‹ Histoire de douze ans (1857-1869): notes et souvenirsChapitre 8 sur 21 · I.KS HÉFOUMKS l)K M. FOILI) V'h · texte numérisé non relu

I.KS HÉFOUMKS l)K M. FOILI) V'h

tère de la parole et Tenvoya au Conseil privé. Afin qu'il n'y eût aucun doute sur les motifs de sa disgrâce, une lettre de TEmpereur qui accompagnait le décret disait « qu'un incident avait fait ressortir les diver- » gences existant entre M. Fould et le ministre démis- » sionnaire sur les questions de finances. »

C'était la fin d'une lutte sourde qui durait depuis plusieurs années.

C*est par une saine appréciation des choses qu'on a dit des élections de 1863 qu'elles ont marqué un moment critique dans l'histoire du second Empire.

En 1852, l'opposition, décimée, terrorisée, s'était renfermée dans une abstention presque absolue ; les votes de protestation qui avaient eu lieu à Paris avaient passé presqu'inaperçus ; ni le gouvernement ni les populations ne s'en étaient émus.

En 1857, il y avait eu à Paris une sorte de réveil de l'opinion publique. Tandis que les départements se renfermaient dans une abstention où la crainte tenait autant de place que TindifFérence, la Capitale se jetait dans la lutte avec une ardeur qui décontenançait le pouvoir. Le résultat, des plus médiocres, si l'on considère le nombre des élus, fut des plus considérables, si l'on a égard aux conséquences politiques. Pour la première fois, il se formait une opposition légale, et constitutionnelle. Les Cinq allaient pendant

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six ans, tenir en haleine le pouvoir, déconcerté parle ton calme et mesuré avec lequel étaient revendiquées les libertés publiques.

En 1863, le courant libéral imprimé par les Cinq a produit son efiet naturel. Les populations, mieux instruites sur la portée de leurs droits, délivrées de la peur que leur causait un pouvoir sans contrôle, habituées à voir discuter les actes du gouvernement par les orateurs de l'opposition, se reprennent du désii d'avoir une part directe au mouvement politique. Les hommes résolus à lutter contre l'action gouvernemen taie sont encore en petit nombre, les candidats hésitent; mais l'abstention a perdu un immense terrain L'opposition rentre en lice avec une certaine assurance, et le gouvernement, sentant qu'il joue une partie décisive, use de toutes les armes que la centralisation met entre ses mains pour triompher d'adver saires devenus plus audacieux.

Les élections dans les départements, où des candidats de l'opposition s'étaient présentés, ont donne lieu à des incidents qui ont varié suivant les localité: et suivant le plus ou moins d'énergie dea préfets e sous-préfets, chargés de combattre les candidature! anti-gouvernementales. C'est dans les élections d( Paris que prédomine l'élément politique ; c'est là vé ritablement qu'est le foyer de la lutte, et si l'on veu découvrir quel est l'esprit qui a présidé au mouve ment électoral de 1863, c'est le résultat des élection de Paris qui peut seul en donner la clé.

L'opposition, avant d'aboutir à ce résultat qu

. fut véritablement foudroyant, eut à déjouer bien de

intrigues, à écarter bien des hostilités mesquines e

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combattre bien des tactiques maladroites. Elle dut Dn succès d* abord à la résolution qu'avaient prise lôs inq de rester unis en face des électeurs, comme ils avaient été pendant six années en face du pouvoir, t puis à la valeur politique des candidats qu'ils étaient adjoints et qu'ils présentaient au choix des lasses électorales.

Dans le récit qui va suivre, je tâcherai d'oublier )s attaques injustes dont, j'ai été l'objet pour ne me Duvenir que des dévouements que j'ai rencontrés. Il iudra cependant que je mette ma personnalité en m, puisqu'un moment, elle est devenue en quelue sorte le pivot de toute la campagne électorale, [ais je parlerai de moi le moins possible, pour laisser i place aux grands principes qui étaient en lutte. !uant aux combinaisons louches, auxquelles mon nom servi de prétexte, il y a longtemps que j'ai pardonné ceux qui les ont essayées.

La période électorale avait précédée de beaucoup la onvocation légale des électeurs. Le décret qui apelait les citoyens dans les comices ne devait être ublié que le 9 mai, et, dès les premiers jours de janier, il s'était formé sur plusieurs points de Paris des omités, ayant pour but, en apparence, d'aider les lecteurs à se faire inscrire sur les listes, mais, en éalité, se proposant d'exercer une action sur le choix es candidats.

Je fus invité le 12 janvier J1863 à assister à la réuioti d'un de ces comités, qui avait son siège rue •aint-André-des-Arts, chez M. Emmanuel Durand, ne jeune recrue de la presse libérale, mort depuis ans avoir pu donner la mesure de son talent. Ce fut

dans ce modeste logement d'étudiant que je as, la première fois, la rencontre de M. Gambetta. ( que pauvre et inconnu, il exerçait déjà sur un ce nombre d'amis de son âge une puissante influen* côté de lui, se trouvait M. Isambert, qui ne le tait pas plus que son ombre, et qui paraissait déjà un disciple fidèle et convaincu. Ces jeunes étaient loin de se montrer les irréconciliables < sont devenus depuis. M. Gambetta, en partici approuvait fort la politique que les Cinq avaieni vie; il était d'avis qu'il n'y avait rien à faire en d( de l'opposition légale et constitutionnelle, et il c geait ses camarades à se placer sur ce terrai seul qui, suivant lui, offrait une base solide.

L'appui de ces débutants dans la vie politique tait point à dédaigner. On dirigeait, contre quel( uns d'entre nous, des attaques, dans le but de noi viser et de nous rendre suspects les uns aux au Il était bon que nous eussions des défenseurs cette jeunesse ardente, qui marchait à la conque la liberté, sans préoccupation du passé et l'œil quement fixé sur l'avenir.

C'était particulièrement à M. OUivier et à moi s'adressaient les critiques et les reproches. D'f répandues sourdement, ces attaques prirent bii un caractère qui ne nous laissait aucun doute si intentions hostiles de ceux qui les formulaient o s'en faisaient les échos.

On accusait M. Ollivier de se montrer trop cr< sur les intentions libérales du gouvernement. On tendait que dans ses discours, il prenait plus de de marquer les pas en avant faits par l'Empire

le signaler ses fautes et ses actes arbitraires. « Ce ^ n'est pas pour donner des satisfecit au gouvernement » qu'on l'a envoyé à la Chambre », disaient les mécontents. Le discours que M. Ollivier avait prononcé à propos du décret du 24 novembre, considéré naguère comme intempestif et maladroit, était de nouveau l'objet des commentaires les plus malveillants. On allait jusqu'à faire un crime au jeune député de Paris des sympathies qu'il rencontrait sur les bancs du Corps législatif et de l'estime que M. de Morny professait hautement pour son talent d'orateur.

Les attaques qu'on dirigeait contre moi étaient empruntées à un autre ordre d'idées. On prétendait que j'étais l'allié du Palais-Royal et que j'allais prendre le mot d'ordre chez le prince Napoléon. Cette accusation était absurde ; il suffisait d'examiner mes discours et mes votes pour s'assurer que j'avais constamment marché d'accord avec mes collègues de l'opposition et que ma conduite n'avait été à aucun moment entachée de complaisance. Quelques-uns de mes amis s'émurent, et je dus, pour les rassurer, leur fournir des explications.

