‹ Histoire de douze ans (1857-1869): notes et souvenirsChapitre 19 sur 21 · LA LETTRE 1)1 19 JANVIER · texte numérisé non relu

LA LETTRE 1)1 19 JANVIER

a Chambre la responsabilité de la résolution à pren- 3, afin de pouvoir dire, le cas échéant, que pour son □apte, il n'aurait pas demandé mieux que de donner X besoins de réforme uûe satisfaction immédiate. Mais M. Buffet vint mettre la question sur un autre Tain. Il s'était formé un groupe autour de M. de La lette; M. Buffet se plaça en face du ministre : « La Ohambre, dit-il, voudrait savoir à quoi s'en tenir 5ur les projets du gouvernement. S'agit-il simpleaaent de la proroger? Il n'y a aucun inconvénient, il Y a même avantage; les lois seront examinées avec dIus de maturité et votées en connaissance de cause. 3'il s'agit d'une dissolution, le point de vue change : par la dissolution, le gouvernement est débarrassé les lois politiques,. il peut en saisir la Chambre nouirelle ; mais il est libre aussi de ne pas le faire. Les réformes du 19 janvier peuvent ainsi être mises à léant.» A cette question si nette, M. de La Valette londit d'une manière évasive : « Le droit de dissoution, dit-il, est un droit constitutionnel; je ne puis Das prendre à cet égard d'engagement pour Tavelir ; tout ce que je puis dire, c'est que, personnelement, je ne pousse pas l'Empereur à en faire isage. Il est vrai que d'autres peuvent ne pas être • lo mon avis; pour mon compte, je l'ignore absolunent. La seule chose que je puisse affirmer, c'est ^u'il n'a pas été question de dissolution dans les ionseils du gouvernement et que les journaux sont ieuls les auteurs de ces bruits. » , L,e 21 juin, la question d'ajournement se présenta ^ant la Chambre. M. Schneider proposa à^ m^XX^ç^ V. ^dre du Jour le budget, ce qui impiictaa\l\ô t^uNorv'^

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une autre session des lois sur Tarmée, sur la pr et sur le droit de*réunion. « La pensée du gouve » ment, dit M. Rouher, est de demander à votn » triotisme une réunion prochaine qui sera fixée » premiers jours de novembre. » M. E. Ollivier es de combattre l'ajournement; mais Tunion s'était! évidemment à son insu, entre les diverses nuanc la Chambre, a Si j'ai bien compris M. le ministr » suis prêt à accepter sa proposition, dit M. Tt » et voici ce que j'ai compris: au liiois de novei » nous retrouverons le terrain tel qu'il est au )) d'hui, les lois telles qu'elles sont présentées p; » commissions. Est-ce bien là ce qui est ent< » monsieur le ministre? )> — « Oui! oui! » s'écria sur les bancs de la majorité. Les hésitations sèrent; l'ajourneaient fut prononcé par 210 voix tre34.

A la suite de ce vote, et malgré les déclaratio: M. Rouher, les menaces de dissolution recomm rent de plus belle. On fut fort étonné de voir la Fi qui avait pris la défense du Corps législatif api vote d'ajournement, se rallier aux journaux qi étaient hostiles et réclamer comme eux la dissoli Evidemment, il y avait un mot d'ordre. On l'attri à l'entourage de M. de La Valette. Il n'y était pe nellement pour rien. 5'eus occasion de m'entn avec un de mes collègues qui l'approchait de très et je pus m'assurer que les inspirations venaient leurs. Comme je faisais remarquer le mauvais qu'avait produit l'article de la France, on me rép que la Chambre avait tort de s'émouvoir des ai de journaux et qu'on ue devait pas faire atten

LA LKTTRE Dl H) JANVIEM 1N<>T :27i)

î que disait M. deLaGuéronnière, dont on connaisût l'inconsistance politique. « Le Marquis, ajoutaiton, n'est pour rien là-dedans. Il n'est ni pour ni contre la dissolution, puisque c'est un droit qui appartient à TEmpereur. Cependant, il y a des considérations qui militent en faveur d'une dissolution ' immédiate^ et, si la majorité le comprenait bien, elle se rallierait immédiatement à cette idée. Il y a, depuis le 6 juin (date de l'attentat de Berezowski), un courant d'opinion plus fort en faveur de l'Empire. Il faut savoir en profiter. Plus tard, on ne sait pas ce qui petit arriver. Les élections seraient faites par l'administration actuelle ; on conserverait les candidatures officielles ; la majorité reviendrait et une douzaine au moins de membres de l'opposition resteraient sur le carreau. »

Ce que mon interlocuteur n'apercevait pas, c'est lie son raisonnement péchait par la base ; croire l'on pouvait dissoudre la Chambre et conserver en ême temps le ministère était une pure illusion, uel motif donner à une dissolution, sinon que la mainte avait accueilli avec trop de tiédeur les réfores du 19 janvier? Mais le ministère n'avait-il pas été )bjet des mêmes accusations? N'était-ce pas lui qui rait invité la majorité à voter l'ajournement? Il était Jidaire de la majorité ; il tombait, si elle tombait. 3S élections seraient faites par d'autres, si la majorité sparaissait.

Quel que fût le promoteur de cette nouvelle camigne, il en fut pour ses frais. La Chambre comprelit que le vote d'ajournement, dans les conditions i il avait eu lieu, constituait une sorte ô! e\iç,^%^^ai^x^

i<«» RÎ'^TOIRE DE D«>rZE A5> I

moral, et que le gouvernement était le premier inté-I * '

ressé à ce qu'il fiir tenu. Le bruit se répandit que ce-

tait M. J. E^avid qui avait fait auprès de rEmpereur

une démarche en faveur de la dissolution. Les ittf ^

quiétudes cessèrent immédiatement- On était certaiif ■

que la démarche, si elle avait en lieu, n'avait ancunei

chance d'aboutir. i

On approchait du dénouement de la lutte qui s'était' engagée depuis six m«Ms entre le Tiers- Parti et M. Rouher. Des journaux avaient mis de nouveau en avant le nom de M. E. OUivier pour le ministère d'Etat. On savait que l'Empereur n'aimait pas à s'abriter derrière une impopularité.* Aussi faisait-on tous les efforts pour démontrer que l'opinion était hostile àj^ ^ M. Rouher. M. E. OUivier était mis en demeure de s'expliquer sur la part très large qu'il avait prise aux réformes du 19 janvier. !/

Le 12 juillet. M. E. OUivier, obéissant à ces sug

ir

gestions, prononça à la tribune un véritable réquisitoire contre M. Rouher. Cette fois, c'était bien d une rupture définitive qu'il s'agissait: elle allait plus loin : à travers M. Rouher, M. E. OUivier atteignait l'Empereur. On ne pouvait pas en douter, quand on entendit ces paroles significatives : * Pour définir » le ministre d'Etat, on s'est servi successivement » ou à la fois d'un grand nombre d'expressions. Les '» uns on: dit : c'est un premier ministre; d'autres: » c'est un srrand-vizir : d'autres enfin : c'est un maire » du palais... Comme U est impossible qu'un homme » »e consacre â ce riMe d'expliquer les lois qui '» n'ont pas été préparées par lui. ses attributions ^ * ont dû s'accroitrtf^. U v^^t 4e\^xwL ^u à peu le con-

LA LETTRE DU 1» JANVIER IHfiT 281

seil, le directeur de ses collègues, et, aujourd'hui, c'est un vice-Empereur sans responsabilité, » La réponse au discours de M. Ollivier fut faite par empereur lui-même. Napoléon III envoya à M. Rouher

grande croix de la Légion d'honneur en diamants, ec une lettre flatteuse qui se terminait ainsi : « Au milieu de vos nombreux travaux, au milieu des attaques injustes dont vous êtes l'objet, une attention amicale de ma part vous fera oublier, je l'espère, les ennuis inséparables de votre position pour ne vous rappeler que vos succès et les services que, journellement^ vous rendez au pays. »

Le lendemain soir, il y avait foule dans les salons 1 ministère d'Etat pour complimenter M. Rouher ir la distinction flatteuse dont il venait d'être l'obit. Le ministre était, comme d'habitude, appuyé ODtre une tablette, causant avec deux ou trois peronnes, et distribuant aux arrivants des poignées de nain distraites. Il ne portait pas la moindre décoraion. Un visiteur lui en fit la remarque. Sur un signe, in valet de pied s'avança, et M. Rouher lui donna un 3rdre à voix basse. Quelques minutes après, le valet Je pied remit au ministre un simple ruban qu'il plaça i sa boutonnière : « Vous voyez, dit-il à un de ses ') interlocuteurs, je triomphe modestement. »

Comme je descendais l'escalier, je sentis un bras le glisser sous le mien. C'était un conseiller d'Etat, lui avait pris part à la conspiration de Boulogne, et jui avait, à ce titre, ses petites entrées aux Tuîle- 'ies : « Voyez-vous, me dit-il, M. Rouher se trompe » sur la pensée de l'Empereur. C'est surtout son dis- • cours sur le Mexique que rEmçexe:wT a nwSXxs^V^-

dH± HISTOIUK DK 1)01 ZK ANS

» compenser. Au lendemain de la catastrophe de Que » retaro, la cause était difficile à plaider, et M. Rouher » Ta fait, sinon d'une façon triomphante, de manière » du moins à atténuer la portée de notre échec; mais, » au fond, TEmpereur est mécontent de son ministre. » M. Rouher a fait des promesses qui n'ont pas été » tenues. Il n'est pas parvenu à décider la majorité à » voter les trois grandes lois en temps utile. C'est » une grosse faute, elle saute à l'œil. Il ne manque pas » de gens autour de l'Empereur disposés à le lui rap- » peler quand le moment sera venu. Prenez note de » ce que je vous dis, M. Emile Ollivier reviendra,»

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La session de 1867 avait été close le 27 juillet. D'après les déclarations de M. Rouher, la session de 1868 devait s'ouvrir dans le courant de novembre, afin îue le Corps législatif pût discuter à loisir les lois sur la réorganisation de l'armée, sur la presse et sur le droit de réunion.

Pendant les quatre mois qui séparèrent les deux sessions, un grand efiFort se fit, dans l'entourage de l'Empereur, pour amener le souverain à revenir sur les réformes du 19 janvier. A la suite des élections départementales qui avaient donné des résultats favorables, on remit en' avant l'idée de la dissolution immédiate. Le renouvellement du Corps législatif, disaient les partisans de cette mesure, permettrait au gouvernement impérial de tâter l'opinion sur l'opportunité des lois libérales et d'opérer un retour en arrière pour peu que les électeurs se montrassent hésitants.

La publication de$ papiers saisis ^ux T\x\let\^% ^ \^

i^*l HISTOIRE M. D«>rZE \-^'^

.suite du 4 septembre a fait connaître dÎTerses notes écrites â ce sujet par M. Roaher. Elles pronTent qw fc le projet de dissolution imméiiate arait été Tobjet de |v discQâsions sérieoses.

Dans une de ces notes , M. R«^uher cite les propos d'an ami dév«"»aé da pjuvemement qui montrent le chemin qu'avaient fait les ûlées de résistance. « 1^ 1- »> pavs, disait rinterlocntear dn minbtre dTtat, ne r » Teot ni de la liberté de la presse ni dn droit de » rénnion : il redoute avec rais*>n ces ferments reTO- » lutionnairf^s. Le moyen p«>ur TEmperenr de se dé- » barra^ser, sans tn>p de compn^mission, d'un proa gramme d<»nt les mois qui viennent de s'éo>nler » ont démontré les vices est très simple : il- faut

* retirer la loi sur l'armée, publier un rapport finana cier annonçant un dégrèvement d'impôts et dis- )> s<>udre la Chambre. En réélisant les mêmes députés»

♦ les collèges auront condamné les réformes ; ainsi B la responsabilité appartiendra au pays qui, après » tout, est le juge souverain. »»

Après les engagements qu il avait pris au nom du gouvernement, devant le Corps législatif, il était bien difficile à M. Rouher de c«>nseLller une pareille? ligne de conduite. Mais placé en face d'une opposition dont il ne connaissait ni Torigine ni la force, il ni se prononce dans ses notes à l'Empereur, ni dan? un sens ni dans l'autre ; il emploie des circonlocu tions pour déguiser sa pensée, et surtout il se gara ï»*» de conclure. Il sait qu'il est placé sur un terraii «^»é de chausse-trappes, et il craint de donner dan

Ç» «*é là le côté faible de ce grand homme d'al

ires : tout ce qui n'était pas directement inspiré ïT lui lui semblait suspect. Il avait accueilli avec ifiance les réformes du 19 janvier, parce que M. E. llivier et M. Walewski en avaient été les promoteurs, n'aurait pas demandé mieux que de s'associer à un *ogramme de résistance, mais il soupçonnait que )s adversaires, comme MM. de Persigny et Haussan*n, en étaient les inspirateurs, et alors il s'arrêtait des termes moyens, comme par exemple de ren- >yer la dissolution au mois de mai 1868.

Veut-on un exemple des préoccupations mesquines li faisaient osciller un esprit si ferme, quand les lestions de personnes étaient en jeu? Le 10 sepmbre, V International, de Londres, reproduisait une ttre écrite l'année précédente par M. E. OUivier à

1 journal *de province, V Impartial dauphinois; dans \ document, on lisait la phrase suivante, si souvent (produite depuis : « En politique^ on est l'otage de

ses idées. Aussi, aucun homme poUtique sérieux, ayant l'esprit de gouvernement, ne peut dire qu'il ne sera jamais dans la nécessité d'accepter le pouvoir. »

En ce moment des bruits couraient de prochains imaniements ministériels, et nous verrons tout à leure que ces bruits étaient fondés. Ces paroles si mples et si sages, bien qu'elles eussent une année de ite, parurent sans doute une menace à M. Rouher. prit occasion de l'inauguration de la statue de '., Billault, à Nantes, pour donner une leçon à Tora- !ur qu'il considérait comme son compétiteur. Tout le onde fit à M. E. OUivier l'applicatioti de ce ^^^^^^J^,^

2 discours du ministre d'Etat :

*' Le dépoté d'Ancenis a franchi 1*^ seoil d'-^ ,

* assemblée pariementsire ; mais il se garde d'oosl '» orgneilleose infataatK»a. Il est trop instmit pour » pas mesurer toute h'étendue de ce qu'il ignore. D •> trop de pénétration et de tact ponr ne pas savoir » que rinfluence politique ne se conquiert pas if escalade. Lui qui df-vair un jour exercer sur le Par-'

* lement une irrésistible autorité, il sait que Télow quence ne suffit pas toujours à l'obtenir, et que pour ' la conserrer, le temps, la dignité, et je ne sais

* quelles qualités natires que Tart ne donne passent " d'indispensables conditions. Il arance avec modestie

* et habileté, il recherche les premiers éléments de

* sa force dans des discours d'affaires. »

C'était là assurément de bien pauvres querelles. Mais elles étaient le reflet de ce qu'on «pensait dans les régions gouTernementales. Les hommes qui avaient contribué à fonder le régime impérial se divisaient et employaient leurs efforts à se supplanter les uns les autres. Comme on savait que l'Empereur recherchait volontiers les hommes nouveaux, c'était à qui tenterait de l'emporter sur ses adversaires en appuyant auprès de lui soit un orateur brillant, soit un écrivain de talent. Ce sont ces rivalités de palais qui ont fait de M. Clément Duvernois le journaliste favori de Napoléon m, en attendant qu'il devint la cheville ouvrière des combinaisons ministérielles : M: Ernest Pinard leur dut de devenir ministre, bien qu'il n'eût encore à 8on actif que deux ou trois discours plus remarquables par leur élégance que par leur esprit politique.

