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CHAPITRE m

FRANÇOIS DE LORRAilSË, DUC. DE GUiSE; CHARLES, CARDINAL DE LORRAINE,

La France, en continuant la guerre, allait se trouver en présence d'un nouvel adversaire. Un grand événement politique s'accomplissait. Charles-Quint, en réalité moins las de l'exercice du pouvoir que mécontent de n'avoir pu le compléter à la mesure de son ambition, attristé par l'issue des dernières campagnes, désespérant, à son âge et avec ses infirmités, d'atteindre jamais au degré de domination d'un antique État dont le vain titre lui faisait rêver sans cesse le vivace renouvellement, impuissant désormais à commander par des triomphes continus l'admiration de l'univers, pensait le frapper d'étonnement au spectacle d'une sublime abnégation et, calculant mieux l'effet momentané d'une pareille résolution que les mécomptes et les ennuis qui devaient la suivre, découragé plutôt que philosophe, s'imaginait paraître véritablement Romain en échangeant le manteau impérial, qu'il ne lui était pas permis d'étendre sur le monde entier, contre le froc obscur des religieux du monastère de Saint-Just. La honteuse levée du siège de Metz, le combat meurtrier de Renty, après d'autres désavantages, avaient pu mettre le comble à son dépit et donner sujet a beaucoup de gens en France de dire aloi^, sans

trop d'exagération, que c'était le duc de Guise qui obligeait Tempereur à se faire moine.

Le 24 octobre 155S, son fils, l'infant don Philippe, déjà souverain de Naples et d'Angleterre, recevait donc de lui le sceptre des Pays-Bas, quelques semaines après ceux de l'Espagne, de la Sardaigne, de la Sicile ; et, peu de mois plus tard, le diadème impérial devait passer aussi de sa tôte sur celle de son frère Ferdinand, roi des Romains. De toutes ses grandeurs, Charles d'Autriche ne prétendait se réserver que la renommée d'y avoir renoncé.

Quoique la puissance du saint-siége, à cette époque, ne fût plus à son apogée ; quoique, par la captivité d'un pape, Charles-Quint dans sa gloire eût vengé, pour ainsi dire, les humiliations de quelques-uns de ses prédécesseurs ; quoique la réforme croissante portât d'irréparables atteintes à l'intégrité du pouvoir pontifical et l'entrainât dans une lutte difficile qui, au surplus, l'obligeait à redoubler d'efforts et d'activité, la cour de Rome exerçait cependant encore un prestige imposant, même dans les affaires temporelles; sa participation à celles de l'Italie surtout se faisait sérieusement compter, et le bon accord avec elle devenait d'une plus grande importance lorsqu'il s'agissait d'entreprendre des conquêtes qu'il allait peut-être y avoir lieu de chercher à légitimer et à affermir par la consécration de l'investiture.

L'alliance du saint-siége s'offrait alors d'elle-même à la France. Paul lY, ainsi qu'on l'a déjà remarqué, opposé à la paix par caractère, par politique ennemi irréconciliable de l'empereur qu'il voulait exclure de toute domination en Italie, désirait, en particulier, faire passer aux Caraffa, ses parents, tous les biens de la famille Colonne élevée, enrichie par Martin Y, et qui, pour échapper à cette spoliation, s'était, en qualité de feudataire dans le royaume de Naples, placée sous l'appui pro-

DES DUCS DE GUISE. Jâl

lecteur de la couronne d'Espagne. Afin de s'assurer l'indis* pensable secours de Henri II, dans une querelle où les forces étaient si disproportionnées, le pape avait mis en jeu, au moyen d'intrigues ou de promesses occultes, toutes les influences prépondérantes à la cour de France et présentait au roi, comme appât, la possession éventuelle, pour ses fils, d'États que les Guises, en secret, comptaient bien peut-être retenir plutôt dans leurs propres mains.

En de telles circonstances, qui semblait plus appelé que le cardinal de Lorraine à suivre les négociations compliquées d'une ligue entre la France et le saint-siége ? Â Rome, en effet, les princes lorrains jouissaient d'un crédit considérable et soutenu. Par une prévoyance infaillible, à laquelle leurs projets ambitieux auraient fini par devoir un succès certain si le but n'en eût été trop exorbitant, dès l'origine de la réforme, ils s'en étaient hautement constitués les adversaires * ; depuis leur adoption par la France, les Guises, tout rayonnants de gloire militaire, la main appuyée sur une épée victorieuse, s'étaient acquis une place principale au timon de l'État, tandis qu'ils prenaient en même temps pied au Vatican et se trouvaient en mesure d'y faire toujours écouter leur voix avec confiance et faveur *. Us tenaient donc à leur disposition deux

(1) Aussi un auteur contemporain avait-il, selon la manie du siècle, trouvé dans le nom de François de Lorraine cet anagramme, remarquable du moins par son exactitude littérale : Croi dans la foi^ n'erre.

(2) Observant toujours les dehors de la plus grande ferveur catholique, le duc de Guise accomplissait scrupuleusement toutes les pratiques de la religion. Il avait même accepté « de prendre lieu en la confrérie de monsei-

• gneur Saint-Didier de Langres; » et les confrères lui avaient annoncé, ainsi qu'à sa mère, que son « tour de prendre le baston seroit au Î3« jour

• du mois de may prochain. • (Mss. Gaignières, v. 442, fol. 55, 57.) C'est également ainsi qu'à la suite de la campagne qu'il allait faire en Italie, il ordonna la construction, à Rome, d'une chapelle qui devait être « là plus

puissants leviers et s'attendaient à les faii*e agir bientôt pour raccomplissement des destinées les plus éclatantes.

C'est ainsi qu'ils travaillaient parallèlement à accroître le lustre de leur branche et à tâcher de finir par le transformer en souveraineté véritable.