En fait, mes relations avec le prince Napoléon étaient bien antérieures à mon élection comme député au Corps législatif. Elles n'impliquaient aucune alliance politique, par cette raison bien simple que le prince n'affichait à ce moment aucune ligne de conduite bien tranchée. Les questions extérieures l'absorbaient complètement, et, sur ce point, si une discussion s'était engagée entre nous, nous nous serions trouvés bien certainement en dissidence. Là où il y aurait eu un accord possible, c'était sur les questions

économiques et sociales, où le prince apportait une grande largeur d'esprit et pour la solution desquelles il faisait comme nous appel àlaliborté. Mais là méme,il prenait des idées un peu de toutes mains^ sUnspirant de M. Michel Chevalier et de M. Le Play et repoussant les doctrines du socialisme libéral ; un disciple de Proudhon ne pouvait accorder son adhésion à cette sorte d'éclectisme semi-saint-simonien.

J'avais trouvé le prince Napoléon toujours disposé à venir en aide aux condamnés politiques et aux victimes du coup d'Etat, et je n'avais usé des bons sentiments qu'il me témoignait que pour tirer mes amis de la prison ou de l'exil. C'est ainsi que, par son entremise, j'avais obtenu le retour à Paris, puis la mise en liberté de M. Victor Pilhes, de M. Amédée Langlois et de M. Louis Vauthier, condamnés par la Haute Cour de Versailles pour l'échauffourée du 13 juin ;un autre condamné de la même catégorie, M. André Pasquet, fut mis en liberté par la même influence. Â la suite de l'amnistie du 16 août 1859, le prince, sollicité par moi, avait fait tous ses efforts pour y faire comprendre Proudhon qu'une absurde condamnation pour outrage aux mœurs plaçait, ainsi que M. Ledru- RoUin, dans une situation exceptionnelle ; c'est à mes démarchée que Proudhon dut de voir sa peine eflfacéc par un décret spécial et de pouv oir rentrer en France à la veille même des élections de 1863.

Un de mes amis politiques, qui était mon collaborateur à la Presse, et qui a occupé, depuis le 4 Septembre, de hautes situations dans le gouvernement de \i République, M. Jules Ferry, se montra moins facile que les autres. Il arriva un moment où nos rapports

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mrnant à l'aigre, étaient menacés do se terminer ar une rupture. Je trouvais qu'il était indigne de loi de me disculper de relations qui étaient publiques t que personne ^jusque-là n'avait songé à me reproher. Je ne consentis à m'expliquer que lorsqu'il eut ivoqué notre amitié. Il m'écrivit une lettre qu'il l'autorisa à montrer et qui ât taire pour un temps 3s mauvaises langues. J'en cite les principaux pasâges :

« Votre lettre est noble et m'a vivement touché. C'est pénétré des sentiments qu'elle confirme en moi qu'avant de clore cet incident, je veux protester à mon tour contre les dispositions d'esprit où vous avez pu me croire. Je n'ai jamais conçu le moindre doute sur le point en question... Ce que la mauvaise foi vous reproche n'est pas seulement iûoffensif, mais par la tenue que vous y avez gardé > particulièrement honorable. Je n'en ai jamais jugé ' autrement. J'ai trop grande horreur de la malveillance et du. dénigrement démocratiques pour accepter les points de vue bas et ipesquins en honneur dans un certain monde, et je suis trop naturellement porté vers l'équité pour que l'ensemble de vos actes si fermes et si limpides, ait laissé poindre dans mon esprit le besoin d'une réfutation quelconque. »

M. OUivier et moi, nous avions tort de nous émoui^oir si fort de ces attaques. Elles ne dépassaient pas es limites étroites de cercles politiques excessivement estreints* Elles ne pénétraient point dans les masses électorales; si l'on avait essayé de les y répandre, illes n'auraient rencontré que de l'iudiffét^wç.^. Ç^tv.

aurait, difficilement entamé le prestige des Cinq, qu'on avait vus constamment sur la brèche et qui étaient déjà, suivant une heureuse expression de M. Jules Ferry, « entrés dans l'histoire ». Mais nous eûmes connaissance vers la fin de février d'un projet formé de longue date et à notre insu, qui, s'il n'avait pas été déjoué à temps, aurait certainement, bien plus que les calomnies, compromis le résultat des élections de Paris.

Les insermentistes ne nous avaient jamais pardonne leur défaite de 1857; mais ce dont ils nous voulaient le plus, c'était d'avoir créé un mouvement d'opinion dont nous étions devenus le centre et d'avoir amené au 24 novembre le gouvernement impérial à faire un pas vers la liberté. A présent que le succès avait couronné nos efforts et que notre politique avait produit des fruits, ils voulaient rentrer dans la lice, non pour nous aider à poursuivre notre tâche, mais pour confisquer à leur profit les résultats obtenus.

Le plan auquel ces messieurs s'étaient arrêtés était vraiment diabolique. Le décret du 29 décembre 1862 qui avait fixé les nouvelles circonscriptions dôla Seine, avait fait subir aux anciennes de profondes modifications. Par suite de ces remaniements, le département de la Seine, qui, jusque-là, avait nommé dix députés, n'en comptait plus que neuf. On prétendait qu'à cause de cela, les députés sortants de Paris n'avaient pas le droit de réclamer comme leur appartenant des circonscriptions que les changements apportés par l'administration avaient transformées et rendues méconnaissables. On en conclut qu'une nouvelle répartition des candidatures devait être opérée^

et qu'elle ne pouvait être que l'œuvre d'un comité investi de ce rôle par la confiance des électeurs.

Cette idée n'était pas venue toute seule aux inser^ mentistes. Elle leur avait été soufflée par M. Havin qui, dans un but tout personnel, voulait se rendre le maître des élections de Paris. M. Havin appelait à son secours ceux-là même dont il avait été l'adversaire en 1857. Il avait inventé une combinaison qu'il croyait très fine, mais qui péchait par la base; c'était de former un comité où l'élément abstentionniste dominait pour présider au choix des candidatures. Quand on a recours aux moyens louches, il est tout naturel de prendre pour auxiliaires des esprits mesquins. Pour triompher de l'ascendant des Cinq, ce n'était pas de trop que de s'appuyer sur les envies et sur les rancunes.

L'affaire avait été menée fort secrètement, mais j'en avais eu vent dès le mois de février 1863. Je fis part de ce que je savais à M. de Girardin. M. de Girardin avait eu d'abord l'intention de se désintéresser des élections de 1863. Il n'aimait pas à se mêler à ces luttes où les questions de personnes prennent trop souvent la place des idées. Mais il vit tout de suite qu'il s'agissait bien moins de nous que de l'avenir de cette opposition légale et constitutionnelle dont il s'était porté le promoteur en 1857. Aussi âfe résolut-il à nous accorder son puissant appui. Il m'écrivait à la date du 6 mars :

« J'étais instruit de tout ce que vous m'écrivez. Il » y a plusieurs mois que je sais que MM. Havin et » Guéroult se sontentendus pour se porter iVam, ^\.

lof) HISÎOIUE DE DOUZE ANS

» l'un par l'autre, à vo^re exclusion, et même à cell©! » d§ M. Emile Ollivier.