Bans les premiers jours d'octobre 1868, il était farfle de voir que, malgré toutes les précautions prises,

îabiaet perdait de plus en plus de son homogénéité. ; événements qui se déroulaient en Italie avaient Bné un désaccord complet entre M. le marquis de

Valette et ses collègues. Le ministre de l'Intérieur idamnait la politique d'interventioti que soutenait de Moustier, ministre des Affaires étrangères ; il it de plus hostiîfe à toute pensée de rétrograiion. Il fallut songer à lui chercher un successeur. y est à ce propos que M. Rouher écrivit cette note originale et si lestement troussée, où il a tracé de taines personnalités de l'Empire des portraits si 5 et si réussis. Dans cette note, M. Rouher mettait Pinard au nombre des hommes politiques <» reconlus aptes à faire de bons ministres de l'Intérieur )» ; is dans Ténumération qu'il faisait des qualités du ne conseiller d'Etat, il mettait tant de car^ de si de mais qu'oh voyait bien que ce n'était pas là son ididat préféré. Ses éloges ressemblaient à une ire.

Les pourparlers durèrent longtemps. On avait esré que M. le marquis de La Valette n'insisterait pas qu'il consentirait à rester. Mais quand à la suite m grand conseil présidé par l'Empereur, il fut délé que des troupes seraient envoyées à Rome pour fendre le territoire pontifical, l'ancien ambassadeur France en Italie vit là un démenti donné à la poique qu'on l'avait autrefois chargé de soutenir, et ur demeurer d'accord avec lui-même, il donna délitivement sa démission.

La retraite de M. le marquis de La Valette était un *ave embarras. Il était à craindre qu.'eVL^ iî;%ii\x^ît la dislocation complète du ministère e\, c^yxe, tswsX:-

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gré soi, on se trouvât lancé dans des combinaisons ix inconaues. a Avant tout, il faut éviter M. Pinard », disaient à qui voulait Tentendre les amis du ministre d'État, révélant ainsi la 'pensée secrète de leur chef de file.

Pour éviter M. Pinard, on mit en avant plusieurs noms, entre autres celui de M. Baroche, le a vieux Baroche » comme on l'appelait. Malheureusement, M. Baroche était mal vu par l'Empereur qui n'en vou- ji;i: lait pas comme titulaire d'un ministère politique. On pensa un moment à confier à M. Rouher le >ministèr8 d'Etat et celui de Tlntérieur. Mais on avait reconnu rinconvénient de mettre entre les mains du ministre qui avait l'œil sur toutes les affaires du gouvernement une . administration qui exigeait une attention soutenue et spéciale. A cause de cela,, on retirait à M. Rouher le portefeuille des finances pour le rendre à M. Magne.

Il fut aussi question de M. Haussmann. « Ministre^ » me disait-il à quelque temps de là dans un moment w d'épanchement, je l'aurais été si je l'avais voulu; » l'Empereur me pressait fort de prendre le ministère » de l'Intérieur à la place de M. de La Valette; mais » je lui ai répondu : « Sire, je ne suis pas partisan des » lois sur la presse et sur le droit de réunion. Je ne » pourrais défendre ces lois que très^moUement. »

Si les idées de résistance aux réformes avaient été en ce moment ce qu'elles avaient été quelques semaines auparavant, nul doute que M. Haussmann n'eût été l'homme de la situation. Mais il était en hostilité avec M. Rouher dont il contrecarrait toutes les mesures ecoiîomiques et, eu o\xtr^, ^tL èXai\\, xfes»^J^^ ^«Rssa \ft

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LA RÉSISTANCE AUX RÉFORMES 2i89

Dinent du moins, à rester fidèle au programme du > janvier. Il fallut bien se résigner à M. Pinard. On i imposa des conditions*: il dut conserver MM. de tint-Paul et de Bosredon, qui avaient été placés par . Rouher au ministère de l'Intérieur. La chose parut ute naturelle à M. Pinard, qui était étranger aux Loses de Tadministration, et qui, à ce titre, devait se ouver fort aise d'avoir auprès de lui deux hommes "ant la connaissance du personnel et l'expérience des Paires. Mais il ne tarda pas à s'apercevoir que la diction du ministère lui échappait et qu'il n'était qu'une rte de ministre honoraire. Quand il essaya de revendre la réalité du pouvoir, il était trop tard. Il ait visible qu'à la première occasion, M. Pinard sedt sacrifié.

La session s'ouvrit le 18 novembre. Dans le dis- >urs de l'Empereur, les réformes du 19 janvier étaient "ésentées sous une forme qui montrait plus de résilation que de confiance. « Le temps écoulé, disait le souverain, n'a pas changé mes convictions sur l'utilité de ces réformes. Sans doute l'exercice de ces libertés nouvelles expose les esprits à des excitations et à des entraînements dangereux; mais je compte à la fois, pour les rendre impuissants, sur le bon sens du pays, le progrès des mœurs publiques, la fermeté de la répression, l'énergie et Tautorité du pouvoir. Vous adopterez les lois qui vous sont soumises ; de mon côté, je maintiejidrai haut et ferme le pouvoir qui m'a été confié ; car les obstacles et les résistances injustes n'ébranleront ni mon courage ni ma foi dans l'avenir. >^ Ji faut que l'énergie dans les mois «jetiiek mx^^

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grande influence sur les esprits flottants ; car biL^ paroles impériales produisirent une grande impi^L sion sur la majorité. A la salle des conférences, ciL^ se déclara satisfait du discours; on y trouvait une po-t litique plus nette et plus fortement accentuée. Q ^ Trai qu*on avait concédé aux députés le retrait deUI|^ loi militaire et qu*on Tarait remplacée par de simpW modifications à la loi de 1832.

Quand vinrent les élections pour le renouvellemi du bureau, les Arcadiens essayèrent de faire leurs candidats ; ils n'y réussirent pas. M. Séveria Abbatucci et moi, nous sortions de charge. La majorité choisit pour nous remplacer MM. Boumatet Martel, qui étaient les candidats du Tiers-Parti. I

Le Cercle de la rue de TArcade éprouva quelque difficulté à se reconstituer. Beaucoup de membres refusèrent d acquitter leur cotisation, parce qu'ils ne voyaient, disaient-ils, ni le but ni l'utilité de cette réunion. « Elle n'a rien fait l'année dernière, disait x> M. Mège, elle ne fera rien cette année. »

Quand on me présenta la quittance, je la rendis sans la payer. Sur quoi, un des membres les plus ardents de la Droite s'écria : « Comment ! vous nous lâchez I » — Pourquoi, répondis-je, ne convoquez-vous pas » une assemblée générale? » Il me donna une explication fort embarrassée et je n'insistai pas. Quelques minutes après, je rencontrai M. Welles de La Valette ; a Y a-t-il, lui dis'je, utilité à faire partie du Cercle » de la rue de l'Arcade? » — a Pour vous, me dit- » il, il n'y a aucune utilité, et je ne vous engage pas » à vous y inscrire de nouveau. J'ai payé la cotisation, » p arce que je tiens à y aller à l'occasion et à savoir

ce qui s'y passe. S'il y avait une autre réunion, je m'en mettrais également et avec les mêmes intentions. Mais je reconnais que le Cercle de la rue de l'Arcade a des tendances fâcheuses ; il est devenu par trop réactionnaire. »

Je suivis ce conseil, et beaucoup de députés de la ijorité firent comme moi. L'importance politique du rcle de la rue de l'Arcade alla en déclinant de jour jour. Il n'exerça plus sur les discussions qu'une luence intermittente. L'esprit de résistance s'était Tugié dans des sphères plus hautes ; c'est dans l'enirage même de l'Empereur qu'il trouvait ses plus ' ies et ses plus solides auxiliaires.

La préoccupation constante des conseillers de Napo* )n III, c'était d'empêcher que le régime impérial rsât dans l'ornière parlementaire. Les théories sentes de M. de Persigny sur la responsabilité de Jmpereur avaient paru fort dangereuses, et bien e l'auteur protestât de la pureté et de la sincérité de foi constitutionnelle, on avait jugé que son pré-^ idu commentaire de la Constitution de 485â resnblait fort à un abandon des vrais principes. Dans discours de la Couronne, le souverain avait pris soin faire remarquer que tous ses efforts avaient tendu 36 maintenir au-dessus des controverses et des pen- 3S « hostiles aux lois fondamentales que le suffrage populaire avait sanctionnées » . Mais les situations at plus fortes que les volontés, et quinze jours après e ces paroles avaient été prononcées, on fut amené les mettre en oubli.

C'était le 5 décembre, à propos des mt^t^çJX^^Kû\îL^ ^ la seconde expéditiou de Rome. 1\ y aN^îA ÔlQ^x^

idi ■nronc k ioczk ass

soutenue fat Tobjet de beaocoup de comme&tûnn. Ui incident fort insignifiant en lui-même mTÛt contriki i intriguer très fortle monde politique. Le 5 déeembie, an moment où M. J. Fayre descendait de la triliime, M. E. OlIiTiers'étaitapprochéderorateiir delà gauche, lui avait adressé quelques paroles de félicitation» et loi aT^t serré la main. On en concluait que nous ne tarderions pas à reprendre notre place sur les bancs de Topposition systématique. Cela nous yalutqudqnes injures de la part des journaux irréconciliables.

Les amis de M. E. Ollivier se chargèrent de redresser Topinion sur les démarches qu*on lui attribuait. «Eh! * bien^ disait un membre de la majorité à M. Maurice 9 Richard y révolution est faite. » — «La preuve qu'il >f n*en est rien, répondit celui-ci, c'est que le nouvçl » amendement sur la presse présenté par M. Ollivier » porte mon nom et celui de M. de Janzé, et que ni x> M. de Janzé ni moi nous n'appartenons à la gauche ».

Ce n'était pas très péremptoire ; mais M. E. Ollivier était plus net. Interrogé par un de nos amis communs, qui avait pour lui une grande affection, il lui déclara qu'il ne retournerait jamais à la gauche, c Ce serait » un suicide, avait-il ajouté ; je resterai sur le terrain » constitutionnel que j'ai choisi. Je ne me repfenspas » de ce que j'ai fait ; seulement, je me propose de dire » au gouvernement de dures vérités. Du reste, je pu- » bliôrai prochainement ma confession, car je dois des » explications à mes électeurs. »

Il y out une réunion solennelle de la Gauche. M. E. Ollivier n'y fut point invité, et tous les bruits qui avaient été répandus se trouvèrent ainsi mis à néant.

Dans le Livre bleu, distribué aux Chambres, on^ir

Brmait l'intention où était le gouvernement d'abanctonner, en matière de presse, les mesures répressives siutorisées par le décret du 17 février 1852, et, ce* pendant, on faisait à chaque instant usage du pouvoir iîscrétionnaire pour retirer la vente sur la voie pu- 3lique aux journaux dont l'opposition paraissait trop nve. Les condamnations tombèrent comme grêle sur es journaux, dans les départements et à Paris ; il ne ;e passait pas de semaine que la 6® chambre, prélidée par M. Delesvaux, ne vît traduire à sa barre 'édacteurs, gérants et imprimeurs, pour s'entendre îondamner à plusieurs mois de prison, accompagnés le fortes amendes.

Si l'on en juge par les notes effarouchées qui pleuraient sur le bureau de l'Empereur, les journaux itaient ce qui donnait le plus de souci aux hommes îhargés de surveiller les mouvements de l'opinion. Il ist certain que la presse, longtemps comprimée, avait m quelque sorte fait explosion. On avait perdu le lentiment de la mesure, et on était allé tout de suite lux énormités. Cela ressemblait à « ces échappées • d'écoliers », = dont parle le cardinal de Retz, à pro- >os des libellistes de la Fronde. Le mieux eût été de aisser couler l'eau ; le torrent se ftft bien vite changé m une rivière paisible et fertilisante.

Mais il est bien difficile, quand on a le pouvoir en nain, de s'abstenir d'en faire usage. A la snite de la ettre du 19 janvier, on avait dû renoncer au régime les avertissements. On rechercha autour de M. Pilard comment on pourrait bien les remplacer ; le chef iu bureau de la presse, qui était alors, si je ne me trompe, M. Fernand Giraudeau, lu\ aw^^fet^ WÔl^^

f9b HISTOIRE DE DOl ZE i^S

d'adopter le système des œmmuniqués. C*est nn genre de mesure qui a sa Taleur, quand on n'en abuse pas; mais le nouveau ministre de rintérieur, qui était peu au courant de ce qui concernait la presse, s'était figuré qu'il avait mis la main sur un moyen puissant de diriger l'opinion publique. Il avait donné pour instruction aux feuilles officieuses de ne pas laisser passer dans les journaux de l'opposition un fait erroné sans le rectifier. De son côté, la Direction de la presse envoyait des rommimifjués, quand les faits avancés par l'opposition paraissaient devoir égarer les esprits sur les actes de l'administration. Les communiqués se mirent à pleuvoir à torrents sur les journaux. En un «eul jour, il y en eut dix-sept envoyés à treize d'entre eux. Le personnel de la Direction de la presse était sur les dents. M. Pinard dut reconnaître bien vite qu'il n'était pas aussi facile qu'il le croyait d'entretenir un dialogue permanent avec la presse.

