‹ Histoire de ducs de GuiseChapitre 16 sur 23 · CHARLES, CARDINAL DE LORRAINE · texte numérisé non relu

CHARLES, CARDINAL DE LORRAINE

CLAUDE, DUC d'AUBULE.

La défense de la ville de Metz*, eo consolidant les nouvelles conquêtes prix du secours porté à la liberté de TAUemagne, et en garantissant la France contre une invasion imminente, venait d'élever au plus haut point le prestige de ce beau nom de Guise, toujours brillant, protecteur, et que l'affection populaire, justifiée par de tels services, s'habituait de plus eu plus à considérer comme le yéritahle palladium du royaume.

Mais, d'une autre part, c'était avec un profond sentiment de colère que, devant l'inépuisable génie d'un héros, l'empereur voyait fléchir l'orgueil de ses couronnes et diminuer la renommée de ses armes peu dédommagées d'ailleurs en Italie. Là, les talents et l'activité du maréchal de Brissac, suppléant à la faiblesse numérique de ses troupes , avaient réduit les places d' Albe , de Verrue ; et le général impérial, Ferdinand de Gonzague, n'était parvenu qu'à nous disputer la possession de quelques bicoques insignifiantes. Contraint de lever le siège de. Benne, défendu par l'énergique Montluc, il avait vu, en

(1) Que le duc de Guise pouvait «bien appeler sienne, l'aiantsi ver- « tueusement déffendue à l'encontre de l'aigle et du lyon. » {Mémoires de Vieill&ville, liv. VI.)

outre, la ville de Sienne, révoltée contre les Espagnols, passer aux mains des Français. Celle de Naples, excitée par le prince de Salerne, qui brûlait de se venger des mauvais traitements exercés sur la noblesse du royaume et sur lui-même par le vice-roi don Pèdre de Tolède, était prête à se soulever ; et la flotte ottomane, pour faire réussir ce mouvement, devait, à la sollicitation de la France, se combiner avec vingt-cinq galères sorties de Marseille ^ En attendant, elle venait, à elle seule, sous le commandement du corsaire Dragut et de Sinan-Pacha, de surprendre André Doria, dont aucune défaite sur mer n'avait jusque-là fait pâlir le front octogénaire, et de lui enlever plusieurs frégates et sept galères. Si la jonction des bâtiments envoyés de France, sous les ordres du prince de Salerne, investi du pouvoir de lieutenant général pour cette expédition , se fût opérée à temps avec les vaisseaux turcs, Naples serait même probablement tombé alors en notre pouvoir. Tous les événements de la guerre, appuyés par d'activés négociations auprès du pape et de la république de Venise, concouraient donc à la destruction de la puissance de Charles-Quint en Italie; mais malheureusement le nombre des troupes françaises au delà des Alpes était trop restreint pour suffire à décider la réussite immédiate de ce plan politique.

L'empereur ne subissait qu'avec impatience tant d'échecs menaçants , et l'affront de la levée du siège de Metz avait porté au comble, dans son cœur, le désir d'une éclatante revanche. « Son plus grand plaisir étoit d'ouyr dire que le roy portoit « grande despense à Sienne et à Parme afin que le roy se con- « sumàt tant plus tôt et pût tant moins satisfaire à la guerre

(1) En 1548, le nombre des galères de la France monlait à trente-six, dont cinq vieilles, non comprises une galliotte et la grosse galère bastarde. (Mss. Béthune, v. 8641, fol. 83.)

« de Picardie, L'empereur avoit dit souvent vouloir oblîer « ritalie et rAUemagne pour faire tous ses grands efforts « du cousté de France. Chose toutefois qu'il ne falloit croire « comme l'Évangile, car l'empereur ne se vantoit guère de ses « intentions, mais plutôt de ce qu'il ne vouloit pas faire*. »

Charles-Quint se disposaitdonc à réunir de nouveau tous ses efforts contre la France. Henri II, de son côté, ne négligeait rien pour être en mesure de résister efficacement. Paris fortifié était mis à l'abri d'une attaque; dix mille auxiliaires suisses, obtenus des cantons, s'avançaient vers la Picardie ; de nouvelles troupes étaient levées, l'arrière-ban convoqué ; la création de diverses charges de judicature et de finance fournissait en même temps l'un des moyens de faire affluer dans les caisses de l'État des fonds d'autant plus nécessaires que la discipline était difficile à maintenir parmi les troupes.

Le début de la campagne n'avait toutefois été nullement favorable aux Français. Dès l'arrivée du printemps, l'armée impériale, mieux organisée que la nôtre et forte de soixante mille hommes, s'était avancée sur la Picardie (avril 15S3), et le comte de Rœux mettait le siège devant Thérouenne. D'Essé, qui avait défendu Landrecies sous le règne précédent et conduit la guerre d'Ecosse, résistait énergiquement dans cette place dont la garnison sentait son courage et son patriotisme stimulés par le récent exemple du siège de Metz. Malheureusement, dans un assaut repoussé avec vigueur, d'Essé tomba frappé à mort, et le commandement se trouva de nouveau placé entre les mains de Losses qui, trop faible, l'abandonna de fait à François de Montmorency, fils du connétable, jeune capitaine plus vaillant qu'expérimenté. L'ennemi, dégoûté des

(1) Lettre de Tévêque de Lodève au duc de Guise et au cardinal de Lorraine. (Mss. Gaignières, v. 329, fol. 183.)

DBS DUCS DEGUISE. 301

assauts qui lui coûtaient trop de monde, s'était attaché à faire une large brèche, et, pour l'augmenter encore, la mine joua avec un tel effet que le 20 juin on eût pu pénétrer à cheval dans Thérouenne. Hors d'état de se défendre plus longtemps, Montmorency, contraint de céder, commit une faute grave en négligeant de demander une trêve pour discuter la capitulation. Pendant donc qu'on règle, à la hâte, les articles de celle-ci. Allemands et Flamands, ayant pris les armes sans ordre, forcent la brèche, se répandent dans la ville et frappent indistinctement, au mépris de l'âge et du sexe, tout ce qui s'offre à leurs coups. Le carnage menaçait de devenir complet, lorsque les officiers espagnols, pénétrés du vif et reconnaissant souvenir des égards qu'ils avaient éprouvés de la part du duc de Guise et des Français à la levée du siège de Metz, font entendre noblement leurs voix et réunissent leurs efforts pour arrêter une soldatesque altérée de sang et de pillage. «Bonne, a bonne guerre, compagnons, s'écrient-ils; souvenez-vous de « la courtoisie de Metz! »

Telle est la puissance des beaux exemples qu'après que l'héroïsme et la constance du duc de Guise venaient de servir d'aiguillon à la garnison de Thérouenne, sa grandeur d'ame, sa générosité naturelle et sa compassion bienfaisante envers des vaincus et des malades, fournissaient à ses compatriotes, malheureux h leur tour, une égide contre l'aveugle emportement d'ennemis victorieux.

A l'issue, d'ailleurs funeste, de ce siège, le roi, qui se trouvait alors à Auffémont, réunit auprès de lui le duc de Guise, le connétable et d*Estrées pour entendre le récit détaillé d'Ambroise Paré qui y avait assistée

D'après les ordres de Henri H, attentif à «le faire participer

(I) Voyage d'Ambroise Paré.

