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CHAPITRE I

CLAUDE DE LORRAINE, COMTE DE GtlSE.

A Claude de Lorraine commencent les Guises , série de grand hommes tour à tour si utiles et si funestes à la France ; grands par leurs rares qualités, par leurs glorieux services , par leur influence, par leur position, par les desseins qu'ils conçurent, par les ressorts qu'ils employèrent, par la catastrophe qui les arrêta sans les décourager; intéressants encore, si ce n'est grands, dans l'agonie de leur grandeur même, dans des tentatives presque héroïques pour atteindre cette élévation souveraine où seulement leur cœur semblait pouvoir rencontrer sa véritable atmosphère.

Noble tradition de courage , de magnanimité , de talents ; succession effrayante d'immense ambition, de trames habiles; météore brillant et terrible du seizième siècle !

Mais , ô jeux habituels de la destinée qui se plait dans les contrastes et dans l'anéantissement des choses humaines les

plus illustres, que furent les derniers iils des Guises? Qu'étaient devenus les descendants de Scipion et de Paul-Émile?

Des deux aspects sous lesquels se produisent ces remarquables personnages on n'aura d'abord , et pendant assez longtemps, à considérer que celui qui commande une admiration sans mélange. Embrassons toutefois préalablement Tensemble si dramatique de leur famille. Une tige déjà couverte d'un éclat séculaire a, pour ainsi dire, accumulé de nouvelles vertus au moment où va pousser son plus énergique bourgeon. Rang dû à la naissance, facultés de l'âme et de l'esprit, valeur, talents, séduction, tels sont les éléments à l'aide desquels croit et fleurit ce rameau transplanté.

De sa gloire naissent les récompenses et la faveur, de la faveur l'influence, de l'influence le désir du pouvoir, désir immodéré qui, s' appuyant sur les plus vastes intrigues,recèle en lui la révolte, l'usurpation, et finit par devenir fatal à ceux-là même qui l'ont conçu. Ainsi donc, noble exposition, péripétie saisissante, liées par un enchaînement rigoureux qui se développe à mesure qu'on pénètre dans le détail des faits , qu'on s'attache pas à pas à la trace de ces hommes auxquels on peut, sans exagération, attribuer réellement le caractère d'une des plus frappantes apparitions qu'il ait plu à la Providence de livrer aux regards du monde et à la mémoire des siècles.

Claude de Lorraine était né le 20 octobre 1496 , au château de Condé sur la Moselle, résidence d'été des ducs de Lorraine, près de Bar, c et pour son bas-âge fut nourry par madame « Philippe de Gueldres , sa mère , en l'amour et crainte de « Dieu. » La nature l'avait doué de tous les avantages. Grand, beau, spirituel, magnifique, d'un caractère calme, modéré, de mœurs simples, d'un abord affable, il réunissait au courage et a Taptiludc du grand capitaine la pénétratioq et l'babilelé de

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l'homme d*État consommé, double mérite très rare en France de son temps, et il avait été accoutumé à ne trouver dans le souvenir de ses ancêtres que des excitations à les égaler en talents, en vertu et en piété.

René II désirait vivement établir en France une des branches de sa famille ; il avait choisi, pour ainsi dire deviné son fils Claude comme le plus propre à réaliser ce vœu, et, deux ans avant de mourir, s'étant momentanément retiré au château de Loupy en Barrois, il y fit un testament dont le second article s'exprimait avec prévoyance en ces termes : « Pour ce « que nos dittes deux duchés de Lorraine et de Bar sont cona joinctes et enclavées l'une et l'autre, que à l'occasion du passé « ils ont esté à deux seigneurs, plusieurs guerres, hostilités, « inimitiés dommageables et piteux exploits en sont entrevenus « sur iceux pays, à la foulle d'iceux duchés, de la noblesse, des a vassaux populaires et sujets, et qu'il est à craindre que s'ils « estoient ci-après disjoincts l'un de l'autre et es mains de deux « princes, le pareil vraisemblable pourroit entrevenir aussi... « que de nos quatre très chers et très amés fils, à scavoir :

< Antoine, Claude, Jean et Louys et celuy dont nostre dicte « espouse est à présent enceinte, s'il est fils, prendra Testât de a l'Église et que ledict Jean est déjà pourveu de l'évesché de « Metz,... avec ce qu'outre nos dicts deux duchés avons terres « et seigneuries, tant en France, Normandie, Picardie, Flan-

< dres, et Hainault qu'ailleurs pour suffisamment récompenser «nostre dict fils Claude... instituons nostre héritier lors c Anthoine notre fils aine esdicts nos duchés de Lorraine « et de Bar avec leurs appartenances, terres et seigneuries y « comprises et enclavées, voulons qu'il y succède seul et pour «le tout... Voulons pareillement et ordonnons que nostre fils « Claude soit nostre successeur au demeurant de nos dittes « terres et seigneuries estant scituées tant en France qu'en

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« Normandie, Picardie, Flandres, Hainault et ailleurs; en qnoy « Finstituons nostre héritier seul pour le tout, sans que pareilalement ses frères y puissent prendre quelques choses ^.. »

Si toutefois le quatrième fils, Louis, n'était incessamment pourvu de quelque évèché ou autre bon bénéfice d'une valeur de six mille livres de rente, ses frères Antoine et Claude devaient, chacun pour moitié, lui parfaire cette somme «jusqu'à « provision seulement*. »

Claude naturalisé Français' avant Fàge de dix ans, par lettres du mois de mars 4506^, avait donc été envoyé de bonne heure à la cour de France où il contracta des rapports d'amitié avec François de Valois, comte d'Angouléme^, et avec Charles de Bourbon, comte de Vendôme; et lorsque la mort de son père (10 décembre 1508) le mit en possession des baronnies et seigneuries de Mayenne, Joinville, Elbeuf, Harcourt, Boves dans rAmiénois, et de plusieurs terres en Provence, ainsi qu'en d^autres contrées, il trouvait déjà dans ses intérêts de fortune un lien qui l'attachait au ix;»yaume. Mais, parvenu à l'âge où il pouvait apprécier sa situation et songer à son avenir,

(1) P. Benoit, Origine de la très Uliistre maison de Lorraine^ p. 480 et suivantes.

(2) Inventaire de Joinville, t. Il, fol. 377.

(3) Plus tard, en raison des services rendus par les ducs de Lorraine à ses prédécesseurs, François I*"^ accorda, au mois d'octobre 1539, à François et à Anne, enfants du duc de Lorraine, des lettres de naturalité, • quoi- « qu'ils ne fussent natifs du royaume, pour y posséder pays, terres, etc. • (Mss. de Brienne, vol. 122, fol. 228.)

Louis XIII en accorda également aux enfants de François, comte de Vaudémont, le 17 février 1611. {Idem, 123, fol. 86.)

(4) P. Anselme, t. IIL p. 485, etc* Leduc René II de Lorraine n'avait pas eu besoin de cette formalité pour lui-même, parce qu il était Français de naissance, comme fils de Ferry de Lorraine, seigneur de Joinville. (Inventaire de Joinville, t. II, fol. 405.)

