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CHAPITRE IV

CLAUDE, PREMIEA DUC DE GCISE , FRANÇOIS, COMTE D'AUMALE, SON FILS AÎNÉ.

La durée de la trêve avait laissé aux princes et aux jeunes seigneurs des loisirs qu'ils consacraient à l'amour, aux divertissements; et, par suite des récentes révolutions survenues à la cour, les affaires se trouvaient placées (avril 1542) sous la direction exclusive de d'Annebaut et du cardinal de Tournon, ministres d'un génie médiocre, mais sujets zélés et bons citoyens. Quant au duc de Guise, assidu dans l'exercice du gouvernement de la Bourgogne, il s'occupait à « donner ordre aux « affaires en cette province, > à maintenir la discipline, dont quelques corps de troupes s'écartaient, à préparer la réunion de renforts étrangers, tant suisses que lansquenets. Il recueillait en même temps les nouvelles apportées d'Allemagne et s'efforçait d'apaiser en Champagne les plaintes du peuple que l'appréhension d'une disette de blé commençait à faire crier *.

Les hostilités furent officiellement déclarées à l'empereur dans le courant du mois de mai (1542). Dès celui de novembre précédent : c Je fais grand doubte, avoit dit le duc de Guise, « que le roy aura assez d'affaires l'esté qui vient pour employer « tous ses serviteurs 2. »

(1) Portefeuilles de Fontanieu, vol. 252.

(2) Idem.

HISTOIRE DBS DUGâ DE GUISE. m

Au lieu d'adopter pour la guerre actuelle la marche précédemment observée, qui consistait à poursuivre les conquêtes en Piémont et a s'emparer du Milanais, on en traça le plan d'une manière plus conforme aux prétentions du roi, aussi bien fondées par suite d'acquisitions et de cessions mais moins reconnues, sur le Luxembourg et sur le Roussillôn. Les conditions auxquelles Charles VIII avait imprudemment vendu cette dernière province à Ferdinand d'Aragon étaient restées sans accomplissement de la part de ce prince et de ses héritiers. Deux armées furent donc mises en campagne : l'une, vers le midi, forte de trente-cinq à quarante mille fantassins, de deux mille hommes d'armes, d'un égal nombre de chevaux, aux ordres du dauphin, et que le roi, s' avançant jusqu'à Montpellier, comptait rejoindre si l'empereur, alors en Espagne, se présentait pour la combattre; l'autre, destinée à opérer dans le Luxembourg, formait, au moyen de la jonction des troupes du duc de Clèves, de celles amenées d'Allemagne par les comtes de Mansfeld et de Piguelin et de cinq cents Danois, un ensemble de trente-cinq mille hommes de pied et de trois mille cavaliers sous le duc d'Orléans qui « avoit monsieur de Guise, « Claude de Lorraine, grand capitaine, pour son principal con- « seil*. » Dans le but d'inspecter préalablement celle-ci, François I" était allé, au mois de juin, à Joinville, où il fut reçu par le duc de Guise et d'où il rendit plusieurs édits importants®.

Claude de Lorraine, chef réel de la seconde armée, en qualité de lieutenant-général, devait en même temps continuer de veiller sur les deux provinces dont il était gouverneur et avait alors pour compagnon inséparable son fils aine, Françoiç,

(1) Brantôme.

(2) Registres du parlemuit ée Paris» ordaBBanceg dt 9r«içoi«t«'«

comte d'Aumale S jeune béros de&tiiié à le surpasser en gloire et à élever au plus haut degré celle du nom de Guise.

Le 13 juin, les troupes du duc d'Orléans se présentèrent devant Damvillers, première ville du duché, qui céda après avoir essuyé quelques coups de canon. On allait marcher de là directement vers Luxembourg, lorsque, sur l'avis qu'un pan des murs d'Ivoy s'était détaché et formait brèche, l'armée se détourna contre cette place qui, très bien fortifiée néanmoins, opposa une résistance de plusieurs jours. Les assiégés purent sortir avec armes et bagages, emportant assez de poudre pour tirer chacun six coups et emmenant six fauconneaux. Le duc de Guise ne se montra aussi tolérant, en arrêtant les clauses de la capitulation, que par l'impossibilité de prendre de vive force, sans sacrifier un grand nombre de soldats, cette ville importante et abondamment pourvue. En même temps, le comte d'Enghien se rendait maître de celle d'Arlon. Luxembourg, Vireton et Montmédy, attaquées ensuite, se soumirent bientôt; et si le jeune prince, qui commandait l'armée, eût moins écouté l'ardeur de son courage que les habiles conseils du duc de Guise, l'empereur aurait perdu, en une seule campagne, bien plus encore que ce duché, dont il croyait que la conquête pouvait tenir les Français occupés pendant plusieurs années, et qui fut « rafflé et frisé en un rien, autant par la çont duite de ce vieux et grand capitaine que par la belle vail- « lance et nouvelle fortune de monsieur d'Orléans*. » Peutêtre en eût-il même coûté à Charles-Quint une grande partie des Pays-Bas 5, tant la terreur y était répandue par le duc de Clèves, du côté du Brabant, et par le duc de Vendôme qui

(1) Capitaine d'une compagnie de quarante hommes d'armes qui portait son nom et qui ne donna pas toujours l'exemple de la discipline, particulièrement en Piémont, en 1547.

(2) Brantôme, (3) P. Daniel, Histoire de Frmce.

ravageait la contrée limitrophe de TÂrtois. Pour ce moment, il ne restait à Fempereur, dans le Luiembourg, que Thionville. Mais le duc d'Orléans n'eut pas plutôt entendu courir le bruit des préparatifs d'une bataille prochaine et générale en Roussillon qu'il partit, malgré les avis de Guise et sans attendre les ordres du roi, pour s'y rendre avec une portion de ses troupes, dont un autre détachement fut envoyé en Piémont. Le prince avait de plus ordonné au comte de Longueval et au maréchal de Gueldres de marcher vers Liesse avec les lansquenets pour secourir la Picardie ou la Champagne , selon que Tune de ces deux provinces serait attaquée. Les débris de l'armée du Luxembourg, ainsi affaiblie et réduite à une défensive laborieuse et difficile, se trouvaient heureusement placés dans la main du duc de Guise. ^

Les impériaux avaient profité sans retard de ces changements pour reprendre la capitale du duché, ainsi que Montmédy, d'où ils pouvaient incommoder Stenay et les autres villes situées le long de la Meuse ; mais Guise s'était aussitôt renfermé dans Ivoy afin d'arrêter l'ennemi. Soutenu par son bonheur ordinaire, il sut forcer les impériaux à lever le siège de cette place ; puis, ayant rassemblé à la hâte quelque gendarmerie avec un petit nombre de gens de pied, tant français qu'allemands, il fit une telle diligence qu'il arriva devant Montmédy et le reprit sans que ceux qui venaient d'y entrer eussent eu le temps de se reconnaître ^ Hors d'état néanmoins de tenir la campagne, après ce brillant fait d'armes qui « ré- « conforta les mauvaises nouvelles de la perte de Luxem- « bourg *, » il dispersa sa petite armée en la répartissant entre différents postes'.

(l) Mémoires de du Bellay ^ liv. IX.