» Les motifs allégués ne sont que de faux prétextes -^ f » Nous avons à nous concerter pour examiner ca "^ » que la Presse devra faire pour déjouer la manœu-' 1 » vre et pour la leur faire abandonner.... Il y a tout »' un programme à débattre. Je suis d'avis de conver* » tir l'objection en moyen et de niarquer un pas de » plus en avant dans la voie que l'opposition a ou- j » verte en acceptant l'élection et la candidature.

» Tout à vous,

» Emile de Girardin. ». j

11 était en effet temps d'aviser. En quelques jours, les conjurés avaient rallié à eux toutes les hostilités que les Cinq avaient soulevées, et on commençait & .; mettre en avant une répartition des circonscritions ' qui les privait du droit de rendre compte de leur mandat aux électeurs qui les avaient envoyés à la Chambre. Dans cette combinaison, M. Havin se présentait dans la 5* circonscription qui était celle de M. Ernest ^ Picard ; on donnait à M. Ernest Picard la 7* circonscription qui était la mienne, et on me réservait la l'^ circonscription où j'étais complètement inconnu et où je ne comptais pas un seul de mes électeurs de 1857.'

Les prétentions du comité qui patronnait cet arrangement étaient insoutenables. On ne comprend pas que M ., Carnot, qui avait ouvert ses salons aux membres qui en faisaient partie, eût pu un instant se faire illusion sur la réussite d'une aussi misérable manœuvre. Les remaniements qu'avaient subis les circon-

riptions n'étaient pas tels qu'on ne pût facilement

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es reconnaître. Ob, en déplaçant les candidatures, Pn déplaçait les responsabilités. On nous empêchait de tendre compte à nos électeurs de 1857 de la façon dont nous avions rempli notre mandat. On substituait les questions de personnes aux questions politiques. On compromettait toute l'œuvre accomplie depuis six ans par les Cinq.

M. E. de Girardin se rendit compte immédiatement de la situation et entama une de ces merveilleuses i campagnes qui ont affirmé sa réputation de politique délié et de polémiste incomparable, ^a collaboration à la Presse le gênait un peu ; il avait à éviter le re- I proche de combattre bien plus pour un ami que pour un principe. Avec cet art qu'il possédait, il laissa ma personnalité de côté pour ne s'attacher qu'à celle de M. *E. Picard.. Au fond, c'était à M. E. Picard que M» Havin s'attaquait le plus directement, puisque le directeur du Siècle voulait lui prendre sa circonscrip- ^tion sous le fallacieux prétexte que c'était celle où il avait le plus de chances d'être nommé. Cette raison grotesque offrait trop de prise à la raillerie pour que M. de Girardin se privât des avantages qu'elle lui offrait. Le pauvre M. Havin sortit de là meurtri, écrasé, amoindri. Au bout de quelques jours, il fut forcé de se rendre et de déposer les armes. Une note insérée dans le Siècle le 28 mars constata sa défaite : « En réponse aux attaques dont, le Siècle a été » l'objet, je déclare que jamais mon vieux patriotisme » ne s'exposera à rendre douteux le succès de notre » cause par une prétention personnelle et par une compétition de circonscriptions.

» Léonok BLknv^. v>

On promit à M. Havin une candidature dansunoj^ des circonscriptions de Paris, le Siècle ayant le droiti comme il l'avait dit, « de faire juger sa politique par^ » le suffrage universel, » et M. Havin se tint dès loritl en repos et ne suscita plus aucun embarras. 1

Quand on recherche à quels sentiments avait obéi* M. Havin en entreprenant cette campagne qui devait 3 avoir une issue aussi piteuse, voici ce qu'on découvre: ^ d'abord une rivalité d'influence entre lui et M. E- Picard, avec qui il avait eu des démêlés à propos da la direction du Siècle; en second lieu, la préoccupation qui le poursuivait depuis 1857 de se présenter dans la circonscription où le Siècle comptait le plu* i d'abonnés. En 1857, il n'avait pu réussir, parce quct ^ la circonscription était devenue le lot du général Cavaignac; en 1863, il lui paraissait tout simple de revendiquer un collège électoral qui lui était acquis d'avance, les abonnés du Siècle étant à ses yeux ses électeurs naturels.

Je croirais manquer à un devoir, si je ne témoignais pas ici ma gratitude à ceux de mes collègues > qui me prêtèrent leur appui dans cette circonstance délicate. Le 14 mars, M. E. Ollivier m'écrivait :

(( Nous ne sommes pas libres de nous déplacer. On » doit des comptes à qui vous a donné le mandat. Favre » que j'ai vu continue à être parfait. »

M. Jules Favre m'écrivait de son côté à la date du 16 mars :

« Ollivier a dû vous dire combien nous étions d'ac- » cord sur ces tristes discussions qui m'affligent » comme vous. C'est pour nous tous un point d'hon-

» neur de ne pas plus nous séparer aujourd'hui » qu'hier; et si les électeurs ne comprennent pas qu'il » y a un devoir à nommer les Cinq, les Cinq ne doivent » pas leur donner l'exemple de la faiblesse et de la » division. Soyez donc sûr que je ne donnerai jamais « les mains à un arrangement qui vous enlèverait » votre^circonscription. Vous lui appartenez, et nul, » si ce n'est vos électeurs, ne peut disposer de vous.

» Votre bien dévoué,

V » Jules Favre. »

Je ne rencontrai pas la même fermeté dans M. E.

, Picard. L'idée d'avoir à lutter contre M. Havin, dont il s'exagérait l'influence, lui avait fait perdre littérale-

^ ment la tête. A diverses reprises, pour obtenir grâce auprès du terrible directeur du Siècle, il fut sur le point de m'abandonner. Il attribuait aux propos qui

"" 88 répandaient sur mon compte des proportions exa-

Y gérées. S'il avait osé, il m'aurait conseillé d'accepter ma transportation dans la première circonscrijption. Dans tous les cas, il se rendait à des conférences à ce

^ sujet, qui se tenaient chez M. Jules Simon, et où M. Havin avait pour truchement M. Henri Martin. II m'en voulait d'esquiver ces convocations qui étaient des pièges et dont il espérait voir sortir une combinaison acceptable. Il lui répugnait de devoir quelque chose à M. de Girardin, dont l'intervention lui paraissait plus compromettante qu'utile. Nous l'avons en quelque sorte sauvé malgré lui.

Nous eûmes aussi à nous préoccuper d'un groupe d'abstentionnistes qui avaient inventé une tactique nouvelle : il ne s'agissait plus de se borner à ne ^^&

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prendre part au 7ote; on devait se rendre au scrutin et déposer un bulletin blanc en signe de protestation. Ce groupe avait pour promoteur M. Gustave Chaudey; M. Proudhon avait consenti à se faire son interprète. C'est du moins ce qui résulte des nombreuses lettres que renferme, sur la campagne électorale de 1863, la -correspondance du grand écrivain. *

- L'assassinat de M. Gustave Chaudey par les membres de la Commune de 1871 a entouré son nom d'um auréole que je n'essaierai point de ternir. M. G. Chau dey est mort victime de ses convictions, immolé pai des hommes qu'il avait jusque-là considérés comm( des alliés. Cela suffit pour qu'on ne parle de lu qu'avec une grande déférence. Mais ce n'est poin manquer de respecta sa mémoire, que de le dépeindre tel qu'il se présentait au public en 1863.

