de moi un propos ou une dé- » marche qui pussent contredire mes déclarations » actuelles, je vous prie de m'interpeller formel- » lement. » On voit par là ce que valaient les bavardages de la salle deâ conférences.

Malheureusement, M. Emile Ollivier avait des amis compromettants qui n'acceptaient l'abnégation qu'il avait montrée depuis le début de la crise que sous bénéfice d'inventaire et qui escomptaient d'avance son accession au pouvoir. Ils lui attribuaient, au sujet de M, Rouher,des propos qu'il n'avait certainement pas tenus, mais qui devaient contribuer à mettre en méfiance un esprit naturellement ombrageux. Ainsi on prétendait qu'il avait dit que « si M. Houher était »» encore ministre, c'était à lui, Emile Ollivier, qu'il » le devait. » De pareils commérages auraient été mépHsés en d'autres circonstances. Mais M. Roufeer, devenu Tavocat de réformes qu'il avait rçpoussées, se sentait dans une position fausse, et tout ce qui Contribuait à le lui faire sentir lui causait de Vive$ il^ritâtldni.

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ï. Clémeût Duvernois a rempli dans cet imbroglio véritable rôle de dissolvant. Embusqué derrière les onnes de la Liberté et recevant les encouragements les confidences de hautes personnalités sur TinîncQ desquelles il se faisait de grandes illusions, il lit déclaré à M» Rouher une guerre sans pitié ni rci. Il annonçait des résistances sérieuses à la lisation du programme de rEmpereur> et il en rent M. Rouher responsable d'avance. C'est pour cela, lit-il chaque jour, qu'il appelait Vavèmment des imes nouveaux. Les choses en vinrent à tel point que Rouher crut devoir protester contre les intentions )n lui prêtait; il écrivit le 27 janvier à M. Emile vier : « Au fond, croyez que je cherche à assurer u programme de l'Empereur l'exécution la plus incère et la plus loyale ; toute autre solution serait ans valeur. »

]n s'exprimant ainsi, M. Rouher était sincère. Mais ommit une faute grave : il ne donna aucune suite entretiens que l'Empereur lui avait recommandé /oir avec M. Emile Ollivier. Les gens qui avaient »rêt à rompre la bonne harmonie qui avait régné jue-là entre ces deux hommes eurent dès lors le .mp libre; ils en profitèrent pour aigrir des rapports n'avaient eu, pendant quelques jours, qu'une corlité apparente. On répandit le bruit que M. Rouher, is le conseil des ministres, avait appuyé le main- 1 de l'autorisation préalable en matière de presse. Clément Duvernois s'empressa de publier, dans la >érté, un article efi'aré intitulé : le Minimum^ dans uel on accusait le cabinet de vouloir réduire à rien libertés promises. Au bout de quelc^ues ^QUts.^ V^%

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noavelles étaient reconnues fausses ; mais le coup porté. Malgré lui et à son insu, M. Emile Ollivier devenu l'antagoniste obligé de M. Rooher.

Ce n'était pas, à proprement parler, dans le ca que se montrait l'esprit de résistance. Les mini avaient trouvé dans TEmpereur une décision qi courageait tous les scrupules. Mais il s'était f dans la majorité un groupe qui paraissait déter à faire obstacle aux réformes. On faisait dan groupe assez bon marché de la suppression de T. risation préalable pour les journaux ; mais on espéré que le droit de réunion ne s'appliquerai aux réunions électorales préparatoires. Or, le 3(1 vier, le conseil des ministres avait décidé que les nions électorales seraient comprises dans la loi. i la salle des conférences était-elle pleine de fi^ irritées, et Ton commençait à faire entendre paroles malsonnantes. M. Jérôme David surtoi répandait en plaintes amères : « Avec ce système '» dit-il, il sera impossible à un préfet de faire pj » un candidat du gouvernement. » — « Avan »> mois, s*écriait un autre, nous aurons des cou] » canon^ L'Empire tombe dans les mêmes erreurs )» la Restauration et la Monarchie de juillet; il p » de la même manière. »