(1) Mss. de la Bibl. nation., suppl. franc. 1054.

(3) Mémoires de du Bellay, liv. IX,

m HISTOIRE

Le défaut d'argent pour payer ses troupes s'était fait vivement sentir à lui en portant atteinte à son autorité sur les ren* forts de Glèves et de Gueldres, et l'avait forcé de recourir à des emprunts» obtenus sur son seul crédit personnd, afin de prévenir « la foule du pouvre peuple par les légionnaires. » L'arrivée des auxiliaires étrangers lui causait un embarras de plus : exigeants quant à leur solde, ceux-ci devenaient facilement insubordonnés ; et Guise, au risque d'encourir le mécontentement du roi, avait dû, pour lui conserver leurs services, accepter d'eux, en son propre nom, un serment qui s'écartait des règles ordinaires. Enfin, fatigué de tant d'efforts, indisposé même, il s'était, vers la fin de septembre , momentanément retiré dans son château de JoinviUe. François V\ au surplus, lui faisait, dans le même temps, exprimer par son panetier, le sieur de Mandosse qu'il lui dépèdiait de Montpellier, « le grand « contentement qu'il avoit de luy avec parfaite fiance qu'il ne « se perdroit temps ne heure pour exécuter tout ce qui seroit « possible pour donner advantage è tous ses affaires ^ i

Celles-ci d'ailleurs allaient assez mal en Roussillon ; et le roi, après trois mois d'un siège infructueux, dut donner l'ordre de renoncer à l'attaque de Perpignan. Du côté du nord, la frontière de Champagne était dégarnie, toujours menacée ; cette province elle-même se trouvait épuisée, et le duc de Guise désirait, pour le printemps, unrenfort de huit à dix mille lansquenets, que lui promettait François I*"*, et avec lesquels il méditait d'exécuter encore quelque heureuse entreprise *. La campagne en Piémont avait été, il est vrai, honorablement soutenue, quoique avec des forces inférieures, et l'avantage était presque toujours demeuré aux Français dans diverses rencontres peu importantes.

(1) Instructions à Mandosse, portefeuilles de Fontanieii, v. 253.

(2) Lettre de Guise au grand-mattre, portef. de Pont., v. 2^9.

LeSt événements de i543 n'avaient donc lîM produit de bien considérable de part ni d'autre. Pour préparer la poursuite des hostilités, François I^ faisait mettre à la disposition du duc de Guise les fonds de son épargne, consacrés ainsi k solder les troupes étrangères et à les retenir en les employant sur le point le plus vulnérable ^ Claude de Lorraine ne négligeait rien, afin de remplir les intentions du roi, en accroissant ses ressources militaires, en s'adressant à tous les princes et capitaines du dehors. « Pour mieux dresser et en plus grande « seureté son affaire, parler avec eulx et entendre bien au long t leur puissance et intention en leur déclarant aussi la sienne, > il jugea opportun de monter à cheval, « en habit dissimulé, > avec trois gentilshommes de sa suite, et de se rendre jusqu'à la frontière d'Allemagne où il avait mandé ces chefs étrangers*. La guerre recommença l'année suivante (184S), avec une nouvelle vigueur, en Piémont et surtout dans les Pays-Bas. Malheureusement, en cette grave conjoncture, la garnison de la place de Montcomet, l'une des principales clefs de la Champagne, protégeant Méâères et d'autres villes encore, menaçait de faire défection faute de paiement ; et le duo de Guise s'était empressé de représenter au roi, en le priant d'y apporter prompt remède, les funestes conséquences à redouter d'un tel acte'. François V^ se rendit de sa personne en Hainaut, dans le mois de mai, et ayant joint de nouvelles troupes à celles que commandait Guise, se trouva, à la tète d'une puissante armée, encore une fois en présence de l'empereur qui, après avoir conquis les États du due de Gèves, allié de la France, neveu du roi, allait entreprendre simultanément les sièges de Guise et de Landrecies, encouragé qu'il était par la coopération

(1) Mss. Béthune, v. 8530, fol. 160

(2) Lettres de Guise, Mss. Béthune, v. 8609, fol. 7, 0^, 1S5.

(3) Id.j V. 21.

d'un seeoui*s de dix mille Anglais que venait de lui envoyer Uemi VIII.

Le duc de Vendôme faisait depuis deux mois déjà une campagne avantageuse en Artois; il avait conservé Thérouenne, pris Lillers et quelques châteaux des environs. François de Lorraine, a prince tout martial,» dont Vendôme, son oncle , contenait avec difficulté la valeur impétueuse, servait dans cette armée et brûlait du désir de se signaler chaque jour par quelque nouveau coup de main. Attentif à rechercher toutes les occasions de voir Tennemi de près, connu pour «être < amateur des gentilshommes et conservateur de leur hon- « neur *, • d'Aumale s'était institué chef d'une troupe de cent jeunes seigneurs animés d'une ardeur égale à la sienne et avait commencé par prendre part au ravitaillement de Thérouenne, d'où, faisant à tout moment des sorties avec d'Esguilly, Laval, Saint-André, Dampierre, il s'avançait jusqu'aux portes d'Aire et de Saint-Omer, dans l'espoir de livrer combat. Un jour qu'il avait renouvelé cette tentative , avec ses compagnons habituels renforcés de deux cents chevau-légers com* mandés par Des Gars, il allait se retirer sans avoir aperçu les ennemis, lorsque tout à coup se présentent sur la route quatre cents cavaliers marchant vers Hesdin pour intercepter un convoi de vivres attendu dans le camp français. Sans calculer l'inégalité du nombre, d'Aumale veut combattre, et s'étant posté près d'un pont par lequel ses adversaires doivent nécessairement passer, il les charge vivement, puis, ne réussissant pas à leur fermer le chemin, il les poursuit et ramène du moins une centaine de prisonniers à Thérouenne. Cet avantage ne lui aurait sans doute pas suffi si un détachement sorti d'Aire n*avait menacé de lui couper toute retraite *.

(1) Mss. Gaignières, vol. i41, fol. 88.

(2) Mémoires de du Bellay, liv. IX.

DES DUCS DE GUISE. t4t

Le duo de Vendôme venait de prendre Bapaume avec des troupes dont les compagnies d'hommes d'armes du due de Guise et du comte d'Àumale faisaient partie; le dauphin commençait le siège de Binche où périt le brave d'Alègre et où fut frappé d'un dangereux coup d'arquebuse à la gorge Gaspard de Coligny-Châtillon, devenu depuis si célèbre, alors rival de' valeur du comte d'Aumale dont il devait être un jour l'ennemi mortel. Le roi cependant s'éloigna de Landrecies, fortifié de nouveau, pour se porter au secours du duc de Clèvesdans le Luxembourg.

A peine fut-il parti que les comtes de Rœux et de Roquendolff, à la tête de toutes les forces réunies dans les Pays-Bas, voulurent surprendre Landrecies qu'il trouvèrent en état de résister et dont il leur fallut entamer le si^e en règle. La fleur de la noblesse française, le duc de Nevers, Châtillon , Dandelot, deux frères la Rochefoucauld, Bonnivet, Crèvecœur, les deux Maillé-Brézé s'y étaient renfermés avec enthousiasme, et parmi ces brillants défenseurs se^ signalait particulièrement le comte d'Aumale. Peu auparavant il venait encore d'obtenir du succès sur une portion de la garnison d'Avesnes qu'il avait provoquée à quitter les remparts, puis chargée et poursuivie jusqu'aux bords des fossés de la place, en lui tuant beaucoup de monde et au prix de la vie d'un seul homme de sa propre troupe.