M. G. Chaudey avait traversé bien des vicissitude politiques. Il avait débuté, vers 1845, en se déclaran le partisan de la politique, étroite de M. Guizot. 1 avait affirmé ses opinions 'ultra-conservatrices dan une brochure où il prenait à partie les doctrines d Louis Blanc. Dans un voyage que j'avais fait à Besan çon en 1849, j'avais rencontré M. G. Chaudey; il étai devenu républicain, et il tendait à se rapprocher de idées de Proudhon. Son attitude au moment du cou d'État avait attiré sur lui l'attention de l'autorité 6 il avait dû chercher un asile en Suisse. Rentré à 1 suite de l'amnistie, il était venu s'établir à Paris, i il s'était attaché au groupe parlementaire dont 1 Courrier clu Dimanche était l'organe. On le rencontra dans tous les salons orléanistes, où il cherchait à s faire bien venir des notabilités de ce parti. Je l'ai en

tendu de mes propres oreilles donner du Monsieur h eon^e à M. de Montalembert que ce ton obséquieux

^ semblait ennuyer et qui animait volontiers sacrifié son

I titre, pourvu qu'on lui eût concédé la qualité de libéral.

^ H avait tourné autour de nous pendant quelque temps ;

j mais, quand il avait vu que les Cinq n'étaient pas disposés à l'accueillir, il s'était retiré et avait cherché fortune ailleurs.

De guerre las, M. G. Chaudey s'était fait le correspondant de Proudhon, alors réfugié à Bruxelles. C'était lui qui renseignait l'illustre publiciste sur ce qui se passait dans le monde politique de Paris. Quand, à la fin de 1862, Proudhon^ à la suite d'un incident qui avait rendu son séjour en Belgique difficile, se résigna à venir s'établir à Passy, ce fut M. G. Chaudey qui le reçut au débotté. '

Proudhon rentrait en France mécontent de l'accueil presque hostile que la presse libérale avait fait à ses

^ dernières publications. On avait fait le silence sur sa brochure : le Principe fédiratif où il avait accumulé une masse d'idées neuves et de vues originales. On n'avait prêté qu'une attention médiocre à son livre : ks Majorais. littéraires, on la question de la propriété

' littéraire était en quelque sorte coulée à fond. Proudhon ne se rendait pas compte des changements que le retour aux principes parlementaires avait apportes depuis, trois ans dans les mœurs politiques du pays. Il ne s'apercevait pas que l'opinion était tout entière au niouvement électoral qui se préparait et que le calme manquait aux ^esprits .pour s'attacher à des théories brillantes et à des thèses purement juridiques. Delà, chez Proudhon, une mauvaise humeuY, q^xxyOkv^^-

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châit une occasion de s'épancher. On lui fit entrevoir que les élections lui offraient le moyen d'en finir avec cette pseudo-démocratie, qui avait, suivant lui, fait dévier la conscience publique, et il se jeta dans la lutte avec une ardeur qui démonta ceux-là même qui étaient le plus disposés à,le suivre.

Ce fut véritablement M. G. Chaudey qui lui fournit son thème. L'idée première de Proudhon était de rester sur le terrain de l'abstention pure et simple et de chercher à y amener le plus d'électeurs possible. Mais sous l'influence de M. Chaudey, ainsi qu'il est facile de s'en assurer en relisant sa' correspondance, il passa de Tabstention passive à l'abstention active, c'est-àdire au vote à bulletin blanc. La brochure : les Démocrates assermentés et les Méfractaires , qui servit de manifeste au parti abstentionniste est sortie tout entière de la plume de Proudhon ; mais c'est M. Chaudey qui en a été le principal inspirateur et c'est lui qui a fourni les principaux arguments.

En acceptant la donnée du vote au bulletin blanc, Proudhon allait se trouver dans une situation difficile. Il se mettait à dos les abstentionnistes radicaux pour qui le vote au bulletin blanc était une indigne concession. Il avait contre lui les gens qui se rappelaient son attitude en 1862 et en 1867, et qui ne manqueraient pas de crier à la contradiction. Il se plaçait ®ûfin, de son propre aveu, en opposition avec la majorité des électeurs qui condamnaient l'abstention, sous quelque forme qu'elle se présentât. Il se préparait donc un immense échec.

La peine qu'il éprouva à former son comité abstenj^l^niste aurait dû éclairer Proudhon ; mais il s'était

trop avancé pour pouvoir reculer. La manifestation qu'il cherchait à rendre imposante se réduisît bientôt aux mesquines proportions d'une machine de guerre contre ma candidature. Proudhon eut beau protester contre cette conséquence inattendue : ce fut tout le fruit que produisit cette campagne entreprise avec tant de fracas.

On faisait dans le. comité Carnot plus de , commérages que de besogne. On y passait tout son temps à démolir la réputation des quatre députés sortants de Topposition libérale et constitutionnelle. On vint un jour y annoncer que Proudhon m'avait désavoué et qu'il me considérait désormais comme un adversaire politique. Mon opinion était de laisser tomber cet absurde propos. MM. E. Ollivier et Picard n'étaient point de cet avis ; ils jugeaient que la qualité d'ami de Proudhon constituait pour moi une force, et que je devais réclamer de lui une dénégation en formiO. Ils firent même une démarche personnelle à Passy, démarche qui n'aboutit pas, parce qu'ils ne rencontrèrent pas Proudhon chez lui. J'eus tort de céder à leurs instances. Il en résulta entre Proudhon et moi un échange de lettres qui dura plus de deux moij?, et qui aboutit à cette conclusion qu'on avait eu surtout pour but d'éviter, c'est que si aucun sentiment de mésestime n'existait entre nous, il n'était pas moins vrai que nous étions séparés politiquement, et qu'à ce point de vue, on avait eu raison de dire que nous étions des « adversaires politiques ».

Je n'ai eu du reste, en cette circonstance, qu'à me louer de Proudhon. Ses sentiments furent ce qu'ils devaient.;^ être, ceux d'une grande âme 6t d'ua brave

cœur. Il chercha longtemps le moyen de ne pas me nuire, tout en continuant sa campagne abstentionniste, et quand il découvrit que c'était poursuivre une chimére, il en conçut un véritable chagrin Un instant il essaya de me rallier à ses idées ; mais il comprit bien vite que je ne pouvais pas me séparer de mes collègues sans me «déshonorer ; il n'insista pas, et en vint même à faire des vœux pour la réussite de ma réélection : « J'aimerais mieux vous savoir mort que pas réélu, )) m'écrivait-il dans une de ses dernières lettres.

Cette lutte toute intime avait donné lieu a des péripéties qui en avaient fait une sorte d'événement public. Il en résulta que la manifestation abstentionniste que Proudhon et ses amis préparaient avait Tair d'être dirigée plus particulièrement contre ma personne. Il n'y eut plus de douta quand on vit mon ancien concurrent aux élections de 1857, M. Bastide, prendre la présidence du comité qui préconisait le vote au bulletin blanc. Aussi, ce fut surtout dans la septième circonscription que s'exerça l'action de ce comité ; il rencontra peu d'auxiliaires ou d'adhérents dans les autres circonscriptions.