Il y avait eu, le l®"" février, un dîner à la présid du Corps législatif. Beaucoup de députés de la n rite y assistaient, et M. Walewski avait pu voir ( progrès avait fait Topposition. M. Granier de Ci gnac assistait à ce dîner. « Il ne faut pas, s'écria » seulement s'opposer aux mesures; il faut les )» pécher de se produire. » Ces paroles rencontn

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aturellement de Techo parmi les hommes qui deaient leur situation* à la candidature officielle et qui 3 sentaient menacés dans leilr avenir politique. M. le uc d*Albuféra, qui se rapprochait pourtant du Tiers- •arti, était un de ceux qui faisaient chorus et qui aplaudissaient le plus bruyamment aux paroles de [. Granier de Gassagnac.

Tous ne se montraient pas du reste aussi violents, eaucoup, parmi ceux qui étaient fort effrayés au début; Dmmençaient à revenir à des sentiments plus raisonables. Ce qu'ils réclamaient avant tout, c'est que t. Rouher restât ministre. Un grand nombre de déatés déclaraient que si on leur démontrait que la stison d'Etat exigeait les mesures proposées, ils les pteraient avec empressement. Pour amener ces sprits flottants et incertains, il avait suffi d'un loyen considéré comme infaillible ; on leur avait fait ntrevoir la possibilité d'une dissolution, et devant ette menace, ils avaient mis une sourdine à leur lécontentement. Ils comprenaient en effet qu'un ppel aux électeurs donnerait au gouvernement le eau rôle, puisqu'il aurait le bénéfice de ses intentions ibérales. Aussi, au bout de quelques jours, le parti e la résistance avait vu diminuer ses chances. Une orte de convention tacite s'était formée pour attendre 'ouverture de la session et le discours de la Couronne.

Mais, si sur le fond des réformes, il s'opérait une orte d'apaisement, les questions de personnes s^en- 'enimaient. Il y avait dans la Chambre un petit groupe ie députés qui annonçaient chaque jour l'avènement Prochain de M. Emile OUivier. Ils parlaient en termes nystérieux des entretiens qu'il avait eus av^iiY'E^m'ç^-

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reur et de la lettre très flatteuse que le souverain lui pi avait écrite. Ils ne montraient pa« cette lettre; maiiK ils assuraient en avoir reçu communication, etilspré-l» tendaient qu'elle faisait à M. Emile Oilivier une 8i*p tuation hors de pair. Ces bruits colportés dans les cou- p loirs, à la Bourse et dans les cercles, y répandaieBtP le doute et l'inquiétude. Le 4 février, aux Italiens, on s'était montré ému outre mesure. Les frères Isatc et Emile Pereire s'agitaient beaucoup au foyer du théâtre pour rassurer les esprits ébranlés^ Ils se déclaraient autorisés à dire qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans les commérages mis en circulation par de prétendus amis de M. Emile Oilivier. « Celui-ci » avait eu en effet une entrevue avec l'Empereur; » mais elle n'avait pas la portée qu'on lui attribuait » M. Walewski avait conduit M. Emile OUiVier auxh » Tuileries, afin de lui permettre de développer lei )) idées qu'il exposait dans uû Mémoire remis à l'Em- » pereur» L'Empereur lui avait, à la suite de cet en- » tretien, adressé une lettre fort courte et fort polie, » qui n'était qu'un simple accusé de réception. » La lettre de l'Empereur à M. Emile Oilivier était quelque chose de plus ; mais elle intriguait fort le monde politique et les ministres. Par un motif fort louable de discrétion, M. Emile Oilivier n'en avait donné communication qu'à un petit nombre d'amis intimes. Il n'en faisait voir qu'une copie, de sorte (lu'on ne pouvait savoir si la lettre était de la main de TEmpereur ou si elle avait été simplement écrite par son secrétaire particulier, distinction importante, pa-* raît-il, aux yeux de certaines gens. L'Empereur avait 1 éerit à M. Emile Oilivier saw^ ^Tfe^^TÎvcXçi^ ts^^^s^st^^^ >

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