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devint ensuite le principal auteur de la paix qui s'effectua entre ee monarque et les seigneurs confédérés. En récompense d*un service aussi important, le roi de France lui fit remise de Thommage auquel le duc était tenu envers lui pour les villes de Neufchâteau, Ghâtenoys, Montfort, Frouart, et, en le comblant de dons , se rattacha dès lors sincèrement.
Plus tard Jean alla porter la guerre en Catalogne et vit s'ouvrir les portes de Barcelone, dont les habitants le chérissaient et le reçurent pour leur souverain, lorsqu'il parut à la tète de vingt-cinq mille homn;ies. Toute cette province se soumit bientôt à lui ; mais il ne jouit pas longtemps de son triomphe, et mourut en 1470, empoisonné, à ce que Ton soupçonna, au moment où il allait pénétrer en Aragon pour faire valoir les droits incontestables à la couronne de cet État qu'il tenait d'Iolande, sa grand' mère. Un historien a dit que ^ pour être le « premier prince de son temps, il ne manqua à Jean d'Anjou, * duc de Lorraine, que d'être heureux. »
Nicolas, que son père, avant de partir pour l'Espagne, avait institué régent du duché, se trouvait à la cour de France lorsqu'il fut appelé à la succession. 11 semblait d'abord préférer le repos et les plaisirs de la vie privée aux charges et aux honneurs du pouvoir; mais, réclamé par l'intérêt de l'État, il ne balança plus, se rendit en Lorraine, visita toutes les villes, prit connaissance de tous les besoins et, à l'exemple de son père, confirma les privilèges de l'ancienne chevalerie. 11 revint aussitôt à Paris, dont il affectionnait le séjour; mais, s'étant brouillé (1472) avec Louis XI qui lui refusait des troupes pour a ppuyer ses projets sur l' Aragon, il quitta la cour de ce monarque et retourna dans son propre pays. Ce fut vainement qu'il fit une tentative pour s'emparer de Metz* par surprise; il
(1) Et pour se venger des habitants qui s'étaient.permis de dire que ce prince ne savait que danser.
échoua, à cause de son indécision et de sa lenteur à secourir un de ses officiers qui avait déjà pénétré dans la ville.
Nicolas se trouvait sur le point de conclure son mariage avec Marie de Bourgogne lorsqu'il mourut (12 août i473) d'une fièvre maligne, à Nancy. Il était un des plus beaux princes de son époque, généreux, doué de courage aussi bien que d'expérience des hommes et des affaires.
Le duché de Lorraine, qui pendant quarante-trois ans avait appartenu à la maison d'Anjou, rentra alors dans celle de Gérard d'Alsace», car, après la mort de son neveu, lolande d'Anjou, fille de René V^ et veuve de Ferry, comte de Vaudémont, ne voulant pas renoncer au genre de vie paisible qu'elle avait adopté et convaincue que le gouvernement d'une femme ne convenait point aux Lorrains, fit aussitôt cession de tous ses droits à son fils René, en ne se réservant que ses revenus viagers.
Dès qu'il fut instruit de la mort de Nicolas, le duc de Bourgogne projeta de s'emparer de la Lorraine et trouva le moyen de se saisir, à Joinville, par l'intermédiaire d'un capitaine allemand, de la personne du nouveau duc. Louis XI, alors ami de René II, auquel il donna depuis différents sujets de méfiance et de plaintes, fit par représailles aiTêter un neveu de l'empereur qui se trouvait à Paris. Un échange rendit la liberté au duc de Lorraine qui déclara la guerre à celui de Bourgogne. Auxiliaire des Suisses, René se couvrit de gloire à Morat ; puis ayant réuni six mille volontaires, il retourna en Lorraine, reprit sa capitale aux troupes bourguignonnes qui s'en étaient emparées, et, avec l'aide de quelques nouvelles levées suisses, il défit (5 janvier 1477), très jeune encore*, et grâce à sa constance et à son courage, ce redoutable Charles le Téméraire
(1) Il n'avait que vingt-six àna.
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dont la fortune et la vie^ rencontrèrent leur terme sous les murs de Nancy.
Le corps de ce prince ne fut retrouvé que deux jours après, et René, vêtu d'habits de deuil, voulut aller religieusement rendre hommage aux restes de son ennemi, c Biau cousin , ( dit-il en soulevant sa main glacée, vos âmes ait Dieu ; vous c nous avez fait moult maux et douleurs. >
Vainqueur magnanime, le duc de Lorraine accorda généreusement leur pardon à ceux de ses sujets qui, pendant la guerre, avaient pris parti pour Charles, et, de toutes les confiscations, c ne retint qu'un vase de crystal où il buvait Toubli de ses von- € geances^. »
De nouveaux rapports d'alliance s'étaient établis, après ce triomphe, entre René II et Louis XI ; et pourtant ce monarque aiTacha au vieux René d'Anjou la cession, pour six ans, du duché de Bar qui ne fut restitué ensuite au duc de Lorraine que par le gouvernement d'Anne de France, dame de Beaujeu, lorsque Louis XI n'exista plus.