302 HISTOIRB

« à tout ce qu*il avoit d'affaires, wGuiseS quoique momentanément hors de la scène des hostilités, était presque journellement, au surplus, informé, ainsi que son frère, de tout ce qui survenait, au moyen de la correspondance des ducs de Vendôme et de Bouillon, en même temps que Brissac, Thermes et d'autres personnages tenaient les deux princes lorrains au courant de la marche des faits en Italie. Tous les événements politiques passaient également, pour ainsi dire, sous leurs yeux, soit par des rapports directs, soit par la communication que le roi commandait au connétable et aux secrétaires d'État de leur donner de ceux qu'il recevait lui-même. Aussi le cardinal de Lorraine écrivait-il à Saint-Laurent, ambassadeur enSuisse, le 30 décembre 1554 : c II n'est point de besoin que preniee c désormais la peine de m' envoyer particulièrement mémoires < ne autres choses touchant le faict de vostre charge parce que f aussy bien voy-je tout ce que vous escripvez au roy dont il t me suffit bien, sans que vous travailliez à m'en faire redite à « part*.»

De leur côté, ces frères adressaient, de Gompiègne, d'Auffémont, d'Oschy-le^Chàtel, des instructions au gouverneur de Metz, Yieilleville, à l'évêque, le cardinal de Lénoncourt, et à Marillac, évèque de Vannes, pour diriger l'un dans des mouvements à faire faire aux troupes, les autres dans des négociations à suivre avec les envoyés de l'électeur Maurice de Saxe et de quelques princes allemands.

(1) Par un édit, daté de Saint-Gennain-en-Laye le 20 juin 1553, le roi venait d'octroyer au duc de Guise la jouissance du marquisat de Mayenne. 11 Pavait aussi doté de « confiscations à Salleneufve et à Toulouze. » La première consistait en un château, dans le voisinage de Genève, et * une • belle baronnie, vallant au plus mauvais mesnager du monde quinze « cens livres de rente, et laquelle avec quelque mesnagement seroit tan- « tost remise à deux mille livres. » (Mss. Gaignières, v. 406, fol, 31, 105.)

(2) Mss. V. C. de Colbert, v. 3»l, fol. 13, 19.

DES DO es DB GUISE. 80»

Plusieurs de ces derniers, convfrincQs de l'influence du duc de Guise, avaient effectivement recours à lui comme à un puis* saut intercesseur. Le duc de Wurtemberg nommément, le priant d'obtenir du roi la mainlevée d'une terre pour le sieur de Belvoir, son parent, terminait ainsi sa lettre, le S6 juillet 15S5 : € Toutesfoys, mon cousin» vous veux-je encore prier • ceste foys que à ma faveur veuillez faire tant.^.... Ce faisant € où j'auray moyen m'employer pour vous, m'y trouvères bien « prest, comme sçait nostre seigneur que je prie, après m'esc tre de bien bon cœur recommandé è vostre bonne grâce, c vous donner bonne et longue vie. »

Il entrait encore dans les desseins politiques de Guise et du cardinal de recommander à Marillac et à Yieilleville de c tenir c en AUemagne, à l'occasion de la mort du duc Maurice, si i elle estoit vraie, et en envoyant devers son frère, le duc c Auguste, les choses de delà en la confusion qui nous y estoit € utile*. •

L'empereur avait donné l'ordre de raser de fond en comble la place de Thérouenne, dont la prise, qui l'enivrait « comme c si c'eust esté l'empire de Gonstantinople*, » fut bientôt suivie de celle d'Hesdin voué à la même destruction, après un affreux pillage, et remplacé, l'année suivante, par une ville nouvelle à laquelle passa son nom. La défense du vieux Hesdin avait fourni au maréchal de Lamarck, gendre de Diane de Poitiers, une triste occasion de prouver que trop souvent le mérite ne justifie pas la faveur plus qu'il ne se transmet par droit d'hérédité. Ce général venait, il est vrai, d'avoir pour adversaire un jeune héros à l'aurore de sa brillante carrière, Philibert-Emmanuel, prince de Piémont', que Charles-Quint

(1) Mss. V. C. de Colbert, v. 389, fol. 132.

(2) Commentaires de RabuHn,

(3) Fils du duc Charles de Savoie cjui mourut peu après et lui laissa ses

S04 Histoire

avait substitué à Pon€e Lalain» seigneur de Benioour, dont le commandement ne s'exerçait pas avec une fermeté suffisante.

Pendant cette campagne, le duché de Guise, voisin du théâ* tre des combats et où commandait un prince de Lorraine, Nicolas de Yaudémont S avait eu jusque-là très peu à souffrir du ravage et de l'incendie; aussi les forts situés sur son territoire étaient-ils demeurés dans des conditions favorables h Tarmée française et nuisibles aux ennemis K

Hesdin pris, les impériaux avaient été dans l'intention de s'emparer de Doulens, mais attaqués eux-mêmes sur les bords de la Somme par le connétable , que secondaient vaillamment le duc de Nemours, le prince de Condé, le mai^échal de Saint- André, ils se virent repoussés après une perte de plus de sept cents hommes, et l'armée française, renforcée alors par le secours attendu des Suisses, se porta en avant pour suivre de près l'ennemi.

Le roi, laissant pour le temps de son absence un conseil de régence auprès de Catherine de Médicis, était venu se mettre à la tète du corps de bataille; il avait choisi pour ses principaux lieutenants le duc de Guise, les princes de la Roche-sur- Yon, de Ferrare, le maréchal de Saint-André. Guise, « avec c deux régiments de gendarmerie, environ mille ou douze cents c chevaux, tant de cavalerie légère que des nobles, et dix ent seignes de Fanterie Françoise, partit le deux septembre pour c descouvrir et escumer les lieux suspects et dangereux 3, > dans l'Artois qu'il parcourut en divers sens, dévastant tout le

États, en possession desquels il ne rentra toutefois qu'à la fin du règne de Henri II.

(1) Mss. Gaignières, v. 406, fol. 139.

(2) Idem, fol. 8.

(3) Commentaires de RabuHn.

pays sur son passage, puis s'efforçant, mais en vain, d'amener Tempereur à livrer une bataille dédsive.

Retiré à Bruxelles pendant les derniers mois de Tannée 1553, Charles-Quint y subissait les cruelles atteintes de la goutte. Son conseil appréhendait Tissue des événements; et, vers la fin d'octobre, usant de son influence prépondérante, la reine de Hongrie, d'accord avec la duchesse de Lorraine, chargea même le comte de Yaudémont de faire passer au cardinal Charles, sur les moyens propres & déterminer la paix, un mémoire qui ne produisit pas de résultats immédiats.

D'autres complications graves aussi survenaient en même temps sur plusieurs points en Europe. IJffaurice de Saxe, en guerre ouverte, pour la protection et la liberté de l'Allemagne, avec Albert de Brandebourg, avait atteint celui-ci sur le territoire de Lunebourg et remportait la victoire lorsqu'il était tombé mortellement frappé d'un coup d'arquebuse (9 juillet 1553). Succombant à une maladie de langueur, le jeune Edouard YI, en Angleterre, laissait le trône à sa soeur Marie ; et le caractère de cette princesse faisait présager de rigoureuses persécutions aux protestants de son royaume qu'elle espérait, par son mariage avec l'infant d'Espagne, Philippe, transmettre à des rejetons de la race de Charles-Quint. Après une année de séjour en France, pour l'arrangement de diverses affaires, la reine douairière d'Ecosse, retournée dans ses États, avait, tant par sollicitations que par menaces, décidé le vice-roi à lui abandonner l'exercice de l'autorité en échange de tous les biens du feu roi qu'il s'était appropriés et qu'il allait conserver, de la dispense de rendre compte de ceux qu'il avait gérés pendant la minorité de la jeune reine et enfin de la concession du titre de duc de Châtellerault en France avec une pension de douze mille livres ; en outre, si la reine mourait sans enfants, il devait être déclaré son plus proche héritier, article ratifié

depuis par Marie Stuart et par ses curateurs, le roi Henri tl, le duc de Guise et le cardinal de Lon*aine, qu'elle choisit d'à* près l'avis de sa mère ^.