Ces jeunes seigneurs saisissaient toutes les occasions de faire des sorties dans lesquelles leur témérité les engageait parfois très imprudemment; et le roi, craignant que la sûreté de Landrecies n'en fût compromise, les rappela auprès de lui sous prétexte de les employer h la conquête du duché de Luxembourg. Le comte d'Aumale, avec sa compagnie de cinquante hommes, Claude son frère, Longueval, Langei, se trouvèrent alors à la tête de trois cents gendarmes, de sept à huit cents chevau-

Ht HISTOIRE

légers, d'autant àé fantassins français et de quatre nulle- lansquenets qu'ils employèrent à prendre le château de Sainte* Marie, au comté de ligny , et quelques autres dont les garnisons auraient pu priver de vivresUarmée du duc d'Orléans attendue à Stenay ; celle-ci arriva le 10 septembre devant Lux^nbourg que d^endaient trois mille cinq c^ts hommes d'infanterie et quatre cents chevaut sous les ordres de Gilles de Levant, officier très distingué, et de Jean de Heu, l'un des seigneurs de Metz S Deux batteries furent dressées contre la place : la di* rection de la principale était confiée au comte d'Aumale qui fit preuve d'une telle activité qu'en peu d'heures, avant le jour, elle avait été mise en état d'ouvrir le feu. Ce jeune prince, tout vêtu de blanc, par suite d'une précaution nécessaire pour que les travailleurs pussent le reconnaître dans l'obscurité de la nuit, s'avança ainsi néanmoins, le jour venu, hors de la tranchée avec le dessein d'observer un point de la ville, et, en ayant été aperçu , il fut aussitôt dangereusement atteint d'un coup d'arquebuse à croc au-dessus de la cheville du pied droit. Transporté, presque sans espoir à cause de la fracture des os et de la lésion des nerfs, d'abord dans sa tente, puis jusqu'à Longwi, à cinq lieues sur les derrières, il fut redevable de sa guérison à l'attention qu'eut le roi de lui envoyer ses propres chirurgiens et aux soins que son père vint aussi lui porter avec les siens. Et pourtant lorsqu'il laissait échapper quelque signe de souffrance pendant les pansements, le ducdeGuise lui adressait des reproches dont on verra plus tard qu'il sut profiter, et lui disait, noble et stoïque maxime : « Que les personnes de son « rang ne dévoient pas ressentir les blessures, mais au conc traire prendre plaisir à bastir leur réputation sur la ruine de « leur corps •. »

(1) Mémoires de du Bellay, liv, X.

(2) Hist. manusc. de la maison de Guise, par Fornier, 1. 1.

La ville de Lux^oibourg prise, ÎFraiiçi^ I^, contre l'avis de ses principaux officiers, la conserva et l'approvisionna au lieu d*adopter le sage parti de la faire raser» Pendant ce temps (septembre 1543), l'allié qu'il était sur le point d'aller secou-* rir, le duc de Clèves^ sollicitait un honteux pardon de l'empereur qui s'était aussitôt avancé lui-même dans le dessein de réduire Landrecies et avec l'espoir, témérairement exprimé, de parvenir ensuite jusqu'aux portes de Paris.

Charles-Quint avait réuni autour de lui la totalité de ses forces et ses généraux les plus habiles, Ferdinand de Goneague, le comte de Rœux, le duc d'Àlbe. La Lande et d'Ëssé défendaient vaillamment Landrecies; et le roi qui, sur la nouvelle du danger que courait cette place, s'en étant promptement rapproché, avait réussi à y faire pénétrer un convoi sous la conduite de Langei, présenta la bataille à son rival. Entouré du dauphin, des ducs d'Orléans, de Vendôme, de Guise et des autres lieutenants-généraux, il se tenait préparé à bien recevoir Charles-Quint. Mais le ravitaillement de Landrecies avait découragé les impériaux, et, le pays étant ruiné par le séjour de tant de troupes en même temps que dévasté par les pluies abondantes déjà, on ne songea plus de part et d'autre qu'à se retirer. Il est toutefois difficile de comprendre pourquoi l'armée française, qui aurait dû plutôt surveiller celle de Charles, opéra la première un mouvement rétrograde dans lequel le duc de Guise commandait l'arrière-garde. Cette faute porta ses conséquences. L'empereur, d'intelligence avec l'évéque, prélat de la maison de Croï, put s'emparer de Cambrai par surprise et obtenir ainsi une consolation de l'échec qu'il avait rencontré, avec les principales forces de l'Espagne, de l'Italie, de l'Allemagne, des Pays-Bas et de l'Angleterre, devant une petite place telle que Landrecies, incomplètement fortifiée. Par là se termina, sur nos frontières du nord, la campagne de 1S43,

dont l'un et l'autre des monarques opposés avaient tiré des avantages à peu près balancés.

Claude de Lorraine, investi du gouvernement de la Bourgogne*, aurait désiré conserver en même temps à titre pei-manent celui de la Champagne, et s'était efforcé de faire accueillir par François F*" la demande de cette faveur en invoquant comme précédent l'exemple de d'Amboise auquel elle avait été accordée. Mais le monarque concevait, au fond, trop d'ombrage de l'ambition des Guises pour leur assurer volontairement un tel accroissement d'autorité, et il avait refusé la concession de cet important cumul en répondant au duc : € D'Amboise a conquis à Louis XI le duché de Bourgogne; c faites-moi la conquête de quelque nouveau pays, et je vous « en donnerai le gouvernement avec celui que vous avez • déjà*, t

Cette année offrait au mondé un imposant spectacle politique : les quatre grands États, gouvernés par quatre souverains remarquables, unis deux contre deux. Grâce à d'heureuses négociations suivies avec la Porte, François F"" avait en effet préparé la jonction des flottes française et ottomane, respectivement commandées par le comte d'Enghien et par Barberousscy pour former le siège de Nice, seule place qui restât encore au duc de Savoie dans le Piémont. Mais cette expédition extraordinaire ne servit qu'à fournir à Charles-Quint une nouvelle occasion d'animer contre le roi de France tontes les puissances de la chrétienté, et, après avoir harangué avec autant d'artifice que de violence à la célèbre diète de Spire, le âO février 1544, le monarque espagnol provoqua une déclaration de guerre de la part de l'empire, dont les princes, en se coali-

(1) Par lettres du 8 juin 1543.

(2) Description du duché de Bourgogne, par Courtépée.

sant, devaient mettre sur pied vingt-quatre raille hommes d'infanterie et quatre mille chevaux.