Telle était la pensée qui les possédait, qu'ils se transmettaient, que les difficultés ne pouvaient étouffer en eux, parce qu'ils se sentaient de force à les vaincre. Un rang quelconque, le premier même , dans un État , ne leur paraissait jamais qu'un échelon. Incapables de résignation, rebelles à tout niveau, c'était au sommet qu'ils prétendaient se placer ; et, une fois parvenus là, par quelles secousses, par quels embrasements n'auraient-ils pas encore trouvé moyen de se signaler au monde?

Dès cette même année, le cardinal rêvant peut-être la tiare pour lui-même, « songeant déjà à l'expédition de Naples et « qui vouloit en cela plaire au Pape, avoit poussé le Roi à a donner une déclaration par laquelle il commandoit à tous « les gouverneurs de punir sans délai et sans égard à l'appel, a selon la grandeur du crime, ceux qui auroient été condam- « nés par les juges ecclésiastiques et par les inquisiteurs de la « foi. Le prélat étoit venu lui-même au parlement apporter la « déclaration qu'il appuya de plusieurs raisons pour venir à » bout de la faire enregistrer!.» Mais cette compagnie, faut-il dire peu fanatique ou peu docile, qui n'hésitait pourtant pas, quand elle en avait besoin, à recourir à la « bonne grâce du « duc de Guise, » avait, en présence de ce prince, remis au roi (le 20 octobre, à Villers-Cotterets) une remontrance fondée principalement sur la distinction à établir entre les ecclésias-

• belle chose qu'il feust possible en l'Europe, » mais dont le manque de fonds ralentit parfois les travaux, (/dem, v. 401, fol. 3.) (J) Histoire universelle de J.-A. de Thou, liv. XVI.

tiques et les laïques, sur le droit appartenant aux sujets de ne demandei^ustice qu'au souverain seul, sur l'avantage de laisser les magistrats ordinaires, plutôt que les juges ecclésiastiques, connaître et examiner si une opinion tenait de l'hérésie, et enfin sur l'efficacité d'une doctrine pure, jointe à la vie exemplaire des évêques, comme bien plus puissante que l'emploi du glaive et du feu pour prévenir l'erreur, pour consolider et étendre la religion.

PresqijL'au début de son règne*, Henri II s'était effectivement empressé de confirmer, par lettres patentes, pour l'extirpation des « hérésies, erreurs et fausses doctrines,» le droit accordé, par son père*, à Mathieu Orry, religieux de l'ordre des prédicateurs, docteur en théologie, d'exercer, sans aucun empêchement, dans le royaume, les fonctions d'inquisiteur de la foi, suivant le pouvoir qu'il en avait reçu du pape, d'après les foirmes prescrites par le saint-siége, et en communiquant toutefois les procédures faites par lui ou ses suppléants aux diocésains ou à leurs vicaires, à charge de réciprocité. Trois cents livres de revenu, payables par le receveur général des finances à Paris, avaient aussi, en conséquence, été allouées à Mathieu Orry', en forme de pension, à partir du l®"" janvier 4550*.

Le cardinal de Lorraine, h peu près assuré que le commandément de l'armée envoyée pour soutenir la ligue avec le pape serait confié à son frère, s'attachait à stimuler éloquemment les disposilions belliqueuses de Henri II par toutes les raisons susceptibles de le convaincre. Rien, selon le prélat, n'était plus facile que de pénétrer de Rome dans le royaume de Na-

(1) Le 22 juin 1550.

(2) Le 23 juin 1540.

(3) Le 7 juin 1550. ^5^3 (4)Mss. deMesmes,in-fol. n^ "Y"? fol. 33.

m tlISTOtllE

pies où Tancienne faetion favorable à la maison d* Anjou fournirait immédiatement aux Français un actif secours. Des auxiliaires devaient se présenter encore dans d*autres parties de ritalie*. En effet quelques mois plus tard, par exemple, un soi-disant page de don Juan Figuarol, castellan de Milan, apportait de la part de son maître, en termes mystérieux et a en foy de chevalier, » au duc d* Aumale, pour la transmettre à son frère le duc de Guise, Foffre de services qui pouvaient bien paraître une trahison et aboutir à livrer Milan aux Français, par un motif de rancune personnelle, disait-il, contre Philippe II*. Le cardinal comptait aussi probablement, pour le succès, sur l'emploi à Rome d'efficaces moyens de séduction tels que des promesses de pensions, entre autres au duc de Paliano , neveu du pape '. Il parlait au roi de la gloire que ferait rejaillir sur son règne une vengeance tirée du désastre de Pavie, de l'honneur qu'il s'acquerrait en «devenant le sauveur de l'Église et du souverain pontife opprimés; il lui rappelait, avec une adroite flatterie, les succès obtenus par le dauphin contre Charles-Quint plusieurs fois pourtant vainqueur de François P""; il ajoutait que, malgré les précédents si fâcheux pour nos armes dans les grandes expéditions en Italie, la situation du moment, soigneusement ménagée et saisie avec sagacité, garantissait une issue toute, différente. Sur ce point, il faut le reconnaître, le sentiment des intérêts de sa famille semblait faire illusion ou plutôt imposer silence à son patriotisme ; mais enfin il lui suffisait que le roi, dont « le naturel, ainsi que l'avait écrit le cardinal lui-même, estoit « tel que depuis qu'il avoit quelque affaire en fantaisie jamais

(1) Voir l'appendice à la fin du volume, pièce numéro 8.

(2) Mss. Gaignières, v. 400, fol. 103.

(3) Dépêches de l'évéque d'Angoulôme, (Portefeuilles de Fontaniew, V. 289-290.)

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« n'estoit en repos ny en son aise que les choses ne fussent « conclues et arrêtées, » se trouvât ébloui, sinon convaincu, * et que Montmorency, n'envisageant plus dans cette entreprise que la probabilité d'un échec dont l'odieux retomberait sur les Guises et les plongerait dans la disgrâce et l'impopularité, eût renoncé par ce motif à manifester une incommode quoique impuissante résistance .