(5) Depuis, François I•^

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« il ne fut comptant dudict partage » par lequel il était devenu possesseur de « touttes les terres de mouvance, tandis que son « aisné avoit touttes les souveraines* ; » et quelques historiens* prétendent même, sans qu'une telle assertion soit justifiée par des preuves authentiques, que le motif qui le détermina plus encore à vouer ses services à une nouvelle patrie procédait du dépit qu'il éprouvait de ne pas succéder au duché de Lorraine ou à celui de Bar. Il aurait, dit-on, selon cette donnée hasardée, reproduite plus tard par Tinimitié des partis, appuyé ses regrets et ses prétentions, au sujet de la souveraineté de Viin des deux duchés, sur la supposition que son frère Antoine, né de leur mère Philippe de Gueldres, seconde femme du duc René, pendant que vivait encore la première, Jeanne d'Harcourt, répudiée d'une manière illégale, devait être regardé comme bâtard, tandis que lui-même, au contraire, venu au monde après la mort de Jeanne, était incontestablement légitime successeur. Les écrivains qui ont mis en avant cet argument ont méconnu à quel point, s'il eût été employé par le comte de Guise, il lui aurait nécessairement aliéné l'affection de sa mère avec laquelle pourtant ce prince ne cessa d'entretenir les relations les plus tendres et les plus respectueuses. Comment en particulier, si elle avait éprouvé un tel outrage de sa part, l'eût-elle traité avec une préférence marquée, par son testament daté du 23 octobre 1520, en ne disposant que de quelques biens meubles en faveur de ses quatre enfants, Antoine, Jean, Louis et François, pour léguer t<Mt le reste ù Claude, comte de Guise'?

Quoi qu'il en soit de cette dispute, elle n'alla pas jusqu'à exciter une inimitié déclarée entre les deux frères qui con-

(1) Bibl. nat., suppl. français, 1054, cartulaire de Joinville.

(2) Varillas, président Hénault, Bayle (au mot Guisé)^ et autres. (8) Inventaire de Joinville, t. I, fol. 378.

U ttlSTOlKË

tiauaient à correspondre très amicalement^ et le désaccord qui a pu donner sujet de la présumer se termina définitive* ment par une transaction intervenue* après la mort de Louis et de François de Lorraine. « Pour entretenir et nourii* paix « et amour fraternelle, et afin de fuir et éviter à toutes noises, « questions, débats et querelles,» il fut convenu que le duc Antoine conserverait les duchés de Lorraine et de Bar, «terres c( et seigneuries y enclavées et déppendantes, les noms, droicts « et actions des royaulmes de Hiérusalem, Sicille et d'Arra- « gon, duché d'Anjou, comtés de Provence et du Haine, tandis «qu'à son frère Claude demeureroient les duché de Guise', «comté d'Aumale, baronnies de Joinville, Sablé, Mayne, « la Ferté-Bernard, Elbeuf , et autres terres et seigneuries « estant situées tant en France, Normandye, Picardie, Flan- « dres, Haynault et ailleurs ; et en oultre le chastel, terre, sei- « gneurie et prévosté d'Ancerville et déppendances, sauf ré- « sei*vé tant seulement les droicts de souveraineté à Anthoine 0 ielz qu'il avoit accoustumé les avoir en son duché de Bar. » Claude s'engageait à prêter foi, honmiage et service ë son frère pour cette dernière terre, ainsi que pour celle de Monstiersur-Saul\, qui lui étaient accordées comme « soulte de son lot « avec toutes prérogatives de tailles, impositions, dons gra- « tuits et dons charitables';» et il recevait encore Lambesc, Orgon, Esgallières, en Provence, pour lui tenir « lieu de l'ae- « quit du sel qu'il disoit avoir droict de prendre es salines de « Lorraine pour la fourniture de ses greniers de Joinville. » Antoine lui assurait de plus «la somme de six mil francs, à « raison de douze gros pour chacun franc, de rente annuelle

(1) Le 27 octobre 1530.

(2) L'érection de cette terre en duché-pairie eut lieu, comme on le verra, avant la date de la transaction.

(3) Mss. de la Bibl. nat., snppl. français^ 1054, Histoire de Joinville.

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« et perpétuelle rachaptable en remboursant à une fois, ou à « deux ou à trois fois la somme de soixante et quinze mil « francs. » Le due de Lorraine tenait aussi son frère quitte de toutes dettes antérieures à la transaction dont le but final était de les « descharger de toutes querelles, droicts et actions Tun « envers Tautre pour raison et à cause de succession . »

Le titre de comte de Guise que portait Claude de Lorraine, et dont Antoine de Yaudémont, Ferry son fils, René II son petit-fils furent revêtus auparavant , n'avait pas appartenu sans contestation à sa famille depuis que Marie de Blois , au quatorzième siècle, apporta la seigneurie de Guise à Raoul, duc de Lorraine. 11 parait effectivement que, pendant sa captivité à Dijon, René I*', qui tenait cette terre de sa femme Isabelle, la vendit à Jean de Luxemboui^, et, quoiqu'il ait vécu encore plus de quinze ans après, ne fit aucun acte ultérieur de prétentions sur le comté de Guise ^. Son nouveau possesseur étant mort (1440) en état de rébellion contre Charles YII, la seigneurie avait été confisquée ; mais ce même roi, en considération du mariage du neveu de son épouse, Charles d'Anjou, comte du Maine , frère de René, avec Isabelle, fille de Pierre de Luxembourg, comte de Saint-Pol, leva la confiscation de tous les biens de Jean de Luxembourg, oncle d'Isabelle, et en particulier donna la possession de Guise, à titre de comté, à Charles d'Anjou, par lettres du 4 février 1443. Le fils de ce prince, également nommé Charles, dernier mâle de la maison d'Anjou, héritier testamentaire de son oncle René et par conséquent qualifié roi de Jérusalem, de Naples et de Sicile, seigneur de Mayenne-la-Juhée, de la Ferté-Bernard, de Sablé, de Longjumeau, de Chailly et de plusieurs autres terres, ne

(1) Mss. de la Bibl. nat., suppl. français, 2725^ Cartulaire de Joinville.

(2) Mss. Dupuy, V. 74G.

iaissant point de postérité et n'ayant lui-même pour héritiers présomptifs que ses neveux et nièces d* Armagnac, enfants de sa sceur Louise d'Anjou, institua son successeur universel le roi Louis XI dont il était cousin germain, et donna ainsi lieu de réunir le comté de Guise au domaine de la couronne. Néanmoins, par lettre du 39 mars 1491 , Charles YIII, qui n'eût pu légalement disposer que de l'usufruit, fit don de cette seigneurie, ainsi que de quelques autres terres, aux petits-neveux et petites-nièces de Charles d'Anjou, aux d'Armagnac, qui l'occupèrent comme un bien venant de leur propre ; en sorte que Charlotte d'Armagnac, mariée à Charles de Rohan, seigneur de Gyé^ posséda le comté de Guise, comme héritière de ses frères et sœurs morts sans enfants. Elle n'en laissa pas non* plus elle-même : aussi le duc René 11 de Lorraine, son cousin issu de germain , Jeanne de France, Anne sa sœur, Catherine de Navarre, petite-fille de la reine Marie d'Anjou, se maintinrent-ils héritiers de Charlotte d'Armagnac, du coté de la ligne d'Anjou, et, en cette qualité , rendirent-ils (1504) foi et hommage pour le comté de Guise. L'usufruit en avait été adjugé b Charles de Rohan qui survivait à sa femme; et, à travers toutes ces réclamations, la propriété en était demeurée au duc de Lorraine qui la fit entrer dans le partage de son fils Claude.