La session allait être close ; le décret qui convoquait les citoyens dans les comices allait être publié, et l'opposition continuait à s'agiter sans pouvoir fixer les noms des candidats qu'elle devait présenter aux électeurs. Depuis deux mois, le comité Carnot, qui atrait affiché la prétention de diriger non-seulement les élections, mais le parti républicain tout entier, s'était dépensé en efforts impuissants et en combinaisons stériles. Qu'attendre d'un comité institué dans les plus absurdes conditions, puisqu'il avait pour^ chefs des

LES ÉLECTIONS DE FAttlS EN imi 175

3ibstentioimistes ? 11 ne pouvait servir qu'à semer la division, la. confusion, et finalement l'abstention. - Bien autrement raisonnable était la tentative faitç par un certain nombre de -personnages politiques pour constituer une sorte d'Union libérale. C'est chez M, le duc de Broglie que se tint la réunion. On y avait convoqué quelques représentants du parti républicain ; à côté de MM. Thiers, Changajrnier, Cochin, Mortimer- Ternaux, le prince de Broglie et Prévost-Paradol, siégeaient MM. Jules Simon, Bastide et Carnot. Mais il y avait là trop d'idées disparates pour qu'on pût aboutir à une entente. Dans le comité de Broglie comme dans le comité Carnot, c'étaient d'ailleurs des abstentionnistes qui soulevaient la prétention de diriger le vote.

Dans cette situation, les députés qui avaient porté le poids de l'opposition pendant la législature qui venait de finir, comprirent que c'était pour eux un devoir étroit de ne pas laisser perdre le fruit de longs et pénibles efibrts. Le 8 mai, c'est-à-dire le jour même de la publication du décret qui convoquait les électeurs, ils se réunirent chez M. Jules Favre et ils décidèrent qu'ils feraient appel à la presse démocratique et libérale pour leur venir en aide dans la tâche dont ils étaient décidés à assumer le fardeau. .

On les a accusés à ce propos d'avoir usurpé un pouvoir qui ne leur appartenait pas. C'était là un reproche qui ne soutenait pas l'examen. Les députés sortants et les directeurs des grands journaux démocratiques avaient autant de droit à prendre en mains l'action électorale quQ les personnalités sans^mandat du comité Carnot ou de i^ réunion de Broglie. A. àèîaxxX. JC^a^xv

choix régulier que la législation restrictiye de rEmpire rendait impossible, ils pouvaient à. plus juste titre et jusqu'à preuve contraire, se dire les représentants de l'opinion constitutionnelle et libérale.

Une seconde réunion eut lieu également chez M. Jules Favre; les directeurs du Journal des Débats, du Siècle, de la Presse et de V Opinion Nationale avaient répondu k la convocation qui leur avait été adressée. Les questions étaient trop nettement posées pour qu'on pût se répandre en paroles inutiles. Trois journaux sur quatre furent d'avis que toute compétition devait s'effacer devant la nécessité d'assurer la réélection des quatre députés sortants dans leurs circonscriptions respectives.

Ce premier point vidé, on eut à examiner quels se* raient les candidats qui auraient le plus de chances d'être élus dans les cinq autres circonscriptions* MM. Havin et Guéroult avaient manifesté l'intentioa de se porter comme candidats. Pour M. Havin, il ne pouvait s'élever aucune objection ; c'était l'accomplissement d'un engagement qui avait été pris publiquement vis-à-vis de lui quand il avait consenti à s^ retirer devant M. E. Picard. Il y eut quelques hésita* tions sur le nom de M. Guéroult ; mais elles disparurent presqu'aussitôt.

Pour les trois dernières circonscriptions, M. de Girardin avait posé en principe qu'on devait les réserver pour des illustrations parlementaires. Il mit en avant les noms de M. Thiers et de M. Dufaure. Mais le représentant du Journal des Débats déclara que M. Dufaure avait, depuis son échec dans le Var, renoncé à toute compétition électorale, et que, quant ê

M. Thiers il ne se sentait pas le goût de soutenir la lutte à Paris ; il préférait se porter à Valenciennes où on lui avait offert une candidature ; M. Thiers avait exprimé le désir de voir figurer à sa place sur la liste un des plus brillants écrivains de la jeune école libérale, M. Prévost-Paradol. M. de Girardin combattit cette candidature avec la plus grande énergie : Nous » ne voulons pas, dit-il, opposer un gouvernement à » un gouvernement, mais seulement la liberté au gou- » vernement». L'adoption du nom de Prévost-Paradol était, paraît-il, la condition que le Journal des Débats mettait à son concours; ce nom ayant été repoussé, le représentant du journal se retira immédiatement.

Au nom de M. Thiers, on substitua celui de M. Laboulaje qui avait déjà figuré sur des listes antérieures. On adopta la candidature do M. Pelletan qui avait de profondes racines dans la huitième circonscription composée des communes de la banlieue de la rive gauche.

Il restait à pourvoir à la candidature de la neuvième circonscription. Plusieurs noms avaient été mis en avant. Mais au moment où on allait procéder à un choix définitif, M. Havin demanda la remise de la discussion au lendemain; il croyait savoir que des efforts étaient faits pour décider une des grandes notabilités du parti démocratique, qu'ils étaient sur le point de réussir, et que Teffet produit serait tel qu'il y avait avantage à attendre vingt-quatre heures avant de clore la liste.

La personnalité démocratique à laquelle le directeur du Siècle avait fait allusion, n'était autre que M. Jules Simon. M. Jules Simon a\a\t k\k \v3ls»q^^»^

dernier moment un abstentionniste enrage. Mais, comme il le disait dans une lettre à son ami Gharras, qui a acquis une certaine célébrité, on ne rêvait qu'élections, « tout le monde voulait être député ou » faire des députés », et il avait fini par être pris comme tout le monde du prurigo électoral. Cette lettre à Cliarras a mis à nu la duplicité qui fait le fond du caractère politique de M. Jules Simon. Mais pour qui sait lire entre les lignes, il est facile- d'y découvrir une démesurable envie « d'entrer dans cette danse » que menaient les illustres Cinq. » L'auteur du Devoir avait bien compté que le colonel Charras le relèverait de ses vœux abstentionnistes ; mais le brave et loyal soldat avait refusé de comprendre. Aussi, quand M. Jules Simon se fut décidé à [sauter le pas, il céda à un mouvement bien naturel d'indignation, en livrant à la publicité cette lettre qui formait un parfait contraste avec la nouvelle attitude de son correspondant. La Lettre à Charras pesait sur la consience de M. Jules Simon. Aussi, on comprend qu'il ait hésité longtemps avant d'accepter d'être, comme il le disait, « quelque chose comme un ^ous-Darimon », et à figurer à côté de ces Cinq qu'il traitait avec le plus profond mépris. Comment expliquer qu'il ait consenti à mette sa main dans la main d'OUivier, après avoir écrit cette phrase incroyable : « Il aurait été assez bien de » faire entrer Lavertujon ; [il a des chances àBor- » deaux, et peut-être aurait-il déterminé un courant » opposé à celui d'OUivier. Car il y a un vrai dsuiger » de voir la jeuûesse entrer dans cette voie qui cherche » i concilier les plaisirs de la popularité avec les avan- % de la possibilité. Je leur ai dit, en propres

^» termes, qu'ils demandaient uux républicains de les » faire députés, afin de vendre la République le lende- » main, comme leur patron. »

Si nous avions connu cette lettre ignominieuse, il est certain que nous n'aurions pas consenti à ouvrir nos rangs à M. Jules Simon. Mais il se présentait à nous .comme un allié, et il acceptait d'avance toutes les résolutions prises. On ne songea pas un seul instant à lui demander des explications sur une conversion aussi subite qu'inattendue. Son nom devait déconcerter le parti abstentionniste ; à ce titre, dans la dernière reunion qui eut lieu chez M. Jules Favre, il fut sans contestation inscrit sur la liste.