Le connétable, au surplus, « se repentit, dans la suite, de « cette conduite où il y avoit plus de politique et de malignité « que de droiture et de bonne intention... et, comme le vulc gaire ne juge que par les.événements, il s'attira plus de haine « qu'il n'en avoit voulu attirer sur son rival^. »

Le cardinal de Lorraine fut donc envoyé à Rome (septembre 1555), muni d'amples instructions pour conclure le traité, et on lui adjoignit le cardinal de Tournon, homme d'expérience, nullement disposé à seconder ses vues téméraires, par conséquent fort peu empressé de le suivre dans son voyage. Il s'embarqua à Toulon, vers le SO octobre, accompagné de son frère, le grand prieur, qui se rendait, avec ses deux galères bien équipées et montées par un nombre assez considérable de c forçats vieulx et bons^, » à Malte où il allait éprouver, de la part du grand maître et des chevaliers dé toutes les nations, « des démonstrations d'honneur, de bon recueil et de plaisir « singulier^. »

Le pape reçut le cardinal avec la plus grande distinction. Il s'empressa de rétablir en sa faveur, pour la durée de son épiscopat seulement, le titre de légat-né du saint^siége en France, précédemment attaché à l'archevêché de Reims. Paul lY y ajoutait cette fois une juridiction et des droits réels; la bulle

(1) Histoire unioerseUe de l.-A. de Thou, liy. XVI. (3) Mss. Gaignières, v. 433, fol. 76, 63, (3) Iderriy v. 4«, foU 45.

qui les accordait fut très agréable au roi, et le parlement Tapprouva sans aucune restriction ^ Aussi, dans une lettre écrite à Henri II (26 novembre i5S5), en commun avec le cardinal de Tournon , Charles de Lorraine faisait-il les plus grands éloges des bonnes dispositions et des vertus du pape « qu'il lui sem- « bloit que Dieu seul eust mis li pour réduire, par son exem- « pl^, rÉglise à sa première saincteté*.*» Enfln le souverain pontife témoignait contre Fempereur un courroux vivement entretenu par le cardinal Garaffa.

L'ambassadeur de France, d'Avanson, avait préalablement donné à Paul lY l'assurance des secours en hommes et en argent que Henri II était disposé à lui prêter dans l'intérêt du saint-siége, ainsi que dans celui de sa famille, et il en avait reçu pour réponse la promesse d'agir réciproquement de manière à satisfaire pleinement le roi, dont les fils seraient bientôt peut-être mis en possession, l'un du royaume de Naples, l'autre du duché de Milan.

Ce fut en cette situation favorable que le cardinal de Lorraine trouva les affaires lors de son arrivée à Rome. Il ne perdit donc point de temps pour mettre avec chaleur la dernière main à la conclusion de cette sainte ligue, « l'archétype « et le moule de nostre dernière ligue^, » longuement préparée par lui, maintenant affranchie de toute sérieuse difficulté et dont il signa avec joie les articles (45 décembre 455S).

Il ne cessait pourtant d'éprouver quant à l'adoption de ceux-ci, de la part de la France, des inquiétudes vives et intéressées qu'il exprimait à son frère en lui mandant : « Dieu € vous veuille bien inspirer ; si le traité n'est rattifié, si nous < venons à manquer au Pape, le Roy pert la Toscane, pert le

(1) Histoire ecclésiastique de Reims^ par Marlot, tome IIL

(2) Mss. Gaignières, v. 320, fol. 65.

(3) Histoire particulière de la court de Henri Ih

« Pape, pert sa foy, sa réputation, stabilit la grandeur du Roy

< d'Angleterre en Italie, faiet piller Rome et subjuguer toute « l'Église et ce pauvre vieil homme qui s'est mis entre les bras

< du Roy; le cardinal de Tournon délibère bien s'enfuyr et

< dire : Maudit soit le dernier... Nous perdons la plus grande

< occasion que jamais le Roy eut ; et n'eusse ozé espérer faii*e

< la moistyé de ce que j'ay faict pour luy... Si luy et vous n'esf liez contans, vous me chastiriez et prendriez tout mon bien

< pour satisfaire à ce que j'aurois trop promis plus que le Roy « n'aura voulu tenir, pour servir d'exemple aux autres*... « Que le Roy envoyé donc la ratification de ce que j'ay faict. »

Cette affaire, on le voit, lui tenait fortement au cœur, sans doute parce que, selon sa conviction et ses desseins, elle renfermait le germe des plus hautes destinées pour sa maison.

Par le traité, il était convenu, comme « objet principal * , » que le roi prendrait sous sa protection le saint-siége, le pape et sa famille pour les défendre contre tous leurs ennemis quelque élevés que fussent ceux-ci , et devrait leur donner, en France ou en Italie, des biens proportionnés à ceux que la guerre pourrait leur faire perdre ; que l'alliance serait perpétuelle entre la France, la cour de Rome et le pape personnellement, ainsi qu'offensive et défensive en Italie, à la seule exception des États du duc de Savoie ; qu'avant la fin de février suivant cinq cent mille écus d'or, destinés àsubvenir aux frais du commencement de la guerre, seraient déposés en main sûre, soit à Rome, soit à Venise, savoir : trois cent cinquante mille par le roi et le reste

(1) Afin de le rassurer, Tévêque de Lodève lui écrivait, ainsi qu'au duc de Guise, le 21 décembre 1555 : « Il ne falloit pas penser que vous, mon-

• seigneur le cardinal de Lorraine, estant personnage de telle qualité que

• vous estes et de telle authorité envers Sa Majesté eussiez accordé chose - qu'elle ne eustpour aggréable. » (Mî?s. Gaignières, v. 329, fol. 231.)

(2) Histoire universelle de J.-A, de Thou, iiv. XVI.

par Paul IV ; que Henri II enverrait en Italie dix à douze mille fantassins , cinq cents honmies d'armes » un nombre égal de chevau-légerSy sous les ordres d'un général revêtu de la qualité de prince et que le cardinal de Lorraine eut soin de faire désigner ainsi, n'osant insérer dans l'acte officiel le nom même du duc de Guise, impossible à méconnattre, au surplus, d'après cette indication.