A la suite d'épineuses négociations, exactement communiquées au cardinal de Lorraine par l'évêque de Vannes, les sieurs de Basse-Fontaine, de Saint-Laurent, et ayant pour objet principal de rattacher à la cause du roi le mobile Albert de Brandebourg, en vertu d'un traité signé le 4 avril 1554, le duc d'Àumale venait, moyennant soixante mille écus, d'être tiré de sa captivité dans un des châteaux du margrave, et rendu à l'armée. Sa rançon était acquittée grâce à l'argent que la duchesse de Yalentinois, sa belle-mère, avait obtenu des confiscations^ exercées sur les réformés, contre lesquels, en ce moment, semblaient redoubler les rigueurs, et grâce aux sommes données par Antoinette de Bourbon, par le cardinal de Lorraine, c afin, disait ce dernier, que l'on ne pensât pas que c la mère, les frères et les sœurs ne vouUussent mettre les c mains à ce qui touchoit de sy près son frère, » lequel, il est vrai, c se faisoit avec ses ennuis plaindre souvent par eux '. » Aussitôt l'affaire conclue, d'Aumale, impatient de rentrer en jouissance de sa liberté et d'aller concourir à la défense du pays, tandis que le marquis d'Elbeuf et le grand prieur prenaient part, sur les galères, aux expéditions contre la Corse, s'était empressé d'écrire au roi (10 avril 1 554) pour le prier de faire remettre sans retard au margrave le prix de la rançon stipulée.

(1) Histoire universelle de J.-A. de Thou, liv. VIII.

(2) Histoire de Henri lly par Lambert.

(3) « Cependant le marquis le mène en tous lieux qu'il va sans le trai- • ter rudement, ainsi lui fait rendre les honneurs dignes d'un prince. ■ (Lettre du comte de Mansfeld au roi, 24 juin 1553, Mss. de TÂrsenal, Mémoires du duc de Guise, v. 2, foh 335.)

DES DUCB OÈ GtîlSE. 307

Henri II en effet pouvait aToit* besoin de lui ^ cal' ce monarque paraissait vouloir pousser vivement la guerre, t Nous < sommes autant esloignéz de trefve que f usmes oncques, > avait mandé (de Chantilly^ 9 mai 1534) le duc de Guise au maré-^ chai de Brissac, heureux d'être t tenu tousjours pour son très « humble serviteur; de façon que nous faisons compte de comc mencer à faire noz adieux à la fin de ce mois pour nous ren- € dre où nos forces seront et par là faire cognoistre à nostre « ennemy que nous avons encore argent et gens pour luy faire t teste*. »

L'esprit public se montrait disposé à seconder la résolution du monarque. Un arrêté pris dans l'assemblée de la ville de Paris, le 10 juin, prescrivait de « ne tirer aucune artillerie c au feu de la Saint-Jean et de garder la poudre pour meilleure € occasion'. »

Accompagné de Guise, qui n'avait passé que l'automne à Joinville^, et des principaux seigneurs de sa cour, le roi était donc parti du château de Marchez ' pour rejoindre l'armée et

(1) Le roi avait écrit, de Chantilly, le 9 juillet 1553, à l'évêque de Vannes et à Vieilleville, que • tous ses amis ne sauroient rien faire qui « lui fût plus agréable que de sauver le duc d'Aumale et d'y employer « toutes leurs forces et moyens. » (Mss. de l'Arsenal, Mémoires du duc de Guise, v. 2, fol. 326.)

(2) Mss. Gaignières, v. 326, fol. 15, 21.

(3) Registre de PHôteUde-Ville de Paris.

(4) Le 18 mars 1564 naquit à Fontainebleau un fils du roi, Hercule François, (Juc d'Alençon et plus tard duc d'Anjou, qui eut pour parrain le cardinal de Lorraine et pour marraine Anne d'Est, duchesse de Guise.

(5) Appartenant au cardinal de Lorraine, qui de là ordonnait alors de dire, dans toutes les églises de son diocèse, des prières pour la prospérité du royaume, et où le duc de Guise se trouvait en mauvaise santé.

Les cardinaux de Lorraine, de Vendôme, de Bourbon, de Toumon, Farnèse et de Guise y passaient souvent, en cette occasion, les journées à jouer les uns à palle-maille^ le dernier à la paume. (Portefeuilles de Fontanieu, v. 274, lettre au prévôt de Paris.)

pour faire promptement (28 juin) tomber en son pouvoir MarienbourgS Bouvines et Dînant. Le Hainaut tout entier, de même que le Cambrésis, eut à subir les cruelles représailles des dévastations que, dans les précédentes campagnes, le comte de Rœux avait infligées à la Picardie. Henri II faisait vivre chèrement son armée aux dépens des pays de Tennemi qu'il s'efforçait d'attirer à une bataille. Les ravages et l'incendie ayant détruit la plupart des bourgs et des châteaux, le roi, arrivé le 20 juillet à un village nommé Jametz , fut obligé de prendre son logement dans la chétive habitation d'une pauvre femme qui venait d'accoucher d'un garçon dont il voulut être le parrain, en lui donnant son nom, et qui fut baptisé par le cardinal de Lorraine, c Et ainsi une inscription fut placée à la « porte de la maison où le roy avoit chrestienné l'enfant, à ce « qu'elle ne fust destruicte et ruynée *. »

Les ennemis, irrités en voyant leur territoire tellement foulé par les Français, dressèrent sur la route (24 juillet) une embuscade que découvrit à temps et que déjoua le duc d'Au-

(1) Tant que cette ville appartint, en ce temps, à la France, son nom fut changé en celui de Henrienbourg. {Histoire universelle de J.-A. de Thou, liv. VIII.

Du camp voisin, le duc de Guise écrivait, le l^"" juillet, à la reine Catherine de Médicis pour l'informer que, ainsi qu'elle l'avait désiré, la possession de l'évôché de Bazas était assurée par Henri II à Pierre Strozzi. C'était là un des cas de l'abus si grave subsistant alors etpar suite duquel le roi disposait des bénéfices, des évêchés même, en faveur des laïques. Ceux-ci jouissaient des revenus ; ils payaient une pension convenue aux sujets présentés par eux au roi, pour remplir les fonctions ecclésiastiques, et sous le nom desquels les évêchés étaient placés. (Portefeuilles de Fontanieu, v. 274.)

En ce même lieu. Guise recevait des recommandations de Diane de Poitiers pour procurer de l'avancement à ses protégés. (Mss. Gaignières, V. 433, fol. 6.)

(2) Commentaires de RabuHn,

maie attentif à éclairer, à la tête de la cavalerie légère, la marche constamment progressive de l'armée.