La bataille de Gérisoles cependant, gagnée en Italie, le 14 avril 1544, par le comte d'Enghien sur le marquis du Guast, avait coûté aux impériaux plus de douze mille morts, deux raille cinq cent vingt prisonniers allemands, six cent trente espagnols, quatorze ou quinze pièces d'artillerie, une quantité considérable d'armes, de munitions de guerre et de bouche et trois cent mille livres d'argent, tant monnayé qu'en vaisselle, abandonné dans leur camp. La poursuite surtout avait été très meurtrière, tandis que la perte des Français n'excédait pas deux cents hommes ; et cette victoire aurait pu avoir pour résultat la conquête immédiate et complète du Milanais si le roi eût permis au comte d'Enghien, vainqueur à l'âge de vingttrois ans, de consommer son entreprise, et n'avait rappelé douze mille des meilleurs soldats de ce jeune héros pour les opposer en France à l'irruption combinée des armées de Charles-Quint et de Henri VIII fortes de quatre-vingt mille fantassins, de vingt mille cavaliers, et menant avec elles l'artillerie la plus nombreuse et la mieux approvisionnée qu'on eût encore vue en Europe.

Le roi d'Angleterre, arrivé le premier à Calais, fut bientôt rejoint par les comtes de Bure et de Rœux, généraux de l'empereur. Ils trouvèrent la Picardie très dégarnie, François P** ' ayant fait passer ses principales forces en Champagne pour y tenir tête à son beau-frère. A peine restait-il au duc de Vendôme de quoi pourvoir suffisamment aux garnisons d'Ardres, de Boulogne, de Montreuil, de Thérouenne et d'Hesdin, seules places en état de défense sur cette frontière. Par bonheur, Henri VIII s'attacha au siège des deux premières, au lieu de marcher directement sur Paris, ainsi qu'il en était convenu

avec Charles-Quint.

Quant à ce dernier, rassuré par Finterruption des succès du comte d'Enghien, après avoir rassemblé à Spire Tarmée de l'empire» il avait envoyé celle-ci, sous le comte Guillaume de Furstenberg, s'emparer de Commercy, trop faible pour résister, ainsi que de Ugny, et, n'ayant pas osé attaquer Ghâlonssur-Marne, il faisait assiéger Saint-Dizier, place médiocre par elle-même, mais importante comme point de passage sur la rivière qu'elle domine. Louis de Beuil, comte de Sancerre, s'était courageusement offert pour la défendre, et y avait renfermé avec lui la compagnie d'hommes d'armes du duc d'Orléans, dont il était lieutenant, ainsi que deux mille hommes de pied commandés par le capitaine Lalande et le vicomte de la Rivière, excellents officiers, propres à seconder son énergie. L'empereur lui-même arrive, le 8 juillet 1544, devant Saint- Dizier. Sancerre ordonne aussitôt de couper les digues de quelques étangs, et couvre ainsi le côté le plus vulnérable de la place. François T', pour favoriser la résolution de ce commandant, fait camper son armée en arrière de la Marne, à Jalon, entre Châlons et Épernay, envoyant occuper Vitry par Brissac à la tête de deux mille fantassins avec lesquels il doit de là, au moyen de fréquentes sorties, inquiéter continuellement l'ennemi, dont cependant la supériorité de forces l'oblige bientôt à une habile et ferme retraite sur Châlons. En même temps, le comte d'Aumale, qui s'était jeté dans Stenay avec cent cinquante hommes d'armes et quelque infanterie afin de ' protéger cette place, ne cessait de fatiguer le camp impérial en lui coupant les vivres et en enlevant des convois même jusqu'à Bar-le-Duc. La nature de ces expéditions lui donnait toutefois lieu de recevoir (juin et juillet) des réclamations multipliées de la part des habitants de Marville, de Moulainville, de Gharny faisant partie du territoire de l'évêché de Verdun, et au préjudice desquels les garnisons de Montmédy et de Stenay com-

DES DUCS DE GUISE. m

mettaient certains excès en s* emparant des troupeaux et brûlant les moulins comme dans un pays ennemi ^ Le due de Guise, son père, opérait également d'un autre côté par d'incessantes alarmes, et, s'il ne pouvait faire parvenir de secours, s'efforçait du moins d'entretenir l'espérance dans Saint-Dizier qui se défendait toujours avec une constance héroïque. Sancerre, après un assaut terrible, avait noblement repoussé les sommations de l'empereur, et le duc de Guise, son ami, en qui les assiégés plaçaient autant de confiance que l'armée entière, échangeait avec lui des avis au moyen d'un chiffre qu'il lui avait remis d'avance. Déjà depuis dix-huit jours les impériaux étaient tenus en échec par un aussi faible obstacle, lorsque la ruse leur vint en aide et leur procura le succès jusqu'alors refusé à leurs armes. Une intrigue de cour et une rivalité d'influence avec Diane de Poitiers portèrent, dit-on, la duchesse d'Étampes, maîtresse du roi, à établir, dans le but de nuire à la gloire du dauphin et de favoriser le duc d'Orléans qu'elle préférait, une correspondance coupable avec l'empereur par l'entremise de Longueval, et à lui faire parvenir copie du chiffre convenu entre Guise et Sancerre. Charles-Quint s'en servit aussitôt; un tambour envoyé à son camp par le commandant de Saint-Dizier fut, comme il retournait vers cette ville, abordé par un inconnu qui lui remit une lettre écrite, disait-il, de la main du duc de Guise et adressée au comte de Sancerre. La dépèche, fabriquée en réalité par le chancelier Granvelle, fut ouverte et déchiffrée au conseil de la garnison, et l'on trouva qu'elle contenait l'ordre donné par Guise à Sancerre de se rendre au plus tôt, ne pouvant désormais espérer de secours. Les principaux officiers n'y voulaient pas avoir égard ; mais le défaut de vivres et de poudre influença le plus grand nombre.

(1) Mss. Gaignières, vol. 430, fol. 22, SI.

Il était d'ailleurs, disait-on, suffisamment glorieux d'avoir arrêté l'empereur pendant plus de six semaines devant une aussi faible place; et Charles-Quint satisfait de s'en être, par une fourberie, rendu maître, après de si longs et de si vains efforts, accorda aux assiégés les conditions les plus honorables. Il leur fut permis de rester encore douze jours dans Saint-Dizier pour attendre des renforts; s'ils n'en recevaient pas, ils devaient sortir en plein midi, avec armes et bagages, tambours battants, enseignes déployées, et emmener leurs quatre meilleures pièces de canon ^

A la suite de la soumission de cette ville , les soldats de Charles-Quint allèrent mettre le feu à celle de JoinviUe, trui- « ner les jardins où il y avait de beaux divertissements, » en haine du duc de Guise auquel ce lieu appartenait, piller l'église Notre-Dame et en emporter divers objets précieux : se livrant à ces excès par l'effet du dépit qu'avait causé à l'empereur la mort du prince d'Orange, son favori, tué, pendant le siège , d'un coup de coulevrine tiré de la tour de l'église par un prêtre nommé Joachim^. Un assez grand nombre de bâtiments furent la proie de cet incendie ; et Guise, en relevant l'Église de ses cendres, fit généreusement reconstruire aussi, à ses frais, la plupart des maisons particulières. « Il montra une très grande « compassion envers les pauvres habitants, contribua de grands et deniers à leur secours, obtint l'affranchissement des tailles « et aida au reste s. » Pour faciliter la réédification des maisons de JoinviUe, il abandonna, la première année, le revenu

(1) Le parlement de Paris ordonna à cette occasion une procession solennelle du Palais à Notre-Dame, où fut chanté un Te Deum pour rendre grâces à Dieu de la brave résistance de Saint-Dizier.

