‹ Histoire de douze ans (1857-1869): notes et souvenirsChapitre 18 sur 21 · LA LETTRE DU 19 JANVIER 18()T · texte numérisé non relu

LA LETTRE DU 19 JANVIER 18()T

reparu au fauteuil, et tous ces bruits s'étaient évaxiouis.

Le 28 mars, c'était M. Schneider qui présidait, et les commérages avaient repris de plus belle. A la soirée des Tuileries, on annonçait la retraite de M. Walewski : les uns prétendaient qu'il avait donné sa démission, les autres qu'on la lui avait demandée. On faisait connaître la combinaison qui avait prévalu : on ne donnerait pas de successeur à M. Walewski; la Chambre devait être alternativement présidée par M. Schneider et par M. Alfred Leroux.

Le 29 mars, le bruit de la veille était devenu une certitude, lîn peu avant l'ouverture de la séance, on avait aperçu M. de Persigny se promenant fiévreusement dans la salle des conférences. Il parcourait les groupes et annonçait que M. Walewski allait monter au fauteuil pour donner les motifs de sa démission. Comme un député exprimait à M. de Persigny son étonnement sur cette forme insolite de procéder : a Croyez-vous, s'écria-t-il avec emportement, que » M. Walewski va se laisser donner des coups de pied » dans le c... sans rien dire? »

M. Walewski monta en effet au fauteuil. Il lut un petit papier contenant l'annonce de sa démission, . donnée, dit-il, dans un but d'union et de concorde. Il appela au fauteuil M. Schneider et se retira par le couloir de gauche, suivi par les députés de la gauche et du Tiers-Parti descendus de leurs bancs pour lui serrer la main, et lui faire cortège. La majorité resta immobile et silencieuse.

Après la séance^ les secrétaires, à l'exception de M. Welles de La Valette, crurent àe^oVt tctyÔlT^^ ^

M. Walewskiune visite de condoléance. Le Président démissionnaire nous reçut dans son cabinet. Il dobs donna les motifs réels de sa démission. Il avait été, en effet, profondément blessé de la communication qui avait été faite au Cercle de la rue de l'Arcade au sujet de la candidature de M. Ollivier. A cause delà qualité de la personne qui portait la parole, il avait tu là une sorte de démenti qui lui était infligé par M. Rouher. Il avait demandé à M. Rouher de retirer ce démenti ; M. Rouher s'y était refusé. M. Walewski avait considéré dès lors que sa dignité était amoindrie devant la Chambre, et- qu'il ne pouvait pas accepter une pareille situation. Ce n'était là, du reste, ajoutaitil, qu'un incident; il était visible que M. Rouher voulait lui susciter toutes sortes de difficultés. Il préférait se retirer plutôt que d'être une cause de désaccord.

Je suis convaincu que M. Walewski guettait depuis longtemps un prétexte pour s'en aller et qu'il choisit avec empressement celui-là, comme lui étant le plus favorable. Il était chaque jour témoin des luttes qui s'engageaient entre les groupes de la Chambre; la majorité s'émiettait; l'opposition devenait plus ardente. En haut lieu, on avait compté sur le Président pour refréner les ardeurs de la gauche et en même temps pour arrêter la décomposition de la majorité. Or, M. Walewski n'avait pas l'autorité nécessaire pour accomplir ce double rôle ; il s'était laissé accaparer par le Tiers-Parti, et il comptait dans la Chambre trop d'adversaires personnels pour exercer sur elle une véritable influence. Quoique doué d'un grand esprit politique, il n'avait pas Thabitude des assemblées; il manquait du sang-froià indiV^^^Ti^îàA^ ^Ci\«\s:ws:^^\V^

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aot juste et pour réprimer les écarts de tribune. Ou il aissait faire et dire, ou il intervenait hors de propos, l s'était rendu lui-même compte de son insuffisance, t il se retirait spontanément pour n'être pas amené à ô faire plus tard forcément.

Dans les circonstances où elle se produisait, la hute de M. Walewski fut considérée comme le pre- (lierpas fait dans la voie de la résistance aux réformes lu 19 janvier. Un instant on eut l'espoir que le Préident démissionnaire resterait député; déjà on for- Qait le projet de constituer un groupe dont il devien- Irait le chef. Mais le 3 avril, un décret élevait M. Waewski à la dignité de sénateur; c'était une renonciaion à tout rôle politique.