Le 27 juillet, celle-ci campe à deux lieues au sud de Cambray, à Crèvecœur, où le duc de Guise se trouve avec elle * ; on se dirigeait vers Renty, fort voisin de Saint-Omer et construit atf mUieu des marais, sur le bord d'un ruisseau nommé FAa, qui alimente ses larges fossés. Appuyé au bois Guillaume, f bien muny de bons hommes et de choses nécessaires pour la € conservation de la place *, » ce château tirait beaucoup d'importance de sa position sur la frontière de l'Artois qu'il protégeait d'un côté et des entraves qu'il pouvait mettre aux opérations des Français dans le Boulonnais. Il était donc urgent pour Henri II de s'en rendre maître. En conséquence, l'armée, divisée en deux parties, fut disposée sur les deux rives de l'Aa, avec communication au moyen d'un pont de bateaux, et se couvrit par de bons retranchements ; le connétable négligea toutefois d'occuper solidement le bois Guillaume, seul point par lequel l'ennemi pouvait apporter du secours au fort assiégé et foudroyer nos lignes '.

Heureusement le duc de Guise, posté sur un coteau, vers la plaine de Fauquemberg, à la tête d'un corps de neuf à dix mille hommes, sut, par sa prévoyance ordinaire, réparer cette faute dont les impériaux, égaux en force à l'armée française, ne devaient pas manquer de profiter. Chargé de surveiller ce bois. Guise fut sur pied toute la nuit. « Estant monté à cheval avec f environ vingt-cinq chevaux, capitaines et gentilshommes * » pour aller faire une reconnaissance dans laquelle il faillit être tué d'un coup de mousquet qui perça son habit, il établit

(1) Mss. Gaignières, v. 351, fol. 51.

(2) Mémoires du sieur Jean de Mergey^ gentilhomme champenois,

(3) Histoire de Henri II, par Lambert.

(4) Mémoires du sieur Jean de Mergeij.

au bois Guillaume trois ceate arquebusiers choisis, puis plaça quelques corselets Vèn dehors de la lisière, avec ordre de battre lentement en retraite dès qu'ils auraient attiré les ennemis à portée du feu des arquebusiers. Ce stratagème eut un plein succès. Le lendemain (15 août), à la pointe du jour, deux mille Espagnols, s'avançant en trois colonnes, tentent de s'emparer du bois, par le centre et par les côtés, et deux fois sont repoussés après avoir éprouvé des pertes considérables. Cependant l'empereur, qui appréhendait la prise du fort de Renty battu par une puissante artillerie, se détermine à faire un effort désespéré pour en éloigner l'armée française, et ordonne a Gonzague de se porter entre Mercq et Fauquemberg, afin de s'emparer du bois, avec quatre mille fantassins d'élite, deux mille chevaux, quelques piquiers et sept canons. Ce corps était soutenu par les lansquenets, sous les ordres du comte de Nassau et du maréchal de Clèves, par les reitres *, sous ceux du comte Wolfram de Schwartzenberg qui s'était engagé, vis-à-vis de Charles-Quint, à t passer sur le ventre à la gendarmerie € françoise, » et par d'autres pièces d'artillerie appelées pistolets de CempereuTy montées sur quatre roues, faciles ù faire tourner de tous côtés.

Guise, quoique satisfait à la vue de ce mouvement des impériaux, juge « estre impossible de soutenir tel effort avec si € peu de soldats ne pouvant estre si promptement secourus ^; i il commande d'abord de retirer les arquebusiers, et, adressant la parole à ses compagnons, s'écrie : « Que Dieu leur fait veoir « le jour auquel ils peuvent faire un bon service à leur roy, là f présent, qui ne manquera de les en recopoistre à l' advenir;

(1) Piquiers armés de cuirasses.

(2) Qo appelait ainsi les cavaliers des armées allemandes dont (es fantassins étaient nommés lansquenet^,

(3) Mémoires de Tavannes, liv. ^«^

DES DUCS DB GUISE. ail

c qu'ils ont en main une occasion très favorable de terminer € ceste longue guerre par une belle victoire et que par ce moien c leurs noms se rendront formidables à toutes nations et leur c mémoire sera célébrée parla postérité à jamais; > puis, laissant l'ennemi s'engager dans le bois et occuper la place qu'on abandonnait, soudain le duc charge lui-même avec sa compagnie d'hommes d'armes, avec celle du comte de Tavannes, et une partie de la cavalerie légère que commande le duc de Nemours. Le premier choc est terrible des deux parts, et les Français se voient forcés de plier momentanément sous le nombre. Guise alors, accompagné de son frère, lé grand prieur, et du prince de Ferrare, rallie promptement ses troupes, avec l'aide de Tavannes, et, par un second élan que suit le duc d'Aumale, en tète du reste de la cavalerie légère, ainsi que ColignyS colonel général de l'infanterie française, avec ses bataillons, il enfonce et met en fuite toute Tarmée ennemie, sans exception du comte Wolfram et de ses reitres qui, pour se donner un aspect plus terrible, s'étaient hideusement noirci le visage. La victoire est enfin enlevée. Dix-sept enseignes, cinq cornettes, les quatre pistolets de Vempereur en forment les trophées ; la perte des ennemis s'élève à deux mille morts, la nôtre atteint à peine le dixième de ce nombre; la déroute allait devenir décisive ; mais, sentant qu'il n'est pas soutenu par le connétable, la retraite même t ayant, dit-on, « été sonnée par le souffle de l'en/oie *, » Guise ne peut profiter de ses avantages pour tailler en pièces la totalité des troupes de Charles-Quint et ne fait que se maintenir sur le champ de bataille, tandis que les impériaux, malgré leur défaite, parviennent à pénétrer dans le fort assiégé.

(1) Il avait été investi de la charge d'amiral, après la mort de d'Ânnebaut (novembre 1553).

(2) La conjonction des lettres et armes, etc.

3tS HISTOIRE

Montmorency, sans doute non content encore d'avoir, par son immobilité, refusé à son rival les moyens de compléter la gloire acquise dans le combats chercha même à effacer entièrement celle-ci en affectant de rapporter tout le mérite de l'action à son neveu, Coligny, qui n'y avait pourtant que valeureusement participé. Au surplus, « c'est une chose assez « certaine et publique que monsieur de Guise en fut le prin- « cipal auteur de la victoire, autant pour sa belle conduite et « sagesse que pour sa vaillance. C'a esté le premier et seul des « nostres qui commença à bien reeonnoistre et estriller les « rcystres, et monsieur son fils le dernier et seul*. »

Au sujet de la journée de Renty, « deux choses sont dignes m d'être remarquées, savoir : qu'en l'armée de l'empereur le a comte de Schwartzembourg avait douze cens^ reistres qui « sont les premiers qui se sont veus es armées, et des mous- « quets sur roues, devant un escadron de gens de pied, qui se « tournoyent en tous sens, dont il en fut pris quelques-uns qui a furent amenez devant le roy.

' a Si on veut adjouster une troisième, le subject est que les « ai*mées de ces deux grands princes estant dressées et arrana gées en leur avant-garde, bataille et arrière-garde, d'une « part et d'autre, le roy en la bataille, armé de toutes pièces, « et auprès de luy monsieur le cardinal de^Guise^ de mesme « avec une cotte d'armes richement estoffée et luy d'une autre « contenance que de penser lors à son bréviaire, mais à bien « frapper; et le cardinal de Lorraine son frère, au beau mi- « lieu du bagage, parmy les mulets, de coffres et charettes

(1) Histoire des guerres de religion, par Lacretelie, liv. II.

