‹ Histoire de douze ans (1857-1869): notes et souvenirsChapitre 17 sur 21 · LA LETTHE DU 1» JANVIER 1807 ^2S · texte numérisé non relu

LA LETTHE DU 1» JANVIER 1807 ^2S

utés persistaient dans leur projet de former un upe destiné à manœuvrer entre la gauche et la orité. L'élection des secrétaires qui devait avoir

le premier jour de la session leur parut une occa- L propice.

•e coup fut préparé de longue main. Habituellement, avait à pourvoir à deux vacances, deux secrétaires :ant par suite du roulement. Mais, cette année-là^ rhoinnet de La Tliurmelière, pour des motifs tout sonnels, déclara qu'il ne se représenterait pas pour e partie du bureau, ce qui portait à trois le chiffre secrétaires à élire. M. Busson-Billault, un des se- :aires sortants, crut qu'en présence de la détermi- Lon de M. Thoinnet de la Thurmelière, il n'y avait un inconvénient pour lui à poser sa candidature, lette résolution de M. Busson-Billault rompait dre du roulement, et remettait en question la rééion de tous les anciens secrétaires. Elle favorisait s tous les cas, les projets du groupe de députés

voulait faire de ^ réorganisation du bureau le it de départ d'une nouvelle stratégie politique. éOS candidats mis en avant étaient MM. Brame e.t 'tel. Ces deux députés étaient à tous égards dignes

suffrages de la Chambre. Mais ils devenaient à • insu des instruments de désorganisation. On lait surtout écarter M. Welles de La Valette, afin tteindre M. Rouher, son beau-père. On cherchait lement à m'éliminer, parce que j'avais cessé, di- ;-on, de faire partie de l'opposition, prétexte étrange la part de gens qui aspiraient à entrer, soit par -mêmes, soit par leurs amis, dans lea co\i^^S\.^ ^xi. ivernement.

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Il y avait là uu danger qu'il fallait conjurer. Li ^^j manifestation qui se préparait devait avoir pour résultat d'irriter la majorité qui y verrait l'intention de fo^ ^. mer une petite église destinée à la remplacer ou à%^

ffé

dominer. C'était ramener par une voie indirecte ta questions de personnes et préparer une crise plus oi moins prochaine.

Il y eut, le 13 février, la veille de l'ouverture de II ^ session, un dîner auquel assistaient les principal i^ membres de la majorité et les membres de l'anciea bureau. Il fut décidé que des mesures seraient priseï pour déjouer la manœuvre qui s'organisait et potf former de la majorité un tout solide et compact.

Si je n'avais consulté que mes convenances persoa|j^^ nelles, je me serais très volontiers retiré. Les fonctii de secrétaire que j'occupais depuis deux ans exigeaiei une grande assiduité aux séances. Or, l'année 1 se présentait à moi avec des devoirs multiples qi absorbaient presque tout mon temps: j'étais, à l'Ex sition universelle, le président de la classe du travi manuel qui exigeait de ma part une surveillance coi tinuelle ; j 'étais membre du jury international ; à Chambre, j'étais le secrétaire de la commission deU loi des sociétés, et j'avais à préparer la discussion qui ^ menaçait d'occuper de longues séances ; il m'était bien difficile de ne pas prendre part à l'étude et à 1* préparation de lois sur la presse et sur le droit de réunion. Dans ces conditions, il m'eût été fort agréable de céder la place soit à M. Brame, soit à M. Martel. Mais j'aurais eu l'air d'accepter une exclusion injuste à tous égards; j'avais, en efi'et, voté avec les 42, et si je m'étais rapproché de la majorité, je n'avais pas,

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>roprement parler, cessé d'être un homme d'oppoion. Le retrait de ma candidature eût donné lieu à e foule d'interprétations fâcheuses et eût amené le omphe de la coterie qui cherchait à se constituer.

me décidai donc à accepter la lutte.

Elle fut très vive. A l'issue de la première séance,

certain nombre de membres de la majorité se réirent dans le local du premier bureau pour arrêter liste des candidats qui devaient être présentés aux ïrages de la Chambre.