La renommée guerrière de René II avait engagé les Véni* tiens à lui offrir (1480) le bâton de capitaine-général de leurs troupes, qu'il accepta dans l'espmr mal fondé de se créer par là un appui pour faire valoir ses prétentions sur la Provence, héritage de la maison d'Anjou. Il échoua également dans ses tentatives^ et de conquête et de négociations pour recouvrer cette province.
(1) « Le duc de Bourgogne fayant prèz d'une commenderie, assez proche « de Nancy, son cheval tresbucha et Penfondra dans un ruisseau où il fut « assomé', son corps reconnu fut enterré à Nancy. »
(Mss. delà Bib. nat., supplément français 1054, Histoire de Joinville, écrite en 1632.)
(2) Henri Etienne, Résumé de l'Histoire de Lomxme.
(3) Le vain titre de roi de Sicile et le droit de réunir dans son écusson les armes de Jérusalem, d'Aragon et d'Anjou furent tout ce qu'elles lui procurèrent.
En 1485 , la haute noblesse du royaume de Naples, voulant secouer le joug de la maison d'Aragon, appela à la couronne le duc de Lorraine qui se préparait à partir pour Fltalie avec quelques faibles secours en volontaires et en argent reçus de la France, lorsqu'il apprit la dispersion ou la captivité de la plupart de ses partisans*.
Sans avoir pu l'atteindre lui-même, il transmettait donc à sa famille, à ses descendants ce champ de séductions, cet objet de rêves ambitieux que les Guises particulièrement, à des époques diverses, à plusieurs reprises, devaient s'efforcer d'ac^f quérir.
René II accompagna Charles YIII dans son expédition en Bretagne contre le duc d'Orléans, depuis Louis XII, et combattit à la bataille de Saint- Aubin-du-Cormier; mais mécontent de ne pouvoir jamais rencontrer que des refus quand ii réclamait la restitution de la Provence, il s'éloigna de la cour de France , après avoir fait une protestation conservatrice de ses droits, et retourna dans ses États où il eut à soutenir une guerre à laquelle Charles VIII avait probablement poussé la ville de Metz contre lui. Pendant le cours de ces hostilités, un officier lui demandant s'il fallait mettre le feu à un village dont on s'était emparé : «Capitaine, répondit René, quand € maux voudras faire enquerre conseil de moi, et pas n'en € feras. >
En récompense de la fidélité gardée envers lui par les seigneurs, lors du début orageux de son règne, René II avait confirmé tous les privilèges de la noblesse et de la chevalerie.
(1) Le royaume de Naples fut reconquis, en 1496, par la maison d'Aragon, après le départ de Charles VIII : «... Ainsi ne restant plus pour le
■ recouvrement de tout le royaume que Tarente et Caïette et quelques « autres places tenues par Charles de Sanguin et le mont Saint-Ange où
■ étoit Julien de Lorraine, lequel avec une grande louange faisoit sentir sa « luirdieflBefit sa vaiUantise en tous lieux de là autour. »
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De nou\ elles franchises furent aussi accordées aux bourgeois de la ville de Nancy ; et, par Tun des derniers actes de sa vie, il établit la loi salique pour la succession au trône.
Courageux, entreprenant, éclairé, généreux, équitable, plein de droiture dans ses actions, de fidélité dans ses alliances, de noble bonhomie dans ses paroles, tel fut ce brillant et aventureux duc de Lorraine, résumé des vertus qui avaient signalé plusieurs de ses ancêtres, souche respectable d'où jaillit, pleine de sève, cette branche hardie et vigoureuse des Guises.
C'est ici donc qu'il faut se séparer de la ligne directe des ducs de Lorraine, aujourd'hui régnante en Autriche, en Toscane, à Modène, pour s'attacher exclusivement à l'histoire de la famille collatérale dont un fils de René II fut le chef.
Le mariage de ce prince avec Jeanne d'Harcourt, comtesse de Tancarville, n'avait point porté de fruits, et René répudia sa fenmie ( 1485 ) au bout de quatorze années de stérilité: une sentence de l'officialité de Toul, confirmée trois ans après par le pape, déclara nulle cette alliance. Le duc de Lorraine cependant avait épousé en secondes noces, même avant la décision de Rome, Philippe, fille d'Adolphe d'Egmont, duc de Gueldres, et de Catherine de Bourbon, sœur du sire de Beaujeu. Plus favorisé dans sa nouvelle union, il en obtint douze enfants.