Il fallut chercher autre chose. On s'avisa que, depuis quelque temps, les journaux se montraient bien téméraires dans leurs appréciations sur les débats de la Chambre. Ils ne se contentaient pas de dire leur opinion sur les questions mises en discussion, ils s'exprimaient souvent sur le compte des orateurs en termes irrévérencieux. C'était là ce que redoutaient surtout les députés sortis des candidatures officielles; ils connaissaient la puissance de la raillerie en France, et ils redoutaient qu'à force de les tourner en ridicule, pn ne finît par les discréditer aux yeux de leurs électeurs. Si on parvenait, se disait-on, à réprimer les licences des journaux sur ce point, on réconcilierait peut-être les députés de la majorité avec cette loi

sur la presse qu'on avait tant de peine à leur faire accepter.

Tout à coup, et sans même qu'on leur eût crié gare, quinze journaux se virent l'objet de poursuites correctionnelles pour infidélité dans le compte-rendu des débats législatifs. M. Rouher prit à sa charge la responsabilité de la mesure ; car, interpellé par un député de la gauche, il répondit que le pouvoir judiciaire était saisi et qu'il n'avait pas d'explications à fournir.

La question du droit pour les journaux d'apprécier les débats législatifs était à Tordre du jour depuis le 25 décembre 1852. Quand on avait discuté devant le Sénat l'article 13 du sénatus -consulte relatif au compte-rendu prescrit par l'article 42 de la Constitution, le président Bonjean avait présenté un amendement, qui reconnaissait le droit de libre discussion; mais M. Troplong avait écarté l'amendement, en déclarant que personne ne songeait à nier ce droit. Malgré cela, l'administration avait érigé en doctrine l'interdiction pour les journaux d'apprécier les discours prononcés au Corps législatif, et, toutes les fois que Tun d'eux s'était avisé de le faire, il avait été frappé de la peine de l'avertissement ou de la suspension.

J'avais essayé en 1863 de mettre d'accord le fait et le droit, et, à propos d'un avertissement donné au Progrès de Lyon^ j'avais adressé au Sénat une pétition dans le but de provoquer soit des explications de la part du gouvernement, soit un sénatus-consulte interprétatif qui fixât les limites» dans lesquelles on voulait que la presse se renfermât. Je n'eus pas plus de succès que M. Bonjean. M, de la Guéronnière fit

2î^ HISTOIIIE DE DOUZE AXS

sur ma pétition un rapport écrit dans ce style brillant qui lui était habituel; mais il conclut comme M. Troplong, à Tinutilité d'une déclaration ou d*an sénatns-consulte, le droit n*étant pas nié. Une seconde pétition envoyée par moi en 1864 n*avait pas eu plus de succès. Sur la première, on ayait vote Tordre du jour; sur la seconde, au rapport de M. de Casablanca, on vota la question préalable. Malgré Taffirmation du droit, on continua à frapper d'avertissement et de suspension les journaux qui se permettaient d'apprécier les discours des orateurs.

Cette fois, il y avait progrès. Ce n*était plus à la juridiction administrative qu'on s'adressait, c'était aux tribunaux. Cette discussion sur ce qu'on appelait les comptes-rendus autrefi^ parasites et parallèles servit en quelque sorte de prélude aux débats sur la loi de la presse. On put voir, d'après l'esprit qu'y apporta M. Rouher, quelles étaient en ce moment ses préoccupations. Il parut évident qu'au lieu de montrer, dans la solution d*un problème difficile, cette largeur de vues qu'il manifestait dans les simples questions d'affaires, il était résolu à accepter les données les plus étroites et à faire la part la plus large aux hommes de résistance.

Quand M. E. Picard avait demandé des explications au gouvernement, M. Rouher lui avait opposé une fin de non-recevoir. Quand M. Betbmont déposa une interpellation, il la fit repousser par les bureaux. MM. Maurice Richard et de Janzé déposèrent un amendement à la loi de la presse dans le but d'affir^ m^r le droit de discussion; j'en déposai un autre de mon côté ; tous deux furent impitoyablement écartés

par la commission. Je me tromp e ; sur le mien, la commission se divisa ; la Chambre se montrait disposée à l'accepter, mais M. Rouher intervint et l'amendement fut rejeté.

M. Buffet exprimant à M. Rouher son étonnement de le voir combattre avec acharnement, une disposition qui n'était après tout que la reconnaissance d'un droit indéniable, le ministre d'État lui répondit : « Laissons les tribunaux prononcer, et nous saisi- )) rons, s'il y a lieu, le Sénat. » L'affaire vint devant les tribunaux ; dix des journaux poursuivis furent condamnés ; la Cour impériale se prononça dans le même sens. Mais M. Rouher oublia sa promesse. Aucun sénatus-consulte interprétatif ne fut présenté au Sénat.

Une autre idée qui avait été caressée par un certain nombre de membres de la Droite, c'était de déshonorer la presse, puisqu'on ne pouvait pas l'empê-' cher d'être libre. M. de Kervéguen vint lire à la tribune un ignoble pamphlet, dans lequel on prétendait que la plupart des grands journaux de Paris étaient, depuis plusieurs années, à la solde du gouvernement italien. Ce fut là un des plus tristes épisodes de Botre histoire parlementaire. Le scandale du fameux dossier La Varenne, au moyen duquel on essaya de salir tout ce qui tenait en France une plume indépendante, doit retomber tout entier à la charge du parti de la résistance. A la Chambre, c'étaient ses hommes, dans les journaux, c'étaient ses écrivains qui menaient la campagne. Cette tentative d'inaugurer un# nouvelle ère de liberté par une guerre de calomnies et d'injures, produisit sur le public son effet naturel; U y eut une véritable explosion dô d4çp^^\i^

pauvre M. de Ken^éguen paya pour tous; on l'avait |I( jeté en avant; quand on vit que la tactique n'avait pas l.p réussi, on Tabandonna ; il s'aperçut alors de la mau- 1 c vaise action qu'on lui avait fait commettre; il en mon- jit rut de chagrin au bout de quelques mois. r c

M. de Persigny qui, de son propre aveu, n'avaitpris \\^ aucune part aux réformes du 19 janvier et qui même leur était hostile, crut devoir dire son mot sur cette fameuse question de la liberté de la presse, qui agitait si fort le monde politique. Dans une lettre adressée ;n aux journaux, il déclara que la loi de la presse était fort libérale, mais qu'elle tromperait les intentions de l'Empereur et qu'on serait forcé de la rapporter après quelques mois d'expérience. Il n'y avait, suivant lui, -qu'un moyen de la rendre pratique et durable, c'était de donner au ministère public le droit de poursuivre d'office les attaques contre les personnes et contre les pouvoirs publics et, en général^ toute révélation d'un acte de la vie privée, faite dans un but de malveillance.

C'était, dans une mesure un peu plus large, la même inspiration qui dicta plus tard à M. de Guilloutet son célèbre amendement. M. de Guilloutet no fut, en cette circonstance, que l'interprète d'un groupe assez considérable de députés, parmi lesquels il y en avait un certain nombre appartenant à l'opinion libérale. Il était surtout fort encouragé par M. Thiers. Quelqu'un s'étonnait devoir M. Thiers se montrer si ardent pour un projet émané d'un membre de l'Extrême-Droite : « Oh! lui dit l'homme d'Etat de la place Saint- » Geprges, c'est que vous ignorez quel est le fond de » mes idées en matière àe ^owtt^^xîltl, ^c^^sl ^\;o\et de

L sur la presse se réduirait à deux articles : le emier prononcerait la peine de la transportation ntre les écrivains qui attaqueraient la Constitu- )n du pays ; le second frapperait de 10,000 francs amende tous ceux qui porteraient atteinte à l'inolabilité de la vie privée. »

. Thiers et M. de Persigny se ralliant à une idée un obscur député des Landes devait, à quelque )s de là, faire un article de loi, c'est là une surî de rhistoire. Mais, au moment où M. de Persigny rendît^l'interprète, elle fit un fiasco complet. Telle lie était formulée, elle soulevait du reste une obon fondamentale," c'est que l'intérêt public n'est t impliqué dans les affaires privées, et que l'interiion officielle du magistrat causerait souvent pluA ommage que l'attaque ou la calomnie. On concevait bien qu'on appelât la Justice à l'aide quand on se ait frappé; mais que la Justice vînt à votre secours, id on dédaignait de se plaindre, c'est ce qu'on ne mt admettre.

fallait pourtant bien se résigner à les voter ces sur la presse et sur le droit de réunion, qui inspint tant de terreur au personnel gouvernemental. On t arrivé au 19 janvier 1868; il y avait juste xm an l'Empereur avait écrit sa fameuse lettre, et la ma- ;é hésitait encore. Les journaux de l'opposition n'ant pas manqué de célébrer cet anniversaire à leur n, c'est à-dire par des moqueries et des épigram- . L'un d'eux avait même paru encadré de noir. Il ; évident que le moment de se décider était arrivé. e 22 janvier, au moment où la discussion sur la loi i presse allait s'engager, un certain ivoxa\yc^ 4l^ ^fe-

302 HISTOmE DE DOm A!CS

putés reçurent sous enveloppe un journal clandesGiil^^^ intitulé la République . imprimé avec des caractères sur du papier-pelure. Le texte était d^accord avec titre : c'était une série de menaces dirigées conttPi^^ l'Empire. fr^^

On me remit ce placard au moment où je part»'^ pour me rendre au ministère de Tlntérieur, où m ap laient des affaires relatives à ma circonscription élec-l^ii^ torale. En passant, je m'arrêtai au Palais-Ro jal ; mak»^^ je ne trouvai pas le prince Napoléon, qui était alléToif pi en Bretagne sa cousine, la princesse Bacciochi; son se* p^ crétaire, M. Hubaine, me dit que le prince avait reçu im exemplaire de la République. Au ministère de Tintérieur, je mis la feuille clandestine sous les yeux de II M. de Bosredon. Il ne la connaissait pas ; mais il ne 1 1 parut ni étonné, ni effrayé. M. de Saint-Paul, que je vis ensuite, avait reçu communication du document; mais il se montra, comme M. de Bosredon, fort tranquille et fort rassuré.

Le soir, il y avait concert au ministère de la Marine, j'y rencontrai le ministre de Tlntérieur, M. Pinard ; je lui parlai de la République. — a Je sais, je » sais, me dit-il; vous verrez quel effet produira cette , » publication. » — « Mais, lui dis-je, si c'est un effet 9 qu'on veut produire, pourquoi ne mettez-vous pas ce n placard insurrectionnel au Moniteur? »..=—« Non, » me répondit-il, cela dépasserait le but; mais «on » pourrait peut-être le reproduire dans un autre 9 journal. ))

A la salle des conférences, on sq demands^it, comme moi, quelle était Torigipte du placard ; ce qu'on ne s'expliquait pas, q'^t quQ cette gièQ^ ^ve^it été c^irQssée

urtout aux membres de la majorité et qu'on n'en avait T?atifié que quelques députés de l'opposition. A lattilide de certains députés de la Droite, on aurait pu ï*oire qu'ils étaient dans le secret/Ily avait là, éviemment, une de ces manœuvres enfantines auxquelles e livrent les partis aux abois, quand ils. ne savent plus xiel moyen employer pour combattre des mesures deenues inévitables. A la veille de la discussion sur la >i de la presse, on voulait essayer d'intimider le Corps Sgislatif et l'efifrayer sur les conséquences de ses otes. On avait fait la remarque que l'auteur du plaard n'avait pas dit un mot de la loi militaire. Cette irconstance avait paru suspecte. Au moment où a loi militaire causait la plus vive agitation dans B pays, on se demandait comment des conspira- .^ eurs avaient pu prendre le parti de la passer sous sience et se priver ainsi d'un puissant élément de trouble. Evidemment, la feuille clandestine était un moyen Le diversion, et rien de plus.

Mais il arriva ce qu'on voit toujours quand la police '^ient se mêler à l'action politique. Des gens appartelant aux partis extrêmes revendiquèrent pour eux ^initiativQ de la feuille révolutionnaire. Je reçus la risite d'un da moi anciens oollaborateurs de la Presse, |ui était rbomme da confiance de Ledru-RoUin. Il me lit que la placard devait venir d'un groupa de conspirateurs, Il ma raconta qu'on avait demandé de l'argent aux réfugiés de Londraa pour faira imprimer des proclamatiOAS. On se proposait da semer l'agitation iàns les ateliers da Paris. Ces projets avaient l'appui ie certaines gens, à qui l'Empire avait fait gagner des ittiUionfi» « J'ai été ardent bonaçaTl\^tevô;v^i\\NL\îaN.

30i HISTOIRE DE DOUZE ANS

» d'eux, à qui on reprochait d'appuyer ces entreprisei|p » malsaines, je ne le suis plus. Que voulez-vous îNi-I^ » poléon III n'a plus de chance; il ne réussit plus il » rien. »

La discussion de la loi de la presse était fixée auîJ janvier. A ce moment, ni les hommes du gouvernement, ni les membres de la majorité n'étaient disposés à adopter franchement le programme du 19 janTier On n'outrage pas la mémoire de M. de Saint-Paul, ei 'disant qu'il a été toute sa vie un homme de résistance. Quelques jours avant cette date, il m'avait déclaré franchement qu'il n'avait pas changé d'avis depuis un an, et qu'il continuait à considérer les réformes comme inopportunes et souverainement impolitiques. Dans une conversation avec un des commissaires chargés soutenir la loi de la presse, un de mes collègues avait recueilli cet aveu : « Je la défends, parce que je suis » chargé par devoir professionnel de la défendre; mais » je n'aurai aucun regret à la voir repousser. » L'hésitation des membres de la majorité était plus grande que jamais : « Je ne voterai les deux lois, me disait » Tun d'eux, que si le gouvernement déclare nettement » et tout haut qu'il le désire ; pour peu que je re- » marque de l'hésitation, je voterai contre.» Les demandes d'autorisation avaient toutes été repoussées et, fait à signaler, on avait, le 28 janvier 1868, refusé à M. de Rochefort l'autorisation de fonder un journal ayant pour titre : la Lanterne.