Q fut décidé : V qu'on maintiendrait ceux des sectaires que le roulement n'avait pas fait sortir; qu'on dresserait la liste des candidats qui se préiteraient pour occuper les places vacantes ; S'^que ; noms seraient placés dans une urne et qu'on tiret au sort les candidats que la majorité soutiendrait ses votes. L'urne étant absente, on eut l'idée malireuse de la remplacer par un chapeau. Le sortdéna MM. Mège, de Conegliano et de Guilloutet.

Quoique la plus grande impartialité eût présidé au )ix de cette liste", elle ne rencontra pas un assentint unanime. On trouva que le procédé employé it un peu trop expéditif. Dans la salle des confé- Lces, les candidats portés sur la liste avaient reçu le n de candidats du chapeau. Aussi les dissidents, qui lient été sur le point d'abandonner la partie, repriit-ils courage. On faisait une propagande acharnée is les couloirs en ferveur de la liste Brame-Martel . tf . Walewski n'appuyait que très mollement la liste la majorité ; les noms qui la composait n'avaient pas :tes ses sympathies. Mais M. E.Ollivier était très net; damait hautement l'idée de faire une ïaa\i\î^^\.^\Kû\îL

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à propos de réiection des secrétaires ei il conseillait à ses amis d'y renoncer on da moins de s*abstenir. Le moment lui paraissait mal choisi pour faire une démarche qui, de quelque côté qu'on l'envisageât, ne pouvait être qu'un acte d'hostilité.

On procéda au vote. La liste du premier bureau passa tout entière au premier tour, ou peu s'en faut. M. Martel obtint moins de voix que l'année précédente. Quant à M. Brame, il n'était arrivé que dixième, avec 38 voix seulement.

Au fond, M. Walewski n'eût pas été fâché que la Uste échouât. Outre que ses instincts le rapprochaient des gens du Tiers-Parti, il se rendait parfaitement compte que la direction de la majorité lui échappait peu à peu et qu'il n'était déjà plus l'homme de la Chambre. Il n'avait pu déguiser ses antipathies pour certaines personnalités dont les noms figuraient sur la liste. Ses amis avaient manœuvré avec tant de maladresse, que l'élection des secrétaires fut pour lui un véritable échec personnel. J'en fus, pour mon compte, très désolé, car nos relations avaient toujours été excellentes.

Le discours de la Couronne amena un certain apaisement. Le Tiers-Parti se déclarait satisfait du paragraphe relatif aux questions intérieures. La Chambre avait fortement applaudi la péroraison du discours où l'Empereur faisait appel à son concours pour Taider « dans l'œuvre difficile de gouverner un peuple, » et oùiy^hledédainasurles utopies dangereuses et sur » les excitations des partis » , M. Walewski eut aussi un grand succès le lendemain ; il trouva le moyen ^ii'/ittribuer à Tinfluence de la majorité les réformes 11-

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bérales concédées par l'Empereur. Beaucoup de députés ne demandèrent pas mieux que de le croire, et on sut gré à M. Walewski d'avoir ainsi rassuré les consciences trop scrupuleuses.

Mais les questions de personnes avaient pris une trop grande place depuis deux mois pour que la paix pût durer longtemps. La guerre recommença à propos d'une simple difficulté de procédure. Il s'agiss^t de savoir si, aux termes du décret qui réglementait le • droit d'interpellation, les auteurs d'une demande d'interpellation pourraieiit la déposer en séance publique et en indiquer les motifs, ou bien s'ils devraient se contenter de l'envoyer directement et par écrit au

Président. Le règlement était formel, et c'est dans le sens de la seconde alternative qu'il devait être interprété ; on avait voulu éviter que l'interpellation servît de prétexte à des développements qui rendraient inutile l'autorisation préalable des bureaux. Mais un certain nombre de députés étaient d'avis que la Chambre ne pouvait se prononcer en connaissance de cause, si on ne lui indiquait pas les raisons qui avaient dicté l'interpellation. Les sigr^taires étant dans l'impossibilité de se transporter dans les neuf bureaux, il était nécessaire, suivant eux, qu'ils pussent-accompagner l'interpellation d une sorte d'exposé des motifs.