(2) Documents relatifs à Jean^ sire de Joinvilk, publiés par M. Champollion-Figeac.

(3) Mss. de la Bibl. nation., suppl. français 1054.

de cette seigneurie, montant à plus de trente mille livres, la seconde année, la moitié du même revenu, et le tiers dans le cours de la troisième.

Ce fut peu après ce fâcheux événement que les baronnies, terres et seigneuries de Mayenne-la-Juhée, Sablé, la Ferté- Bernard et les chàtellenies d'Ennée et de Nantinant réunies devinrent un marquisat constitué en faveur de Claude de Lorraine a pour être tenu à une seule foi et hommage avec attri- « bution de ressort au parlement de Paris, réservés les cas où t les seuls juges royaux avaient le droit de connaître ^ » Puis aussitôt *le nouveau marquisat fut érigé en duché-pairie, par considération, disaient les lettres patentes, «aux grands, ver- « tueux et recommandables services que le duc de Guise a par « cy-devant et dès long-temps faicts à nous et à la chose pu- « blique de nostre royaume, au faict de noz guerres sans y t avoir espargné sa propre personne, ses enfants, ny biens... « et aussi que nostre dict cousin duc de Guise est de la maison < de Lorraine descendu par femme et aliance de la maison « d'Anjou et de noz prédécesseurs roys de France. Voulant lui « et sa maison décorer ainsi que la proximité de lignage dont il « nous attient et la grandeur de ses services le mérite, i

Ainsi se faisait d'avance la part d'héritage d'un fils puiné de Claude de Lorraine; ainsi presque de jour en jour grandissait l'existence de la nouvelle famille de Guise et devaient se fortifier, par le langage officiel, peut-être imprudent, du roi, les prétentions qu'elle s'appliquait constamment à soutenir. Si ce n'eût été la privation d'influence directe sur les affaires de l'État , de tels symptômes auraient révélé une faveur pro-

(1) Lettres patentes de septembre 1544, enregistrées en septembre 1546. Ordonnances de François l*', vol. coté 0, fol. 297.

(2) Lettres patentes de septembre 1544, enregistrées seulement le 8 mai 1553. Ordonnances de Henri II, vol. coté U, loi. 109,

grcssive bien plus qu'un ombrage dès longtemps eonçn et qu'une disgrâce latente.

Tout en ratifiant, puisqu'il ne pouvait s'exposer au hasard d'une bataille pour sauver Saint-Dizier, la capitulation que lui avait soumise Sancerre, François i^*" éprouvait une très vive contrariété de l'issue du siège dont la prolongation eût forcé l'empereur à sortir du territoire français; et le duc de Guise ressentait avec d'autant plus d'amertume la trahison commise par abus de son nom qu'il était lui-même partisan prononcé du dauphin et que ce prince désirant la guerre, il lui semblait à redouter que le roi ne fût plus en état de la continuer.

Après cet avantage de la perfidie sur la valeur, Charles- Quint poursuivit sa marche le long de la Marne et put, grâce aux criminels avis de la duchesse d'Étampes, arriver à Éper • nay et à Château-Thierry à temps pour y enlever les magasins de l'armée du dauphin qui avait eu l'ordre de se retrancher derrière la rivière sans risquer de combat. La terreur alors s'éleva au comble dans la capitale menacée par l'approche des impériaux. Le roi, pour rassurer les habitants, y vint et parcourut à cheval toutes les rues, accompagné du duc de Guise. En admirant leur vigilance, la fermeté de leur attitude, le maintien guerrier de François P% sa bonne mine, sa grâce égalées par celles de Guise, Paris les considérait comme sîbs

< génies tutélairesS si bien que c'estoit une très belle chose à voir

< ces deux princes braves et si bien asseuréz, et avec une façon c et contenance si hardie que la pluspart dirent qu'ils n'a voient c plus de peur puisqu'ils avoient leur roy et monsieur de Guise € pour déffenseurs *. »

(1) Gaillard, Histoire de François i'S liv. VI.

(2) Brantônje.

DES DUCS DE GUISE. i&l

Pendant ce séjour à Paris, le doc de Guise allait souvent, suivi de ses six jeunes fils, rendre ses devoirs au roi toujours empressé de le féliciter gracieusement de son côté en lui disant c qu'il étoit six fois heureux de se voir renaître avant de I mourir dans une postérité de si grande espérance. > Un jour, le second de ces frères, Charles, destiné à TÊglise, présenta à François P' des thèses de morale et de théologie^, accompagnées d'une harangue pleine d'éloquence et de bon goût qui lui attira tous les suffrages et marqua le début de sa carrière à la cour. Sa promotion à l'archevêché de Reims, t le premier béc néfice du royaume, i fut même, dit-on, le prix d'un mérite aussi précoce.

L'armée impériale* avait pourtant toujours à souffrir du manque de vivres, et cette circonstance décida Charles-Quint, après qu'il se fut retiré vers Soissons, à renouer avec le roi, qui y consentait, des négociations pour la paix, mais sans suspendre les hostilités. Un traité conclu à Grespy en Laonnois, le 18 septembre 4544, à la satisfaction générale, régla d'abord le mariage du duc d'Orléans avec Marie d'Autriche, fille atnétt de l'empereur, ou avec la seconde fille du roi des Romains. Celle de ces deux princesses qu'épouserait le fils du roi apportait en dot le duché de Milan ou les Pays-Bas, au choix de Charles- Quint; François r' renonçai t en conséquence à toutes prétentions sur le royaume de Naples et sur le Milanais ; le duc de Savoie deyait être remis en possession de ses États, mais seulement lorsque le duc d'Orléans jouirait du duché de Milan ou des Pays-Bas; et les conquêtes faites depuis la trêve de Nice pliaient être de part et d'autre immédiatement rendues. L'empereur, après la signature, ordonna aux comtes de Rœux et de Bure, qui assiégeaient Montreuil avec une partie de l'armée

(1) Histoire manuscrite de la maison de Guise, parFonsier, v. 1.

anglaise, de licencier leurs troupes et de se retirer ; puis luimême fut accompagné à Bruxelles par les ducs d'Orléans, de Guise, le cardinal de Meudon (Antoine de Sanguin), oncle de la duchesse d'Étampes, le comte de Laval, La Hunaudaye, fils de Familial d'Annebaut, et quelques autres seigneurs désignés pour demeurer auprès de lui jusqu'à ce que les places eussent été réciproquement restituées.

En admettant que le traité dût être fidèlement exécuté, il ne favorisait que les intérêts du duc d'Orléans; aussi, lorsque François I" eut à le ratifier, le dauphin tint-il conseil avec Diane de Poitiers sa maîtresse, avec le duc de Vendôme, le comte d*£nghien, le duc de Guise, le comte d'Aumale, ses plus intimes partisans, et résolut-il, après mure délibération, de protester secrètement contre des clauses qui, par la renonciation au duché de Milan, an royaume de Naples, au comté d'Asti, à ceux de Flandre et d'Artois, lésaient tous ses droits, droits inaliénables de la couronne, au profit du duc d'Orléans, son frère cadet, et dans le but de faciliter le mariage de ce dernier prince avec la fille ou la nièce de l'empereur.