Enfin la discussion sur la loi de la presse s'ouvrit. Les deux premières séances ne furent que de légères escarmouches. Mais, à la troisième séance, il fut visible que la véritatte 1ûa\aSX^ a\\^\\. ^'^\k%%.%<^r, M. Jules

•^avre avait prononcé un long discours dans lequel il .Tait résumé les critiques que l'opposition adressait à a loi. Pendant ce temps, on avait vu M. Gfanier de îassagnac arpenter à grands pas le couloir de droite, 1; Ton savait que cet exercice corporel était toujours e prélude d'un discours agressif. Le député du Gers -vait, en effet, résumé toutes les attaques qu'on pouvait diriger contre la presse; il avait condensé, en peu le mots, tous les faits qui devaient éveiller les inquiéiides du gouvernement et de la majorité. « La loi, * s'était-il écrié, ne défendra, ne protégera rien. Des

> écrivains impudents jetteront au vent de Tingrati-

> tude et de l'oubli les seize années de calme, de prosfc périté, de gloire et de grandeur dus à l'accord des

> grands pouvoirs de l'Etat. »

Ce discours, prononcé avec véhémence, produisit m immense effet sur la majorité. Quoiqu'il ne fut que 3inq heures, la Chambre, en proie à une grande émo- :ion, leva immédiatement la séance.

Des groupes se formèrent dans les couloirs. Les Ministres, et en particulier MM. Rouher et Barpche, ^ 3 talent entourés de députés qui réclamaient le retrait ie la loi. Un véritable rassemblement s'était formé lutour de M. de Persigny qui, placé au milieu de la salle des conférences, adjurait les députés dévoilés au régime impérial de repousser cette loi qu'il qualifiait ie « malencontreuse».

Le soir, il y eut une réunion au Cercle de la rue de .'Arcade. Il s'agissait de s'entendre sur une manifestation à propos de l'article l^"" de la loi. Cet article 1°' supprimait l'autorisation préalable. Uiv^ âL\^Q,\xs>%v>rcL ooafuse s'engagea. C'est là qu'on \\t com>i\ercL \ ^^Y^>î^

de décision manquait aux membres de la majorité. Dsp^ paraissaient convaincus que la loi était mauvaise etr'^' qu'elle amènerait de funestes résultats; mais, à part' ^ un petit nombre, personne n'osait conseiller de la rejeter. La plupart craignaient d'une part d'aller à rencontre des volontés de l'Empereur, et d'autre part de mécontenter leurs électeurs et de fournir des armes à leurs concurrents. Tout ce qu'on paraissait espérer, c'était d'obtenir une quarantaine de voix contre l'article l®' et à peu près autant d'abstentions.

La réunion allait se séparer sans conclure, quand M. Mège formula un moyen terme : il proposa, non de rejeter l'article 1°% mais de le renvoyer à la commission pour examiner s'il n'y avait pas un moyen de donner satisfaction aux promesses impériales en maintenant le régime de l'autorisation préalable. Le grand point était de rester dans l'esprit de l'amendement Martel et en même temps de sauver de la loi du 17 février 1852 les dispositions fondamentales.

Le jour même où se réunissait le cercle de la rue de l'Arcade, une députation de la presse départementale avait été reçue par l'Empereur. On a donné diverses versions de cette entrevue. Voici, d'après le témoignage d'une personne qui était présente, ce qui s'était passé :

Les délégués avaient déclaré à l'Empereur que si la loi était votée, la presse gouvernementale des départements pouvait se considérer comme perdue. Chaque arrondissement compterait bientôt un journal d'opposition, et, malgré les annonces judiciaires, les journaux officieux auraient à subir Une concurrence redoute We et se verraient à \>t^l ôl^^\ \Tv?îfe^ ^^Vs^ss^

i-bonnés. L'Empereur avait, dit-on, paru frappé de ces >l)servations et il avait répondu : « Je ne puis retirer

> la loi; je la trouve bonne. Mais je puis me tromper.

> Aussi je vous engage à voir les députés de vos dépar-

> tements. » C'était évidemment une façon polie d'éconiuire des gens qui avaient fait auprès. du souverain lane démarche quelque peu indiscrète.

La discussion fut reprise le 1*' février. Le rapporteur, M. Nogent-Saint-Laurent, avait demandé la parole pour répondre tout à la fois à M. Jules Favre et à M. Granier de Cassagnac. Mais il n'avait pas tardé à s'apercevoir que la commission n'avait rien à dire et que, en présence des hésitations de la majorité, c'était au gouvernement à s'expliquer. Aussi ne fit-il qu'une courte apparition à la tribune; après lui, le garde des sceaux, M. Baroche, prit la parole, et, dans un discours très étudié, il s'attacha à laver le projet de loi des attaques passionnées dont il avait été l'objet de la part de la gauche. Il répondit aussi à M. de Cassagnac ; mais cette partie de son discours était plus que molle ; on voyait qu'il ne parlait pas avec conviction. Un moment même, on crut comprendre qu'il donnait à la majorité le conseil de voter comme elle l'entendrait et que si le projet était rejeté, le gouvernement n'en prendrait pas le deuil. Quel autre sens, en effet, attacher à ces paroles : « Examinez mûrement la loi; voyez si vous la » trouvez bonne, utile au pays, et ensuite décidez. » Quelle que soit votre décision, elle sera respectée de » tous. » M. E. Picard occupa le tapis pendant quelques minutes et la discussion générale fut close.

On allait aborder la discussion sur Tarticle i®''et^%\« cet articJe, M. Emile OUivier était "mscTSt ^o\rc Ôl%^^-

^M HISTOIRE DE DOTZE A5S

lopper un contre-projet. D vint montrer à la tribfflie une figure toute balafrée et couverte de bandes de taffetas d'Angleterre. La veille, il avait été voir les peintures de l'église Saint- Gennain-rAuxerrois; 1 était tombé par mégarde dans une cave, et il s'ét^l fait de cruelles blessures. Je lui avais offert de lire son discours, mais il avait refusé. La Chambre trouva l'occasion bonne d'ajourner la discussion. CTétaitni' samedi ; on renvoya la continuation des débats au lundi suivant. C'étaient près de quarante-huit heures de gagnées, et que ne pouvait-il se passer pendant ces quarante-huit heures?

n n'était que quatre heures et demie, et les députés, en attendant l'heure du dîner, se livrèrent aux conver sations les plus animées. On interrogeait surtout le! députés qui étaient attachés à la maison de l'Empereur parce qu'(m supposait qu'ils étaient bien placés pou connaître la véritable pensée du souverain. L'un d'eus M. le comte d'Ayguesvives disait à ceux qui Tintei rogeaient qu'étant de service, il avait fait connaître TEmpereur la répugnance que la majorité éprouvait voter cette loi. Napoléon ni avait fait à son cham bellan la même réponse qu'aux délégués de la press départementale ; mais, d'après M. le comte d'Ayguei vives, il avait ajouté, ce qui était grave : « Je n'e » voudrais nullement à un député qui voterait conti » le projet de loi. »

M. Rouher était un de ceux qji'on excitait le pli

à se prononcer et à indiquer quel parti il falla

prendre. Il se tirait, comme toujours, d'affaire p^

des quolibets ou des plaisanteries. Il répondit cepei

^^^t à un député qui lui posait nettement la questioi

^ ? Je VOUS dirai comme Sganarelle ; mariez-vous, vous

- ^ ferez bien ; ne vous mariez pas, vous ferez mieux ?^ encore. »

Malgré ce langage évasif, M. Rouher était peut-être tooins hésitant qu'il ne voulait le faire croire. Il avait

- des amis, comme MM. Busson-Billault et Du Mirai, ^ui faisaient en faveur du projet de loi une propa-

- gande ardente. Us prétendaient que le rejet du projet -- cachait une intrigue pour renverser le ministèie.

- Il s'agissait, suivant eux, de faire arriver à la pré-

- sidence M. J. David et au ministère de Tlntérieur M. de Persigny.

- Le fait est que M. J. David avait pris la tête du parti de la réaction dans la Chambre, et qu'on savait que celui qu'on appelait le chef des Arcadiens avait l'oreille de l'Empereur et que, dans l'entourage, il y avait beaucoup de gens qui partageaient ses idées. Le ministre d'État était placé dans cette alternative de se brouiller avec les ardents de la majorité, s'U soutenait le projet de loi, ou de paraître marcher à la suite de M. J. David, s'il l'abandonnait.

Toute la journée du dimanche se passa en allées et venues de gens qui cherchaient à exercer une pression sur l'Empereur. M. J. David le vit au sortir de la messe des Tuileries; mais il n'en put rien obtenir. Napoléon III se renferma dans une réserve absolue ; il se borna à annoncer à M. David qu'il y aurait un grand conseil et que Ton y prendrait une résolution définitive.

Le conseil des ministres et le Conseil privé se réunirent en efiet à meuf heures du soir. Mais aucune résolution ne fat prise. On put constatex ci^^^xiàsKùX. V^'î»

310 nSTOIKE DE DOrZE A?C5

profondes dissidences qui séparaient les membres dar^' conseil. P

Il 7 eut une antre réunion le lendemain soir. Les r choses en étaient arriyées à ce point, qn*on ne poavût p continuer à laisser la majorité sans direction. Elle se f ^^ débandait littéralement. La discussion se prolongeai jusqu'à une heure du matin. Elle fut très tîto. L*Empereur se prononça pour le maintien du projet; 3 aTait, disait-il, engagé sa parole devant le pays, et il ne pouvait revenir sur ses déclarations les plus solennelles. Plusieurs membres du Conseil privé insistèrent fortement pour le retrait de la loi. M. de Persignj se montra un des plus pressants. La majorité était d*avis que, sans abandonner le projet, on le défendit mollement en laissant entendre aux députés que le gouvernement se désintéressait du résultat et qu*il en verrait le rejet sans déplaisir. M. Rouher trouva cette ligne de conduite fausse et louche ; suivant lui, il ne fallait pas hésiter; les conservateurs se montraient effrayés des périls que créaient pour l'Empire les immunités qu'on voulaient accorder* aux journaux; il était impolitique de ne pas tenir compte de leurs répugnances et de rejeter leurs avertissements»

Les raisons données par M. Rouher produisirent un grand effet dans 1^ conseils Mais l'Empereur renouvela la déclaration qu'il avait faite au début qu'il y avait pour lui une question d'honneur à maintenir le projet. Quand on passa au tote^ la majorité se rangea à Tavis de l'Empereur; En présence de cette décision, M. Rouher déposa son portefeuille, et M. Vuitry suivit son exemple. Ces démissions données un peu ab irato ■A furent pas acceptées.

LA RÉSISTANCE AUX RÉFORMES âii

lendemain matin, M. Rouher fut invité à se ?e aux Tuileries. Il y eut entre l'Empereur, Tlmxice et le ministre une scène des plus attendrisis. Jj'Impératrice, qui se voyait déjà aux mains lommes du Tiers-Parti et forcée de se séparer (S plus vieux amis, supplia en pleurant M. Rouher 3 pas les abandonner. L'Empereur joignit ses ins- 3S à celles de l'Impératrice. Le ministre d'État se a toucher. 11 reprit son portefeuille et il consentit •1er en faveur de la loi.

. Rouher, au lieu de rentrer au ministère d'Etat on déjeuner l'attendait, se livra à une longue proade à travers les quais, le boulevard des Invalides 3s boulevards extérieurs. Les instances dont il .it d'être l'objet de la part de la famille impériale, dent fortement impressionné. Il avait besoin de se 3ttre de la secousse qu'il venait de recevoir. C'est lant cette promenade et dans sa voiture qu'il jeta bases du discours qu'il devait prononcer. Il se lit à la Chambre la tête pleine et l'estomac vide, es Ârcadiens qui n'étaient pas dans la confidence ce qui s'était passé dans l'entrevue du matin, ent tracé leur plaa de campagne* Ils ne devaient provoquer le rejet de l'article 1°*" du projet de loi; 3 se borner à en demander le renvoi à la commis- , dans le but d'y introduire le rétablissement de torisation préalable* Ils ne réclameraient pas le Ltin; ils laisseraient agir la gauche. Us avaient isi pour ouvrir le feu un des hommes les plus restés de la majorité, M. le baron de Benoist. Pour ux assurer le succès, M. J. David devait s'abstenir prendre la parole.

^îi misrL'OS.

Hàïbeareasenkaa pc^zr les Arcadie&s, les sentuneii de la majomê s'êiiie&i nKi&Sis, Ou lenoontrait les couloirs im plus grand ii«>mbre de d^mès di^osês Toter la loL il. de Per^igBT. qû faisait les joprs pn* cédeiits une pm-pagande acharnée dans le sens rejet, n'araît plus repam. Beaucoup de dé disaient tout haut : « Sans doute la loi est mauvaise » mais nous n'aimons pas que le gouYememi I» fasse toujours de la popularité sur notre dos. S» » Tent que la Chambre rejette la loi, qu il s*expliqQ< 9 s*il s'obstine à garder le silence, nous Toterons II 9 loi. Nous ne sommes pas obligés de venir à son aide. 9 Tant pis pour lui ! 9

Le 19 janvier 1867 a été la grande crise politique du second Empire, et la séance du 4 février 1868> doit ^ibre considérée comme en étant le . dénouement. B s'agissait de savoir si le Corps législatif laisserait pro tester la signature de TEmperear.

La discussion s*ouYrit sur Tarticle 1^. C'est là comme on Ta vu, que devait se livrer la grandi bataille. L'article l^% c'était en effet toute la loi. Le: Arcadiens suivirent à la lettre le plan qu'ils s'étaien tracé. C'est M. de Benoist qui ouvrit le feu. Quand i déclara qu'il parlait au nom de la majorité, de nom breuses réclamations se firent entendre. M. Segris s leva et formula de vives protestations, M. de Benois ne fit que reproduire en les affaiblissant les argument que M. Granxer de Cassagnac avait exposés dans I séance du i*' février. Ce député, qu'on écoutait hab tuellement avec faveur, fut constamment interrompu la gauche Taccablait d'invectives. Il était évident qu'o

;endait à un grave incident. Tout ce qui pouvait ^tarder impatientait la Chambre, n vit tout à coup M. Rouherse lever de sa place e diriger lentement vers la tribune. Il avait les :s fatigués et bouleversés. Il déclara que le goulement maintenait le projet de loi, malgré les Is que présentait son application. Il supplia la orité d'accepter la solidarité de l'expérience qui it être tentée. La péroraison du discours de Rouher fut une des plus belles dont ait retenti nbune française : a Nous ne sommes plus au jmps, s'écria-t-il avec une émotion visible, où les irils de la patrie créaient l'Empire. De nouvelles mérations se sont élevées. Sur ces 8 millions et îmi d'électeurs qui, d'un mouvement unanime, it constitué l'Empire, 4 millions sont couchés ijourd'hui dans la tombe; 4 millions d'homme* )uveaux sont inscrits depuis 1852 sur les listes ectorales. Ceux-là n'ont pas nos souvenirs et jtre expérience ; ils arrivent avec une ardeur Duvelle ; ils demandent une liberté plus étendue. » 'un seul mot, M. Rouher venait de caractériser ituation difficile où se trouvait lé second Empire, é entre une génération nouvelle et des hommes ;at vieillis qu'il ne pouvait pas se résoudre 'à tre à l'écart.

e succès de M. Rouher fut d'autant plus grand les Arcadiens ne trouvaient à lui opposer qu'ua ité obscur, M. Creuzet, qui vint balbutier à la ane quelques mots en faveur du renvoi de l'ar- > V^ à la commission. On lui laissa débiter sa

mgue au milieu du bruit des cOTiNet&Tk\i\oxâ. '^'^^

ïi

on passa au vote. Le résultat du scnitin était tris |^ significatif : 21 o voix se prononcèrent pour le maiO' tien de l'article l*'; il n'y eut que 7 voix contre. ^"^^ Les sept sages de la Grèce! s*écria M. Granier de ?' Cassagnac. Le mot est devenu historique. Quant aux Ârcadiens, ils s'étaient abstenus au nombre d'une cinquantaine.