Ce jeune comte de Guise < aussy tost veu aussy tost plenst t k Louis XII qui l'accueillit très favorablement, et de la cour duquel il se trouvait l'un des seigneurs les plus considérables et les plus brillants. Sa position semblait cependant pouvoir s'élever encore par une haute alliance ; il était autorisé à prétendre même à la main de madame Renée, seconde fille du roi. Mais un jour qu'il accompagnait François, comte d'Angoulême, en visite chez madame Claude de France, sœur de cette princesse, il rencontra près d'elle Antoinette de Bourbon,

fille de Frafiçois, comte dé Vendôme S et de Marie de Luxembourg, comtesse de Saint-Pol. Afin de laisser François et madame Claude causer plus librement ensemble, Antoinette et le comte de Guise demeurèrent à l'écart et s'entretinrent en particulier de leur côté. De cette conversation intime, telle que très rarement il pouvait s* en établir entre hommes et femmes, à cette époque, naquit un sentiment réciproque par suite duquel Claude de Lorraine, âgé de seize ans seulement, ayant chargé le comte d'Angoulème de demander pour lui Antoinette en mariage, l'obtint et célébra ses noces vers le temps de la Fête-Dieu, à Paris, en présence de toute la cour, dans la paroisse royale de Saint-Paul (1513). La cérémonie fut suivie de fêtes et de banquets spendides à l'hôtel d'Étampes, situé vis-à-vis du palais des Tournelles^, alors habité par le roi. Après ces plaisirs de circonstance, tout à fait éloignés des penchants delà comtesse de Guise, celle-ci, t vrai sacraire c de bonté et d'honneur^, » fixa dès lors sa résidence habituelle à Joinville^, dans c le beau chàtel » bâti au onzième siècle par

(1) Arrière-grand-père de Henri IV.l

(2) Rasé en 1564, et dont le terrain forme aujourd'hui la place Royale OQ des Vosges. Louise de Savoie, mère de François 1*% quitta, en 1519, ce palais, dont elle trouvait l'air malsain, pour venir se loger dans un hôtel appartenant à Nicolas de Neuville, chevalier, secrétaire des finances, audiencier de France, et qui occupait à peu près l'emplacement actuel des Tuileries véritablement acquis lui-môme (15 janvier 1563) par Catherine de Médicis et défini au contrat : « un jardin cloz de murailles et de tours « auquel il y a deux pavillons couverts d'ardoises en façon de cloches... • appelé le jardin des Cloches... faisant partie du lieu des Tuileries. • Le prix qu'en donna alors Catherine s'élevait à 6,500 livres, représentant environ 65,000 francs d'aujourd'hui. {Mémoires de V Académie de» inscriptions, 1844, prem. série, 1. 1, p. 390.)

(3)Regnier de la Planche, Grand et loyal devoir de messieurs de Paris, 1565, p. 30.

(4) Ville de Janus ou de Jean, baronnie dont le possesseur prenait le

Étiemie de Vaux, et qui tenait de ses seigneurs des accroissements successifs que va continuer également Claude de Lorraine pendant le séjour que les intervalles de paix lui permettront d'y faire avec sa famille. C*est ainsi qu'il ajoutera, à l'ouest de l'église Saint-Laurent, et en avant de l'antique et haute tour dite < de la roche blanche, > le principal corps de bâtiment sur la façade duquel parut plus tard, en saiUie, à l'étage supérieur, une petite pièce devenue célèbre sous le nom de < cabinet de la Ligue. » Ses vassaux lui seront redevables de lettres d'affranchissement qu'il se plaisait souvent à leur accorder à titre presque gratuit. La ville même avait déjà reçu de nombreux bienfaits de la part des princes lorrains depuis qu'elle était échue à leur famille par le mariage de Marguerite, arrière-petite-lille du célèbre historien de saint Louis, avec Ferry l'Audacieux. Ferry II, comte de Vaudémont, et son épouse lolande d'Anjou avaient fondé à Joinville un Hôtel- Dieu ; Claude allait y ajouter Tutile établissement du monastère de t la Pitié ; > et la générosité * d'Antoinette de Bourbon, après avoir fait à cet hôpital un don de douze cents livres tournois, devait, avec le concours de l'un de ses fils, l'illustre cardinal Charles de Lorraine, doter encore (i567 ) le lieu de sa résidence d'un pieux monument, l'hospice de Sainte-Croix. A l'époque dont il s'agit actuellement (1514), Louis XII,

titre de sénéchal héréditaire de Champagne et régie jusque-là par un gouverneur ordinairement ecclésiastique.

(1) Par contrat dressé à Paris, le 21 juin 1513, Antoinette avait apporté en dot à son époux • ia somme de soixante mille livres tournois pour une « lois payables, pour son droict de partage paternel et maternel. •

Dans le même acte, la mère de Claude de Lorraine présente est désignée avec le titre de • reyne de Cicile, » de même que celui de roi de ce pays y est donné au feu duc de Lorraine, René II, formule conservatoire d'une prétention scrupuleusement maintenue encore dans d'autres actes de cette famille.

DES DUCS DE GUiSË. »3

dans le dessein de faire succéder une intime union à la guerre ouverte entre la France et l'Angleterre, voulut épouser la belle Marie, sœur de Henri YIII, fiancée précédemment à l'archiduc Albert d'Autriche, et fit Fhonneur au comte de Guise de le choisir pour aller, en compagnie du comte d'Angoulême, de plusieurs autres princes, de quelques-uns des plus grands seigneurs, recevoir à Boulogne la jeune princesse anglaise et lui former un cortège triomphal. Le lendemain de la cérémonie du mariage. Guise figura avec succès dans un brillant tournoi où il eut pour adversaire et où il terrassa rudement le duc de Suffolk qui avait été chargé d'accompagner la reine en France , et cet avantage fut attribué nonseulement à la supériorité de force et d'adresse, mais encore à l'effet d'une ferme résolution produite par le mécontentement sympathique que causait à Claude de Lorraine cette alliance dont les suites pouvaient blesser l'intérêt et anéantir les espérances de son ami le comte d'Angoulème, premier prince du sang, héritier présomptif de la couronne.

Louis XII toutefois survécut peu à ce nouveau bonheur con jugal ; et après lui (1S4S), François P témoigna une extrême faveur à son jeune cousin ^ Le nouveau monarque appréciait en Guise sa haute naissance, sa parenté et son alliance avec la maison de Bourbon, son éminente capacité et particulièrement des dispositions martiales dont il pressentait sans doute l'utilité future.

La cour en ce temps se trouvait peuplée de princes du sang, de seigneurs , la plupart jeunes ainsi que le roi, riches et

(1) Louise de Savoie, mère de François i*", était fille de Marguerite de Bourbon, sœur de Catherine de Bourbon, femme elle-même d'Adolphe d'Egmont, duc de Gueldres, et mère de Philippe de Gyeldres, duchesse de Lprraine.