Cette protestation fut faite en bonne forme par le dauphin, à Fontainebleau, le 12 décembre i 544, et déposée entre les mains de deux notaires. Le duc de Vendôme, les comtes d'Ënghien et d*Aumale la signèrent comme témoins ; Guise seul, dont la prudence se réglait toujours sur les calculs de son ambition, s'abstint de revêtir cet acte de son nom, par crainte que quelque divulgation ne lui fit encourir la colère du roi. Au surplus, la mort du duc d'Orléans, survenue quelques mois plus tards rendit complètement superflue la démarche conservatoire du dauphin.

La guerre ne continuait donc qu'avec Henri VlU campé près

(1) Le 8 septembre 1515.

de Boulogne dont il était maître. La France allait redoubler d'efforts pour la soutenir à la fois sur terre et sur mer. L^ami* rai d' Annebaut fit en conséquence, avec sa flotte, une tentative de débarquement sur la côte voisine de Portsmouth, au mois de juillet i545; mais cette expédition navale se borna à quelques petits combats sans résultats importants. La campagne en Picardie n'en procura guère davantage. Une bataille paraissant s'annoncer sous les murs de Boulogne, toute la jeune noblesse française s'était rendue à l'armée du maréchal du Biez, où elle ne put pourtant prendre part qu'à des escarmouches fort vives qui avaient lieu journellement autour du mont Lambert, entre nos troupes et la garnison de la ville. Le comte d'Aumale, accouru des premiers avec le comte d'Enghien, le duc de Nevers, le comte de Laval et La Trémoille, voulait toujours combattre à l'avant-garde commandée par Brissac. Dans un de ces engagements, devenu très animé, il reçut la plus dangereuse blessure dont jamais homme ait pu être atteint sans en mourir. Spectateur de l'affaire, commencée avec vigueur des deux parts, mais dans laquelle les Français étaient sur le point de succomber par l'arrivée d'un renfort ennemi qui les allait charger en flanc, le jeune prince ne put retenir plus longtemps son ardeur et vola au secours de ses frères d'armes sans considérer s'il était suivi par quelques gentilshommes qui se trou-» valent alors auprès de lui. Les Anglais, le voyant peu soutenu, l'environnent, le pressent, l'obligent à déployer tout son courage pour se défendre, presque seul, contre des adversaires qui ne demandaient et n'accordaient point de quartier. Lassé enfin de sa trop longue résistance, leur commandant lui porte un rude coup de lance c au-dessus de l'œil destre, déclinant < vers le nez, qui entra et passa outre de l'autre part, entre la « nuque et l'oreille, d'une si grande violence* » que l'arme se (1) Œuvres d'Ambroise Paré, voyage de Boulogne.

brisa dans la tète où elle avait pénétré de plus d'un demi-pied et 0Ù9 sans presque laisser aucune prise pour les retirer, restaient le fer tout entier, la douille, ainsi que deux doigts de la longueur du bois, c Ledit seigneur alloit toujours guerroyer à € face descouverte; voilà pourquoy la lance passa outre de « l'autre part*. »

Un choc aussi terrible n'ébranle pourtant pas d'Aumale sur les arçons , il lutte encore, parvient à se faire jour à travers la troupe qui l'enveloppe et, arraché d'entre les mains des ennemis par son vaillant et jeune frère Claude, «tiré hors de f la presse», » avec l'aide de Vieilleville qui, seul de tous, ne l'a pas abandonné , il rentre glorieusement à cheval dans le camp. Son aspect était épouvantable; le sang inondait son visage, ses armes, ses vêtements. Les chirurgiens, stupéfaits en examinant la profondeur et la gravité de la plaie, désespéraient d'y pouvoir apporter remède et se refusaient à faire subir au comte d'Aumale un surcroit d'inutiles souffrances. Le seul Ambroise Paré^, envoyé par le roi avec ordre de tout essayer pour sauver la vie d'un héros, ne se sent pas découragé. Confiant dans sa propre adresse et dans la fermeté du blessé, il se résout à tenter une opération terrible, mais admirable pour ce temps et digne à elle seule d'assurer la célébrité de celui qui l'imagina. Il avait promptement reconnu que le tronçon de la lance était entré dans la tête de telle sorte qu'on ne pouvait le saisir avec les mains. Prenant alors des tenailles de maréchal pour c le tirer hors à grand force,» et assisté entre autres de c maistre NicoUe Lavernan , » chirur-

(1) Œuvres d' Ambroise Parè^ voyage de Boulogne.

(2) Mèfimires du maréchal de Vieilleville^ liv. II.

(3) Premier conseiller et chirurgien des rois François 1", Henri II et ges fils, né à Laval, en 1510.

gien très expérimenté, il demande au prinee lorrain, en présence d'une foule d'officiers frémissants d'effroi, s'il se résigne à risquer l'emploi d'un pareil moyen et à souffrir qu'on pose le pied sur son visage, c Je consens à tout, travaillez , • répond d'Aumale. Son calme ne l'abandonne pas un instant pendant la durée de cette cruelle opération « qui ne fut sans fracture t d'os, nerfs, veines et artères et autres parties^ i et qu'il soutint c comme si on ne lui eût tiré qu'un cheveu *. > Pour unique témoignage de douleur, il ne fit entendre que cette simple exclamation : c Ah! mon Dieu! » Transporté ensuite en litière à Pecquigny, il demeura trois jours sans donner aucune espérance ; enfin des symptômes plus favorables se produisirent au commencement du cinquième, et la nature fit des efforts si puissants que la guérison devint complète sans laisser au comte d'Aumale d'autre trace de cette étonnante blessure qu'une cicatrice t également glorieuse pour lui et « pour Ambroise Paré '. » Parlant de la cure merveilleuse de François de Lorraine, l'habile chirurgien avait coutume de dire modestement : • Je le pensay et Dieu le guarit*. »

Dès qu'il avait commencé à se rétablir, le comte d'Aumale s'était empressé d'écrire lui-même au roi, d'une main encore mal assurée, le billet suivant où règne un calme d'esprit remarquable : • Sire, je prendray la liberté de vous mander « que je me porte bien, j'espérant n'estre point borgne. Vostre « très humble serviteur : Le Guizard ^. >

Aussi François P' admirait-il l'énergie du jeune prince autant qu'il savait apprécier ses services et lui donna-t-il, pour

(1) Voyages d^Ambraiie Paré, etc.

(2) Mémoires de du Mlay, liv. X.

(3) Gaillard, Histoire de François /«s liv. VL

(4) Expression qu'il employa aussi dans d'autres occasions.

(5) Mss. de la Bibl, nat., suppl. franc. 27a:t, y. |, fol. 50.

Id6 HISTOIRE

récompense de ceux-ci, le gouvernement du Dauphiûé^ Les partisans de la maison de Guise, très nombreux dès lors, regardèrent comme un miracle^, obtenu c moyennant € rintervention de sa bonne mère, Antoinette de Bourbon ', i la conservation du comte d'Aumale, jugée depuis tour à tour heureuse et funeste pour la France, puisque en lui laissant, il est vrai, un défenseur déjà illustre, elle avait assuré aussi la continuation d'une lignée qui prit une part si considérable aux troubles de la fin de ce siècle.