(2) Brantôme.

(3) Deux mille, selon presque tous les autres historiens.

(4) Louis de Lorraine, archevêque de SenS; Tun des frères puînés du f}uc de Guise.

DBS DUCS DE GtlSE. M3

t tout chargez, pour gaigner au pied en la nécessité, ledict c cardinal ayant une juppe rouge de velours avec la croix blan* «che simplement, sur une jument grise, pour combattre des «espérons, s'il falloit fuir^ >

Le soir même de la bataille, les prétentions du connétable, en faveur de son neveu, soutenues par ce dernier au préjudice du duc de Guise, occasionnèrent, dans la tente du roi, une scène des plus vives entre François de Lorraine et Goligny, L'amiral avait suscité le bruit que Guise, durant le fort du combat, ne s'était pas trouvé à la place qu'il aurait dû occuper. Le duc défendit avec une énergique fierté la conduite qu'il avait tenue : t Ah ! mort*Dieu, s'écria-t-il, ne me veuillez point « ôter mon honneur. — Je ne le veux point, répondit l'amiral. « — Et vous ne le sçauriez, > répliqua Guise. De ces paroles de défi, ils étaient près de passer aux actes, et, sans égard pour le lieu, ils allaient mettre l'épée à la main, si les assistants ne les eussent contenus. Le roi, intervenant alors pour apaiser cette violente dispute, conmianda aux deux adversaires de s'embrasser et de vivre ensemble comme auparavant. Mais un germe d'aigreur qui s'était déjà établi dans leurs cœurs n'en prit que de plus rapides accroissements, et, k partir de ce jour, l'intimité qui existait entre eux depuis leur jeunesse, au point qu'ils ne pouvaient vivre l'un sans l'autre, € portant les c mêmes couleurs et s'habillant de même manière,» fitcomplétement place aux sentiments d'une rancune profonde que les événements devaient développer et porter au comble de la haine.

Dès lors la France vit en eux des antagonistes sous les bannières desquels se divisèrent les courtisans, suivant l'inspiration de leurs sympathies ou de leurs intérêts* Dès lors ^

(1) Histoire particulière de la court de Henri IL

dessinèrent ces deux chefs de parti que la similitude d'âge, la parité de rang militaire, Fégalité de valeur, la supériorité respective de mérites divers plaçaient, sinon au même degré, du moins hors de ligne par rapport à ce qui les entourait, et destinaient à se trouver nécessairement opposés Tun à l'autre, surtout lorsque la lutte pour la renommée, pour Tinfluenee, pour Fautorité allait s'enflammer en se transportant sur le terrain ardent des passions religieuses, des combats de croyances.

Telles furent les suites les plus rédles, et sérieusement déplorables, de l'affaire de Renty, stérile d'ailleurs en résultats d'une importance proportionnée à l'énergie dont, de part et d'autre, les armées ennemies avaient fait preuve.

Dans cette même journée où le duc de Guise venait de livrer essor à toute la fierté de son caractère pour repousser les jalouses attaques de l'amiral de Coligny, il avait précisément donné des preuves de sa générosité, de sa délicatesse à l'égard d'un gentilhomme nommé Saint-Falqui, entraîné par son courage, s'était dans le combat élancé trop précipitamment en avant des rangs, afin de joindre plus tôt l'ennemi. Guise, le voyant transgresser ainsi ses ordres, l'avait, pour le retenir, poursuivi, atteint et frappé d'un coup de plat d'épée. Il apprend bientôt que Saint-Fal, offensé de ce brusque mouvement, fait entendre des plaintes, et il promet de lui donner satisfaction. L'ayant donc rencontré dans la tente du roi : «Vous ne devez « pas estre fasché, lui dit-il publiquement, du coup d'épée « qu'il m'est échappé de vous donner, puisque, bien loin de « vous estre désavantageux , il fait voir combien vous aviez <K d'ardeur pour aller au combat; j'en prends à témoin tous a ces messieurs qui sont icy, et je vous prie que nous vivions « amis comme auparavant*.

(1) Vie du duc de GuisCy par Valincourt.

DES DUCS PB aUISE. Si6

Cette fois, avec des paroles flatteuses et pacifiques, le due de Guise s'était empressé de dissiper Firritation d'un simple officier qui se croyait offensé ; mais dans une autre circon* stance il n'hésita pas à offrir loyalement à Tun de ses subordonnés réparation par des voies différentes*.

Après avoir maintenu ses troupes pendant deux jours dans leurs positions devant Renty, le roi, n'espérant plus rien contre la place secourue, jugea opportun de rentrer en Picardie ; et, pour sauver l'honneur de sa retraite, il la fit annoncer par un héraut à l'empereur en lui déclarant vainement qu'il l'atten* drait encore plusieurs heures si celui-ci voulait tenter le sort d'une seconde bataille. Mais les Espagnols n'avaient nullement envisagé la première comme un échec, et l'orgueil de quelquesuns d'entre eux fut pousçé même à cet égard jusqu'à faire représenter les Français en pleine fuite, dans des tableaux destinés à en consacrer le souvenir.

Durant le mouvement rétrograde, le duc d'Aumale et ses chevau-légers marchaient à l'arrière-garde ; le duc de Guise accompagnait le roi avec lequel, lorsque des garnisons eurent été mises dans Ardres et dans Boulogne, il se rendit à Compiègne ainsi que les principaux seigneur^ de la cour.

Henri II cependant n'avait point encore quitté Renty au moment où une salve générale de l'artillerie et de grands cris de joie, partis du camp impérial, y proclamaient la première et fâcheuse nouvelle de la défaite des Français en Toscane. Leur faiblesse numérique, entretenue par l'obligation de diriger les renforts disponibles sur la frontière de Picardie, avait attiré sur eux ces malheurS' La ville de Sienne néanmoins opposait une vigoureuse résistance. Strozzi, qui s'y trouvait d'abord enfermé, avait fait connaître au roi l'impossibilité pour

(1) Viç 4^ hQmrM$ iUu$treSf p§ur Pjt^viguy.

lui de tenii* convenablement la campagne en demeurant simultanément chargé de la défense de cette place. Il avait donc fallu lui donner un suppléant. Pour faire choix du nouveau commandant, Henri II avait réuni le duc de Guise, le connétable et Saint-André, ordonnant à chacun d'eux de désigner son candidat. Le roi à son tour ayant indiqué Montluc : « Il ne « m'en souvenoit point, avait répondu Guise ; si vous nommez c Montluc, je me tais et ne parlerai plus de celui que j'ai « nommé. — Ni moi non plus, » s'était empressé de dire Saint-André. Le connétable seul avait résisté au choix de cet officier, alléguant qu'il» estoit trop bizarre, fâcheux et colère.» a — Nous ne l'avons jamais entendu, s'étaient écriés de con- « cert Guise et Saint-André; il a déjà esté gouverneur de "« Montcallier et d'Albe, sans que jamais homme se soit plaint « de lui. » Le connétable eût voulu persister dans son exclusion, mais le cardinal de Lorraine, qui se trouvait présent, appuyant la nomination de Montluc, l'avantage lui était resté.