La question fut discutée entre le Président et les secrétaires. Quelques-uns d'entre eux penchaient vers Tinterprétation la plus large; mais en consultant les textes, pous les trouvâmes tellement cliPs qu'il n'était pas possible de les éluder. Il fut décide qu'on suivrait strictement le règlement.

Malheureusement pour lui, à la preimète ÔLem^xv^LÇ^

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d'interpellation qui fut présentée, M. Walewski perdit littéralement la tête. M. Lanjuinais, qui voulait interpeller le gouvernement sur la suppression de l'Adresse déposa sa demande en séance publique, au lieu de la'i remettre au Président. M. Walewski donna de la pro- [ cédure à suivre une interprétation tellement embrouillée, que M. Ernest Picard en prit texte immédiatement pour interpeller à son- tour le gouvernement sur les ordres en vertu desquels le secret des lettres n'était plus respecté. Le règlement s'en allait à vau-l'eau; 1 le Président essaya vainement de le repêcher ; il contribua à l'enfoncer davantage.

Cet incident fut le signal d'un grand déchaînement contre M. Walewski. On n'était pas bien loin de l'accuser de trahison. On racontait que, dans un conseil des ministres auquel il assistait, il avait été décidé que le règlement serait rigoureusement appliqué, et qu'aucune demande d'interpellation ne devait se produire en séance publique avant d'avoir été autorisée par les bureaux.

Dans le monde officiel, on déclarait que le règle* ment avait été violé, et on se mit à rechercher gravement les moyens d'efi'acer les traces du précédent qui venait d'être créé. On comptait pour cela sur la fermeté de la majorité. Mais la majorité, outre qu'elle l,v ne comprenait rien à ces subtilités, ne se 'montrait pas 1»^, disposée à se laisser conduire. On trouvait d'ailleurs L que le Président ne pouvait agir autrement qu'iU^ l'avait fait. De quelque façon qu'on s'y prît, les de- .^^ mandes d'interpellation ne pouvaient échapper à b L publicité. Les signataires n'avaient-ils pas la ressource L^ des journaux? Avec \a ^Tocfeôixîcc^ xfe^'K^^^il^vte, il L^

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riverait que le public aurait connaissance des interdilations avant Jes députés. C'était inadmissible. Et lis, on entrevoyait le dessein des ultras d'enterrer les lestions indiscrètes et de réduire le droit d'interpeltion à ses plus étroites limites, et pourquoi ne pas le re? à rien. Tout cela paraissait illogique et absurde. 3 précédent resta acquis ; mais on commença à élever îs doutes sur les capacités présidentielles de M. Wawski.

Quand Tinterpellation Lanjuinais fut soumise à la scussion des bureaux, elle fut combattue très viiment par les ultras. Mais on put s'apercevoir que !ux-ci obéissaient à un mot d'ordre qui ne partait is des régions officielles. Ainsi, c'est M. de Montyeux, un des amis de M. le marquis de La Valette, li avait parlé dans son bureau en faveur de l'interïllation et qui avait contribué à la faire admettre. M. E. Ollivier nous apprend qu'à la veille de la scussion sur l'interpellation Lanjuinais, il soutint* ins une réunion qui eut lieu chez M. de Janzé, que les gnataires de l'amendement des 42 devaient voter )rdre du jour pur et simple, « quoique, dit-il, le droit d'interpellation ne parût pas au plus grand nombre un équivalent du droit d'Adresse. » Il eût é à désirer que tout le monde fût animé des mêmes întiments de conciliation. Mais M. de Girardin s'était nparé du nom de M. E. Ollivier pour le mettre conauellenient en opposition avec celui de M. Rouher. 3s lois destinées à régir la presse et le droit de union n'avaient pas encore été élaborées par le nseil d'État que. M. de Girardin opposait ^.\rL lo\^mher ce qu'il appelait lois-Ollivier . "De V\n^^ ôàs»^\^s»-