L'influence de cette famille avait fait, dans les dernières années, de rapides progrès à Tintérieur et s'était étendue encore au dehors, particulièrement en Ecosse pendant la régence de Marie de Lorraine, reine douairière, dont la soumission aux liens de parenté et aux intérêts français contribua à préparer de sanglants malheurs pour sa postérité.

En effet, après la mort de Jacques V, qui n'avait suivi que de peu de jours la venue au monde de sa fille*, la perspective du gouvernement d'une reine, inusité jusque-là dans ce pays, et d'une longue et faible minorité fit de la régence un but d'ambition auquel tendirent en même temps Beatoun, appelé communément cardinal de Saint-André, ou cardinal administrateur, investi déjà depuis plusieurs années de l'autorité de premier ministre, et Jacques Hamilton, comte d'Anan , héritier le plus proche de la jeune reine, que les seigneurs , partisans de la réforme, maintinrent unanimement au gouvernail de l'État^. Un traité de mariage et d'alliance (mars 1545)

(1) Par lettres expédiées le 9 mars 1546.

(2) Dauvigny, Vies des Hommes illustres,

(3) Cette princesse conserva précieusement, pendant le reste de sa vie, le fer de lance qui avait pénétré dans la tête de son fils. (Conjonction des lettres et armes des deux frères, etc.)

(4) Le 8 décembre 154î.

(5) Robertson, Hisloire d'J^cosse^ 1. 1.

décidant que Marie Stuart devait, dès qu'elle aurait atteint rage de dix ans, être remise entre les mains de Henri YIII, qui, comme garantie, reçut immédiatement six otages d'un rang considérable, avait déplu aux Écossais et inspiré un vif mécontentement contre le régent assez faible pour s'être prêté à sa conclusion. La reine-mère et le cardinal, habiles à exploiter cette disposition, appuyés par le comte de Lennox, qui prétendait non-seulement à la succession au trône , en vertu de droits plus directs que ceux du régent, mais encore à la possession de la fortune particulière de celui-ci, et qui arrivait avec un secours de troupes françaises , entraînèrent l'irrésolu comte d'Arran à rompre lui-même avec l'Angleterre et à se déclarer pour le parti de la France. L'ascendant des princes lorrains n'avait assurément pas été étranger à ce résultat. Il ne se faisait pas moins sentir dans les relations vis-àvis de la cour de Rome, grâce à l'union persévérante des vues du duc de Guise et du cardinal Jean. Le premier des deux frères, avec une sagacité remarquable, n'avait pas hésité, on l'a vu, à prendre dès le début de la réforme une attitude qui lui méritait la confiance de l'Église catholique et de son chef; François de Lorraine, héritier de cette position si bien préparée par son père et par son ohcle, ne paraissait pas devoir s'en laisser déchoir, et ses exploits précoces annonçaient, au contraire, que l'importance politique de sa maison ne pourrait que s'affermir et se développer à l'ombre de sa gloire personnelle.

Ce brillant héros eut bientôt oublié sa blessure pour accourir de nouveau à Tarmée du maréchal du Biez, dans la terre d'Oye, sur le bord de la mer, entre Calais et Gravelines, et pour contribuer à forcer le bourg de Marck dans lequel les Anglais s'étaient solidement retranchés. Dans le dessein de rejoindre ceux-ci, un corps de lansquenets allemands continuait

m HISTOIRE

pendant ce temps sa marche sur Mézières. François V^ sut y opposer à propos divers obstacles, et le retard du paiement de leur solde décida d* ailleurs ces étrangers à se retirer. La fin de la campagne prenait ainsi une tournure avantageuse pour nos armes, et Henri Vni, quin*avait commencé la guerre que par caprice, eut assez de prudence pour reconnaître l'opportunité de négocier. On convint donc que le roi de France lui donnerait, en huit années, une somme de deux millions, tant pour satisfaire à d'anciennes dettes que pour prix de Boulogne qui serait rendu lors du parfait acquittement.

La ligue de Smalkalde, devenue plus active, avait, en dernier lieu, sérieusement inquiété l'empereur et concouru à lui faire redouter aussi les effets d'une nouvelle rupture avec la France. Mais la modération de Charles-Quint, comme sa bonne foi, ne cessait pas d'être suspecte au roi qui, soigneux de prendre d'utiles précautions pour les éventualités de l'avenir, faisait fortifier un grand nombre de places en Picardie, en Bourgogne et surtout en Champagne. Il parcourut lui-même ces provinces (1546), visita les travaux, en pressa l'achèvement et vint passer les fêtes de la Toussaint à Joinville où le duc de Guise le reçut avec magnificence.

Par la rapidité de ses préparatifs, François P' paraissait pressentir que la France était sur le point de f&ire des pertes importantes qu'il fallait chercher à compenser. Au commence^ ment de février 1547, en effet, dans un jeu guerrier, établi à la Roche-Guyon par les seigneurs de la suite du dauphin partagés en deux bandes opposées, le comte d'Enghien, ce jeune et brillant vainqueur de Cérisoles, frère d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, et de Louis, premier prince de Condé, soutenait un simulacre de siège. On était convenu de n'employer d'autres projectiles que des boules de neige ; malheureusement pendant le combat qui s'échauffait par degrés, ce prince,

ayant voulu faire une sortie, reçut sur la tète un eoffre, laneé par une main bien imprudente ou bien coupable, qui lui fit une blessure dont il mourut après avoir langui quelques jours. Le souvenir de certains démêlés assez vifs avec le comte d'Enghien donna lieu d'abord de soupçonner de ce meurtre un seigneur italien nommé Corneille Bentivoglio ; mais le roi ne permit pas qu'il fût donné suite aux recherches a cet égard dans la crainte, dit-on, d'y trouver impliqués le dauphin ou le comte d' Aumale que l'on supposait nourrir une secrète jalousie de la gloire acquise par d'Enghien.

L'histoire ne doit enregistrer toutefois qu'avec une extrême réserve d'aussi affligeantes conjectures, bien peu accréditées par le caractère des deux princes, en particulier par celui du comte d' Aumale si vaillant, si magnanime jusqu'à son dernier soupir.

Dès le début de l'année était mort aussi (28 janvier) le roi d'Angleterre redevenu alors notre aUié. Enfin, peu de jours après, François l^ lui-même, saisi d'une fièvre lente, avait vainement cherché dans l'exercice de la chasse et dans la variété de ses résidences les moyens de dissiper son mal; en route pour retourner de Loches à Saint-Germain-en-Laye, s'étant arrêté à Rambouillet, il succombait le Si mars. Se^ derniers moments furent partagés entre l'accomplissement des devoirs de la religion ^t le soin de donner à son fils de sages avis sur l'administration du royaume. Il lui recommanda d'employer les services du cardinal de Tournon, de l'amiral d'Annebaut, de Grignan, de Longueval, du capitaine Paulin et du secrétaire d'État Bayart. Il l'engagea d'une autre part à ne point rappeler auprès de lui le connétable de Montmorency et à écarter du gouvernement les princes de la maison de Guise.