La jalousie entre Montmorency et les Guises ne prenait point encore, il est vrai, le caractère d'hostilité déclarée; car, de Joinville où il était allé passer l'automne et une partie de l'hiver, François de Lorraine correspondait avec le connétable (5 octobre 1554) au sujet de l'état des affaires vis-à-vis de l'empereur et des dispositions delà reine de Hongrie en faveur de la paix; il l'entretenait également de l'abandon de Saint- Florent, en Corse, par les Génois, des dispositions des Anglais à se liguer avec Charles-Quint contre la France, si ce monarque, de son côté, voulait les seconder contre les Écossais; il lui adressait en même temps un mémoire relatif à l'arrivée de de M. de Vaudémont à Bruxelles et au mauvais accueil qu'il y avait éprouvé de la part de l'empereur et de la reine de Hongrie, Néanmoins le connétable venait de voir avec humeur les

Guises remporter encore sur lui pour la nomination de Mont* lue au commandement de Sienne.

L'énergie et les ressources de Fintelligence militaire de ce brave capitaine surent y prolonger la résistance pendant dix mois, en dépit de ses propres souffrances» malgré le défaut de tout secours et Tépuisement des munitions. « En cest estât, a a-t-il écrit lui-même ^ , nous traisnasmes jusques au huitième a d'avril (1555) que nous eûmes perdu toute espérance. »

Les Siennois entrèrent donc directement en capitulation avec le marquis de Marignan, Monttuc ne voulant prendre aucune part ni attacher en aucune manière son nom à un pareil acte ; il se réservait, si les conditions n'éfeient point telles qu'elles pussent lui convenir pour sa garnison, de « sortir à la « désespérade » et en montrant qu'il était issu et « extraict des «belliqueux Romains» dont une colonie avait été envoyée « en Gascogne près des monts Pirénées, d'où il estoit natif. »

Enfin les articles stipulés à Florence en furent apportés le 21 avril, et, le lendemain, nos troupes évacuèrent la ville avec armes, bagage, « si petit qu'il ne faisoit point nombre, » et artillerie, tambours battants, enseignes déployées, suivies de plus de huit cents habitants qui renonçaient à leurs foyers. Montluc, ayant rejoint Strozzi, avant de rentrer en France passa par Rome. Là se trouvait le cardinal de Guise, venu pour le conclave, et par lequel il fut présenté au nouveau pape Marcel II. Ce pontife lui fit l'accueil le plus flatteur, bien que, ainsi que Montluc en communiqua la remarque au cardinal, il fût très malade et n'eût plus que quelques heures à vivre. Une attaque d'apoplexie, d'autres disent le poison*, l'enleva, en

(1) Commentaires de Montluc^ liv. IIL

(2) « Pour ce qu'il estoit trop homme de bien et à son advènement avoit > cassé et aboli tant de superfluités de gardes et d'honneurs que les pre-

SIS tlISTOtRË

effet, dès le conuneiicemeiit de moi, vingt et un jonrâ âpf es son élection.

Le cardinal de Lorraine prétendait avoir déjà, an débat de l'année, préparé la paix avec le pape précédent h des conditions avantageuses pour la France ; aujourd'hui que la mort de Jules m avait mis fin h ces négociations, il désirait voir tomber le choix du sacré collège sur le cardinal de Ferrâre ou, h son défaut, sur celui d'Angleterre, dont il pensait que les affaires du roi devaient < recevoir le plus de commodité ; > et son frère, le cardinal de Guise, agissait dans ce sens, de manière à mériter le témoignage, rendu par l'ambassadeur, d'Avanson, € que jaiAais homme ne s'y porta mieux ni avec plus c de diligence. >

A son retour à la cour, Montluc appréhendait quelque mécontentementdelapartduroi.Ilse présente doncd'abord au lever du duc de Guise, sur l'affection duquel il avait tout lieu de compter. Le défenseur de Metz accueille à bras ouverts et ne se peut « saouler d'embrasser » celui de Sienne; il le conduit aussitôt dans la chambre du roi qui était encore couché, et dès la porte : € Sire, voici votre homme perdu! » s'écrie tout haut Guise avec gaietés

Henri II cependant né lui reprochait que de s'être « laissé i réduire au dernier morceau, au point qu'il n'espéroit plus le € revoir. » Dans la même journée, retiré seul avec le duc de Guise, il fit appeler Montluc, et celui-ci, après que le prince lorrain eut fermé la porte de la galerie où ils se trouvaient, leur rendit un compte détaillé du siège et satisfit à toutes leurs questions, durant une audience de cinq heures. La faveur de Montluc était manifeste ; la duchesse de Yalentinois en

• miers saincts papes n'avoient point et que les modernes ont voulu avoîr.t (Commentaires de Rabutin,)

répétait les assurances particulières, et, au bout de peu de jours, le duc de Guise les confirma en s'empressant d'annoncer à son ami qu'il allait recevoir le collier de l'ordre, juste récompense de sa conduite à Sienne.

La guerre, sans rapporter d'utiles fruits, était devenue fort coûteuse à l'État. Le cardinal de Lorraine, chargé de l'administration des finances, ne reculant jamais devant un emploi abusif de l'autorité, avait conseillé à Henri II de créer par édits un grand nombre de charges nouvelles dont le prix devait en partie subvenir à la dépense des armées. Les juges du parlement de Paris et desprésidiaux du royaume venaient, en conséquence, d'être presque doublés; du nombre de cent vingt, les secrétaires du roi se trouvaient portés à celui de deux cents ; et, moyennant un paiement de douze cent mille éctts, la Guienne et les provinces voisines s'étaient rachetées des droits de gabelle.

Ainsi que le connétable de Montmorency, mais dans des vues opposées, avec un zèle au moins douteux, Tambitieux prélat suivait alors, à Ardres, près de l'empereur et sous la médiation du cardinal Poil, plénipotentiaire anglais, des négociations tendantes à amener une paix qui semblait à Charles de Lorraine ne devoir être que peu avantageuse à la prépondérance de sa famille. Aussi mandait-il à son frère : c Quant « à la fin, je ne l'espère point bonne. » De Toumans, en Brie, où il passait avec le roi. Guise, de son côté, avait écrit, le iâ mai, au cardinal, en hâte et « sur ung bout de table, » les résolutions de Henri II relatives à la première entrevue avec les négociateurs étrangers. Ce monarque donnait aussi personnellement son approbation aux démarches de ses envoyés touchant une suspension d'armes, et il leur adressait des nouvelles, entre autres, de Fontainebleau le 10 juin, celle de la mort de son oncle le roi de Navarre.

3S0 HISÏOIRË

Les prétentions respectives du roi et de Gharles-Quiiit reti'daient, au surplus, la conclusion d'un traité déjà fort épineuse, lorsque l'élection de Paul IV, homme d'un caractère hautain et turbulent, survint encore tout à coup (23 mai) comme une circonstance favorable aux vœux secrets du cardinal de Lorraine, a C'estoit une chose admirable à plusieurs de voir le « pape, autheur des jésuites, qui jamais n'avoit faict que pro- « fession d'une étroicte apparence de religion, ne parler plus, « dès qu'il fut pourveu de la dignité papale, que d'armes, de « menées et pratiques ^ .)>

Une trêve avait pourtant été résolue entre Henri II et l'empereur ; mais l'arrivée, en qualité de légat à la cour de France, du neveu du souverain pontife, du cardinal Garaffa, personnage actif et intrigant, détermina bientôt la rupture de tout accord. Pour en rendre même la reprise impossible, Garaffa utilisa le crédit de la duchesse de Yalentinois, maîtresse toute puissante auprès du roi, toute dévouée alors aux intérêts des Guises, et dont il sut, dit-on, acquérir le concours par des moyens puisés dans les inspirations de la galanterie la plus attentive et la plus magnifique.