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radieux. On n'y pensait qu'à la joie, aux plaisirs, aux intrigues amoureuses, aux fêtes galantes dans lesquelles ressortait toujours avec distinction le comte de Guise, habile à en tirer parti pour sa renommée et pour sa fortune.

Un soir, il accompagnait François V^ au cercle de la reine formé par les dames les plus éblouissantes d'attraits et d'amabilité. Frappé de cet éclat et de cet agrément inaccoutumés alors que les usages, en plaçant lés femmes dans une sorte d'infériorité, de retraite du moins, leur interdisaient de prendre part à la conversation et, pour ainsi dire, à la société des hommes. Guise communique sa remarque au roi qui raccuciile et décide aussitôt que, dans tout le royaume, les femmes seront affranchies de cette injuste et regrettable contrainte ^ Le prix d*une telle émancipation ne manqua pas, on peut aisément le penser, de se produire en préférences et en suffrages pour celui auquel on en était redevable <. Il avait d'ailleurs, comme l'un des vmanU, resplendi aux joutes et tournois de Paris, à l'occasion du sacre, et ainsi, par la grâce, par la magnificence. Guise préludait à la gloire4 .

Animé d'une ambition naturelle, ce jeune prince, dès son arrivée en France, semblait avoir résolu de captiver la faveur de la nation par le soin qu'il mettait à en étudier l'esprit. U observait non moins attentivement le caractère des individus

(1) Histoire manuscrite de la maison de Guise, par P. P. Fornier.

(2) La réputation d'élégance et de galanterie de Claude de Lorraine eut tant de retentissement qu'il figure à diverses reprises dans un roman bistorique intitulé : Histoire de Marguerite de VcdùiSj reine de Navarre, par mademoiselle de la Force, comme acteur du quadrille des amarUs malheureux, au ballet dansé à la cour, où cbaque prince et seigneur s^étoit mis selon son mclinationy et comme passionnément épris d'une belle et rigoureuse dame Descars.

La comtesse de Guise, son épouse, y est aussi dépeinte comme douée d'une beauté dont l'éclat ne pouvait s'égaler qu'à la pureté de sa vertu.

pour régler sa conduite vis-à-vis d'eux ; et Tobjet, comme le résultat de ses premiers efforts, fut de savoir se concilier, au bout de très peu de mois, la bienveillance générale de la noblesse et des soldats.

Sous le règne de Louis XH, la France avait joui des dou"> ceurs de la paix, même pendant la durée de la guerre, et, grâce au bon ordre et à l'économie de son gouvernement, elle se trouvait florissante et tranquille. Ce monarque qui, peu avant sa mort, était décidé à tenter en personne une expédi-* tion sur l'Italie, avait été facilement à même de rassembler les fonds et les munitions nécessaires pour cette campagne. Des troupes réparties dans la Bourgogne et le Dauphiné n'attendaient que la présence du roi , et les Vénitiens insistaient sur les avantages de la prompte arrivée des Français. Toutes choses étaient donc préparées pour que le nouveau souverain pût relever l'honneur des armes et entreprendre le recouvrement du Milanais par lequel il se sentait impatient de signaler son avènement. Les .princes, les grands étaient également altérés de victoires, et Guise, après avoir déployé ses agréments à la cour, brûlait plus qu'aucun autre du désir de mettre au jour ses talents guerriers.

Les Suisses avaient marché vers les Alpes et ravagé les États du duc de Savoie ainsi que ceux des autres alliés italiens de la France. Ils prétendaient les conquérir, les conserver et même, par avance, ils se les partageaient entre eux. François I", n'ayant donc plus de ménagements à garder, ni de temps à perdre avant l'automne, prit, au mois d'août 1515, la route d'Italie, avec les plus belles troupes qui y eussent encore pénétré. De Lyon, il confia la régence du royaume, en son absence, à sa mère, et régla la marche de l'armée, forte de plus de quinze mille hommes d'excellente cavalerie, de vingt-deux mille lansquenets, de quatorze mille autres fantassins, tant

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français que gascons ou basques, enfin de trois mille pion* niers et d'une nombreuse artillerie. Le connétable de Bourbon reçut le commandement de l'avant-garde, le duc d'Alençon celui de Tarrière-garde ; la direction du corps de bataille demeurait réservée au roi qu*accompagnaiont, entre autres personnages considérables, le duc Antoine de Lorraine, à la tèle de sa compagnie de cent hommes d'ormes avec Bayard pour lieutenant, et le duc de Gueldres, capitaine-général des lansquenets, ayant sous lui le comte de Guise.

Pour faire franchir les Alpes à des forces aussi considérables, d'extrêmes difficultés furent à vaincre. La vigueur et l'intelligence des pionniers, soutenus par l'énergie de tous les autres corps, triomphèrent des obstacles les plus compliqués de la nature, et, en cinq jours, on parvint dans une plaine sur la Sture, à deux lieues de Goni, sans que les ennemis se doutassent qu'une armée moderne eût pu passer par de tels chemins et renouveler la première marche d'Annibal.

Au milieu des travaux, des fatigues et des dangers, le comte de Guise, par sa constance, par son activité, par la justesse de ses avis, par sa générosité envers le soldat, jeta les solides fondements de l'affection que les Français lui portèrent a un si haut degré et témoignèrent depuis aux princes de sa race. Les plus vaillants guerriers, le chevalier Bayard particulièrement, étaient ses compagnons habituels et trouvaient en lui le frère d'armes le plus affable comme l'interprète le plus zélé de leurs intérêts auprès du roi.

Un parti de cavalerie, guidé par Bayard, a travei*sé audacieusement le Pô à gué, s'est emparé à Timproviste de Villefranche et y a surpris le général des troupes papales, l'habile vétéran Prosper Colonne. Les confédérés abattus sont sur le point de se diviser; le roi négocie déjà avec les Suisses, qui cposeptent à livrer le Milanais contre une son^me d'argetit

exorbitante que François P^ leur promet assez légèrement. Afin de la fournir, les seigneurs de Tarmée se cotisent, n'hésitent pas à faire fondre leur vaisselle, et le comte de Guise, pour sa part, offre noblement tout ce qu'il possède * .

Cependant le cardinal de Sion, implacable ennemi de la France et de la paix, excitait de nouveau les Suisses à rompre le traité, et il ne restait plus, pour vaincre tant de perfide obstination, que la ressource d'unelutte désespérée dont la plaine de Marignan allait être le théâtre (15 et 14 septembre).

Mais, tandis que les négociations ouvertes avaient paru devoir infailliblement terminer les hostilités, le duc de Gueldres était parti pour aller défendre ses États contre une invasion des Brabançons qui venait de lui être subitement annoncée. Sur la demande unanime des|lansquenets, il avait remis leur commandement au comte de Guise , son neveu, par préférence à son lieutenant Faultier et à tous les princes français présents. Guise, improvisé ainsi général à dix-huit ans, se montra digne

(1) Ce fut seulement le 1" octobre 1518 qu'il commença à tenir son état et fut mis hors de la tutelle de sa mère.