Un sujet d'affliction particulière pour ceux-ci avait trouvé place au milieu des malheurs publics. Philippe de Gueldres,

160 HlS.TOI RE

dans sa cellule de Pont-à-Mousson, venait de rendre le dernier soupir (26 février) entre les bras de son flls préféré, Claude de Lorraine, accouru la veille au soir pour recevoir ses adieux et ses touchantes recommandations en faveur de sa famille et de son couvent; et le duc de Guise, adressant en ces tristes moments un discours plein de résignation et de bienveillance aux religieuses désolées, leur avait dit ep terminant : t Vous aurez,

< mesdames, une très chère sœur au ciel, moi une très bonne « mère, la Lorraine une puissante advocate et l'Église une

< grande saincte^ »

On ne saurait méconnaître que les prudents conseils de François P* à son fils, s'ils eussent été fidèlement observés, auraient pu prévenir une grande partie des agitations qui troublèrent les règnes suivants; mais celui de Henri II va sans relard présenter, au contraire, le spectacle de Féloignement de d'Annebaut, de Toumon, de Bayart, des autres favoris de son père, du retour de Montmorency et de sa participation aux affaires que dirigeront principalement les Guises ^.

Le seul égard que Henri II témoigna pour les avertissements du roi mourant, par rapport à eux, aboutit à l'exclusion de Claude de Lorraine du gouvernement de l'État, quoique ses fils ^le tinssent dans leurs mains : exclusion si marquée même que, lorsque ces derniers se rendaient au conseil, le duc de Guise les accompagnait quelquefois, a-t-on prétendu^, jusqu'à la

(1) Hist. manusc. de la maison de Guise, par Oudin, liv. I, chap. 2i.

(2) L'ombrageuse recommandation adressée à leur sujet par François P*^ à son fils donna lieu, plus tard, lorsque commencèrent à surgir les pam-* pblets contre la puissance des Guises, de faire circuler l'épigramme suivante, bien connue :

• Le feu roy devina ce point :

- Que ceux de la maison de Guise « Mettroyent ses enfants en pourpoint

• Et son pouvre peuple en chemise. »

(3) Légende du cardindl de Lorraine,

porte du roi et ne la dépassait jamais. Peut-être, pour la satisfaction de leurs vues personnelles et pour ravancement de leur famille, François de Lorraine et son frère comptaient-ils plus sur Tefficacité de leur crédit, jeune et vivace, auprès d'un monarque de leur âge, que sur Finfluence d'un conseiller expérimenté, il est vrai, mais déjà vieilli et, pour ainsi dire, trop modéré dans ses desseins relativement à la portée des leurs et à la rapidité avec laquelle ils prétendaient les réaliser. Il est de fait que, complètement éclipsé par ses fils, après la mort de François P% le duc de Guise, dès que les cérémonies du sacre eurent été terminées*, s'éloigna de la cour pour Vivre habituellement dans la retraite à son château de'Joinville.

Brantôme a entrepris de révoquer en doute Topinion généralement attribuée à François P"* sur le compte de ces princes, en alléguant que sa tante, madame de Dampierre, «qui estoit « une vraye pancarte des choses mémorables de la cour , « avoit ouï dire souvent au feu roy ces mots: «Voulésvous « que je vous die, foy de gentilhomme, je ne fais point tant de c bien à ces princes lorrains que je devrois ; car quand je pense « que le roi Louis XI les a expoliéz des duchéz d'Anjou et « comtéz de Provence et autres terres leurs vrays héritages, « et qu'on leur retient, j'en ay charge de conscience. » Cela^ « est bien vrai, ajoute le naïf écrivain, et voilà donc pourquoy « il faut croire que ce sont esté les roys qui les ont mis plus- « tost en chemise. » Il continue ensuite avec chaleur ce plaidoyer, établissant que les Guises n'augmentaient pas leurs Mens, comme on l'a prétendu, au service de l'État et qu'ils reçurent à peine les récompenses auxquelles tant de grandes

(1) Il prêta serment au roi, entre les mains du chancelier, le 3 juin 1547, pour les terres et seigneuries qu'il tenait en fief de la couronne, en Bretagne, en Anjou, dans le Maine, en Provence, Picardie, Tiérache, Normandie, Brie et Champagne.

Itô HISTOIRE

actions leur donnaielit droit. Mais Braotôrae néglige de remarquer qu'en admettant même la vérité de ces faits, ainsi que celle des paroles attribuées par madame de Dampierre à François P' , les princes lorrains ont cherché à se faire une tdle part que dans retendue, presque sans horieon, de leur ambition disparaissent en quelque sorte aux yeux de l'histoire les spoliations qui frappèrent leur famille et les injustices dont ils purent être l'objet.

Ces spoliations d'ailleurs ne leur sortaient pas de la mémoire; le regret en était toujours amer et présent, et, quoiqu'elles eussent atteint la maison de Lorraine tout entière, ils en avaient fait pour leur branche un patrimoine de prétentions. Us'puisaient, dans les ressources de leurs grands talents et de leur position à la cour de France, la constante espérance d'obtenir des dédommagements ; et ce fut pour eux à chaque circonstance et pendant bien des années une source de rêves terribles de conquêtes, de démembrement même, pour ne pas dire davantage encore ici.

La faveur dont ils jouissaient auprès du nouveau roi fut cause que l'on ne publia pas d'abord et que l'on put constester ensuite les paroles de son père mourant. Il parait pourtant «qu'elles furent immédiatement répétées tout bas ; et, plus tard, Catherine de Médicis, soit dans des mouvements de colère contre les Guises, soit dans l'intention de dissimuler ses liaisons avec eux, y fil souvent allusion, en prenant même à témoin sa confidente, Marguerite de Modon, présente avec elle auprès du lit de mort de son beau-père, lorsqu'il les avait prononcées ^ .

François P"" venait de terminer sa carrière à l'âge de cinquante-deux ans, après en avoir passé trente-deux sur le troue,

(1) De Thou, Histoire universelle^ liv. III,

DBS DO es DE GUISE. 163

OÙ il offrit l'exemple d'un mélange de qualités supérieures et de blâmables faiblesses, d'entreprises chevaleresques et de sérieuses fautes politiques. Une rivalité imposante et continuelle, en l'obligeant de tenit saûs relâche en action tous les ressorts de son caractère et de son esprit, dut contribuer à les fortifier et à les élever ; et le goût éclairé qu'il professa pour les lettres et pour les arts témoigne suffisamment de sa nature intelligente et distinguée. L'âge et l'expérience l'avaient rendu attentif et économe dans son administration. S'il n'eut pas le bonheur d'accroître la puissance territoriale de la France, du moins, secondé par une élite de capitaines de premier ordre, servi par des ministres probes et habiles, environné de savants et d'artistes qu'il encourageait, il sut ajouter un rayon à l'au*réole de sa patrie et contribuer à en faire avancer la civilisation.

Les restes du roi défunt, réunis à ceux du premier dauphin et du duc d'Orléans, furent inhumés h Saint-Denis, dans le tombeau des souverains, avec toute la pompe imaginable, et à ces funérailles figurèrent cinq fils du duc de Guise : parmi les princes du grand deuil, Claude, marquis de Mayenne ; derrière le légat et les cardinaux, Charles, archevêque de Reims, Louis, évêque de Troyes; René, marquis d'Eibeuf, portant le sceptre; François, chevalier de Lorraine, depuis grand prieur et général des galères de France, portant la couronne.

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