Ce qui avait entraîné la majorité, c'est un incidente dont les députés siégeant dans le voisinage du banc ^ des ministres furent seuls témoins. Pendant que M. Creuzet était à la tribune, un ami de M. Rooher s'approcha de lui et lui dit : a Beaucoup de députés'^ » croient que, dans votre déclaration, vous avez » embrassé tout le programme du 49 janvier. Cela » les gêne» Ils sont disposés à voter la loi de la » presse ; mais ils répugnent à admettre le droit de » réunion* » M. Rouher répondit : « Je ne crois pas » avoir rien dit qui engage la question ; je n'ai voulu )> parler que de la loi de la presse ; cependant il est )) possible que l'expression ait trahi ma pensée. Voyez 3) mon secrétaire ; dites-lui d'examiner avec soin mes » feuillets et de faire disparaître mes paroles, si « elles s'y trouvent. »

Le bruit se répandit immédiatement, dans toutes les parties de la salle des séances, que le gouvernement était disposé à abandonner le droit de réunion ; les hésitants se décidèrent alors à voter le maintien de l'article 1^ de la loi sur la presse.

La discussion de cette loi s'acheva sans donner lieu à aucun incident notable. S'il y eut quelques tiraillements» ils durèrent peu. La majorité se sentait vaincue et elle acceptait sa défaite en silence. Elle

Tait toujours qu'on lui concéderait, en récomle de sa résignation, le retrait de la loi sur le t de réunion qui était pour elle un véritable ivantail.

uant aux Arcadiens, ils usèrent d'une nouvelle ique, qui jeta pendant quelques jours le trouble 3 le gouvernement. Ils répandirent d'abord le bruit des changements ministériels se préparaient. Puis parlèrent mystérieusement d'un progrès prochain t l'Empereur étudiait les éléments. Vers le milieu évrier, ces bruits avaient pris une grande consiste. On s'en était ému à la Chambre, à tel point in jour un grand nombre de députés avaient en- •é M. Rouher et l'avaient prié de s'expliquer. Rouher avait répondu qu'il ne savait absolument . Mais des personnes attachées à son cabinet ient été moins discrètes.

'un de ces attachés, sans rien affirmer de positif, it laissé entrevoir qu on avait mis diverses quess à rétude et notamment la responsabilité miniselle. — « Il faudra bien y venir, » dit-il à un déi qui se montrait incrédule, n prenant pour programme le rétablissement de esponsabilité ministérielle, les Arcadiens poursuimt un double but : ils voulaient d'abord mettre npereur à l'abri des attaques des journaux et des teurs des réunions publiques et dégager sa responilité des actes dus à l'initiative des ministres; ils éraient en outre former avec le Tiers-Parti une ance qui embrasserait une grande portion de la jorité et qui leur permettrait de renverser M. Rou- ', Ils s'étaient parfaitement remàu eoiccçX.^ cijci.^

M. Rouher avait beaucoup perdu de son prestige, depuis qu'il avait en quelque sorte violenté la majorité.

En cette circonstance, les Arcadiens faisaient poui la première fois preuve d*un véritable esprit politique Aussi le progrès prochain qu'ils annonçaient parut s vraisemblable à la gauche que M. J. Favre crut devoii y faire allusion dans un de ses discours. La répoDsi de M. Rouher ne fut pas très péremptoire. Il se con tenta de dire que si, à la suite d*une interpellation, um question était renvoyée à l'examen du gouvernement il serait bien difficile au mmistre compétent de conser ver son portefeuille et que, par conséquent, larespon sabilité ministérielle était complète.

M. Rouher passait évidemment à côté de la question La vérité, c'est qu'il n'était pas plus instruit que ceu qui l'interrogeaient. Il se nouait en ce moment autou de ^Empereur tant d'intrigues que le ministre d'Éta ignorait si un faiseur de projets n'avait pas pénétré jus qu'auprès du souverain et ne lui avait pas fait adopte ridée de rétablir la responsabilité ministérielle. Voie une note que je trouve à la date du 18 février 1868

((On prétend que M. Rouher, fatigué des bruits qu » circulent, aurait été trouver l'Empereur et lui aurai » tenu ce langage : (( Sire, le: ministère désire savoi » à quoi s'en tenir sur les projets de Votre Majesté » On parle de changements dans la Constitutioi » et de modifications ministérielles. Si ces projet » sont sérieux, il faut que les ministres le sachent » car leur position serait des plus fausses, s'ilî » restaient plus longtemps dans l'ignorance. » L'Em » pereur aurait répondu que tous les bruits qu'on

faisait courir ne reposaient sur aucun fondement, » qu'il ne projetait rien, et qu'il autorisait M. Rocher » à le déclarer. »

Le lendemain, les démentis des journaux ofâcieux avaient mis à néant le programme des Ârcadiens. Ils ne se découragèrent pas et eurent recours à de nou^ velles manœuvres.

Ce qui paraissait avoir le plus de chances de réussir, c'était de profiter des répugnances de la majorité pour faire rejeter la loi sur le droit de réunion. A une réception des Tuileries, je me trouvai par hasard mêlé à une conversation qui avait lieu entre l'Empereur et M. Mathieu (de la Corrèze), et je pus aussi me rendre compte de la pression qu'on cherchait à exercer sur le souverain. — L'Empereur, à bout d'arguments, dit à M. Mathieu qui l'avait vivement pressé de retirer le projet : « C'est une tentative qu'il faut faire ; si elle )) ne réussit pas, eh bien ! alors on rapporterait la loi. » — Mieux vaut en ce cas ne pas essayer, répondit » M. Mathieu. Le projet donne d'ailleurs au gouver- » nement le vilain rôle, puisqu'il peut à tout moment » empêcher une réunion. La position que lui fait la » législation actuelle est bien meilleure : quand il au- » torise une réunion, il fait acte de libéralisme, puisque

» les réunions ne sont pas permises; quand elles seront » permises, il fera acte d'arbitraire toutes les fois qu'il

» en empêchera une. » L'Empereur ne répondit rien,

et passa À un autre groupe de députés.

M. Rouher sentait bien que l'intrigue continuait et

qu'elle le visait plus particulièrement. U fit cette fois

appel à la presse. U y comptait des amis très dévoué^.

La çeule façon d'avoir raison des Arcadleia&^ ^'4;^a3^^^

318 HISTOIRE DE DOUZE Km

prendre contre eux la défense énergique du programme libéral et de montrer à la majorité le danger qu'elle courait en persistant à s'associer aux hommes de résistance. Il y eut dans cette campagne, très brillamment menée par des hommes d*un incontestable talent, MM. Jules Richard et Granier, des morts et des blessés. La majorité, avant de céder, voulut manger du journaliste. Elle réclama des^ poursuites. Mais, devenue craintive et couarde, elle demanda le comité secret. Nous fîmes de vains efforts pour que la discussion eût lieu en séance publique, et subsidiairement pour que la demande fût repoussée. Les poursuites furent accordées, et Ton eut cet étrange spectacle de deux écrivains traînés devant le police correctionnelle et condamnés à la prison et à Tamende pour avoir défendu, contre le mauvais vouloir de la Chambre, le programme libéral de l'Empereur.

La majorité avait épuisé son énergie dans ce dernier effort. La loi sur le droit de réunion fut votée au bout de trois jours de discussion. Mais les Arcadiens démasquèrent une autre batterie ; ils réclamèrent la dissolution immédiate. Ils faisaient observer au gouvernemeat que, si les élections générales avaieiit lieu après la mise à exécution «les lois sur la pressa et sur le droit de réunion, la réélection d'un grand nombre de membres de la Droite pourrait se trouver compromise; ils demandaient donc que les électeurs fusseot convoqués avant que de nouveaux journaux pussent être créés dans les départements, et avant qu'ils eussent acquis, par la promulgation de la loi nouvelle, la droit de se réunir et de sa concerter*

XJatta fois, Us partisaM da la iissalutiinpi avaient V^

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5 à mettre en avant. On venait de publief une e : Les Titres de la Dynastie napoléonienne qu'on it à une plume auguste. Cette brochure avait une grande sensation, et Ton prétendait qu'elle . toute signification si elle ne servait pas de à un grand acte politique. La dissolution apit comme étant la conclusion naturelle d'un i rappelait les marques d'attachement et de e que le peuple français n'avait cessé d'accor- Napoléons.

ut à ce sujet un conseil extrardinaire des miit des membres du Conseil privé. La question sagée sous toutes ses faces ; mais aucune résoéfinitive ne fut prise. Le gouvernement se ré- ) l'examiner ultérieurement. La grande raison lonnée en faveur d'un ajournement, c'est que le e comprendrait pas une dissolution survenant . accord entre le souverain et la Chambre. La xtrême n'eut pas de peine à montrer combien liment manquait de solidité ; on savait en effet Is moyens cet accord avait été obtenu. Aussi la I de dissolution restà-t-elle en suspens jusqu'à la session.

ommes de résistance avaient du reste une derssource, c'était d'agir sur le Sénat. Ce n'était - qu'il n'en fît pas usage qu'on avait accordé au I droit de renvoyer une loi à un nouvel examen s législatif. On espérait que les sénateurs 9elus soucieux de l'avenir à$ l'Empire que ne Taté les députés, et qu'ils feraient une vive oppo- IX lois sur la presse et sur le droit de réunion, spoir fut déçu. A la vérité. M* P%vi«Bxv^ ^ilis^aa^

3âO HISTOIRE DE DOUZE ANS

la loi de la presse un rapport où Ton avait rassemblé tous les motifs en faveur d'un rejet. Pour mieux ma^^ quer leurs sentiments sur le droit de réunion, lesséna-"^^^ teurs avaient nommé pour rapporteur M. de Maupas qu'on savait opposé aux réformes libérales. Mais cette belle ardeur s'était éteinte tout à coup. M. Devienni avait prétexté une indisposition pour ne pas prendre part aux débats sur la loi de la presse, et au bout de trois jours, M. de Maupas avait donné sa démission de| rapporteur ; il avait cédé la place à M. Hubert-Delisle. Les deux lois réunirent contre elles au Sénat des minorités assez fortes, mais elles furent votées. Le promulgation ne tarda pas à suivre.

Restait la question de la dissolution, qui était toujours restée pendante. Dans la séance du 8 juia 4868, M. Rouher la trancha de sa propre autorité. Il U avait échappé, en parlant du renouvellement de la Législature, de dire qu'il aurait lieu dans un temps prochain Interrogé par M. Garnier-Pagès sur le sens qu'il fallait attacher à ses paroles, il répondit : « Un des membres » de l'opposition paraissant interpréter cette expression » comme Tannonce d'une dissolution, ce qui est abso- » lument contraire à ma pensée, j'ai fait substituer » dans la sténographie aux mots : dans un temps pro- » chain, ceux-ci : l année prochaine. »

Cependant, à quelques jours de là, à propos d'une discussion sur les candidatures officielles, M. Picard,

ayant fait allusion au bruit d'une dissolution immédiate M. Rouher fit un sigoe de tête négatif. M, Pelletan le mit en demeure de s'expliquer. Cette fois M. Rouher fit une réponse évasive ; il se borna à déclarer qu'il n'/ avait pas de projet a(i\4\x^\ ô^^ ôC^&^^\sfc^^\i. — * Ç^st

LA RÉSISTANCE AUX RÉFORMES 3ti

— »— ^"^^111 I ■! . .1.1-11» ••^mmmmim^mi^mmmm ii «

ujours rincertitude , s'écria un membre de la luch».

C'était Tincertitude en effet. Mais l'incertitude avait vahi le gouvernement. Après tous les efforts qui ve- .ieht d'être faits pour assurer le vote des lois libéles, on ne songeait qu'aux moyens d'assurer la répresm. La loi de la presse était promulguée le 1°"^ juillet le 3 juillet le premier numéro du Réveil était l'objet me saisie ; le 14 juillet le rédacteur en chef était ndamné à 3 mois de prison et 5,000 francs d'amen- !s. Le 8 juillet, MM. Jules Ferry et André Pasquet aient condamnés chacun à 5,000 francs d'amende. Ces procédés rigoureux causèrent naturellement un •and étonnement. Les partis, convaincus qu'on voulait 5 prendre par surprise, se tinrent prêts à toute avenre. Aussi la période électorale pouvait être considérée mme ouverte ; les candidatures se posaient partout. ) décret de dissolution, s'il avait paru, n'aurait suris personne ; il aurait trouvé tout le monde préparé. En droit, la période électorale n'a été ouverte (j[ue le juin 1869. En fait, elle a existé à partir du mois de Uet 1868. ^

35, pendant le voyage de l'Empereur en Algé- )ératrice qui avait été investie de la Régence, it à réunir, dans des dîners intimes, les députés ient partie des commissions ; elle s'entretenait

des projets de lois qui étaient en cours de n ; elle leur demandait leur avis sur les amé- 3 à introduire dans l'administration ou dans le îment; elle cherchait à faire, en un mot, le 'elle pouvait, son apprentissage de souveraine»

qu'elle avait invité un des membres de Topelle lui posa à brûle-pourpoint la question aui-

le est la réforme qui est en ce moment le vement réclamée par l'opinion publique ? »

)onse fut aussi nette et aussi précise que la

ame, c'est la liberté de la presse ! »

ératrice ne put dissimuler un rnowNeTûauX. ô^^

surprise et presque de mauvaise humeur. Son interlocuteur reprit :

«Il faudra bien que vous y veniez. La France ne » peut supporter plus longtemps d'être privée d'uM » liberté dont jouissent toutes les nations civilisées. » Après avoir rendu la parole aux députés, il est im- » possible d'interdire aux écrivains le droit d'^exprimer » librement leur opinion....