Gilles de ChsTngey, son argentier de 1517 à 1520, puis ses trésoriers généraux des finances, René de Gignicourt, de 1520 à 1533^ Jean de Bellavoine, de 1533 à 1543, Hugues de Champagne, de 1543 à 1550, tenaient, ainsi que Denis et Louis Rochereau, trésoriers particuliers d'Antoinette de Bourbon, de 1519 à 1583 , des catemes (cahiers mensuels) des dépenses tant de Claude de Lorraine que de son épouse, de leur fils aîné François, etc., dont plusieurs se retrouvent encore. ( Inventaire de Joinville, t. II, fol. 513-517.)

Voir les comptes de dépenses, appendice à la fin du volume, pièces numéros 1, 2, 3.

Claude de Lorraine avait une maison montée à l'instar de celles des princes ; le sieur de Fontaine était « syen escuyer, • M. de Bellefontaine son maître d'hôtel. Madame Catherine d'Âgnicourt, dite de Créneault, était, vers 1520-1525, mère et gouvernante des filles de madame la comtesse de Guise. (Inventaire de Joinville. 1. 11, fol, 380.)

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d'un tel poste. « Honnête prince et gentil compaignon, il en fist « merveilleusement bien son debvoir * . » Effectivement, les Suisses, pendant l'action, fondent en silence et piques baissées sur les lansquenets chargés de la garde de l'artillerie dont le feu terrible semble redoubler l'ardeur de leur attaque. Les lansquenets plient; ils reculent, moins par effroi que dans la pensée qu'ils sont trahis ; ils ne peuvent croire le traité réellement rompu : ils s'imaginent qu'on les livre en sacrifice aux Suisses, leurs éternels ennemis. Le brusque départ de leur général a donné crédit à un tel soupçon. En cet instant, Claude de Lorraine, secondant les efforts du connétable de Bourbon, demeure inébranlable au premier rang; il semble vouloir ne pas survivre à la honte de ses troupes qui, bientôt elles-mêmes, repentantes de leur méfiance, entraînées par l'exemple de leur jeune chef, rivalisent de courage avec les bandes noires que l'intrépidité du comte de Guise a permis au roi d'amener à temps sur ce point. L'artillerie, déjà presque saisie , est dégagée; le combat reprend avec plus de violence; les chances en sont balancées ; la nuit seule vient l'interrompre. Le retour du soleil donne le signal d'un nouvel engagement, inspire des deux parts une fureur nouvelle. Les Suisses font des efforts terribles, mais impuissants pour s'emparer des canons; déconcertés par l'opiniâtreté de la résistance, ils veulent tenter une diversion en arrière de l'armée française et détachent une troupe qui , en tombant sur ses bagages, doit répandre un désordre général. Mais Tarrière-garde , bien disposée, fait énergiquement échouer cette manœuvre et met en complète déroute le corps qui l'exécute : le découragement force les Suisses à commencer une pénible retraite. Après avoir percé leurs bataillons, Guise, lancé à la poursuite des fuyards, frappé de deux arquebusades,

(1) Mémoires du maréchal de Fleur anges.

au bras droit et à la cuisse, renversé par OBe troisième qui tue son cheval , enveloppé, attaqué de tous côtés, à grands cris, atteint de vingt-deux blessures, tombe enfin dans la foule des morts. Il allait succomber à de nouveaux coups, lorsqu'un de ses écuyers, vaillant et dévoué, Adam Fouvert de Nuremberg, se précipite sur lui, le couvre de son corps et les reçoit à sa place. « O, dit Brantôme à cette occasion, vaillance et bontés « admirablesdu maistre etdel'escuyer! Ah,queronenaveuplu- « sieurs en tels combats mourir qui n*ont eu telles assistances « de leurs escuyers , ny serviteurs , ny gentilshommes , si biea « qu'ils n'eussent sceu, dix ans après le combat, qu'estoit de- « venu leur maistre, s'il estoit vif ou mort ! »

Le fidèle serviteur avait péri, et, lorsque l'action eut cessé, un autre des écuyers du comte, accompagné de James, capitaine écossais, gentilhomme de la maison du roi, alla, par ordre de François F, à la recherche de son maitre parmi les cadavres. Ce ne fut qu'avec la plus grande peine qu'ils parvinrent à le reconnaître, tant il était défiguré par ses nombreuses blessures ; et, lorsqu'ils le découvrirent, il ne donnait plus aucun signe d'existence. James le chargea sur son cheval et le porta dans la tente du duc de Lorraine. Le retour de Guise à la vie paraissait inespéré ; mais ce prince excellent, grâce à la vigueur de son tempérament et aux soins dont il fut l'objet, guérit contre toute attente, pour ainsi dire, miraculeusement. Sa cure est demeurée célèbre dans les fastes de la chirurgie comme un véritable prodige de l'art et comme marquant l'époque où les opérations en devinrent plus savantes et plus sûres. En effet, un mois après, G4iise, malgré ses souffrances, put accompagner le roi à son entrée solennelle dans Milan, t €omme capitaine-général des lansquenets, avec quatre lieu- < tenants, tous habillez demi toille d'or et veloux blanc ^»

(1) Mémoires de du Bellay,

portant un bras en écliarpe, la cuisse soutenue par un écuyer, il attirait cependant encore, par sa bonne mine, les regards de l'armée et des habitants.

Aussitôt que, retiré du champ de bataille, Claude de Lor^ raine avait repris connaissance, il s'était engagé, s* il conservait la vie, à aller, à pied et armé de toutes pièces, en pèleri* nage de Bar au bourg de Saint-Micolas et Sainte-Barbe, près de Nancy, et, plus tard, deux jours après son retour à Joinville» il accomplit avec fidélité ce vœu inspii'é par une piété empreinte de superstition, dont l'alliance avec le plus fci*me courage formait un trait du caractère de la chevalerie de ces temps-là. Il fit en outre placer sa statue en pierre, à genoux, près de la figure des saints.

Dans la lettre par laquelle le roi faisait le rapport de la bataille à sa mère, le nom du comte de Guise se trouve mentionné parmi ceux des plus braves : « Et Dieu merci tout fait bonne « chère, écrivait François P% je commencerai par moi et par «mon frère le connétable, par monsieur de Vendôme, par « monsieur de Saint-Pol, monsieur de Guise. »

Pendant les journées de Marignan où le duc de Lorraine s'était acquis aussi une belle part de gloire, Claude avait eu la douleur de voir tomber à ses côtés un de ses frères, jeune et vaillant prince qui promettait déjà de prendre rang parmi les héros de sa race.