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sions s'engageaient dans la presse. Il y avait évidem ment des hommes politiques intéressés à amener entre M. E. Ollivier et M. Rouher une rupture éclatante. »

L'interpellation de M. Lanjuinais sur la suppression de l'Adresse eut lieu le 25 février. La discussion fol conduite de la façon la plus maladroite. On avait recommandé à M. Walewski d'appliquer complètement les dispositions du sénatus-consulte du 6 juil-l let 1866 et d'empêcher que la Constitution fût discutée. 1^ Il exécuta les instructions qu'il avait reçues avecnne rigueur intempestive. M. Lanjuinais qui voulait prouver que les modifications apportées au décret du 24 novembre 4860 n'étalent pas dans l'esprit de la Constitution, futforcé d'interrompre sa démonstration. Après un discours de M. Jules Favre, parlant au nom de la gauche, on avait réclamé la clôture ; mais M. Emile Ollivier avait demandé la parole et M. Walewski tenait beaucoup à ce qu'il parlât. Il avait raison; car M. Emilo Ollivier était, paraît-il, décidé à faire une déclaration favorable aux réformes du 49 janvier et à en finir une bonne fois avec la gauche. Mais pour obtenir la continuation de la discussion, il , n'était pas nécessaire d'avoir recours à un subterfuge; il était visible en efi'et que, si on lui donnait de bonnes raisons, la majorité n'insisterait pas sur la clôture. La clôture fut mise aux voix, et sans consulter les secrétaires sur le résultat du vote, qui paraissait douteux, M. Walewski décida que la discussion continuerait.

Les membres du bureau furent, à leur sortie de la salle, l'objet des interpellations les plus vives. Le

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garde des sceaux, M. Baroche, déclara que cette façon de procéder mettait le gouvernement dans l'embarras. Les secrétaires, placés dans une situation fausse, parlaient de donner leur démission. Mais le lendemain, à la suite d'une longue explication sur Tincident; le Président avoua qu'il avait eu tort en omettant de consulter le bureau. Devant cette déclaration, les secrétaires n'insistèrent pas.

La journée du 26 février 4867 a été le point aigu de la crise ouverte par le décret du 19 janvier. C'est de ce jour-là que date réellement la rivalité fâcheuse qui s'est établie entre M. E. Ollivier et M. Rouher. Jusque-là, ils avaient paru marcher d'accord^ ne tenant aucun compte du tapage qui se faisait autour de leurs noms, et écartant toutes les tentatives de division qu'on voulait établir entre eux.

Au début de la séance, il était naturel que M. E. Ollivier prît le premier la parole, puisqu'il était inscrit. Mais M. Rouher réclama le bénéfice du privilège qui accorde la priorité à un ministre sur tout autre orateur. Il parla et longuement. Son discours fut un hommage éclatant rendu aux réformes du 49 janvier. Après ce discours, il ne restait à- M. E. Ollivier que l'alternative, ou de se taire, ou de prendre acte des déclarations de M. le ministre d'Etat. Il réclama la parole. Aussitôt des clameurs s'élevèrent des bancs de la majorité ; on demanda avec insistance la clôture. La manœuvre se laissait trop apercevoir. Aussi M. E. Ollivier n'eut aucune peine pour ramener la Chambre au sentiment de la justice. La clôture ne fut point prononcée, et la parole lui fut maintenue. Il n'en usa que pour donner en peu de mots wive ^ôXife^x^xv %'»»»»

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réserve au discours de M. Rouher et pour inviter ses r] ses amis « à se réunir à ceux qui exprimeront leur «e >» satisfaction et leur confiance en votant l'ordre da » jour. »