— « Mais, monsieur, y songez- vous? dit rimpéra- » trice. Si on laisse aux journaux le droit de tout dire » et si on supprime l'autorisation préalable, le gouver- » nement sera en butte aux injures et aux calomnies. » On remontera dans le passé. On reprochera tous les » jours à l'Empereur le coup d'Etat du 2 décembre. .

— » C'est très probable ; mais je ne vois qu'un moyen » d'échapper à ces reproches, c'est de prouver qu'on » veut sincèrement la liberté. Le coup d'Etat n'est de-j » venu un grief que parce qu'on l'a prolongé trop long » temps. Il dure encore ; les mesures exceptionnelles: 1 qui l'ont accompagné subsistent. Parmi elles, se trouve; » le décret du 17 février 1852 qui est la loi de sûreté » générale appliqué à la presse. Qu'il disparaisse, et » les attaques contre l'Empire à propos de son origine » deviendront un non-sens. »

L'Impératrice réfléchit pendant quelques instants; puis elle jeta à la tête de son auditeur étonné ces paroles qui mirent fin à l'entretien : « C'est très logique, » ce que vous dites là, mais ce n'est pas politique. B » faut que la presse soit contenue jusqu'à ce que le » 2 décembre soit oublié. »

Cette conversation à laquelle j'avais assisté' me revint en mémoire le jour où '^'^.w^V^ ojiV.X^'WîÈ^Si i<i 1»

LA MANIFESTATION BALDlN Mo

inifestation qui avait eu lieu sur la tombe du repré- :itant Baudin, le gouvernement avait résolu de pourivre les journaux qui avaient ouvert une souscription nr élever un monument à la mémoire de cette victiîdu coup d'Etat. « Evidemment, me dis-je, Tlmpératrice doit, à l'heure qu'il est, s'applaudir d'avoir prék u ce qui arrive aujourd'hui, et si elle revoit jamais son interlocuteur de 1865, elle lui démontrera qu'elle i été plus perspicace que lui. »

L'Impératrice ne se trompait pas en disant que si on idait la liberté à la presse, les journaux opposants manqueraient pas de parler du 2 Décembre. Mais mpire avait-ilrfait tout ce qu'il fallait pour repousser, 18 l'ombre de l'histoire, cette date néfaste? Fusqu'en 1860, l'Empire avait laissé subsister le ré- 16 de contrainte inauguré le lendemain du coup d'É- ; d'une dictature qui ne devait avoir qu'un carace temporaire il avait fait un système de gouvernent ; il l'avait encore aggravée en provoquant cette de sûreté générale qui était une sorte de continua- 1 du 2 Décembre. A la vérité, dès 1859, il procla- It l'amnistie la plus large et la plus étendue qu'ait lais donnée un gouvernement ; le 24 novembre suiit, l'Empereur appelait les députés et les sénateurs rendre une part plus grande aux affaires du pays, is on ne relâchait aucun des liens qui enchaînaient libertés publiques : la presse continuait à être seule à l'autorité administrative ; les citoyens n'avaient le droit de se réunir ; les associations étaient inter- 3s ; les électeurs avaient toujours à subir les canatures officielles ; le droit d'Adresse accordé aux imbres wait bien vite dégénéré en uw À\xi^^

tournoi de paroles brillantes sans portée et sans sanction.

Quand en 1867, sous le coup d'événements où notre My,e influence à l'extérieur avait failli sombrer, TEmpire j.;r; s'était décide à entrer enfin dans la voie des réformes l:^ libérales, il avait montré tant d'hésitation dans sa conduite qu'on s'était demandé s'il ne se réservait pas de reprendre plus tard ce qu'il avait eu tant de peine àl^ concéder. Les tiraillements qui avaient accompagné le |,^ vote des lois sur la presse et sur le droit de réunion avaient fait perdre au gouvernement le bénéfice de son initiative. On avait du reste entouré de tant de restrictions l'exercice des deux droits reconnus et proclamés que la législation nouvelle paraissait un piège. Elle n'ofi'rait, dans tous les cas, aucune sécurité à ceux qui tenteraient d'en faire usage. C'était, sous un vernis libéral, la continuation de l'arbitraire. « Toutes h les concessions faites à l'opposition depuis le 19 jan- » vier ont eu plutôt pour efi'et de délier sa langue que » de détruire ses griefs, » disait, avec non moins d'esprit que de justesse, M. Prévost-Paradol. Le régime du 2 Décembre n'était point complètement abandonné.

C'est le livre bien plus que le journal qui a contribué à faire la légende du coup d'Etat. Il y a eu d'abord les apologistes, les Granier de Cassagnac, les Louis Véron, les Beaumont-Vassy, etc., qui, en révélant les faits dans leurs moindres détails, ont rapetissé les événements et les ont réduits aux proportions d une conspiration d'intrigants et de déclassés.

Le pamphlet de Victor Hugo, Napoléon le Petit, avait du moins le mérite de l^i^^eY aux. journées de Décembre leur \alera tYagvoivie. Ç^vi^ ^^\.YV|É|Êi^^^i5^

LA MANIFESTATION BAIDIN 327

a force, mais les malédictions du poète relevaient le le des acteurs de ce grand drame historique. Ce re de Napoléon le Petit eut d'abord, malgré tous les stades, un débit énorme. On le répandit à des milrs d'exemplaires sur toute la surface du territoire, i en copiait des chapitres qu'on lisait à la veillée ns les ateliers. Il suffît de quelques années tran- Lllité et de prospérité pour arrêter cet immense ccès. Dès 1856, un libraire de Bruxelles me confes- X qu'il en vendait à peine une centaine d'exemlires par an.

Chose étrange! ce fut l'amnistie du 16 août 1859 i eut surtout pour effet de réveiller les colères coni le coup d'Etat. Dans le dispositif du décret, on ait conmiis une faute grave : on avait confondu ux ordres de mesures qui étaient cependant très itinctes : les condamnations et les simples mesures ministratives. L'amnistie aurait dû s'appliquer uniement aux premières ; quant aux secondes, il suffiit de les rapporter. Cette confusion dans les faits lena une série de protestations plus violentes les es que les autres. Afin qu'elles produisissent plus îffet, on eut soin de les échelonner sur un long esce de temps. « Nous ne pourrons jamais oublier le 2 Décembre, » écrivait M. Schœlcher. — « Le crime, disait M. F. Pyat au nom de la Commune révolutionnaire^ n'a pas le droit d'absoudre les victimes, n n'a pas plus le droit de gracier que le droit de proscrire. » /

On ne voit pas que ces protestations aient eu un 'and retentissement dans la suite. Les préoccupa- )ns palilQues étaient ailleurs, et qvvanÔL^ oii \%R&^

:i^ HlSTOlKt DL IKILZE A.XS

M. Eugène Téoot publia son étude historique, U t Province en décembre /S.5/, de Taveu de ses propres amis, ce livre fut accueilli avec indifférence.

Dans les discussions parlementaires, les orateurs de l'opposition s'étaient gardés de faire allusion au coup d'Etat. Cependant, au mois de mars 1865, jm chambellan deTEmpereur, M. le marquis d'Havrincourt, ayant esquissé une apologie du 2 Décembre, M. E. Picard s'était écrié : ** Ne parlez pas du 2 Décembre. > Puis, excité par le langage de M. Rouher, il avait laissé échappé ces mots : € Le i Décembre est tin » crime! » Mais le bruit avait étouffé sa voix, et, après des explications échangées entre le député de l'opposition et le Président, il avait été convenu que cette panjle serait considérée comme ayant été retirée.

Pour retrouver un incident analogue, il faut aller jusqu'au 18 mars 1867. Ce jour-là, M. Rouher avait invoqué le souvenir des acclamations dont le 2 Décembre avait été suivi. M. J. Favre ne put se contenir : « Ne parlez pas du 2 Décemb?e, » s'écria-t-il à son tour. Et, M. Thiers, avec émotion : « Qu'on ne » parle pas du 2 Décembre devant ceux qu'il a pros- » crits. » U s'ensuivit un tumulte indicible que le Président eut beaucoup de peine à calmer.

Ce sont là, à notre connaissance, les seuls incidents parlementaires auxquels donnèrent lieu les souvenirs ^u coup d'Etat.

Après la promulgation^ de la loi de la presse, c'est encore le livre qui appela l'attention publique sur les événements de Décembre 1851. Au commencement d'août 1868, parut un nouvel ouvrage de M. E. Ténot:

LA MANIFESTATION BAUDIN 32î)

aris en Décembre 4854. Ce livre, écrit sans passion empruntant les faits aux récits apologétiques, donna signal du mouvement qui allait se produire ; un adîrsaire du second Empire en a fait l'aveu : « Les mitraillades du boulevard Montmartre, depuis si longtemps oubliées, remplirent les cœurs de pitié, de colère et de dégoût. On s'extasia sur l'héroïsme du représentant Baudin, dont la mort glorieuse et tragique atait si peu remué les esprits en son temps. »

Les origines de TEmpire redevenaient ce qu'on apalle, en style de presse, une actualité. Aussi, vit-on )rtir successivement des portefeuilles, où ils gisaientepuis longtemps, le Voyage d'un transporté, par Dejscluze ; Un Chapitre inédit du 2 Décembre, par Jules allés; les Trois Passions, par Auguste Barbier; les témoires d'exil, par M"® Edgard Quinet. Le Figaro li-même se crut obligé de sacrifier à l'opinion couante, en réveillant le souvenir de la lugubre légende e Martin Bidauré.

Cette fois, l'élan était donné. Il y avait longtemps ue les exilés du 2 Décembre cherchaient une occaion de rentrer en scène. Ils saisirent celle qui leur tait ofi'erte avec une décision et une hardiesse qui ntraînèrent à leur suite tous les partis d'opposition. 4ais on comprendrait difficilement ce réveil subit de 'ancunes et de passions, qu'on aurait cru depuis longemps éteintes, si Ton ne tenait pas compte des circonstances au milieu desquelles on se trouvait.

Depuis deux ans, TEmpire semblait manquer de direction, ou plutôt être livré à deux volontés contraires îui se paralysaient réciproquement, sans cçie Vwwfe

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pût triompher de l'autre. A Textérieur, on ne sairaSlîe: quel parti prendre en face de la Prusse triomphante; lim on proclamait la paix, et on se préparait à la guerre, lio mollement, il est vrai, et comme des gens qui repu- ^^ gnaifmt à la faire. A Tintérieur, on s'était résigaé à donner les réformes libérales; mais, au pouvoir discrétionnaire qu'on avait abandonné, on avait substitué le pouvoir judiciaire. On avait confié aux magistrats le soin de protéger le gouvernement devenu impuissant à se protéger lui-même.

L'Empire flottait à l'aventure . Après avoir abusé de |cr la force dans les premières années de son existence, 1^il en était réduit à se mettre sur la défensive. C'est là, pour un gouvernement, la pire des situations, parce qu'elle donne confiance à ses adversaires et qu'elle les provoque à redoubler leurs attaques.

Il était arrivé, du reste, ce qui arrive toujours, quand le pouvoir s'affaiblit : la division s'était glissée dans les conseils. C'était un fait avéré que des rivalités existaient entre tels ou tels personnages. On signalait des divergences do vues complètement inconciliables. Comme ces révélations coïncidaient avec des actes qui trahissaient des hésitations et des incertitudes, on représentait le gouvernement comme livré à des tiraillements perpétuels. Les angoisses de l'opinion augmentaient, quand on voyait tel organe de la presse faire Téloge d'un ministre et combattre celui qu'on regardait comme son rival. Il résultait de ces luttes, vraies ou supposées, une déconsidération qui atteignait tout le monde et qui enlevait aux hauts fonctionnaires de l'administration une grande partie de leur prestige et de leur autorité. Ce n'était un se-

ïet pour personne que tel écrivain était à la solde *im ministre, qui se servait de sa plume pour battre ti brèche tous les hommes politiques qui lui portaient mbrage.

Je pourrais citer des faits à l'appui de ce que 'avance; mais je craindrais de réveiller des passions ui ont depuis longtemps disparu. Je ne puis cependant ésister au désir de rappeler une anecdote assez piuante.

Un ministre qui occupait dans le cabinet une situaion prépondérante se présenta^un jour dans le cabinet e son collègue de Flntériqur : « J'aurais besoin, lui dit-il, d'une douzaine de mille francs pris sur les fonds secrets pour récompenser les services d'un écrivain de 'talent que j'emploie à la défense de nos institutions. » — « Vous allez les avoir tout de suite, mon cher collègue, » dit le ministre de l'Intéieur, et il sonna pour faire venir le chef des fonds 3crets. — « A quel nom, dit le scrupuleux employé, faut-il mandater cette somme de douze mille francs ? — Mais si je vous disais le nom, les fonds ne seraient plus secrets, dit le spirituel ministre ; cependant si la règle l'exige, mandatez à mon nom. » Un uart d'heure après, le ministre de l'Intérieur déposait Qtre les mains de son collègue les douze billets de lille francs. Or, tout le monde savait une chose qu'on ;norait probablement au ministère de l'Intérieur, 'est que l'écrivain auquel ces fonds étaient destinés ppartenait à l'opposition et qu'il avait pour rôle uniue de défendre son patron contre tous ses adverlires, les ministres compris. L'administration de intérieur était l'objet principal, et je pourrais dire.

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l'objectif préféré de ses attaques. Le pauvre BSêcc) nistre avait payé lui-même les verges pour se iSai^^ \\ fouetter.

M. Pinard était un des ministres dont la positiwlj, ^: était le plus difficile. Il était arrivé au pouvoir daM|[ des conditions qui devaient inévitablement le mettre en conflit avec la plupart de ses collègues et en particulier avec M. Rouher. A ce moment, l'Empereur ne se repentait pas positivement des promesses contenues jg^rr dans la lettre du 19 janvier ; mais on lui avait signalé les conséquences extrêmes auxquelles elles pouvaient conduire, et la pensée lui était venue de tenir strictement ce qu'il avait promis, sans aller au-delà, sans faire un pas de plus. Pour réaliser ce programme, il avait songé à confier le ministère de ^Intérieur à un nouveau venu, à un homme n'ayant point d'antécédents politiques, qui se renfermerait dans ce rôle étroit de dégager la parole de l'Empereur. M. Pinard, qui s'était distingué au Conseil d'Etat, lui avait paru propre à remplir ce rôle.