Le roi se séparait peu de ces braves princes de Lorraine ; il aimait à les voir près de lui dans les solennités non moins que sur les champs de bataille ; et, lors de l'entrevue de François I*'' avec Léon X à Bologne, Guise recueillit les plus grands éloges de la bouche du pape, auquel il répondit par une sorte de pressentiment que «Sa Sainteté reconnaitroit qu'il estoit Lorrain « s'il avoit jamais le bonheur de tirer Tespée pour la querelle « de l'Église. »

Durant son séjour en Italie, le comte fut redevable à la haute estime qu'il s'était acquise de la part du roi de différentes missions importantes et délicates. C'est ainsi que, conjointement avec le duc de Vendôme et l'évêque de Laon, depuis cardinal de Bourbon, ses beaux-frères, il se rendit en ambassade auprès de la république de Venise à laquelle François P"" avait promis de la secourir contre l'empereur et contre le roi d'Espagne; et son mérite, non moins que sa naissance, lui fit obtenir du sénat des honneurs particuliers peu différents de ceux accordés aux deux princes du sang. Au souvenir glorieux de René II, rappelé avec reconnaissance par cette assemblée. Guise se sentit l'àme émue, et répliqua gracieusement « qu'il « ne seroit pas moins ravi que son père de servir la république, « surtout contre les Turcs, si l'occasion s'en présentoit. »

La campagne, si brillamment ouverte par la victoire de Marignan, allait s'achever au siège du château de Milan qu'ainsi que celui de Crémone, seules places qui lui restassent dans son duché, Maximilien Sforce rendit, après vingt-deux jours de résistance au roi, devenu par là possesseur du Milanais et libre de rentrer dans ses États où il ramenait avec lui le comte de Guise. Toujours présent à la cour, celui-ci ne cesse d'y participer aux fêtes, aux solennités. Au couronnement de la reine (9 mai 1S17), «il est l'un des aides pour la soute- « nir ; » il porte la main de justice ; il remplit l'office de pannetier au festin royal et brille dans le tournoi donné à cette occasion*.

Mais le retour du roi avait été principalement motivé par les nouvelles circonstances politiques que faisait prévoir la maladie de Ferdinand d'Espagne.

En effet ce monarque, avant de mourir (22 février! SI 6),

(1) Histoire manuscrite de la maison de Guise, parOudiu, t. V\

n'avait pas divisé son héritage : voulant au contraire que tous ses États, réunis sous le sceptre de son petit-fils Charles déjà maître des dix-sept provinces des Pays-Bas, et augmentés plus tard de ceux de la maison d'Autriche, pussent constituer une puissance redoutable à la France. Le nouveau monarque espagnol n'accepta que trop fidèlement ce legs d'inimitié, et n'hésita pas à entrer bientôt dans diverses ligues avec les adversaires déclarés ou secrets de François I***.

Ce prince, de son côté, commençait à se refroidir pour quelques-uns de ses plus constants et plus utiles serviteurs. On ne reconnaissait plus en lui le souverain loyal et équitable qui avait voulu être armé chevalier de la vertueuse main de Bayard. Malheureusement la passion de la gloire ne dominait pas sans partage dans son cœur soumis à l'influence ambitieuse et funeste de la comtesse de Châteaubriant. Le vieux et brave maréchal de Trivulce, calomnié par la jalousie, s'était vu refuser avec froideur et dédain une audience qu'il sollicitait du roi pour lui exposer sa justification. Mais l'àme généreuse du comte de Guise n'avait pu supporter avec indifférence le spectacle d'un traitement offensant et injuste infligé à l'un des guerriers les plus valeureux et les plus expérimentés de l'époque, à celui qu'il considérait comme un guide et un modèle. Il fit sentir au roi la rigueur d'un tel procédé, et, s'unissant à ceux qui cherchaient à le ramener à l'équité, il obtint de François I**", pour Trivulce, des paroles d'excuses et de bienveillance trop tardives toutefois. Le vieux capitaine avait été frappé à mort par la disgrâce , et son béton put échoir à Lescun, frère de la comtesse de Châteaubriant.

François I", une fois maitre du Milanais, avait vu son alliance recherchée par toutes les puissances. Tout à coup de nouveaux événements surviennent, de grands intérêts vont s'agiter. La mort de Maximilien (15 janvier iM9) ouvre la succès-

sion à Fempire, et les trois priacipaux monarques de l'Europe s'y déclarent candidats. La concurrence sérieuse demeure pourtant bientôt restreinte, sous des auspices de modération et de générosité , entre François P' et Charles. Le comte de Guise, peut-être par intérêt ambitieux autant que par affection, embrasse chaudement la cause du roi de France ; il combat l'opinion de ceux qui désapprouvent cette tentative ; il demande même à François une armée pour aller appuyer ses prétentions et ses amis. Effectivement, le monarque une fois élu grâce à ce nouveau service, n'eût-il pas pu, par reconnaissance, user de son droit impérial pour placer la couronne de Jérusalem sur la tête de Claude de Lorraine et réaliser ainsi un rêve entretenu non moins par les cadets que par les aînés de sa maison? Guise invoque tous les moyens ; il agit comme intermédiaire pour gagner des voix en promettant à l'électeur de Trêves une pension dont il recommande ensuite de payer avec exactitude les quartiers ^ Mais ses propositions sont négligées, et Charles, bien supérieur en intrigues, l'emporte sur son rival trop méticuleux.

Cet événement, joint à l'hérésie de Luther qui commençait à se propager et à quelques autres conjonctures, fut l'une des premières sources de la grande importance que le comte de Guise acquit dans le royaume et qu'il transmit à ses descendants. François ¥\ vivement blessé, humilié même, tout en se maîtrisant assez pour ne pas quitter l'attitude de modération adoptée dès le commencement de la lutte, roulait dans son esprit des projets de guerre propres à lui faire espérer une revanche sur le champ de bataille. Avec de pareilles inten-' tions le roi ne pouvait méconnaître tout le parti à tirer d'un guerrier habile, courageux et prudent tel que le comte de

(1) Mss. 6éthune,y. S531, foL 49.

ëf HISTOIRE

Gnise. Aussi la considération de celui-ci à la cour s*accnit-elle dès lors au point que la noblesse française le regardait presque comme régal des membres de la famille royale. Il est vrai qoe Claude de Lorraine, en raison de son énorme fortune, de l'élévation de son origine, de sa qualité de prince étranger, n'épargnait, de son côté, aucun effort pour se placer en quelque sorte sur le pied d'allié plutôt que de sujet du roi de France.

Ce monarque , avant de saisir les prétextes de rupture qui ne lui manquaient pas, voulait prendre le temps de se préparer, épier les circonstances favorables et s'assurer des amis. Tout donnait donc lieu de juger que la paix ne serait plus de longue durée. Le traité de Noyon était demeuré sans exécution ; la Navarre n'avait pas été restituée à la maison d'Albret; l'empereur conservait la totalité du royaume de Naples, et, contre son oppression, le duc de Gueldres sollicitait instamment le secours de la France. Charles-Quint, de son côté, réclamait le duché de Bourgogne usurpé, disait-il, par Louis XI, sur Marie son aïeule , prétendait aussi, en qualité d'empereur, h la possession du Milanais, et se plaignait de la protection accordée à ses ennemis par François P% inculpé d'avoir encouragé des troubles en Espagne.

L'expédition malheureuse des Français en Navarre, entreprise sous la conduite de Lesparre, frère de Lautrec, pour rétablir Jean d'Albret sur son trône, n'avait pourtant point fait éclater les hostilités . Mais une attaque des troupes impériales contre Robert de Lamarck, ancien allié du roi, et une tentative audacieuse sur le territoire français même, contre les villes de Mouzon et de Tournay, furent les étincelles qui embrasèrent toute l'Europe. Ni plus ni moins agresseur que son adversaire, le roi n'hésite point. D'une animosité réciproque mal dissimulée vont édore (1521) de graves événements auxquels, grâce à la vigilance de

DES DUCS DE GOISE. a

son esprit prodent et observateur, le comte de Guise est tout prêt à prendre part.