Le pape, de son côté, devrait réunir à l'armée française quinze mille bommes d'infanterie et mille chevaux avec une artillerie ainsi que des munitions de bouches proportionnées. Un des buts de la guerre, entreprise dans le royaume de Napies ou dans la Toscane, serait de rendre à Florence son ancienne liberté; la Lombardie pourrait aussi en être le théâtre, et aucune des parties contractantes n'était autorisée à faire la paix avec les ennemis de l'autre sans un mutuel consentement; enfin on admettrait dans la ligue les Vénitiens et les États ou princes d'Italie qui se montreraient jaloux de concourir à la délivrance de la commune patrie.

Il était en outre stipulé qu'après la conquête du royaume de Naples l'investiture en serait donnée par le pape à l'un des fils de France, autre que le dauphin, avec réserve toutefois de Bénévent et de ses dépendances, ainsi que de Gaëte et du territoire qui se trouvait en deçà du Garigliano, destinés à être joints au domaine de l'Église; le prince qui occuperait ce trône aurait à augmenter de vingt mille écus le tribut annuel payé au souverain pontife, à affranchir les peuples de toutes les charges imposées par les Espagnols, à rendre à la noblesse ses privilèges, à s'abstenir de prétendre à aucune autorité en matières eccésiastiques et d'entraver le libre transport de vivres à Rome, à prêter serment de soumission au pape à la disposition duquel il tiendrait, en temps de guerre, quatre cents hommes d'armes et deux galères, A ce même monarque fotur

DES DOGS0EGUISEJ dS»

était d^avàiiëe interdite la réunion avec la couronne de Naples, de celle de France, en cas qu'elle lui échût, de la dignité impériale, ou des titres soit de roi des Romains, soit de grandduc de Toscane; et, jusqu'à la majorité de ce souverain projeté, qui devait venir prochainement résider à Naples pour y suivre son éducation , le roi et le pape choisiraient les administrateurs du royaume. On avait inséré encore quelques articles de détail, assurant divers avantages aux neveux de Paul IV.

Le traité était demeuré enveloppé d'un épais mystère, même vis-à-vis du duc de Ferrare qui, malgré son grand âge, au risque du reposdontjouissaient ses États, s'était, dèsleiSnovemiNre précédent, laissé engager dans la ligua par l'ascendant du duc de Guise et « par des motifs aussi frivoles que ceux que le « cardinal de Lorraine avoit employés pour y décider le Roi. » Aussitôt donc après la signature, afin de mieux dérouter la perspicacité des ministres espagnols, préoccupés de sa présence, le cardinal feignit un grand mécontentement contre la cour de Rome et fit même officieusement annoncer qu*il partait lassé des perpétuelles longueurs par lesquelles le pape embarrassait les affaires. Ainsi, sous l'apparence d'un échec, le prélat ne perdit pas de temps pour se rendre à Venise et pour tenter, par tous les efforts imaginables, d'entraîner cette importante république dans la ligue contre la maison d'Autriche.

Le sénat fut vivement soUiciié par lui ; mais les spécieuses raisons qu'il allégua ne séduisirent pas une assemblée dans laquelle il % vit bien qu'il avoit à faire à des têtes sensées « qui , contentes de témoigner leur bonne volonté pour le « roi, faisoient voir qu'elles étoient très éloignées de faire la «guerre*. » Ni l'offre de la remise de Ravenne, comme ga-

(1) Histoire unimrselk de J.-A. de Thou, liv. XVI.

rantie, entre leurs mains, ni celle de la cession de la Fouille, ni la menace de provoquer contre eux une attaque de la part (les Turcs ne purent ébranler les Vénitiens dans leur plan de ferme neutralité. Le cardinal ne leur avait point avoué, il est vrai , qu'un traité eût déjà été passé entre la cour de France et celle de Rome ; leur pénétration cependant ne s'y était pas méprise, et le désir de prévenir pour l'Italie les maux inséparables d'une nouvelle guerre les avait portés à informer promptement l'empereur des projets tramés contre lui.

Ce monarque ne pouvait qu'en appréhender les effets; aussi, pour les conjurer, s'empressa-t-il de proposer de nouveau une trêve à Henri II. La reine Marie d'Angleterre avait, pour sa part, de nombreux et puissants motifs de l'encourager dans de conciliantes dispositions. Des pourparlers relatifs à cet objet s'entamèrent donc à l'abbaye de Vaucelles, près Carabray, entre Lalain, Philippe' de Bruxelles, Scichio, au nom de Charles-Quint et de son fils, et Gaspard de Coligny assisté du secrétaire d'État L'Aubespine, tous deux plénipotentiaires du roi de France. Ce dernier prince lui-même, environné de conseillers qui tous, à l'exception des Guises, répugnaient à la guerre et reprenaient , en l'absence du cardinal, la hardiesse d*exprimer leur opinion, ne faisait pas difficulté de répondre à ces pacifiques ouvertures; et, cédant aux représentations de ses ministres, il écrivit à Charles de Lorraine pour lui annoncer la conclusion d'une trêve et l'inviter a en donner connaissance au pape.

La ponctualité du souverain pontife dans l'exécution de ses engagements était d'ailleurs un sujet de doute sérieux pour l'esprit du roi et même pour celui du duc de Guise qui le témoignait à son frère dans une partie toute mystérieuse de sa correspondance. Il l'y instruisait également de la marche et du résultat des négociations suivies entre Coligny et les mi-

Bistres de PhUîppe II, rassurant que t sy les impériaux avoient « désiré une paix ou une trêve, nous ne nous estions pas mons^ a très paresseux à y entendre, i

Une pareille nouvelle saisit douloureusement le cardinal, niais ne l'ébranla pas« < Je ne panssoys avoir esté si fortuné ^ € répondit-il aussitôt au roi, que d'avoir aquis en vostre ser- € vice des ennemys qui se vousissent resjouir de mon mal et • me prescher hors de vostre bonne grâce... Dont, Sire, très ( humblement vous supplye et sur toutes choses que si mon t malheur et la malignité de mes ennemys ont force de m^es- < loigner de vostre bonne grâce, ilz ne puissent touttefois estre « cause de tant nuire à vostre grandeur que par vous une ocf casi(m si grande qui en ceste Italie se présente soit délessée « et vous. Sire, pour mon particulier, mal servi. >