M. Rouher avait évidemment pris pour lui le beau fu role, et, bien qu'il eût usé pour l'obtenir d'une tactique un peu brutale, le beau rôle lui restait. M. Emile 01livieren paraissait légèrement amoindri. En réalité, il avait obéi, comme il lui est arrivé souvent, à sa nature prime-sautière. Mais le monde politique, qui ne juge le plus souvent les actes que sur les apparences, j se montra impitoyable. M. Emile de Girardin donna le signal par son fameux article : Les réserves quinoni pas été faites y dans lequel, parodiant le mot du Journal des Débats à M. Guizot, il disait à son allié de la veille : <( Vous pouvez avoir encore notre estime , mais ») vous n'aurez plus notre concours. »

Cet incident parlementaire eut un long retentissement. Le lendemain 27 février^ avait lieu au Vaudeville, la première représentation des Brebis galeuses^ de Théodore Barrière. On s'entretenait bien moins de la pièce dans les couloirs que de l'attitude prise par M. Emile Ollivier. L'article de M. de Girardin servait de thème aux commentaires. On racontait que la veille, en sortant de la séance, le directeur de la Ltèerté avait dit : « Ou M. Ollivier a un portefeuille dans sa » poche, ou il est devenu fou. » M. de Girardin était fort entouré et fort interrogé. En passant devant sa loge qui était ouverte, je l'entendis qui disait à M. Paul de Saint- Victor : « Je ne l'ai jeté si brutalement à la » mer que pour avoir occasion de le repêcher dans » deux ou trois mois. »

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Il n'attendit pas aussi longtemps ; car, dès le 28 fé-

"Vrierjil prenait sa meilleure plume pour défendre contre

ies attaques des journaux officieux celui dont il s'était

séparé la veille avec tant d'éclat. Mais la rupture n'en

^tait pas moins définitive. M. E. de Girardin, déçu

Jans l'espoir, longtemps caressé, de voir arriver au

jouvoirun homme représentant ses idées, s'était lancé

dans une opposition violente contre l'Empire. La Li-

ierté avait été saisie, et l'éminent publiciste avait été

s'asseoir sur les bancs de la police correctionnelle.

Celui qui se donnait le nom de Condamné du 6 mars

jouvait, pour son compte, procéder à ce qu'il appelait

y Amputation, Il n'y avait plus d'entente possible entre

Qui et M. Emile Ollivier.

Au reste, une réaction en faveur de ce dernier s'était produite au bout de quelques jours dans le sein de la Chambre. On disait que l'Empereur l'avait fait appeler pour le complimenter sur son attitude. Devant les députés qui faisaient partie de sa Maison, le souverain s'était exprimé en termes sévères sur l'hostilité qu'on paraissait témoigner au député de Paris. Il avait chargé M. de La Valette de blâmer fortement un article violent publié dans le Pays par M. Granier de Cassagnac. On avait eu vent de tout cela dans la Chambre. Aussi les sentiments des députés se mirent à l'unisson, et on entendit M. Mathieu, un futur compétiteur, dire en pleine salle des conférences qu' « il >> était impolitique de repousser M. Emile Ollivier )) puisqu'il venait à la majorité. » Le 10 mars, les bureaux nommèrent la commission chargée d'examiner le projet de loi ayant pour objet d^ dàc^ttiKt une récompense à Lamartine, et ew tfexcvcvvçcka.%^ ^^

iiti HISTOIRF I>F IK»rZF. A5S

bon vouloir, M. E. OllÎTier fat choisi comme membre et rapporteur de la commission. \ à

Pendant que le Corps législatif s*épuisait en débafi stériles sur des rivalités personnelles, le gouYemement avait réussi à faire adopter un sénatus-consnlte çn permettait au Sénat d'annuler ou de suspendre uneloi jii votée par les députés du pays. C'était un mojen de contrebalancer l'action directe du Corps lé^slatif. Le Sénat avait voté sans bien se rendre compte de Tim- ^: portance de l'innovation. Les parlementaires y avaient TU un acheminement vers le svstème des deuxCbambres et y avaient applaudi. M. Ernest Picard seul crut y apercevoir un amoindrissement de la Chambre issue du suffrage universel. Il demanda à interpeller le gouvernement ; mais sa demande fut repoussée par ' les bureaux qui bien certainement n'en comprirent pas la portée.