Ce dernier, frappé des succès du zèle que Charles-Quint avait manifesté pour les intérêts de la religion catholique en faisant citer et condamner Luther à la diète de Worms, en a pénétré sans doute la véritable intention et a calculé avec justesse que sll se prononce lui-même résolument contre la réforme, il s'acquerra, à la fois et à coup sûr, rattachement du clergé du royaume et la bienveillance de la cour de komeS quoique celle-ci se montre alors hostile au roi de France. L'appui du crédit déjà établi de son frère, le cardinal de Lorraine, doit contribuer aux profitables résultats de ce plan de conduite, et c'est ainsi que Guise pose la première pierre du piédestal sur lequel ses descendants élèveront un édifice susceptible d'éclipser, d'écraser presque même le trône, et dont son ambition, quelque vaste qu'elle soit, ne peut d'avance mesurer exactement la portée.

Au début des hostilités, vers les Pays-Bas, François T'

(1) Guise, en conséquence de ces dispositions, ne négligeait aucun des témoignages de déférence, aucune des pratiques que pouvait inspirer le catholicisme le plus fervent. Il avait obtenu, le 15 novembre 1515, moyennant certaine contribution, des bulles qui lui accordaient le libre choix de son confesseur, la rémission de ses péchés, la permission d'avoir un autel portatif, Vusage des œufs, du beurre, du lait, du fromage, de la viande, avec ravis du médecin, et la participation aux indulgences attribuées à la visite des églises de Rome, pendant le carême. Le 10 octobre de la même année, Antoinette de Bourbon recevait de semblables bulles pour elle et pour cinquante personnes de chaque sexe désignées par elle. Plus tard, V juin 1521, Léon X octroyait de nouveau les mômes indulgences à Claude de Lorraine et à cent personnes qu'il lui plairait de nommer.

Le comte de Guise s'affiliait à divers ordres religieux : à celui des frères prêcheurs, ainsi qu'Antoinette de Bourbon, par lettres du 3 mai 1542 d'abord, puis encore par d'autres, données en la grande Chartreuse, le 13 mai 1543; à celui de Cîteaux, le 10 avril 1543, etc. (Inventaire de Join- Ville, t. Il, fol. 411, 412, 417, 418. )

divise ses troupes en quatre corps. L'un est envoyé en Champagne sous le duc d'Alençon ; un autre, aux ordres du duc de Vendôme, en Picardie; Lautrec obtient de conduire le troisième en Milanais ; Bonnivet doit à la faveur de son maitre le commandement de celui qui marche en Guienne. Courageux plus qu'habile, l'amiral a heureusement pour lieutenant le comte de Guise, h la tète de six mille cinq cents lansquenets. Arrivé k Saint-Jean-de-Luz (septembre), il détache celui-ci avec quatre ou cinq mille Allemands, Navarrais et Basques pour aller faire le siège de la ville de Maya qui se rend bientôt ainsi que le château de Poignan ; puis, après divers mouvements, après une fausse démonstration vers Pampelune, il se tourne subitement, par les montagnes, contre Fontarabie, ville très importante, clef de l'Espagne, et dont l'armée ne se trouve séparée que parla Bidassoa. Ce petit fleuve, rapide et profond, étant très enflé par la marée haute, il faut attendre au lendemain matin pour le traverser. Bonnivet, surpris par la présence de l'artillerie ennemie qui occupe solidement la rive méridionale , ouvre même d'abord l'avis de rétrograder*, mais Guise veut persévérer dans l'enti^eprise; il offre de montrer le chemin à l'armée, et, au signal donné, saisissant une demi-pique, il s'élance le premier dans Teau jusqu'aux aisselles. Ses lansquenets le suivent après avoir baisé la terre, selon leur usage en marchant au combat. Les ennemis, rangés en bataille sur l'autre bord, sont terrifiés par une telle audace ; ils fuient malgré leur nombre au moins égal, malgré l'avantage de leur position, malgré celui que devait leur assurer l'état de fatigue des lansquenets. Beaucoup d'Espagnols se dispersent dans les montagnes; une partie se réfugie à Fontarabie. Ardent à les poursuivre. Guise gravit aussitôt

(1) Histoire manuscrite de la maison de Guise, par Fornier.

DES DUCè nE GUISE. 6Î

une côte escarpée, et ses soldats, exaltés par son courage, jettent des dés sur une caisse de tambour pour savoir quelle eiïseigne aura l'honneur de monter la première à l'assaut des remparts de la place*. Le château de Béhaubie, qui commande la route, cède après avoir essuyé une vigoureuse décharge de l'artillerie française; mais la ville elle-même résiste énergiquement à plusieurs attaques et ne se rend qu'au bout de quelques jours, à l'aspect d'une batterie qui menace de la foudroyer.

Sa position, entre une rivière, la mer et les montagnes, l'avait fait jusque-là juger imprenable. Guise, par son intrépidité, a héroïquement contribué à la réduire; sa prudence lui èuggère l'avis qu'elle doit être démolie, qu'il faut en employer les matériaux à la construction d'une forteresse sur la rive française, qu'ainsi on évitera la nécessité probable de restituer, par suite des conférences, ouvertes alors à Calais, cet imposant boulevard à l'Espagne qui, au contraire, ne le rétablira jamais s'il a été une fois détruit. Mais l'amiral, orgueilleux de cette conquête qu'il tient à préserver comme un monument de sa gloire, persiste dans l'opinion opposée, et l'accord a cessé d'exister entre les deux chefs au moment où ils se séparent après l'accomplissement de l'expédition. Bonnivet n'a pu pourtant se dispenser de rendre juste témoignage des utiles services et de la brillante conduite du comte de Guise ; et ses rapports ont mis la duchesse d* Angoulême dans le cas, en adressant à ce sujet des félicitations à Antoinette de Bourbon, de s'écrier publiquement : « Vous vous pouvez dire « la plus heureuse princesse de France pour ce que vous avez « un mari le plus vaillant et le plus heureux qui soit aujour-

(1) Oraison funèbre ée Claude de Lorraine, parGuilUauld.

« (Ibuy cl par la magnanimité duquel le roy jouit de Fonta- «rabie*. »

Aussi pour qu'il eût « mieux de quoy honnorablement s'en- « tretenir près et à Tentour de luy et en son service au faict de « ses guerres, grandement en supporter les grans fraiz et des- « pens, » François I®*" lui fit-il don, en outre d'autres pensions et bienfaits déjà reçus, des «revenu, prouffict et émolument « des greniers à sel de Mayne-la-Juhée et de La Ferté-Bernard,» montant à deux mille livres tournois, dont la première année lui fut payée d'avance le 30 décembre 1521 '-

Après avoir quitté Fontarabie, le comte de Guise s'était rendu en poste à Compiègne où se trouvait alors la cour. Averti de son arrivée, le roi s'élance précipitamment hors de sm chambre à la renconti*e du guerrier victorieux , il l'embrasse avec tendresse, et lui dit gaiement « qu'il est juste de sa part « de venir au-devant de son ancien ami lorsque celui-ci venoit « si vite au-devant de ses ennemis pour l'en venger'. »

Les affaires de la France cependant étaient loin de se trouver engagées avec autant de succès en Italie que sur les frontières d'Espagne; etLautrec, en perdant le Milanais, causait une joie et une émotion si vives à Léon X que la fièvre empor tait ce pontife au bout de trois jours (2 décembre). Les cardinaux de Bourbon et de Lorraine durent donc aussitôt se rendre à Rome pour le conclave ; mais ils ne purent arriver à temps, et revinrent sur leurs pas en apprenant, chemin faisant, l'élection d'Adrien d'Utrecht. Ce choix, fait par le sacré collège, de l'ancien précepteur de Charles-Quint pour occuper la chaire de saint Pierre, n'était propre qu'à exciter encore davantage

(1) Mss. de la Bibl. nation., suppl. français 1054.