Le fougueux prélat ne pouvait voir avec calme écarter, dissiper, peut-être à jamais. Forage naissant d'où Fastre de sa famille lui semblait devoir sortir plus radieux. Loin donc de s acquitter de la commission qui lui était imposée auprès de Paul lY, il en chargea le cardinal de Tournon, et, méditant avec espoir sur les difficultés insurmontables que les prétentions respectives de son souverain et de Tempereur opposeraient toujours au rétablissement durable du bon accord entre eux, il partit pour la France en se fiant à l'effet que produirait son retour, pour paralyser ses ennemis, et à l'avantage qu'il reprendrait promptement, par sa ténacité et par son éloquence^ sur les irrésolutions de Henri IL Sur sa route, il ne se donna pas la peine de dissimuler les desseins qui le ramenaient ; on prétend même qu'en passant par Nevers il dit hautement que le roi manquait à ses promesses envers lui, mais qu'au surplus il possédait aies moyens de faire rompre les trêves. >

L'habile cardinal ne s'abusait point. Revenu, au mois de février i5S6, à la cour qui se trouvait alor^ à Plois^ il s'atta-

cha à réfuter les conseils des partisans d'one politique con* traire à la siedne et à établir péremptoirement le droit pour la France de faire en faveur des Caraffa ce que les Colonnes obtenaient de l'Espagne. Fortifiant ce premier argument par l'exposé détaillé des nombreuses infractions qu'avaient commises les Espagnols depuis qu'on était convenu d'nlie trêve, le cardinal fit ensuite ressortir l'importance des préparatifs auxquels Philippe II avait donné ses soins, la vivacité des instances employées par le roi des Romains auprès des états de l'empire pour les exciter à tenter de reconquérir les trois évêchés^etilcommuniquasubtilementàl'espritdu roi la remarque qu'une suspension d'armes n'avait eu pour objet caché que de lui rendre la défensive à la fois plus difficile et plus nécessaire. Henri II, entraîné par les raisons spécieuses, par te pénétrante éloquence du cardinal, tourna dès lors exclusivement ses pensées vers cette entreprise à laquelle toute autre affaire politique allait être subordonnée. L'espoir du succès stimulait d'ailleurs son imagination. Un «présage du triomphe des « Gaulois * » avait été précédemment adressé par « le seigneur «Gabriel Siméon à très chrétien et très invincible prince • Henri IP de ce nom. » Ce présage était tiré de la découverte faite à Lyon, dans une sépulture antique, d'un anneau d'or où s'enchâssait un grenat sur lequel était représenté un char triomphal, attelé de deux lions, monté par un coq se dirigeant vers une étoile et tenant une palme dans l'une de ses pattes levée et un serpent dans son bec. D'après l'interprétation morale donnée à cet anneau, le coq (gaulois), vigilant (pour les intérêts de la religion), empruntant le secours de la prudence (personnifiée dans le serpent) , se servait du chariot comoie moyen pour marcher, à l'aide de la force (les lions), au succès

(1) Imprimé à Lyon chez Gubriel Gotier, t$H,

(indiqué par la palme), sous la protection du ciel (qu'assurait rétoile).

Afin de mieux affermir la possession de ses récentes conquêtes dans les trois évèchés, le roi reconnaissait bien la nécessité de construire une citadelle à Metz; mais Targent lui manquait, et il avait répondu à Yieilleville qui le pressait de faire une dépense aussi utile : a Gardons-nous de représenter « cet objet au conseil, d'aultant que mon compère (le conné- « table) s'y opposeroit formellement, comme aussi feroit mon « cousin le duc de Guyse : car ils sont tous deux après pour « trouver deux ou trois millions d*or pour aller conquester le « royaume de Naples par une intelligence que nous avons avec ft le pape actuel qui est Néapolitain, et si nous pouvions hon- « nestement rompre la trêve qui est entre le Roi d'Hespaigne « et moy , mon armée seroit bientost en campaigne; de laquelle « doibs estre chef mondict cousin de Guyse*. »

Ce dernier, tout en s'occupant des préparatifs importants d'une expédition qui semblait, surtout aux yeux de son frère le cardinal, devoir rapporter de si grands avantages, ne négligeait pourtant pas le soin des affaires plus immédiates de sa famille^ et avait songé à la possibilité d'une alliance entre sa fille et le comte d'Eu, fils du duc de Nevers. Tandis que le roi Fenrichissait (juin 1S56) par le don du produit d'une amende imposée aux habitants du marquisat de Saluées, Guise venait d'ajouter à ses nombreuses propriétés la seigneurie de Grignan, ainsi qu'il en a été fait mention précédemment, et le comté de Nanteuil (14 juin 1555) moyennant la somme de deux cent soixante mille livres tournois, dont cent cinquante mille payables aux héritiers de la comtesse, après son décès,

(1) Mémoires de VieUlwille, liv. VI.

{t)MénuiirH^i>unum9dudmdeGfiMe,

soixante mille «à Taequît de ses dettes» et le reste comptante Quelques moments plus lard (18 novembre 1556), le duc allait augmenter encore la masse de ses biens par Faequisition, à François de Cadenet, de la baronnie d* Argillières et de ses dépendances en échange des terres de Lambesc, d'Orgon, d'Esgallieres, de Guye, de Vallebonat, etc., en Provence, sur lesquelles il se réservait toutefois le droit de foi et hommage et la faculté de rachat, au prix de quarante six mille livres tournois payables au sieur de Gadenet ou à ses héritiers 3.