» J'avais assumé, me disait un jour M. Pinard, une » tâche impossible. Mon ministère se résumait aiDsi : j> Des réformes libérales faites par un ministre autorité ^aïVfî. C'était là une illusion. Je devais mécontenter » la Droite en sacrifiant les décrets de 1852, et je » m'attirais les critiques de la Gauche, parce qu'à ses » yeux, je Ae tirais pas toutes les conséquences des » promesses qui avaient été faites. »

L'opinion n'était pas moins dévoyée que le gouvernement. Dans la presse et dans les réunions publiques, on se livrait à une véritable débauche d'idées folles et d'opinions boufi'onnes. On eût dit d'une échappée

LA MANIFESTATION BAIDIN .'^l^*^

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'écoliers. On procédait à la démolition du régime 8 1852, sans en avoir la conscience bien nette. On arrachait les numéros de la Lanterne, Rochefort avait cquis en quelques semaines une popularité immense, es hautes classes, tenues jusque-là à l'écart, en raflaient. « La grosse bourgeoisie, me disait un de mes collègues de la majorité, boit à petites gorgées la haine de TEmpire. » Les pamphlets sur le 2 Désmbre donnèrent une direction à cette agitation DDfuse. M. A. Ranc a dit un mot très vrai sur le Pans i déœmbre 1851 de M. Ténot : « L'ouvrage de M. Ténot est plus qu'un livre, c'est un acte politique, et c'est aussi pour le pays le point de départ d'une situation nouvelle. Aux uns, il a rappelé le passé ; aux autres, il l'a appris. » , A cette débandade générale du dedans venaient ajouter les excitations du dehors. On se souvient u'à la fin de l'année précédente, un certain nombre e personnages avaient reçu sous enveloppe un maniîste républicain émanant d'une association qui s'intulait : Commune révolutionnaire de Paris. Dans cette ièce qui avait cté affichée un moment dans le fauourg Saint- Antoine, on provoquait à l'assassinat de Empereur et au renversement de l'Empire. Plus tard n avait appris que cette proclamation avait été lue ar F. Pyat dans un meeting à Londres, et une corespondance, échangée entre cet écrivain révolutionaire et le journal le Nord, avait démontré que, si '. Pyat n'était pas l'auteur du placard, il en était du Qoins le collaborateur pour la plus forte part.

Un second manifeste du même genre et paraissant Lvoir la même origine, fut publié verala^wà!ç>cX.<^Vç:^

1868. Ces sortes de pièces servent trop bien les intérêts de la réaction pour que les hommes de résistance ne s'en fassent pas un argument contre les hommes de progrès. Le Pays publia celle-ci en entier comme il avait fait de la première. Le n* 2 était du reste du même type que le n** 1. F. Pjat prétendait encore une fois qu'il n'avait fait que mettre au net les idées d'une association ayant son siège à Paris.

Proudhon m'avait mis autrefois en rapport avec un ancien représentant à la Législative qui avait du chercher un refuge en Belgique, à la suite des affaires du 13 juin, et que les circonstances avaient rapproché de F. Pyati Le lendemain du jour où le manifeste avait paru dans le Pays, je rencontrai mon ex-montâgnard, sous lea galeries de la rue de Rivoli. Il m'entraîna au Café de la Régence. A notre entrée dans la salle, quatre consommateurs qui se trouvaient à une table à côté de la porte d'entrée se mirent à causer avec une certaine animation. Ils nous désignaient presque du doigt et se tournaient à chaque instant de notre côté. Évidemment notre présence les préoccupait, et nous étions l'objet principal de leur conversation. J'en fis l'observation à mon compagnon : « Ces gens-là vous connaissent bien, me dit-il, et ils » sont surpris de me voir en votre société. L'un » d'eux est un M. Landeck, d'origine polonaise ou » hongroise, je n'en suis pas bien sûr, ancien prési- » dent et orateur d'une loge maçonnique. Ce Lan- » deck est l'ami et le correspondant de F. Pyat; » c'est lui qui est l'auteur du manifeste pubUé au » nom de la Commune révolutionnaire ;\\ imite dans la erfection le style de Pyat qui du reste ne laisse

^ rien passer sans l'avoir revu et corrigé. » — «C'est > donc vrai, dis-je à l'aQcien représentant; il y a 'à o Paris une association dont Pyat révise les manifestes? » — « Sans doute, me répondit-il, et vous o l'avez tout entière devant vous. Elle se compose de Landeck et des trois avaleurs de chopes qui sont attablés avec lui. » On sait que ce Landeck est de- «renu un des membres les plus actifs de la Commune de 1871.

J'eus dès lors le sentiment clair et net de la situation périlleuse où se trouvait l'Empire, attaqué avec audace par des hommes dont la proscription du 2 Décembre avait fait des ennemis implacables, et, d'un autre côté, mal défendu par des conservateurs hésitants et divisés. Aussi quand, en réponse à la note d'une feuille officieuse qui avait cru devoir annoncer que le 2 novembre les cimetières seraient fermés par ordre de l'autorité, je lus dans le Méveil l'annonce suivante qui ressemblait à une invitation, je vis tout de suite que le gouvernement allait se trouver en présence d'un énorme embarras : « On ne » peut, disait le journal de M. Delescluze, empêcher » un peuple de s'honorer lui-même en honorant la » mémoire de ceux qui, comme Godefroi Cavaignac, » ont usé leur vie aux luttes de la liberté, de ceux » qui, cojnmeBaudin, sont tombés martyrs endéfen- » dant la loi. »

Je ne retracerai pas ici le tableau des scènes qui se passèrent le 2 novembre 1868 au cimetière Montmartre €ur la tombe retrouvée du représentant Baudin. Malgré les discours et la mise en scène, cette visite solennelle à une tombe délaissée depiii?^ dix-sept ans

:\:\*'t HISTniRK 1)K DOUZE ANS

fut un pur enfantillage. Ce qui lui donna un caractère tout particulier de gravité, ce fut la souscription ouverte par les journaux pour l'érection d'un monument commémoratif. Il ne s'agissait plus d'un simple acte d'opposition, c'était une véritable insurrectioa morale qu'on cherchait à organiser contre l'Empire, t L'entraînement fut rapide. Entamée par les journaux f, radicaux, la souscription fut bien vite poursuivie par les journaux qui affichaient un libéralisme modéré. Aucun journal indépendant de Paris ou des départements ne crut pouvoir se dispenser d'ouvrir ses colonnes aux listes de souscripteurs.

Il serait assez intéressant de parcourir aujourd'hui ces listes sur lesquelles s'inscrivirent à l'envie tous ceux qui trouvaient que l'Empire ne faisait pas une part assez large aux idées libérales, ejt qui, ciilq

ans plus tard, débordés par le mouvement qu'ils avaient eux-mêmes provoqué, poussèrent la réaction beaucoup plus loin que l'Empire n'aurait osé le faire. <( Nous avons été bien coupables, me disait un » jour un écrivain d'un grand talent et d'un grand bon f> sens qui avait poussé plus que les autres à la sous- » cription Baudin. Les concessions que l'Empire )» aous avait faites étaient énormes. Le parti que les » Cinq ont su tirer du décret du 24 novembre aurait » dû nous éclairer. Mais nous autres, les jeunes, qui » ne connaissions le 2 Décembre que par les récits » qu'on nous en faisait, nous nous étions mis à la % remorque d'hommes qui avaient des rancunes à sa- *) tisfaire. Leur grande réputation nous entraînait » vers eux, et, sans que nous eussions jamais reçu » d'offense, ils trouvèrent le moven de nous asso-

LA MANIFESTATION BAl'DIN 3:^7

cier à leurs vengeances. Quand nous nous sommes

aperçus du sot rôle qu'on nous faisait jouer, il était

trop tard ; le mal était fait. »

Tous les députés de la gauche s'inscrivirent sur les êtes. Berryer mourant envoya sa souscription avec ne lettre qui produisit un grand efifet sur l'opinion; *étaic une sorte de malédiction que l'illustre vieilird adressait à l'Empire, une parole suprême de evendication en faveur du droit. Les journaux firent 31 remarque que, seuls de tous les députés de Paris, ^llivier et moi, nous nous étions abstenus de sousrire. Pour mon compté, je n'avais pas voulu m'asSiOîer à une manifestation dont on ne déguisait plus le ens révolutionnaire, et cependant j'avais souffert .es événements de Décembre. Appelé le 30 novembre 851 à Aixpour un procès de presse où j'avais failli aisser ma liberté, j'avais été traqué par la police penlant trois semaines et, pour rentrer à Paris, il avait allu me cacher sou« la bâche d'une diligence. Pendant Plusieurs années, mes amis et moi, nous avions vainenent sollicité l'autorisation de publier un journal. Nos ivres et nos brochures étaient impitoyablement re- ' usés par les libraires. Un éditeur me demanda un 'olume sur V Histoire de France au dix-neuvième siècUff l y avait naturellement un chapitre sur la République le 1848 et sur le coup d'Etat ; ce chapitre fut trouvé ' langereux ; on le supprima et on le remplaça par une chronologie toute sèche des événements ; le volume >anit, mais sans mon nom , bien que ce nom fût alors ^ >ien obscur: onle jugeait trop compromettant. J'aurais hé obligé de renoncer à une carrière pour laquelle 'avais, jusque-là, fait de grands sacrifices, si je n'avais.

Lu

pas rencontré sur ma route M. de Girardin, qui m'ouvrit généreusement les colonnes de la Presse et qui me permit de reprendre mon rang dans le nombre, alors bien réduit, des journalistes militants.

M. Thiers refusa, lui aussi, de s'associer à une ma- ^^^^ nifestation qu'il considérait comme stérile. « A quoi jr,^ » bon, disait-il, tout ce tapage? Est-ce que vous jç;^,^^ » espérez récolter sept millions de signatures? Vous » voulez montrer qu'il y a des mécontents? Le gouver- » nement le sait bien. Il se rassurera et s'entêtera » dans le statu qiio, quand il verra à quel petit nombre » ces mécontents se réduisent. »

La souscription Baudin surprenait le cabinet ei pleine crise. Les éléments qui le composaient sa désagrégeaient de plus en plus, et un événement ausa gros de tempêtes n'était pas fait pour lui rendre de la cohésion et de la solidité. Quand il s'agit de savoiï quel parti il y avait à prendre, les divisions recom j,^-j mencèrent. Les uns étaient d'avis qu'il fallait laisser faire; ceux-là étaient des hommes de résistance; ib espéraient que les choses prendraient une toumura telle que les classes élevées s'effraieraient et qu'elle» réclameraient elles-mêmes le retour à un régime di compression. Les autres voulaient qu'on fît usage armes que la législation mettait entre les mains 4tj| gouvernement, et qu'on exerçât des poursuites com les journaux qui avaient pris l'initiative de la so cription ; la grande difficulté était de trouver un te; qui permît d'ouvrir une action judiciaire; on décou^ dans la loi de sûreté générale, un article qui pu les manœuvres àrmtérieur> et on proposa d'en faiï*] J 'application. Mais ce\, ^^^feô^^ti^ ^otvsX. to. ^

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tord tellement périlleux qu'on hésita longtemps avant e remployer.

Au ministère de l'Intérieur, on était complètement ffolé. Chaque jour amenait des découvertes qui pronisaientun véritable effet d'ahurissement. Un jour on ppreuait que les écoles étaient très travaillées ; le andemain, on venait annoncer que l'agitation gagnait es ateliers. On commençait à se douter que les réfugiés rentrés en France étaient à la tête du mouvement, i^ais aucun de ces gens-là ne savait quelles mesures ^rendre ni à quelle politique ils devaient s'arrêter. Tous apercevaient le danger qui allait en grandissant, it ils répétaient sans cesse : « Que faire ? mon Dieu ! ► Que faire? »

Cependant la crise ministérielle allait son train. On i nié son existence. Elle était bien réelle cependant. 1 s'était formé une véritable union gouvernementale )our battre en brèche M. Rouher. Dans le conseil des ninistres, elle "comptait plusieurs adeptes, parmi lesluels le maréchal Niel et M. Magne. Je n'ai jamais )ien su si M. Pinard en faisait partie. Mais il y avait l'autres ministres qui n'attendaient qu'une occasion )our se déclarer. La ligue comprenait plusieurs perjonnages qui occupait des positions importantes dans .'entourage de l'Empereur.

On avait nris en avant le nom de M. Drouyn de Luys. Comme il s'agissait de remplacer M. dèMoustier, lui avait donné des preuves nombreuses d'insuffisance, il était tout naturel que le nom de M. Drouyn de Luys fût prononcé. Mais je ne crois pas qu'il ait été jamais sérieusement question de sa rentrée au ministère des affaires étrangères. La seule chose certavcx^^ ç^Çk^X. q^qL'^

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eut avec l'Empereur un entretien où les façons d'agir F^de M. Rouher vis-à-vis de ses collègues ne furent pas *'^ ménagées. M. Drouyn de Luys déclara que, pour son compte, il n'aurait jamais souffert que ses actes fassent démentis par le ministre d'État, le jour où il aurait plu à celui-ci d'obtenir par ce désaveu un succès de tribune. L'Empereur défendit M. Rouher avec beaucoup de chaleur ; il mit en avant son profond dévouement p* à l'Empire et il laissa entrevoir qu'il n'abandonnerait l'homme, qui lui avait rendu de si grands services, qu'à la dernière extrémité.

C'est au milieu de tous ces misérables tîi'aillements que fut prise enfin une résolution sur les poursuites â intenter contre les auteurs de la souscription Baudin. MM. Rouher et Barocbe s'y étaient opposés de toutes leurs forces; mais ils durent s'incliner devant la volonté formelle de l'Empereur.

On faisait commettre là à l'Empereur une grosse faute. Je ne sais qui a dit : « Le gouvernement avait » bien mieux à faire que de poursuivre la souscrip- » tion ; il pouvait lui imprimer un grand caractère de » conciliation et d'apaisement en s'y associant. » C'était demander trop ; ce n'est pas par des sentiments chevaleresques que se laissent guider les chefs d'État. L'attaque était trop directe pour que l'Empereur n'en éprouvât pas quelque impatience. Il •y avait là du reste une profonde injustice des partis. Non seulement la nation avait paru absoudre le coup d'Etat ; mais Napoléon in avait cherché à le faire oublier en donnant à la France une grandeur et une prospérité sans -exemple. Cette protestation, s'élevant au lendemain tiens libérales, était un anachronisme outra-

LA MANIFESTATION BAUDIN Mi

ant. Mais précisément parce que l'attaque s'adressait la personne de TErapereur, on aurait dû se borner y répondre par le mépris.