Le légat avait aussi apporté à Henri II une riche épée bénite et un bonnet, en forme de colombe, orné de perles, qu'à l'instigation du cardinal de Lorraine Paul IV faisait offrir à ce monarque en témoignage de reconnaissance pour les services rendus au saint-siége par les rois de France ; une lettre du pape priait en même temps leur successeur actuel de considérer ce don syml)olique comme venant non-seulement du vicaire de Jésus-Ghrist, mais de Dieu lui-même, et de s'en servir pour assurer la paix de la chrétienté ainsi que le maintien et l'extension

(i) Commentaires de Veètat de la religion et répuilique, etc., par Pierre de la Place.

DES DUCS DE GUISE. aw

de la religioD. « Rien, y étdit-il dit, ne semble être plus con- « venable contre ceux qui s'efforcent de rompre les trêves et a de brouiller toutes choses que le glaive de la justice et le cas- « que du salut ^.v

De son côté, le roi voulait faire présent au cardinal-neveu de quelque riche évèché ; et, comme il ne s'en trouvait aucun vacant en ce moment, le garde des sceaux Bertrandi dut se démettre de celui de Gommînges qui fut donné à Garaffa.

Le plan des Guises, que Diane de Poitiers avait adopté, qu'elle favorisait activement, était vaste et conçu presque exclusivement par le cardinal de Lorraine, suspect même, à bon droit, d'avoir fait en secret des arrangements préalables à ce sujet avec le pape. L'intérêt permanent des princes lorrains, surtout leurs prétentions inébranlables, leur commandaient effectivement d'entretenir un foyer d'événements en Italie et de chercher à s'y attribuer les principaux rôles, A la faveur d'une guerre que le duc de Guise y aurait dirigée, ce héros, inspiré plus encore par l'audace illimitée de son frère que par ses propres sentiments, pouvait espérer, à force d'exploits, de s'assurer, avec l'investiture pontificale, la couronne de Naples dont sa famille ne cessait de rêver la possession et sur laquelle lui-même se croyait, en raison de son mariage avec Anne d'Est, plus particulièrement fondé à faire valoir les droits de Louis XII; d'Aumale et la fille de Diane de Poitiers eussent aussi, en ce cas, été placés sur le trône de l'une des principautés de la Lombardie; enfin le ^cardinal de Lorraine, non content d'exercer une influence presque absolue sur le gouvernement de la France, entrevoyait peut-être, sous les voiles de Favenir, la chance, pour son propre compte, de succéder à Paul IV dans la chaire de Saint-Pierre.

(1) Archives nationales, section historique, lettre K, n*' 91 , L ' 21

La rivalité qoe le connétable de Montmorency soutenait vi^ à-*tis des Guises était trop habituelle et trop clairvoyante pour ne lui avoir pas fait pressentir, si ce n'est toute la portée de leurs intentions, du moins, d'une manière générale, les bénéfices que la continuation de la guerre devait leur assurer. Mais, en dépit de son opposition, Henri II, circonvenu par les séductions de sa maîtresse ainsi que par Tascendant brillant et assidu des deux frères, se sentait entraîné vers la perspective éblouissante de glorieuses conquêtes.

La trêve venait donc de se rompre ; les hostilités étaient sur le point de recommencer, et la Picardie allait encore leur servir de théâtre. Le duc de Nevers s'était porté dans cette province, à la tète d'une armée dont la cavalerie légère, sous le marquis d'Elbeuf , se signala par de vives et assez inutiles escarmouches. Le duché de Guise avait eu à subir des incendies dévastateurs dont la garnison tirait parfois t la revenge enfri-

< cassant fort bien ^ > les ennemis du côté du Quesnoy et de Landrecies. Un combat naval, livré avec bonheur à des vaisseaux flamands qui revenaient d'Espagne, chargés de riches marchandises des Indes, eut, il est vrai, plus d'importance que ces rencontres sur terre; mais, malgré cet avantage, c'était surtout en Piémont que la guerre, conduite par Brissac, semblait promettre des succès à nos armes.

Le cardinal de Lorraine ne cessait de suivre avec ce général une correspondance très amicale, en lui transmettant les témoignages répétés du t grand contentement que le Roy avoit c de ses services, > en lui exprimant le c désir de la coutioua-

< tion de ses victoires > et lui faisant toutes les offres de bons c offices les plus cajolantes ^^ § *

(2) /dem, V, 326.

DES DtîCS DE GtJISE. dSS

Toujours parfaitement bien informé, le duc de Guise recevait souvent aussi des rapports, même des requêtes du maréchal; il obtenait également d'utiles renseignements par les dépêches chiffrées des agents particuliers qu'il n'entretenait pas moins en Italie qu'en Allemagne où le servait surtout Girard des Estangs , homme intelligent, familier avec le pays et la langue qu'on y parlait, et qui avait été adressé de Metz au duc (janvier 1554), par Vieilleville, avec une recommandation de FierabrasDucouldray*. Saint-Laurent, ambassadeur en Suisse, le prévenait, de son côté, du passage par la Savoie de deux espions qui n'avaient pu être arrêtés et qu'on soupçonnait de vouloir arriver jusqu'à la cour; ce qui donnait au prince lorrain lieu de répondre à ce diplomate (de Saint-Germain-en- Laye, le 8 juillet 1555) : t Quant aux deux espions que avez c faict suyvre jusques au comté de Bourgongne, ils sont venus i en ceste court, et espère devant qu'ils s'en retournent que « l'on sçaura de quel boys ils se chauffent *. •

D'ailleurs, il ne perdait pas de vue la réparation des places de la Savoie, entreprise depuis plusieurs années; et, pour être en mesure sur tous les points, pour tous les cas, il faisait acti* venienl poursuivre celle des remparts de Guise^ qui exigeait «ne dépense assez considérable^.

(1) Mss. Gaignières, v. 442, fol. 50.

(2) Mss. V. C. de Colbert, v. 391, fol. t7.

(3) Au mojs de mai 1555, le maréchal de Saint-André était allé en inspecter les fortifications. (Mss. Gaignières, v. 351, fol. 173.)

(4) Aux fortifications de la ville et du château le duc de Guise employait dés briques « de ses six briqueteries ; » et, à Taccomplissement de tels travaux, qui lui semblaient importants pour le prestige de son nom comme pour sa propre sécurité éventuelle, il avait eu le talent d'intéresser celle des habitants, par conséquent de s'assurer leur concours.

La duchesse, en son absence, « donnoit tout Tordre possible aux tra- « vaux. • (Mss. Gaignières, v. 428, et v. 410, fol. 40.)

Le duc, malgré sa grande fortune, n'avait pourtant pas toujours sous la main les fonds qui lui étaient nécessaires et qu'il rencontrait quelques difficultés à se procurer dans ses besoins urgents. Cet état de gêne dans ses finances particulières lui était au surplus commun avec les caisses publiques , et son frère le duc d'Aumale, partant pour Tltalie, était porteur (juillet 455S) d'instructions du roi, en vertu desquelles il devait «faire entendre au trésorier des guerres de Piémont et au € receveur général le malcontentement de sa majesté en ce € qui touchoit les paiements ordonnés par elle pour les affaires € de Piémont*.»