La Chambre était du reste préoccupée de deux faits ' qui l'empêchaient de porter ailleurs son attention : le gouvernement venait de déposer sur le bureau les projets de loi concernant la presse et le droit de réunion; d'autre part, les bureaux avaient admis une interpellation de M. Thiers « sur les affaires extérieures. » On n'avait soumis aux bureaux cette interpellation que pour la forme ; car, au lendemain du 19 janvier, le Moniteur avait publié la note suivante dont le texte avait été fourni par M. Emile OUivier :

« Le gouvernement a le vif désir de soumettre à » l'appréciation des grands corps de l'État les motifs >> qui ont déterminé sa conduite dans la politique exté- » rieure. La suppression des débats de l'Adresse ne » retardera pas ces explications, car le gouvernemeni

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> est décidé à accepter dès le début de la session les

> demandes d'interpellation qui lui seront adressées . sur les affaires étrangères. >, .

Cette discussion sur les affaires extérieures fut un , véritable tournoi oratoire; M. Thiers y prononça le Tameux discours qui se terminait par ce trait venimeiix : Prenez garde, il n'y a plus une seule faute à commettre. Cette fois, M. E. Ollivier trouva le moyen de prendre sa revanche. Il répliqua à M. Thiers et remporta un triomphe complet. M. Rouher eut beau le lendemain se surpasser lui-même ; il ne parvint pas à effacer l'impression produite par l'orateur que les circonstances lui avaient donné pour rival. Le 14 mars, on ne parlait aux Tuileries où il y avait une grande réception que du discours de M. Thiers, et les cri- • tiques sanglantes dirigées contre la politique impériale dans les affaires de 4866 avaient allongé les visages. Le lendemain, à la soirée de la Présidence du Corps législatif, les mêmes personnes étaient rayonnantes. On déclarait qu'après le discours de M. E. Ollivier, il ny avait plus rien adiré et que M. Rouher avait reçu « la monnaie de sa pièce ». On s'élevait contre les interruptions dont TExtrême-Droite avait émaillé ce discours qu'oif considérait comme un grand acte politique; on les trouvait d'autant plus maladroites qu'aux yeux des esprits inattentifs, elles pouvaient passer pour des adhésions aux allégations de M. Thiers. Les amis de l'homme d'État de la place Saint-Georges et les gens du Tiers-Parti se montraient consternés. On avait remarqué que M. Buffet, qui avait ponctué de Très bien le discours de M. Thiers, avait haussé les épaules à plusieurs reprises pendant \e âÀ^ciowx^ ^^

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M. Ollivier. Le 46 mars, M. Clément Duvernois, s*inspirant de ses rancunes, publiait un article très violent dans lequel il appelait M. E. Ollivier le nouveau membre de la majorité.

Le 18 mars, comme je prenais ma place au bureau, un de mes collègues, M. Mège *, qui était de service avec moi, me dit : « Nous fondons un cercle, voulez- » vous en être ? — Je r4pondis : Quelle en sera la » composition ? — On ne fera exclusion de personne, » me dit M. Mège; seulement on fera surtout appel )) aux membres de la majorité; tous les membres du » bureau ont déjà donné leur adhésion. Vous ne pou- » vez, sans faire injure à la majorité qui vous amain- » tenu à votre poste de secrétaire, refuser votre » adhésion. — Eh bien, dis-je à M. Mège, inscrivez- » moi. Au lendemain du jour où l'Empereur donne les » libertés que j'ai si souvent réclamées, j'aurais en » effet mauvaise grâce à me séparer de mes collègues; » j'aurais l'air de me réserver. J'ai toujours été très » net. Dites à vos amis qu'ils ne me trouveront jamais • » parmi les partisans de l'équivoque. » '

Il s'agissait de la réunion qui a acquis une certaine célébrité sous le nom de Cercle de la rue de V Arcade, ' Les députés qui devaient en faire partie avaient été convoqués pour le 22 mars. J'appris qu'il y avait eu quelque difficulté pour la formation du Cercle. Les ministres ne voulaient pas en entendre parler, et le Préfet de police avait reçu pour instruction de refuser l'autorisation. Mais M. Jérôme David qui avait ep l'idée de cette réunion, était parvenu à triompher de

i. M. M fige a fait partie dw mVtiXsX^Tft QVûn\w «bl\«V^.