On s'était contenté de déférer aux tribunaux le veil, l'Avenir national et la Tribune ; mais il était îile de voir que les autres journaux se piqueraient lonneur, qu'ils ouvriraient les uns après les autres irs colonnes à la souscription, et qu'on serait ené à procéder contre toute la presse opposante, ipplication de la loi de sûreté générale qu'on consi- •ait comme tombée en désuétude, produisit un 3lorable eflfet sur l'opinion publique. Le caractère îeptionnel de la loi rejaillissait sur les poursuites furent dès lors considérées comme inspirées par raison d'Etat, et non par le désir de maintenir la X publique.

Le procès intenté aux journaux eut un résultat, fut de mettre en lumière un jeune avocat qui, jus- 3-là, n'était connu que dans un petit cercle d'hommes itiques et de donner un chef à ce qu'on a appelé )uis le parti des irréconciliables. Le 12 novembre, 'sonne ne connaissait M. Gambetta; le 14 au soir, nom était dans toutes les bouches. La plaidoirie il avait prononcée en faveur de Delescluze devint le .nifeste du nouveau parti, manifeste ardent, pasnné, qui ne fut pas lu seulement dans les ateliers dans les mansardes, mais qui fut accueilli et comsnté dans les salons où l'on trouvait de bon goût incourager toutes les entreprises contre le gouverment impérial.

Quand on relit aujourd'hui cette plaidoirie on est 3nné d'y trouver si peu d'arguments. Ce n'est oja.'x^^'^i

LA MANIFESTATION BAUDIN lUS

^ces dévoilés, les manœuvres mises à jour. La loi ^ sûreté générale ne tarderait pas à être appliquée ^^ûs toute sa rigueur » .

^^ avait, en effet, discuté en conseil des ministres, Moyens d'en finir avec une agitation qui menaçait Prendre des proportions inquiétantes. Mais Tindis- "^ qui avait écouté aux portes avait pris pour des lies de simples appréciations individuelles, et par ^^vélations intempestives, il gênait bien plus qu'il * ^^it le gouvernement. Le Gaulois fut obligé d'atté- ^ ce que sa note renfermait d'imprudent, et comme ^'^^^^n produite ne s'apaisait pas, la Gazette des Tj^naux annonça qu'une instruction avait été relise contre ce journal^ sous l'inculpation de fausses libelles dénature à troubler la paix publique, et le ntteur^ quelques jours après, confirma les poursuites. ^22 ont jamais eu de résultat.

y^ ^"ï^ait pas de complot, mais il y avait un parti ^^ser à bout le gouvernement et de Vamener es mesures qui lui feraient perdre le bénéoncessions libérales. Les listes de sous- Sent été fermées à Paris; mais tous les pendants de la province en avaient ouvert . De là des procès qui se terminaient par ations plus ou moins sévères. Un seul ^pendant du Centre, fut acquitté par le triermont-Ferrand. Cet acquittement causa nt voisin de la stupéfaction. Il y avait à effet, que la débandade se mît dans la e de province, si timide et si tremblante oteries locales, ent du tribunal de Clermont-FeTta.\xâL ^^^'^

'Mi HISTOIRE DE DOUZE ANS

très fortement motivé et les considérants très pro à donner à réfléchir à des magistrats irrésolus, établissait en termes très nets que le fait d'avoir blié une liste de souscription pour le monument I din ne constituait pas la manœuvre à rintériear. invoquait à l'appui un arrêt de la Cour de cassa du 11 décembre 1858 qui avait décidé que la nœuvre à l'intérieur supposait un ensemble de fai d'actes spécifiés par le but coupable auquel ils tenc Si cette doctrine était admise par les tribunau jugement du tribunal correctionnel de Paris quiî prononcé dans un sens contraire se trouvait infi Que deviendraient dès lors les poursuites en prés de juges concluant à l'acquittement et de la Coi cassation mise en demeure d'avoir à applique! propres arrêts ? Heureusement, la cour de Riom au secours du gouvernement en détresse ; le jugei du tribunal de Clerraont-Ferrand ne fut pas confii y Indéper\dant du Centre fut^ comme tous ses confr condamné à une forte amende.

Néanmoins la crainte de voir la magistrature échapper avait porté au comble l'afifollement de tains membres du cabinet. On ne parlait rien a que de toucher aux lois sur la presse et sur le drc réunion. La question fut portée devant le conseil ministres, où elle donna lieu à des discussions yives. M. Rouher s'opposa à toute modification ; il ï^politique, suivant lui, de revenir sur des lois valent à peine six mois d'existence. C'est à gr r que le ministre d'Etat obtint l'ajournement ^JJ"*« qui étaient proposées.

"^^^^ tactique à suivre, suivant certains hon

LA MANIFESTATION BAIDIN 3lo

ques, c*était de laisser aller les choses jusqu'au où, le danger devenaut visible, les classes conserces s'apercevraient qu'il n'y avait de salut que dans uvernement impérial. C'était un faux calci;l. Les srvateurs s'étaient depuis longtemps détachés de pire. « Cherchez donc, s'écriait avec désespoir un Tenseur acharné de la politique de résistance, les mes gens ambitieux qui se lancent dans la voie Qservatrice, et nonunez-les nous ! Vous n'en trourez pas! L'opposition prend tout, ramasse tout, mit tout! » Rien de plus vrai. Il suffisait de parir les listes de souscription au monument Baudin être éclairé sur les vrais sentiments de cette •geoisie qu'on comptait reconquérir. C'était la • de sa jeunesse qui figurait en tête de ces listes; ient ses journaux qui les propageaient ; c'étaient jcrivains qui encourageaient les souscriptions. y eut certainement à cette date une véritable lUance du pouvoir. Tout le monde le sentait. Ceux ipprochaient le plus des membres du cabinet en issaient. Le 24 novembre, je fis la rencontre, au r de l'Opéra, d'un ancien préfet qui était depuis temps en disponibilité, mais qui avait encore s dans le cabinet de certains ministres. Il était ralement consterné. « Je suis frappé, me dit-il, ! la rapidité avec laquelle les populations marchent rs la désafi'eclion. Pour moi, je ne crois plus ni la durée ni à la solidité de l'Empire. »

3 lendemain, j'étais allé au ministère d'État entre- ? M. Rouher de l'importante question des usi- 3 de l'ancienne banlieue. Le ministre étant occupé, énétrai dans le bureau de M. Sailard, l^ Iwteox

>vocation mutile. On ne renouvelle pas à un mois

distance des manifestations commei celle qui iit eu lieu le 3 novembre sur la tombe de Baudin. le gouvernement s'était bien rendu compte de l'état

l'opinion, il se serait aperçu qu'une sorte de réacn se manifestait, même parmi les radicaux, contre

démonstrations extra-légales. M. Peyrat avait dit us VAt)enir National : « Tous, amis et adversaires, Qous avons un rendez-vous commun ; il n'est pas pour le mois de décembre, mais pour le mois de mai ou de juin 1869; il n'est pas au cimetière, il est aux élections! » M. Jules Favre, dans un disurs prononcé à Troyes, disait de son côté : « Oublions nos haines et nos rancunes; poursuivons pacifiquement par le suffrage universel la réalisation du meilleur gouvernement. » Et M. deGirardin, toujours L'affût des co urants de l'opinion, s'était empressé de noncer l'existence d'un parti nouveau, qu'il appelait

parti des suffragistes.

La manifestation des argousins (c'est le nom qu'on ►nna aux mesures préventives prises le 3 décembre) it uniquement pour résultat de déconsidérer le pou- ►ir. qu'on accusa d'avoir fait de la provocation en ire perte. Quand, après la mort de Berryer, on iprit que les électeurs de Marseille avaient offert la tndidature à Gambetta et que celui-ci avait accepté,

fut démontré que, depuis un mois, on suivait une jne politique absurde. On avait eu affaire jusque-là l'opposition systématique; on allait se trouver en 'ésence des irréconciliables. On avait, de gaieté de eur, compromis d'avance le succès des élections î 1869.

:{i8 HISTOIRE DE DOUZE ANS

Le moment était venu où la crise qui était en per manence devait se dénouer. On ne pouvait sortir^'d'embarras qu'en éliminant les éléments de dissoltt-|?e tion que renfermait le ministère et en lui donnani l'homogénéité qui lui manquait. Justement M. Pinard|-e avait . demandé à être relevé de ses fonctions. Les tiraillements qui n'avaient cessé d'exister entre lui! I et M. Rouher s'étaient transformés en une vérltablel^ lutte d'influence. M. Pinard, qui avait fait toute safJ carrière au parquet, apportait dans les affaires cette t raideur qui est parfois une qualité chez un magistrat, |il mais qui devient un défaut chez un administrateur obligé souvent de céder devant certaines exigences. C'était un esprit charmant dans un salon; mais, dans son cabinet ministériel, il laissait trop percer l'oreille de l'ancien procureur-général; il était toujours disposé à lancer des réquisitoires.

M. Pinard sentait bien que, depuis longtemps, on avait conjuré sa perte ; mais il ne savait trop comment s y prendre pour se retirer. Il paraît que la publication par les journaux de la lettre de Berryer au comte de Chambord lui fournit le prétexte qu'il cherchait depuis longtemps. M. Rouher voulait qu'on poursuivît les journaux qui avaient publié cette lettre, et l'Empereur avait donné son assentiment à cette mesure. M. Baroche résistait. Tout cela se passait à l'insu de M. Pinard; il se considéra comme amoindri par ces démarches et il alla porter sa démission à l'Empereur. Elle ne fut acceptée qu'au bout de quelques jours.

En annonçant à M. Pinard qu'il avait accepté sa démission, r Empereur \\x\ èct'\N\\. q^>^.\^ \îka\sassKi

LA MANIFESTATION BALDIN 349

teur. M. Pinard refasa la dignité qui loi était te. Il fit savoir à l'Empereur qu'il préférait un 3 de député, et qu'il se présenterait aux prochaiélections législatives. En attendant, il se fit insi au barreau comme simple avocat. Il y avait dans 3 résolution la preuve d'un grand sens politique. Pinard avait compris qu'on ne s'improvise pas me d'Etat, et que pour le devenir, il faut se frotlongtemps aax honmies et aux choses, et, de plus, er en contact direct avec les masses électorales. . Forcade La Roquette remplaça M. Pinard au istère de l'intérieur. On profita de l'occasion pour ébarrasser de M. de Moustier que son état de é éloignait de plus en plus des affaires et qui avait preuve d'insuffisance dans le conflit gréco-turc, question d'Orient se trouvait de nouveau soulevée Duvait amener une conflagration générale. M. de stier n'avait aucune idée sur les mesures qu'il y t à prendre pour l'écarter. C'était un esprit timide eureux qui se figurait qu'on parvient à résoudre iifflcultés au moyen de bonnes circulaires diploiques. On le remplaça par M. le marquis de La 3tte. Le choix était bon. M. de La Valette avait été loyé dans des missions difficiles dont il s'était tiré n avantage. Ce n'était pas peut-être un homme ât supérieur ; c'était du moins un homme de rosaces. Il était de l'école de M. de Morny, c'est-àqu'il n'apportait dans les affaires ni idées pré- 3ues ni parti pris. Il avait une tâche difficile à plir : il s'agissait de faire face aux questions coules sans en soulever de nouvelles, à vivre en quel- 3 sorte sur les faits accomplis, à eu déiveYo^'^e;t \<^'^

conséquences heureuses, à en écarter et à en restreifi- :t dre les résultats défavorables. Il s'employa à résoud» n ce problème, et il y parvint : « Les instructions, me ùi » disait-il, que j'ai données à mes agents se résument ^r » en cette seule phrase : Ne me faites pas d'affaires, rà » Si tous les fonctionnaires se pénétraient de cette i> » maxime, le rôle du gouvernement se trouverait sin- ]r » gulièrement simplifié. » ]

M. Forcade la Roquette fut remplacé au ministère des travaux publics par M. Grossier, député de la Somme. Cette nomination était des plus imprévoesi et on s'est souvent demandé les motifs qui avaient inspiré le choix de l'Empereur. Voici ce qui s'étaitjà passé :

M. Grossier avait été le rapporteur de la loi mili taire, et à ce titre, il avait partagé l'impopularité qn^ s'était attaché à cette loi. Il avait, dans sa circo cription, des concurrents redoutables qui faisaient co: tre lui une propagande active, et qui répandaient les moindres hameaux la brochure : Il ny a plus à bons numéros, M. Grossier s'était peu à peu habitué à se considérer comme s'étant sacrifié à une besogne ingrate, et il se répandait en plaintes amères sur Tingratitude du gouvernement qui ne faisait rien pour lui, et qui ne lui donnait aucune compensation pour sa situation compromise. Au moment où la crise ministérielle était arrivée à son point culminant, il déses' pérait de voir le gouvernement faire quelque chose en sa faveur. Il ne portait pas ses visées bien haut ; il se serait contenté d'un siège au Conseil d'Etat. En rentrant chez lui le 17 décembre, il fut arrêté au pas-j sage par son coxicieTg^^ c\]ûi\\v\ tçii\x!cl\. \^

*iin planton avait apporté, il y avait une heure à îne : c'était sa nomination au ministère de l'Agri- Iture, du Commerce et des Travaux publics. M. Gresir, esprit vif et ouvert, bien qu'un peu paradoxal, ait aussi propre qu'un autre à remplir cette place, était d'ailleurs le chemin qui conduisait au Sénat. Il avait là de quoi guérir les blessures de l'amour-propre

plus susceptible.

Les remaniements dont le ministère venait d'être ^bjet mirent fin à la crise qui durait depuis trop ngtemps ; ils produisirent une sorte de détente dans Dpinion. Du reste, au point où étaient venues les loses, ir était impossible que la situation se proloneât ; on était, sans s'en douter, en route pour une évolution. Pour un temps, l'homogénéité existait de ouveau dans le gouvernement. Mais l'ébranlement ausé par les mesures intempestives prises contre la lanifestation Baudin avait produit son effet. On en it les conséquences quand, quelques mois plus tard, 'ouvrit la période électorale. Les hommes politiques ui en 1857 et en 1863 étaient parvenus à faire triomher l'idée essentiellement libérale et conservatrice 'une opposition légale et constitutionnelle n'étaient lême plus compris du public. Pour réussir auprès des lecteurs, l'opposition systématique était à peine un :tre suffisant. Il n'y avait plus de place que pour les ictimes et les persécutés du 2 décembre.

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