On eut bientôt le mot de tous les efforts qui avaient ibouti à la formation du Cercle de la rue de l'Arcade. 3n n'avait élevé péniblement cet échafaudage politique lue pour faire arriver M. J. David soit à la présidence, soit à la vice-présidence du Corps législatif. Les choses ^'allèrent pas toutes seules. L'Empereur avait personnellement du goût pour M. J. David et l'Impératrice încore davantage. Mais on trouvait qu'il manquait de a souplesse nécesssaire pour remplir des fonctions iussi délicates. Le titre que lui donnaient les journaux ie chef des Arcadiens lui constituait aux yeux de •'Empereur une situation qui le rendait en quelque sorte impossible. Le nommer, c'était encourager la f^éaction dans sa résistance. En l'élevant à la dignité de président de la Chambre, on semblait faire abandon des réformes du 19 janvier.

Il y eut à ce sujet de grandes hésitations. Unlw^l'ô.xil on put croire que M. J. David avaVt ^etôiu \.ci\y\.^^

ses chances. Le lendemain, il paraissait les avoir re- ai gagnées. L'Empereur avait été frappé de cette consi4é dération que M. J. David avait été nommé trois foi secrétaire par la Chambre, et ce fait témoignait i ses 3'eux de l'estime dont il jouissait auprès de ses col lègues. Mais ce motif ne suffît pas pour triompherd

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objections que soulevait la candidature de M. J. Dairid. De guerre las, l'Empereur s'arrêta à une transaction; g M. Schneider, vice-président, fut Choisi pour rem- j^ placer M. Walewski; on nomma, à la place de^j M. Schneider, M. Gouin, un député que ses anté-H( cédents parlementaires mettaient à l'abri de tout |e< soupçon rétrograde; M. J. David fut nommé troisièmAt vice-président. • ju

La nomination de M. J. David enleva au Cercle di le la rue de l'Arcade toute son importance politique. D n'y fit plus que de courtes et rares apparitions. Oi avait eu vent que le Cercle était vu d'un œil peu favorable par l'Empereur. Dans un article intitulé la Réac tioriy le journal Y Étendard y qui passait pour refléter la pensée impériale, avait donné à la majorité un avertissement auquel elle s'était montrée très sensible. Le Cercle devint peu à peu une sorte de rendez-vous pour les députés qui ne savaient où passer leurs soirées. On y jouait au billard, et on y faisait force parties de piquet; mais on y causait très peu politique. Ilyent encore quelques réunions où, sur des questions spéciales, on discuta de la conduite à suivre ; elles attirèrent peu de monde, et petit à petit se réduisirent à rien. Quand, quelques mois plus tard, une campagne fut ouverte par des journaux du Tiers-Parti contre le Cercle de la rue de Y krca^e , ow^^wX. $Cyc^ Q^^^'^'hî&ss: s

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it sur un ennemi absent; le groupe des Arcadkns it dispersé.

la veut-il dire que les idées de résistance s'é- ^t évanouies? Elles étaient au contraire devenues fortes que jamais. A la commission de la loi sur ^it de réunion, on ne parlait rien moins que d'en- '^ la loi. Les amendements à la loi de la presse accédaient plus excentriques les uns que les au- • tous avaient pour but de revenir aux mesures î*ictives. L'amendement de M. Mathieu eut un ^^s de fou-rire et est resté légendaire. Par contre, députés de la gauche et du Tiers-Parti, devenus ^ants, se montraient pressants et mettaient à chaanstant les commissions en demeure d'achever travail et de déposer leurs rapports.