Après la mort ( à Bar, le 10 décembre 1508 ) du duc-roi ^ son mari, qu'elle appelait toujours son bon René, Philippe, assistée du secours de « maistre Nicolas Le Clerc, docteur en théoloc gie, > consacra onze années à l'éducation et au soin des biens de sa famille. Au mois de mars 1506, elle avait obtenu des lettres de naturalité en France; Louis XII lui accorda aussi (et confirma même, de Milan le 5 juillet 1509), « le bail et garde » de ses enfants mineurs dont la surveillance aurait du appartenir au roi, à raison des terres et seigneuries que ceux-ci pos*
sédaient en Normandie. Enfin, quoique nantie d*un douaire établi sur les ville et château de Joinville, sur Doulevant, Rouvroy, Roche-du-Maine^ Ëclaron, Hatignecourt , etc., Philippe de Gueldres se retira au couvent des Filles-de- Sainte-Claire de Pont-à-Mousson et y fit profession, le 48 décembre 1519, en présence de ses enfants et de sa cour. Elle entra dans le cloître précédée de son plus jeune fils, âgé de douze ans, qui fondait en larmes en lui portant le cierge. Après la cérémonie, les princes, les princesses et les personnages présents s'avancèrent près de la grille du chœur pour recevoir, agenouillés et baignés de larmes, la bénédiction de Philippe qui disait ainsi au monde un adieu spontané et définitif. Dans cet austère asile, où elle devait terminer ses jours « en opi- « nion de sainteté » à Fâge de quatre-vingt-cinq ans ( le 26 février 1547 ), son humilité fut constamment telle que, soumise à toutes les obligations de son ordre, portant les mêmes vêtements, vivant de la même nourriture que les autres religieuses, elle signait ses lettres à ses supérieures : Votre pauvre fille et sujette sœur Philippe, humble servante de Jésus, ou scsur Philippe, pauvre ver de terre.
Pendant son séjour à la cour, cette princesse, douée d'une beauté remarquable et de la vertu la plus pureS avait choisi
(1) Son mérite inspira à an poète de l'époque les vers suivants en forme d'épitaphe « de révérendissime mère en Dieu madame Philippe de Guel- • dres, jadis royne de Sicile et duchesse de Lorraine :
« Le corps enclos sous ceste sépulture « Vrais héritiers de roiales provinces.
« Fut d'une roine en laquelle nature <c Puis le roy mort, cherchant la vie heureuse
« Ne s'oublia. Philippe estoit son nom, u Se feist icy vestir religieuse
« Du sang gueldrois portant arme et surnom, « De sainte Claire, ou l'an vingt-septiesme * u Laquelle iut en vertus tant civile w Qu'elle eust l'habit, par maladie extresme
« Qu'elle espousa René roy de Sicile * « Mort la surprint à quatre^ingt-cinq ans.
w Duquel elle eut cinq magnanimes princes, » Son esprit soit es hauts cieux triomphant, v
(Mémoires dePEstoHe.)
* « Reué de Hiérusalem roy
<« Qui de Cécile ot>toit sembUblement ;« Vray héritier par constance et par loy. »
iXémoire!> dt l'Enloilt.)
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pour devise les moU: ne mi ioquiê, il paini^ placés autour d'une feuille de chardon.
Des huit fils de René II et de Philippe de Gueldres, Antoine, devenu Tainé parla mort en bas âge des deux premiers, Louis et François, succéda au duché de Lorraine. Ses sujets Tappe* laient le « bon duc, à cause, dit Brantôme , qu'il estoit un < très homme de bien, prince d*honneur et de conscience, et ( toutes ces belles marques se représentoient en son beau et « honorable visage. >
Le cinquième, Claude, fut le premier des Guises: nous l'ai- Ions bientôt suivre au milieu des travaux et dans les progrès de sa glorieuse carrière.
De ses autres frères, run,ieuneencore, tomba héroïquement a la bataille de Marignan ; François, âgé de dix-huit ans, périt de même à celle de Pavie ; Louis, comte de Yaudémont, vie* time de la peste, laissa la vie au siège de Naples en 4538 ; Jean, qui survécut, devint cardinal, acquit du crédit à la cour de France, à celle de Rome, et de la célébrité par les négociations dont nous le verrons chargé auprès de l'empereur Charles-Quint. Quant aux quatre filles de René et de Philippe, aucune d'elles ne dépassa la jeunesse.