Le 12 mai, la Presse, le Siècle et VOpmion nationale. inséraient à la première page, en tête de la première colonne, les noms des candidats de V opposition démocratique. Cette publication fut le signal d'un débordement d'attaques violentes de la part des dissidents.

C'est le Courrier du Dimanche qui commença le feu. 11 avait à venger l'exclusion dont avait été frappé M. Prévost-Paradol, son principal rédacteur. L'article, qui portait la signature de M. J.-J. Weiss, était d'une extrême violence. Il n'épargnait même pas les Cinq à qui ce journal n'avait cessé de prodiguer les éloges. Il produisit dans le parti libéral un efifet contraire à celui qu'en avait espéré son auteur. Nous eùmeis le lendemain communication d'une lettre de M. Target, administrateur du Courrier du Dimanche^ qui désavouait énergiquement les attaquer de son collaborateur. c( Jamais, disait M. Target, il ne nous est » venu et il ne nous viendra à la pensée de combattre » les quatre députés qui depuis six ans OïitT^xwç\\Vi\ix

» mandat au profit de la liberté. — Je crois qu » n'aurait pas fallu non plus attaquer la candidature c » M. Havin, dès qu'il ne se présentait plus dans la 4* ci » conscription ; mais ce qu'il importe surtout d'afflrmei w c'est que nous désapprouvons tout ce qui peut nuii » au succès de votre candidature, ainsi que de celle d » vos trois collègues. — Il faut dans ce monde avo: » avant tout une position nette et franche et j 'entend » la conserver à vos yeux. »

Les observations de M. Target étaient d'autant pli justes que la liste venait de subir une modiflcatio importante. M. Thiers avait enfin consenti à accepte la candidature dans la 2° circonscription , et noi n'avions pas hésité une seule minute à substituer so nom à celui de M. Laboulaye, qui du reste s'éta retiré de bonne grâce.

Malgré les observations des hommes importants d son propre parti, le Courrier du Dimanche continua néanmoins à pousser sa pointe : il appuyait dans ] 6° circonscription les candidatures dissidentes d MM. Cochia et P. de Jouvencel, et il opposait la cai didature de M. J.-J. Weiss à la mienne, dans 1 7® circonscription.

Toutes les taquineries dont j'avais été l'objet de puis deux mois avaient fini par m' exaspérer. Comm je savais que les rédacteurs du Courrier du Dimanch et du Journal des Débats étaient en rapport fréquer avec M. Thiers, je pris le taureau par les cornes J*étais le voisin de l'homme d'Etat de la place Saini Georges et par conséquent son électeur; j'avais 1 droit de le prier de mettre fin à une situation tout àl idicule et intolérable. Je lui écrivis en terme

LES ÉLECTIONS DE PAKJS EN 1863 iSi

ne laissaient de place à aucune échappatoire. Ma ire était un peu vive ; mais au point où étaient arées les choses, je n'avais pas le choix des exprèsns ; et puis, nous étions placés côte à côte sur la me liste, et cela effaçait les distances. Je disais à

Thiers :

( Je suis l'objet des attaques les plus vives de la part de vos amis... Approuvez-vous cette conduite? Vos amis me refuseront-ils leur appui, quand les miens vous accordent le leur? J'ai besoin d'être fixé 3omplètement à cet égard. Si pour des motifs que /eus n'êtes point forcé de me donner, vous croyez ievoir persister en ce qui me concerne dans une réserve qui déconcerte et décourage tous ceux qui 3nt de la sympathie pour moi, je vous le déclare très nettement : vous aurez mon vote ; mais je vous refuserai mon influence. »

C'était brutal. Mais la lettre produisit un effet imidiat. M. Thiers me fit demander une entrevue. Il )testa de son bon vouloir pour moi : « J'ai toujours admiré, me dit-il, la parfaite modération dont vous avez fait preuve, et le libéralisme correct que vous avez professé ; on pouvait, s'attendre à toute autre chose de la part d'un homme qui a des antécédents comme les vôtres. » Il m'affirma qu'il était sans acn sur les « enfants perdus » de la presse libérale,

qu'au lieu de se soumettre à ses conseils, ils obéraient à l'entraîner plus loin qu'il ne voulait aller. Que faire après de pareilles déclarations de la part m homme illustre que le ton de ma lettre avait dû rtainement froisser ? Il ne me restait qu'à accepter s explications et à laisser les choses suivre U\i\:

JiES ÉLECTIONS DE PARIS EN l8(i;i 18Î3

Au moment OÙ je corrigeais les épreuves de cemafeste, je reçus une invitation de me rendre à une union d'électeurs, rue de la Glacière, chez un des rdiniers qui abondent dans ce quartier. L'endroit oisi était charmant ; c'était une immense serre, où i plantes robustes aux parfums pénétrants des réons tropicales se mariaient aux plantes délicates X parfums plus doux de uqs climats. Il y avait là s personnes appa'rtenant à toutes les classes. J^ais emporté une épreuve de notre compte-rendu; j'en nnai lecture à la réunion. L'effet produit fut malue. Au fur et à mesure que j'avançais dans ma )ture, les approbations allaient en croissant et s'eximaient sous toutes les formes. Arrivé auparagrae final, j'élevai la voix, bien que mes auditeurs garssent le plus profond silence . M. Ollivier avait rendu sur ce paragraphe un voile de mélancolie, qui no ait à notre circulaire un véritable caractère de jnité et de grandeur :

« Si vous nous jugez encore dignes de votre confiance, nous serons fiers d'être de nouveau vos élus. 3i vous pensez que d'autres conviendraient mieux aux luttes qui se préparent, préférez-les. Nous vous demandons alors, quand nous seront rentrés lans la vie privée, de ne pas oublier complètement .es cinq députés, qui n'ont pas désespéré» quand :ous les hommes politiques désespéraient et se te* laiént à l'écart; nous vous demandons de garder m souvenir sympathique à ceux qui n'ont pas voulu |ue rhistoire pût dire un jour qu'à unç époque quelconque, la France libérale s'était abandonnée à îUe-même. »

l8i HISTOIRE DE DOUZE ANS

A peine avais-je prononcé cette dernière phrase que les applaudissements éclatèrent; toutes les mains se tendirent vers les miennes : « Vivent les Cinq! ils » nous les faut. C'est un devoir pour tous de voter » pour eux ! » Ces cris s'entrecroisaient sans que je pusse parvenir à placer une parole. A la fin, un peu de silence se fit, et j'en profitai pour dire que j'étais prêt à fournir des explications... On ne me laissa pas achever. — « Des explications ! s'écriait-on de » tous les côtés , sur quoi ? Les voilà, les explications ! » Elles sont complètes ! Nous ne voulons pas entendre » un mot de plus ! »

Je me retirai en proie à une profonde émotion. Je venais d'être récompensé de tous les déboires que j'avais eu à supporter pendant les trois derniers mois et d'être vengé de toutes les attaques dont j'avais éti l'objet. J'avais repris confiance en moi-même et jem< promis de laisser désormais passer sans les relevé: ces manœuvres de la dernière heure, que les opposi tiens impuissantes emploient aussi volontiers que le gouvernements faibles.