L'irritation cependant s'était élevée au plus haut point entre l'Espagne et la cour de Rome. Le pape avait eu recours aux procédés violents envers les agents de l'empereur; pour y répondre, le duc d'Albe, à la tète de huit mille Italiens, de quatre mille Espagnols, de six cents hommes d'armes et de douze cents chevau-légers, pénétrant dans les États pontificaux, s'était emparé déjà de plusieurs places et campait à vingt milles de la capitale. Â la nouvelle de ces hostilités, le pape fit saisir et renfermer au château Saint-Ange Loffredi, ministre de l'empereur, qui demeuré dans Rome, malgré les ordres de son maître, au delà du terme de sa mission, ne justifiait qu'en partie, par cette obstination, une manière d'agir aussi brutale ^

La politique des princes lorrains avait partout reconquis l'avantage, à tel point que le roi résolut* de rompre les trêves;» et, par le retour de son frère, le duc de Guise voyait plus que jamais légitimée sa devise : Chacun 8on tour*.

(1) Mss. delà Bibl. nat., âuppl. français, 2725, cartaU de Joinvilie.

(2) Idm.

(3) Histoire de Henri II, par Lambert, liv. III.

(4) Commentaires de Montluc, liv. IV.

Le crédit du dnc de Guise était presque tout-puissant ; aussi chacun avait-il recours à ce prince. Sa belle-njère, Renée (}e France, l'implorait

Ce fut à Reims» où le roi et le cardinal s* étaient rendus à Toceasion de l'assemblée des trois États de Yermandois, que Charles de Lorraine appliqua ses efforts pour ramener Henri U à ses vues. La guerre semblait donc devoir reprendre, vive, opiniâtre, véritable guerre des Guises, dont le monarque ne faisait en quelque sorte qu'endosser la responsabilité, pour laquelle c on cherchoit argent de toutes parts et on imposoit < de terribles daces et subsides sur tout le royaume ^; » guerre que ces deux frères seuls avaient rendue inévitable, dont ils n'attendaient que des triomphes, dont ils se promettaient de récolter à leur profit les fruits séduisants.

Prévoyant qu'ils seraient désormais appelés à prendre la principale part à tous les grands événements politiques, persuadés avec raison que leur séjour habituel à Paris devait être une des conditions comme l'un des résultats de l'influence prépondérante qu'ils cherchaient à s'assurer, les Guises songeaient sérieusement dès lors à se créer dans la capitale une résidence où ils pussent déployer un éclat proportionné à leur position et agir même directement sur l'esprit des habitants, non moins que sur celui de la cour, par la combinaison de leur luxe et de leur continuelle présence.

Anne d'Est, en son nom comme en celui de son époux, avait commencé par acheter» moyennant la somme de seize mille livres (le 14 juin 1553)*, de Philibert Babou de la Bour-

fréquemment, tant alors, « se trouvant en extrême besoin et nécessité, » pour ses propres affaires et pour l'acquittement de la pension de dix mille francs que le roi lui avait accordée mais ne pouvait lui payer depuis cinq ans, que plus tard (155S), en faveur de ses deux fils partis contre le gré de leur père, pour venir se mettre au service de France où elle désirait qu'ils fussent avantageusement admis par Pintercession de son gendre. (Mss. Gaignières, v. 329.)

(1) Mémoires de VieillevUle^ liv. VL

(2) Mss. de la Bibl. nat., suppl. français tl^Hy cartulaire de Joinville.

daisière, évèque d'Angoulème, agissant pour son père, < une

< grande maison contenant plusieurs corps d'hostelz^estables,

< courtz et jardins, » située rue du Ghaun^e* et dite hôtel de la Miséricorde^, ou hôtel de Clisson, du nom du connétable Olivier qui l'avait fait bâtir '. Cette maison» aussitôt appelée hôtel de Guise, fut cédée ensuite (7 octobre 1556), par donation du duc et de la duchesse, au cardinal de Lorraine qui, le 14 novembre suivant, la transmit lui-même à soh neveu Henri, prince de Joihville, à charge de substitution perpétuelle à rainé de ses descendants mâles et avec obligation d*en laisser la jouissance à ses père et mère, leur vie durant. Mais une telle habitation, à elle seule, ne répondait pas aux splendides vues des princes lorrains; et le cardinal avait fait cession à son frère et à sa belle-sœur (le 11 juin 1556), également sous condition de substitution, de Thôtel de Laval, situé au coin des rues du Ghaume et de Paradis. Gharles de Lorraine possédait, par suite d'une donation à lui faite par feu Jean Brinon, seigneur de YiUaines, conseiller au parlement, cette maison que sa position rendait tout à fait un objet de convenance pour les Guises, car une étroite ruelle seulement la séparait de Fancien hôtel de Clisson. Ce n'en était pas encore assez toute- W pour composer un ensemble tel qu'ils le désiraient; et leur plan fût demeuré incomplet si le cardinal n'eût acquis ensuite, par moitiés (en 1557 et 1561), la maison de Louis Doulcet, attenante à l'hôtel de Guise, tandis que le duc, son frère, se rendait possesseur (15 janvier 1560) de l'hôtel de la Roche-Guyon, rue Barbette, aboutissant par derrière à sa propre demeure et appartenant à Louis de Rohan, comte de

(1) Où sont actuellement établies les Archives nationales.

(2) Antiquités de Paris, par du BreuiL

(3) Paris piUùresqm^ tome II, article Sur l'hôtel de Soubise.

DES DUC&f DS &UISE. $47

MontbazoD, gentUhoinine de la chambre du roi. Le contrat d'acquisition de cette dernière propriété se trouve compris dans une transaction faite, entre le duc de Guise et le comte de Montbazon, relativement à plusieurs procès et différends qu'ils avaient eus ensemble, tant à cause de successions, survenues au duc par la mort de Jean, de Louis et de Charlotte d'Armagnac, qu'à cause d'une somme de quarante*six mille livres qui lui avait été adjugée contre le sieur de Gyé *.

De la réunion de ces divers bètimenls, tous à peu près contigus, les princes lorrains, au moyen de quelques travaux, devaient se constituer une vaste demeure, un véritable palais auquel l'avenir réservait d'être le quartier général d'une menaçante domination, et que leur famille conserva jusqu'en 1697, époque où François de Rohan, prince de Sôubise, l'acheta des héritiers de la dernière duchesse (mademoiselle) de Guise ».