(2) Quittance du comte de Guise, Bibl. nation., cabinet des titres, carton des Guises.

(3) Histoire manuscrite de la maison de Guise, par Fomier.

ranimosité de François I ' qui redoublait d'efforts afin de se maintenir en Italie.

L'hiver même n'interrompait pas non plus les hostilités dans le Nord. Le roi voulait profiter de l'irritation que les charges de la guerre causaient aux Flamands contre l'empereur dont, après de faux semblants de médiation, Henri YIII se déclarait l'allié. Les conférences étaient demeurées stériles, et la Picardie paraissait sérieusement menacée par le débarquement d'une armée auxiliaire anglaise à Calais. Le comte de Guise, à la tète de six mille lansquenets ou Suisses, fut d'abord particulièrement chargé de la défense de Mon treuil, de concert avec le comte de Saint-Pol qui commandait quatre .cents hommes. Claude de Lorraine se réjouissait en nourrissant l'espoir de rencontrer l'adversaire renversé par lui, quelques années avant, dans la lice du tournoi , Suffolk, qu'il brûlait du désir de vaincre également à la guerre.

Bientôt, de Péronne où étaient établis les magasins et où, d'après les ordres du duc de Vendôme, Lorges vint les retrouver, ces deux princes, prévenant la jonction des Anglais et des impériaux, se mirent en marche pour aller assiéger Bapaume. Guise, i voyant les ennemis, et tenant les affaires en longueur, « les alla réveiller par la prise de cette place et défit un grand < nombre d'Anglais vers la commanderie de Loison , proche € de Monstreuil. »

Hors d'état de prolonger leur résistance, la ville et le château de Bapaume furent effectivement brûlés et rasés. Guise et Saint-Pol voulaient ensuite ravager le pays entre l'Escaut et la Scarpe ; ils y pénétrèrent en forçant le passage de l'Écluse défendu par un corps d'impériaux qui, attaqués avec furie, sont aussitôt défaits et obligés de fuir on désordre jusque sous le canon de Douai.

Un jeune frère du comte de Guise, Fram^ois de Lyrraiuo,

comte de Lambese et d*Orgoii, à peiae âgé de aeize ans, donna dans ce combat, où il faisait ses premières armes, des pi*euves d'un courage précoce. Ayant aperçu sept ou huit ennemis qui se retiraient dans les bois, il résolut de les attaquer seul, et mettait pied à terre pour combattre lorsqu'il fut préservé du danger certain où Tentrainait son audace par dix ou douce cavaliers qu'amenait fort à propos Martin du Bellay. « Si le .( jeune prince, remarque celui-ci dans ses Mémoires, n'eut

< pas la gloire de vaincre seul, il eut du moins celle d'avoir

< attaqué le premier. >

L'armée fit un butin immense dans tout le plat pays ; et ourtant Claude de Lorraine, pendant cette campagne, ne perdait jamais de vue le double but de se rendre cher aux populations en même temps que terrible aux ennemis. Aussi faisait-il observer à ses soldats la plus exacte discipline, les accoutumant à n'ajouter par aucun désordre aux maux inséparables de l'état de guerre. Après avoir fait terminer au profit des Français les travaux de défense entrepris par les ennemis au passage de l'Écluse, il apprend que le château de Contes, entre Montreuil et Hesdin, a été surpris et enlevé. Deux jours lui suffisent pour le reprendre. Arrivé ensuite à Deure, il divise son camp volant en deux corps, dont l'un reste aux ordres du comte de Saint-Pol, tandis que lui-même avec l'autre s'avance jusqu'à une petite lieue de distance des Anglais, pour les tenir pendant quinze jours en alarmes continuelles et pour c faire la bienvenue au duc de Suffolk qui t avoit achevé sa descente et s'étoit logé en la terre d'Oye. » Guise , h cheval nuit et jour, multiplie les alertes, enlève les convois. Un détachement attaqué par lui est pris ou tué à l'exception de trente ou quarante hommes qui se retranchent dans un jardin entouré de haies et de fossés ; Guis€^ .met pied à terre, « encores que le camp anglois soit fort proche, mais

< il D*en a appréhension, > pénètre dans le clos, à la tète des plus hardis de sa troupe, et taille tout en pièces ; < il en de- « meura cinq ou six cents sur la place > à la fin de cette action.

Le prince lorrain communique son activité aux commandants qui Tenvironnent. Les ennemis, harcelés sans relâche, toujours hattus, abandonnent après plus de six semaines le siège du vieux Hesdin et décampent vers la fin d'octobre. Guise et Saint-Pol se gardent toutefois de les laisser effectuer paisiblement leur retraite ; ils les cotoyent continuellement le long de la Somme, puis ils les atteignent au bourg du Pas en Artois où Claude attaque vivement leur arrière-garde et obtient un avantage qui coûte cinq ou six cents morts aux Anglais et qui les force à repasser la mer tandis que les impériaux rentrent dans le Hainaut.

Ces victorieux résultats répandent la joie à la cour et dans la capitale. L'honneur en rejaillit presque tout entier sur le comte de Guise qui vient ainsi d'accroître encore ses titres à l'attachement de la nation, en particulier à celui des Parisiens profondément alarmés par l'approche des ennemis. On le regarde, en quelque sorte, comme un sauveur; et son ambition, toujours sage, il est vrai, mais non moins progressive, trouve son compte à ce développement de popularité.

Déjà cependant la jalousie des autres seigneurs s'élève contre lui et s'attaque même à ses vassaux. Les gendarmes de la compagnie du sieur de Pierrepont , par exemple, en cantonnement à Vassy et à Saint-Dizier, s'y abandonnent à l'indiscipline la plus onéreuse (octobre 1522) , ne se contentant pas € de la fourniture qui leur estoit menée par chacune sepmaine, t dont il n' estoit faict aucun paiement, mais le plus du temps

< estoient les dites terres et villages aucunefois ung, deux et « trois jours avecques gros nombre de gens et cbevaulx fai-

i sans do grands exeô/ ei despenses, et dnvaniaige battant et < contraignant les dits pauvres sugetz, mesuiement à ung des c maires de mon dit seigneur lui aiant couppé une main en c sorte qu'il en estoient impotent à jamais ^ >

De tels symptômes indiquaient donc suffisamment au comte de Guise combien d*efforts il lui fallait faire encore pour cimenter sur tous les points rétablissement de sa famille en France.

(1) Lettre delà comtesse de Guise, manusc. Gaignièrcs, v. 349, fol. 269.

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