Après la publication du compte-rendu des Cinq, € surtout après l'accession de la candidature deM. Thiers on s'habitua dans le public à ne plus dire la liste ^ l' opposition j mais simplement la liste. Les dissideni subirent une série de déconvenues qui pronostiquaiec leur défaite.

La déroute commença par un manifeste qui porta les signatures de MM. Carnot, Garnier-Pagès, Hen Martin, Jules Simon et Marie, et qui mettait fin à un scission malheureuse. C'était un appel chaleureux c

veur de Tuniou.

LES ÉLECTIONS DE PARIS EN I86:J i8i>

«La liberté, . disait cette pièce, est le but posé; » pour y parvenir, l'union nous est prescrite comme » un devoir. Laissons les polémiques fâcheuses ! Ecar^ » tons les divisions funestes!... Notre cause est » sainte... Marchons! L'inaction, c'est le suicide; » l'action, c'est la liberté! »

Pour bien marquer sa ferme intention de ne plus prêter son nom à des manifestations périlleuses, M. Caruot avait refusé ses salons aux personnes qui s'y réunissaient depuis trois mois. La partie la plus ardente de l'ancien comité se transporta au quartier du Temple, dans des locaux que M. Laurent Pichat mit à sa disposition. Les membres s'intitulèrent fièrement : Comité démocratique des vingt-cinq; mais le premier acte de ce comité fut une abdication. 11 fit en eflet publier par les journaux la note suivante :

« Le comité démocratique des vingt-cinq déclare » qu'il est absolument étranger à la formation des » listes de candidats publiées dans les journaux; p^r ») suite de la retraite de quelques-uns de ses membres » et des opinions abstentionnistes de plusieurs autres, » il n'a quant à lui aucune liste à proposer aux élecî> teurs.

» Pour copie conforme,

» Legault. »

Le comité Bastide, constitue pour soutenir le vote au bulletin blanc préconisé par Proudhon, subit des vicissitudes qui le réduisirent peu à peu à l'impuissance. M. G. Chaudey avait rédigé un manifeste dont es abstentionnistes se promettaient metN^WXft.'ï^feX.'îcvX.

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contresigné par des gens dont les sentiments democra* tiques ne faisaient doute pour personne. Malheureusement avant même que le manifeste fût publié, il s'était produit un incident qui allait en neutraliser les effets. On avait compté sur l'appui des rouges, qui recevaient l'impulsion de Ledru-RoUin et de ses amis. Mais ils refusèrent d'entrer dans le comité. « Ils ne » veulent pas, écrivait Proudhon à Beslay, se sou- » mettre à une initiative qui les absorberait, c'est- » à-dire que leur rancune contre ma personne Ta » jusqu'à sacrifier et leur opinion et le soin de la )) République qu'ils prétendent servir. »

Parmi ses amis, Proudhon rencontrait en outre bien des résistances. Je lis dans une lettre adressée à un certain docteur Dupas : « J'apprends par Victor » Pilhes que la composition du comité d'abstention et )) la pensée principale qui domine dans son manifeste » vous a exaspéré au plus haut degré et que vous » parlez à votre tour de protester contre les protes- » tants. Vous êtes indigné de l'idée du billet blanc. »

Quand il s'agit de faire distribuer le manifeste? ^ Chaudey, d'autres obstacles se présentèrent. Laissons parler Proudhon lui-même : . « Les libraires » ne veulent pas s'en charger. Il nous laudrait un » colporteur ; pas de colporteurs ! Nous les proposons » aux marchands de journaux qui se tiennent sur la » voie publique : défense ! »

Tout à coup ce manifeste fut répandu à profusion sur différents points de Paris et en particulier dans les quartiers de la 7° circonscription. On en trouvait d'énormes liasses sur tous les comptoirs des marchands de vin. Des colporteurs les distribuaient sur la voie

LES ÈLECTfONS DE PARIS EN i»))! J87

e â la barbe des sergents de ville, qui ne fai* lucune opposition. Cette tolérance paraissait t plus suspecte que le placard était une édi- .ndestine, ne portant point de nom d'imprimeur )urvue de timbre. Le peuple, qui va tout de jx conclusions les plus brutales, attribua à la ette distribution irrégulière, et Proudhon nous d dans une de ses lettres « qu'un ami de la tion prit la peine de lui retourner un de ces iplaires clandestinement imprimés avec ces

en tête : A M. Proudhon j la police reconnais-- , et le bruit court, ajoutait-il, que nous travailavec la police. »

)dieux soupçons étaient absurdes. Ce qui est •aisemblabte, c'est que les candidats officiels ; trouvé commode de s'emparer d'une pièce qui ; amener une diversion utile pour eux. Le pouïu scrupuleux sur les moyens employés pour

au succès avait fermé les yeux sur cette ma- ). Le résultat produit fut de faire perdre toute 3 aux tentatives abstentionnistes, omité Chaudey ne fut pas en effet le seul à render l'abstention. Vers les derniers jours de la ) électorale, on afficha dans plusieurs quartiers :ard sans timbre et nom d'imprimeur, intitulé : ise démocratie de l année prochaine. Il ne portait e signatures ; mais on y invoquait les noms de , Barbes, L. Blanc, Charras, V. Hugo, Ledru-

F. Pyat, Raspail, Beaune, etc. «Voilà, disaities hommes qui représentent la vraie démocravoilà ceux qu'il faut consulter ; ceux-là ne vous seront pas vers les urnes ; ils voient \^Y^èi%^ ^X*

» VOUS crient de vous arrêter, de vous abstenir, de » protester contre la mystification électorale, contre » l'illégalité, contre l'immoralité de l'élection. Quant » aux démocrates assermentés, ils vous mènent tout » droit à la démocratie impériale. Citoyens, abste* » nez-vous ! » ,

On répandit également dans Paris, une brochure, format lilliputien, toujours sans nom d'auteurni d'imprimeur, portant pour titre : Élections de 4863. — L'abstention, Paris, Imprimerie de la Liberté, aux Catacombes. Cette brochure qui, paraît-il, venait de Suisse, recommandait aussi l'abstention; mais elle visait plus directement les candidats de ropposition. Voici en quels termes s'exprimait sur eux l'auteur de ce factum :

« Il y a neuf hommes à Paris qui sont les vraies co- » lonnes de l'Empire, qui sont sa vie, son âme, son » talisman, son salut ; qui lui sont plus utiles à eux » seuls que l'armée et la police, que les juges et les » évêques convoqués pour le temps des élections, ce » sont les neuf chefs de chœur de l'opposition de Sa » Majesté, les quatre journalistes et les cinq députés » chargés de dialoguer avec les feuilles officielles et » de donner la réplique aux harangues ministérielles, » de faire la basse dans le concert et de gronder à » l'unisson, de fournir en un mot le complément indis- » pensable du spectacle, de remplir la perspective, » d'orner le paysage, d'achever l'illusion et de mon- » trer au pays l'apparence d'un gouvernement régu- » lier. Un gouvernement sans peuple aurait pu paraître » étrange à la longue; on aurait dit : il nianque quel- » que. chose ; ces messieurs représentent le peuple