^ jnajorité était fort embarrassée. Les journaux la jÇ^ient d'une dissolution, si elle se séparait avant rj^ roté les deux lois libérales. On faisait courir r'/f qti'une intrigue s'ourdissait dans l'entourage ^^TGux pour se débarrasser du même coup de ^j^G et du ministère. On devait dire à TEmpe- ^ J^ majorité était réellement dévouée, elle marchandé, comme elle le fait, le vote l'armée : elle s'est fait tii;er l'oreille ; des modifications de toute sorte ; ce ^ majorité dévouée que celle qui fait ^-^térêts avant ceux du pays.» Pour "^^e M. Rouher, on se proposait de pas relevé l'Empire pour changer les tie^ q^i ^^^ fondé la prospérité de la x^^^ demandait ni traités de commerce ^^^xuerciales ; le pays rèvi\am^;\\* ^N^\iî^

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») tout d'être relevé de la déchéance qu'il avait subie ») depuis 1815 ; la raison d'être de l'Empire, c'est de .) rendre à la nation son prestige aux yeux de Tétraû » ger ; la politique de M. Rouher est essentiellement » anti-impérialiste ; on doit y renoncer au plus vite.»

C'était là des combinaisons ridicules. Mais elles révélaient tout ce qu'il y avait d'équivoque dans la situation. La majorité- voyait bien qu'elle avait cesse d'être le point d'appui du gouvernement. Sans doute, les hommes qui lui étaient chers occupaient les ministères ; mais c'est la politique de la minorité qu'ii étaient forcés de suivre. «La majorité se sentempoiJ » sonnée, » me disait M. de La Valette. Le mot était fort juste ; on avait fait avaler à la majorité les ^éfo^ mes du 19 janvier, et comme un homme empoisonné, elle faisait tous ses efforts pour les vomir, sentan ^, bien que si elle se les assimilait, elle était perdue e que l'heure de sa mort ne tarderait pas à sonner.

C'était toujours la loi sur le droit de réunion qui inspirait le plus de répugnance aux députés de I* Droite. On parlait de faire une démarche collecti^^^ auprès de l'Empereur pour le supplier de ne pas'doM.. ner suite au projet. Mais au moment de se mettre route pour les Tuileries, on hésitait, on sentait qu'unu^, pareille démarche eût été le signal de la débâcle. Mj trouve, dans mes carnets, à la date du 24 mai, la not«| curieuse que voici : 1.

(( Je causais hier avec M. Paulmier, un des mettlj

» bres de la commission du droit de réunion. IlétaitA

» fort mauvaise humeur : u Nous avons fait, disaii

» il, tous nos efforts çouy \sio\itc^\: ^.vl ^ouvernem

» combien cette loi est àLa.iig,^ic«vys.^ \m^^ o^^^^^^

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i7r» HISTOIRE bï. DOlZt A>S

rapports. Les commissions s'exécQtèrent immédiate-fc Cl ment. Le rapport sur la loi relative aux réunions pork. ai bliques fut présenté le 12 juin ; le rapport sur la loifcpt concernant l'imprimerie et la presse fut déposé troiikbe jours après. l^^^

Mais quand il s'agit de placer ces lois à Tordre dfllrai] jour, une nouvelle difficulté s'éleva. La session étaitjien très avancée, et il paraissait impossible que la discussion put aboutir avant la réunion des conseils généraux ; on serait donc forcé de l'interrompre et d'ajourner la Chambre. Ne valait-il pas mieux dès lors ren- ly a voyer la discussion de lois politiques à une session Ipk supplémentaire qui aurait lieu au mois de novembre h i ou d'octobre ? Un grand nombre de députés se mon- m traient favorables à cette combinaison, et par desmo- jce tifs tout opposés ; les uns espéraient qu'un incident p quelconque ferait rentrer le gouvernement en lui-même p et que les lois seraient retirées ; les autres craignaient que le temps manquât pour les soumettre à un examen sérieux et pour en faire disparaître les dis- ' positions restrictives. Il n y avait qu'un point qui faisait hésiter ces derniers, c'est que l'ajournement ne cachât une arrière-pensée de rétrogradation.

Il y avait foule le 18 juin à la réception du minis- 1 tère de l'Intérieur. Aux députés qui l'interrogeaient, \ M. de La Valette faisait la même réponse : « Si la Cham- » bre désire renvoyer à une session supplémentaire

• Jf ^^^® d^s lois politiques, elle en est la maîtresse ;

* ^^^^ ^^ jour lui appartient. Mais le gouverne- ^ ment déclare qu'U est prêt dès à présent à soutenir » la oiscussiou. 7^

était évident que le gouvernement voulait laisser

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