Le [début de la campagne y avait été marqué par la conquête de Saint-Ja, de Pomar, de Saint-Sauveur et de Yalenza. L'arrivée du duc d'Albe , avec des forces très supérieures à celles du maréchal français, venait, il est vrai, d'interrompre le cours de ses victoires et de nécessiter Tenvoi d'un renfort de dix mille hommes sous la conduite du duc d'Aumale. Plusieurs princes , un nombre considérable de gentilshommes, élite de la noblesse française, s'étaient élancés sur les pas du nouveau général, dans l'espoir de prendre bientôt part à une bataille décisive.

Brissac , tombé malade sur ces entrefaites, ou, selon certaines versions*, désirant éviter tout débat avec le jeune prince lorrain auquel la duchesse de Yalenlinois avait fait conférer le titre de lieutenant général, s'était retiré à Turin et déchargé du commandement entre les mains du duc d'Aumale dont la première opération, avec ime armée de vingt-deux raille fantassins, de mille hommes d'armes et de mille chevau-légers^,

(1) Mss. Gaignières^ v. 349, fol. 169.

(2) Histoire de France^ par Daniel, d'après Braotôme.

(3) Commentaires de Babutin,

eut pour objet (fin d'août) l'attaque de la place de Vulpiano, située sur le Pô, à peu de distance au nord de Turin qu'elle pouvait incommoder beaucoup. Sa possession devenait donc très importante par rapport à cette dernière ville, et, depuis vingt ans que César de Naples en était gouverneur, le siège n*en avait pas encore été entrepris.

Monté sur un petit cheval gris que le duc d'Aumale lui avait prêté, Montluc alla d'abord en plein jour, par les ordres de ce piînce , pousser une aventureuse reconnaissance à moins de cinquante pas des remparts. D'après le rapport de cet entreprenant officier, d'Aumale, ayant disposé la moitié de ses troupes contre le château et feit ouvrir à cinq cents pas de la place une tranchée dont l'exécution rencontrait des difficultés multipliées, voulut aller juger en personne la force de la contrescarpe. U part dans la nuit, seul avec Montluc et requières, à la recherche d'une position avantageuse pour établir l'artillerie sur le bord du fossé. Us longent donc la contrescarpe, dans l'intention de clioisir, pour y faire une coupure, la partie qui leur paraîtrait présenter le moins d'épaisseur, et ils ont déjà passé en silence à portée de deux sentinelles ennemies, lorsque la troisième, donnant l'éveil, attire sur eux une décharge d'arquebuses qui les force de se réfugier contre une petite chapelle voisine, ouverte de tous côtés. Un simple pilier s'offre pour protéger le duc d'Aumale, qui lui-même de son corps couvre exactement celui de Montluc, et tous les deux restent ainsi t assiégez plus d'une grande demi-heure*, » entendant les cris : Juro a Bios, ellos son en la capilla, jo los he entendidos, poussés par des soldats qui s'indiquaient les uns aux autres la présence de leurs ennemis et qui, pour éclairer

(1) • Et alors il nous servoit bien de serrer îos fesses, » remarque plaisamment Montluc dans ses Commentaires ^ liv. IV.

le lieu de leur retraite, jetaient de la paille aUumée dans le fossé.

cNous voici bien, dit d'Âumale, s'ils font une sortie.— c Taisons-nous, Monsieur^ répond Montluc; ceux de Lorraine c ne sont pas si malheureux que d'être pris en tapinois ; nous c avons ici un bon bouclier * . » Les balles continuent cependant à frapper la pierre ; mais enfin le feu s'apaisant laisse aux deux Français le loisir de s'éloigner sans avoir été atteints.

Cette téméraire promenade eut du moins pour résultat l'établissement d'une batterie dans une entaille faite à la contrescarpe, de manière que la bouche des canons entrait dans le fossé^ ; et, au bout de vingt-quatre jours de siège, deux mines habilement pratiquées renversèrent un bastion presque entier. La brèche fut aussitôt assaillie avec vigueur et non moins bien défendue ; les Français repoussés virent tomber plusieurs des principaux d'entre eux, nommément le comte de Créance, le plus regretté de toute l'armée s. La garnison de son côté avait eu beaucoup à souffrir de cette attaque ; sa constance s'en trouvait ébranlée; et trois ou quatre pièces, placées, d'après l'avis de Montluc, sur le terre-plein d'un boulevard, pour foudroyer la ville, décidèrent une capitulation qui comprenait la remise du château (30 septembre).

Les inimitiés de cour poursuivaient cependant les princes lorrains jusque sur le champ de bataille; «car je crois, ra-

< conte Montluc^, qu'on n'eust pas voulu que le sieur d'An-

< malle eust eu cet honneur de prendre Yulpian, et l'on m'ap-

< porta une lettre de monsieur le connestablepar laquelleledict c sieur me mandoit que le Roi lui avoit commandé m'écrire

(1) Commentaires de Montluc , liv. IV.

(2) Idem, liv. IV.

(3) Idem, et Histoire de Henri II, par Lambert^ liv. ili.

(4) Commentaires de Mon^hic^ liv. VI.

c que je me retirasse à ma maison, me chargeant que j'avois t dit que je n'obéirois pas à monsieur de Termes,» général auquel, en effet, les adversaires des Guises auraient désiré faire recueillir la gloire de cette entreprise, en la lui confiant sous prétexte « que les princes ne vouloient pas obéir à monsieur € d*Aumalle et qu'il falloit envoyer monsieur de Termes pour € les commander. » Ces perfides suppositions venaient, au surplus, de recevoir un éclatant démenti, puisqu'au siège de Vulpiano « lesdits sieurs princes ne s'épargnèrent non plus que « les moindres gentilshommes de l'armée*. >

En dépit de toutes ces intrigues, de toutes ces châtiiez^ comme les appelle ironiquement Montluc, dirigées tant contre lui-même que contre le duc d'Aumale, ce jeune prince, personnellement presque dépourvu d'ambition, surtout en comparaison de ses frères aines, n'en venait pas moins d'ajouter, à bon droit, par cette glorieuse prise de Yulpiano, au renom qu'il avait acquis déjà ; et, peu après, la place de Montcaglier, importante pour la conservation de Casai et de tout le Montferrat, tombait également entre ses mains à la suite d'une attaque assez vive. D'ailleurs, loin d'apporter dans l'exercice du commandement des dispositions blessantes pour les autres seigneurs ou généraux, le duc d'Aumale acceptait volontiers les conseils, échangeait obligeamment les avis ; il était plein d'égards, en particulier pour Brissac, auquel il ne manquait pas d'adresser, par dépêches souvent chiffrées, les nouvelles les plus intéressantes 4e ce qui se passait dans la contrée de l'Italie où il opérait. Le maréchal, de son côté, écrivant au roi (21 septembre) , rendait bon témoignage du succès de Yulpiano : « Monsieur d'Aumale , disait-il, tous ces seigneurs, « princes, chevaliers de l'ordre, les commissaires, autres offi-

(1) Commentaires de Montluc^ liv. YI.

« ciers ont fait tel devoir qu'il est possible *. » Aussi, lors de son retour en France, d'Aumale reçut-il les plus solennelles félicitations de Henri H qui, reconnaissant de tant de bons ser* vices, l'embrassa plusieurs fois en présence de toute la cour,

(1) Mss. Gaignières, v. 326.

Page 1