LES ÉtEGftONS DE PARIS EN 1863 189

» comme le chœur du théâtre antique ; les quatre » journalistes sont les quatre évangélistes du Sauveur » de Décembre ; on les croira sur parole ceux-là ; on » ne croit pas les feuilles officielles. Mais cinq députés » sont d'un plus grand effet, et là, le trompe-l'œil est » tout à fait réussi; le jour où il les a tirés tous les » cinq de l'urne électorale, ce jour-là L. Bonaparte » a gagné l^gros lot; les Cinq sont le quine de l'Em- » pire. »

J'ignore si mes collègues de l'opposition ont jamais eu connaissance de ce manifeste. On me fit à moi l'honneur de m'en envoyer un exemplaire portant sur le faux titre cette dédicace : A Darimon, député sortant et non rentrant, de la part de Vauteur, Jacques, JUSTICIER. Je n'ai jamais su à qui je devais cet envoi gracieux, et ceux de mes amis qui frayaient avec les abstentionnistes se gardèrent bien de m'en instruire. J'ai conservé cet exemplaire qui est devenu une véritable curiosité typographique.

A côté des abstentionnistes, il y avait les partisans du second tour de scrutin. Ils avaient pour organe le journal le Temps. M. Nefftzer restreignait le rôle d'un journal en temps d'élections à être un mur sur lequel venaient indifféremment s'étaler toutes les candidatures. Il accueillait toutes lespro fessions de foi, quelles qu'elles fassent. Le scrutin de ballottage devait, suivant lui, décider en dernier ressort. On a fait de grands reproches à M. Nefftzer d'avoir adopté cette tactique. On a eu tort. M. Nefftzer poussait la prudence jusqu'à la timidité. 11 avait peur, s'il se prononçait trop nettement pour les candidats de l'opposition, que son journal n'encourût les sévéritéa dM^QVCTQÎvs.

iUO HISTOIRE DE DOUZE ANS

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Il y avait du reste sur la liste des noms qui offusquaient certaines personnes de son entourage intime. Il s*était décidé au parti qui allait le inieux à son tempérament, c'est-à-dire à la neutralité.

Mais peu à peu les candidatures dissidentes s* évanouirent. M. J.-J. Weiss avait retiré la sienne; les candidatures ouvrières s'étaient réduites à deux, celles de MM. Leroy et Coûtant; M. Leroy s'était lui-même retiré pour faire place à M. Cantagrel. Il ne resta de candidatures multiples que dans la 6® circonscription, où M. Guéroult s *é tait présenté et où les passions cléricales se donnaient carrière contre le journaliste qui avait combattu avec le plus d'ardeur le maintien . du pouvoir temporel de la papauté.

Le mouvement en faveur de la liste se serait peutêtre dessiné avec moins d'élan, si le pouvoir n'avait commis une des plus lourdes maladresses que l'Ej^pire ait eue à se reprocher. Je veux parler de la circulaire que M. de Persigny lança contre M. Thiers. Cette attaque directe contre l'homme d'Etat que l'Empereur avait appelé Vhistorien national, cette misé en suspi- -) cion d'un candidat qui avait prêté le serment exigé par la loi, et qu'on accusait aussi clairement que possible de poursuivre un but déloyal, causa dans la masse électorale un mécontentement général. Le nom de M. Thiers avait éveillé un grand nombre de susceptibilités. Au lendemain de la circulaire de M. de Persigny, le sentiment fut unanime. On put considérer l'élection de M. Thiers comme assurée.

Le ministre de l'Intérieur trouva du reste le moyen d'accentuer la faute lourde qu'il venait de conimettre. Dans une circuluire de la dernière heure, il dénonçait

« les hommes de 1815, de 1830, de 1848 comme coa- » lises dans un effort commun et essayant de sur- » prendre la bonne foi du pays pour tourner contre » l'Empereur les libertés même qu'il avait données. » Ce langage trahissait trop visiblement les inquiétudes du pouvoir pour avoir la moindre influence sur l'esprit des électeurs de Paris. Il fut pour' eux un encourage- . ment de marcher au scrutin avec la ferme résolution de vaincre.

Je n'ai pas à raconter ici les différentes phases du scrutin des 31 mai et 1" juin 1863. Le résultat causa sur le gouvernement un véritable effet d'effarement : tous les candidats de la liste avaient passé, sauf M. Guéroult qui était soumis à un ballottage, mais dont l'élection 'était assurée au second tour; les quatre députés sortants avaient été réélus avec des majorités écrasantes.

Qui ne se souvient de l'aspect que présentaient le? boulevards le 1" juin au soir?. De la Madeleine à la Bastille, une foule énorme se pressait, s'arrachant les journaux et se communiquant les résultats du vote à mesure qu'ils étaient connus. Parti à dix heures du soir des bureaux de la Pi esse, rue Montmartre, pour aller porter une dépêche destinée à apprendre à ma famille que mes électeurs m'avaient de nouveau confié le mandat de les représenter, je n'arrivai qu'à onze heures et demie au bureau télégraphique du Grand- Hôtel. Pendant ce trajet, il avait fallu m'arrêter cent fois pour donner à la foule qui se pressait autour de moi les chiffres détaillés du scrutin.

Même élan autour des sections de vote. « Dans mon » quartier, m'écrivait un de mes électeurs, il y avait

» une joie, un enthousiasme qui rappelaient les beaux » temps de la Monarchie de juillet et de la Républi- » que. Des gens qui ne se connaissaient nullement » causaient avec animation des résultats obtenus dans » les diverses sections, se serraient les mains, et pour » un peu se seraient embrassés. »

Dans les régions officielles, les élections de Paris produisirent une grande irritation. Un instant, il fut question de frapper la Presse^ qu'on considérait, non sans raison, comme ayant mené toute la campagne. Il est certain que M. de Girardin y avait déployé des qualités stratégiques de premier ordre ; c'est à son esprit de décision et à la sûreté de son coup d'œil qu'était due la victoire. On le fit venir au ministère de l'Intérieur sous un prétexte quelconque; on le pria de ne plus parler de la prépondérance de la classe ouvrière dans les élections, ce qui était une façon indirecte de l'inviter à montrer plus de prudence.

Dans la conversation qu'il eut avec M. le comte Treilhard qui était alors chargé du service de la presse, M. de Girardin put s'assurer que, dans l'entourage de l'Empereur, on était disposé aux résolutions extrêmes. On ne parlait rien moins que d'un coup d'Etat. L'Impératrice se montrait particulièrement irritée des élections de Paris. C'était surtout l'élection de Thiers qui l'avait exaspérée; elle voyait dans Ja victoire remportée par l'ancien ministre de Louis-Philippe, un triomphe pour le parti orléaniste. Ces premières impressions ne tardèrent pas à s'efi'acer et on en revint à une plus saine appréciation de la situation. Mais il est bon de constater une fois de plus cette nervosité qui régnait dans le monde gouvernemental et qui a

LES ÉLECTIONS DE PARIS EN ISC'Î iU',i

fait prendre souvent ex-abrupto des mesures regrettables.

M. Guéroult n'eut pas de peine à passer au second tour, grâce au désistement de la plupart de ses concurrents. Il obtint cette moyenne de 17,000 voix, qui avait été accordée à presque tous les candidats de la

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