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tous les obstacles. Il expliqua que l'on n'avait pas pour but de constituer un groupe ayant un caractère exslusif : « Qui voudra y venir y viendra, » dit-il. Il ne ievait pas y avoir de chef, et afin d'éviter toute apparence de direction occulte, on tireraitau sort chaque soir les noms du président et des deux secrétaires. Les adhésions du reste étaient nombreuses. On pouvait 3ompter sur près de 200 membres.

Tout allait bien jusque-là, quand un député, qui avait ivec M. Rouher les rapports les plus intimes, fit une sommunication qui contrastait singulièrement avec «s déclarations conciliantes de M. Jérôme David. Les ïureaux étaient convoqués pour le lendemain 23 mars, tfln d'examiner le nouveau projet de loi sur la presse. Dans la réunion des présidents de bureaux, qui avait îeu pour examiner des questions d'ordre intérieur, id. Walewski avait annoncé que l'Empereur avait «anifesté le désir de voir M. E. OUivier faire partie Le la commission. M. Rouher s'était, paraît-il, ému .e cette démarche du Président du Corps législatif, et I avait été prendre les ordres de l'Empereur. Le député ni portait la parole, se prétendait autorisé à déclarer ^iie jamais l'Empereur n'avait songé à désigner 1. E. OUivier, que si quelqu'un sur cette question ^présentait la pensée gouvernementale, c'était M. Mahieu, et que c'était cet honorable député qui se pré- «ntait officiellement aux sufi'rages du 8® bureau.

Cette communication intempestive produisit une tnpression fâcheuse. IJn certain nombre de députés Lui avaient donné leur adhésion la retirèrent. Ils craifnirent de se trouver inféodés à une personnalité , q^\ occupait sans doute une grande place àax\^\^ çpvr^et-

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La ii^cnsyLoa f»r Li 1:1 i»? la sr^sse dans les bareaai fin 'rr'îa tît*. Dan? le •y' bureau, 'ioai: je faisais parfoi ^ Jr- prîj la par:k p-ûr ci:!Gbar::rç le projet qmi était Oj!itra»iic*i*:2. avec les pmcires isiyiL\ jasqae-là M. m'écaii p«:né le iêfenseor. Ma criîiqTie parci si com-j^ plète i ietix membres de la gaaclie. iDL Pelletan ^ Mane. onlls déclarèrent n'avoir rien à t ajouter. J« û'obtins que trois Toix. Dans le8" boreaa, les chosesseî passèrent o.mme on TaTait annoncé an Cercle de \ me de T Arca«ie. M. Msthien. dépoté de la Corrèze et aiDi' particolier de M. Rouher, se troaTa en concnrrencô avec M- E. Ollivier. L>n passa an Tote ; M. Mathieu l'emporta. La majorité n'était que d'une Toix \ IScontrô 12 . La cabale n'en arait pas moins rénssi. Un incident de bureau Tenait de faire de M. E. Ollivier et dô M- Rouher deux ennemis irréconciliables. Cet incident devait avoir du reste des conséquences plus graves au point de vue politique.

On avait remarqué qu'à partir de ce moment, M. Walewski avait cédé le fauteuil à l'un des viceprésidents, M. Alfred Leroux. On racontait tout bas que le vote du 8* bureau avait blessé le Président et qu'il avait été se plaindre à TEmpereur de ToppositioD personnelle que lui faisaient certains membres. Oc parlait même d^une démission qui aurait été donnée et de la prochaine nomination de M. J. David à la pré sidence du Corps législatif. Mais M. Walewski aval

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