Pour approprier à leur habitation ces constructions de formes et de dimensions différentes, les Guises eurent à faire élever la façade qui régnait le long du passage conduisant à la rue Vieille du Temple. L'aile qui fait l'angle de la rue du Chaume et de celle des Quatre-Fils fut également bâtie de leur temps. D'après leurs ordres, Nicolo décora de peintures à fresque les murs intérieurs de la chapelle, et les croix de Jérusalem (communément appelées croix de Lorraine) ornaient naguère la rampe de l'escalier montant aux appartements qui donnaient sur la rue du Chaume'. Deux tourelles, au-dessus d'une porte latérale, datent encore de l'époqde des Guises.

Ne négligeant jamais aucun moyen de frapper l'attention publique par leur éclat dans tous les genres, les membres de

(1) Mss. de la Bibl. nat.,suppl. français 2725, cartolaire de Joinville.

(2) Paris piUoresque^ Pbdtel de Sottbise.

(3) Idem,

cette illustre famille avaient saisi, au commencement de l'an* née 1556 (ravant-dernier mardi du carnaval), une solennelle occasion de déployer la pompe la plus éblouissante et la plus conforme à leur rang comme à leurs prétentions, en célébrant, avec un appareil presque merveilleux S l'union du comte de Vaudémont, tuteur du jeune duc de Lorraine, son neveu, avec mademoiselle de Nemours. La toilette des princesses, étincelante de pierreries d'une extrême valeur qui rehaussaient la richesse de leur robes de toile d'or et d'argent, avait donné à la salle du 6al, éclairée de nombreux flambeaux, l'aspect d*une véritable féerie. De son côté, le duc de Nemours, frère de la mariée, à la tète d'une troupe de vingt seigneurs vêtus avec l'élégance la plus recherchée, s'était attiré l'admiration imiverselle. La cour entière, avide de fêtes, s'était empressée d'assister à ces noces, presque royales, qui s'accomplirent à Fontainebleau et qui furent suivies de celles de mademoiselle de Vieilleville avec le comte de Duilly, de la maison du Chàtelet, fils du grand*sénéchal de Lorraine, gouverneur du jeune duc. Une égale magnificence s'y reproduisit avec quelque variété ; et, pour ajouter encore un lustre particulier à ces réjouissances, le roi, cédant à son inclination dominante, y courut jusqu'à huit fois la bague.

La malignité des courtisans n'avait pas manqué cependant de remarquer que Henri II ne s'était point associé par une participation aussi personnelle et aussi familière aux fêtes du mariage de l'oncle futur de sa seconde fille * ; et de cette faveur accordée, de préférence, à la famille d'un sujet, il avait bien pu résulter quelque jaloux mécontentement dans l'esprit des princes lorrains. Mais de ces splendeurs frivoles, de ces somp-

(1) Mémoires de VieiUemlle^ liv. VL

(2) Madame Claude de France, dont la main était destinée au duc de Lorraine. .

tueuses cérémonies, des légers nuages qui semblaient peutêtre les obscurcir, les Guises songeaient surtout à passer aux événements sérieux, à Téclat profitable des victoires, à la brillante conquête des couronnes.

L'ordre fut d'abord donné à Montluc de se joindre en Italie, avec deux mille fantassins gascons, au maréchal Strozzî, commandant un corps de six mille hommes, pour marcher sur Rome qu'il s'agissait de rassurer contre les entreprises des Espagnols. La garde des remparts de la capitale du monde chrétien se trouva ainsi confiée aux soldats français, et le souvenir du siège de Sienne redonna courage aux habitants. Bieii que la présence de nos troupes empêchât l'ennemi d'attaquer Rome , même, Ostie et Tivoli n'en étaient pas moins tombés entre ses mains ; et, malgré l'animosité croissante des deux côtés, les partisans de la paix parvenaient pourtant à obtenir une suspension d'armes de dix jours qui, à partir du 49 novembre, fut prolongée de quarante autres, par suite de conférences secrètes entre le duc d'Albe et Caraffa. « On eut quelque raison € de penser quele cardinal-neveu, qui ne fournissoit que trop « sujet de se méfier, étoit convenu avec le général ennemi de € toutes les trahisons qu'il méditoit contre la France *. »

François de Lorraine lui-même se montrait offensé de l'ombrage témoigné par le cabinet pontifical au gouvernement de Henri IL « A dire la vérité, écrivait-il de Varennes (le 29 no- € vembre)au connétable, de dépendre * tant pour la protection € de personnes qui ne tâchassent qu'à faire leurs affaires et ne « se fiassent à ceulx n^smes qu'ils ont appelés à leur secours € il n'y auroit poinct d'apparence'. »

(1) Histoire de Henri II, par Lambert, liv. Ilf.

(2) Dépenser.

(3) Mss. Gaignières, v. 330, fol. 43.

m HISTOIRE

Pendant que ces faits se produisaient» le roi avait pourtant a délibéré envoyer armée sous le duc de Guyse..**. ne restant « en cour que Charles et de Guyse, cardinaux, pour Tentretec nir en un pareil dessein ^ » Le premier de ces prélats correspondait avec les généraux de l'intérieur, avec les envoyés au dehors, leur donnait ou transmettait des instructions, en recevait des rapports. Le duc de Vendôme même réclamait mm appui et celui de son frère pour les choses qu'il désirait obtenir, pour les officiers qu'il protégeait. Le duc de Gyise, de son côté, écrivait à Deiavigne, ambassadeur près la Porte, pour Tenga^r à obtenir du sultan une diversion favorable à l'expédition en Italie; et ce diplomate, disposé à seconder ses désirs, ne négligeait pas non plus les petites attentions à son égard, lui envoyant tantôt des présents pour la duchesse son épouse, tantôt, pour lui-même, des bonnets de Turquie dont, par parenthèse. Guise remarquait minutieusement, dans sa réponse, qu'une partie s'était perdue en route*.

Au bruit de l'arrivée prochaine d'un capitaine aussi admiré de l'Europe entière, les Espagnols s'étaient émus ; Milan avait été fortifié; Crémone, Pavie, Lodi, Asti, Valenza, Florence, Pise, presque toutes les villes du nord de la Péninsule avaient reçu des garnisons imposantes. Le duc d'Albe, s'éloignant de la campagne de Rome, allait, à la fin de décembre, dans les Abruzzes pour « donner ordre à la frontière de ce costé et sur- < prendre, s'il lui étolt possible, quelques-unes des places de • l'église, comme Ascoli et Fermo, afin de fermer aux Fran- « çois l'entrée du royaume de Naples. »Tout cela se passait sous

(1) L'Histoire de France^ enrichie des plus notables occurance^, etc., par la Popelinière.

(2) Lettres des duc et duchesse de Guise au sieur Deiavigne. (Portefeuilles de Fontanieu, v. 284.)

la seule frayeur du nom de Guise^ Profitant de Tabsence momentanée du général en chef espagnol, le maréchal Strozzi cependant, avec six mille honmies d'infanterie, huit cents chevaux et six pièces de canon, était rentré dans Ostie après une attaque qui coûta la vie au fils de Montluc, jeune officier plein de mérite et d'audace.

En même temps que se préparait Fexpédition de François de Lorraine, les hostilités avaient repris en Picardie, au préjudice particulier du duché de Guise dont les bois étaient dévastés par les troupes allemandes^. L'amiral de Coligny, gouverneur de la province, ayant tenté vainement d'exploiter une occasion qu'il croyait favorable pour surprendre Douay, s'était dédommagé de l'échec éprouvé devant cette place par la prise et l'incendie de la petite ville de Lens. Aucune déclaration de guerre en forme n'avait précédé l'action de Coligny, et, pour la justifier, la France venait de publier un manifeste dicté par le cardinal de Lorraine : reproduction officielle de tous les griefs énoncés déjà par ce prélat, devant le conseil du roi, contre les impériaux, au sujet des infractions commises par eux, a diverses époques, aux traités et aux trêves.

Ce fut dans les derniers jours de novembre (15S6) que, malgré les rigueurs de la saison, Guise, rempli de chimériques espérances , quitta la cour, et, d'après les ordres pressants de Henri II, s'élança vers l'Italie qui « l'attendoit en € grande dévotion, comme son libérateur, ministre et exécu- « teur de la grande et honorable entreprise du Roy'. » Il était accompagné de deux de ses frères, le duc d'Aumale qui, de Mauny, où il résidait avec sa femme, l'avait fait supplier

(1) L'Histoire de France, etc., par la Popelinière.

(2) Mss. Gaignières, y. 442, foi, SI, 85.

(3) Idem, fol. 95 ; lettre de M. d'Avanson.

d'avoir souvenance de lui, d'employer ses services, et auquel allait être confiée la direction de Favant-garde et le marquis d'Elbeuf S récemment signalé par son courage à la tête d'une partie de la cavalerie légère dans la campagne de Picardie, particulièrement aux combats de Germigny et de Givet*, destiné cette fois à commander les Suisses. Les bandes françaises étaient placées sous les ordres du duc de Nemours. Avec Guise, € merveilleusement aimé et suivi de toute la noblesse^,» marchaient encore Claude de la Châtre, François de Vendôme, vidame de Chartres, le comte de Nancay, Jacques de la Brosse, le sieur de Sipierre, mestre de camp de la cavalerie légère, la Molle et Tavannes, maréchaux de camp de l'armée. Enfin la double renommée des vertus guerrières de ce prince et de la générosité de son caractère avait attiré sur ses pas un nombre de gentilshommes « tel qu'il se pouvoit vanter ^voir « prez des deux tiers de la noblesse de France, » à la seule exception des partisans de Coligny. Tous ces seigneurs se rangeaient sous ses ordres avec le désir d'apprendre d'un si grand capitaine le périlleux métier des armes et d'acquérir une gloire dont ils savaient qu'il ne serait point envieux. L'honneur de le suivre avait donc été généralement brigué à la cour, et c'était avec douleur que quelques-uns s'en voyaient privés. Des Espagnols même s'étaient offerts pour lui servir de guides et pour provoquer la défection de plusieurs compagnies an service de l'empereur ^.

(1) Le marquisat d'Elbeuf ne fut érigé en^duché qu'en 1581 .

(2) Le grand prieur, embarqué à Toulon, tenait pendant ce temps la mer, sur les côtes d'Italie, avec dix-sept galères, et agissait particulièrement pour soutenir et ravitailler l'île de Corse dont les Grénois disputaient la possession aux troupes du roi de France.

(3) Mémoires de la Chastre,

(4) L'Histoire de France^ etc., par la Popelinière.

(5) Mss. Gaignières, v, 4lO, fol, 71.

DES DUCS i)Ë ÙVliË, â5â

Doùliànt ordre à toutes choses, le duc de Guise avait reçu à Lyon les comptes de Prunier, chargé de ses affaires en Dauphiné, et remis à Daragon « une commission pour signer et « prendre garde en sa chancellerie de deçà *. »

Sur sa route, chacun s'efforçait d'obtenir l'honneur de le recevoir chez soi. A Moulins c'était Vîlleneufve, à Lyon d'Elbène et le sénéchal. La duchesse l'avait reconduit jusqu'à la pre* mière de ces villes, et là s'était séparée de lui pour près d'une année*. •

Guise était muni de deux pouvoirs de lieutenant général de l'armée de la sainte Ugue, l'un pour le duc de F^errare, l'autre pour lui-même en l'absence de son beau-père, d'une autorisation pour accepter, au nom de Henri II, en faveur du fils de

(1) Mss. Gaignières, v. 410, fol. 143 et suiv.

(2) Une malveillante tradition a donné lieu de prétendre que • M. de « Guise, en revenant d'Italie au mois d'octobre 1557, trouva sa femme « enceinte, laquelle il n'avoit vue puis un an. » (Registre des officiers de la ville de la Rochelle, v. 2, fol. 1031 ; Remarques sur le CatolicoUy imprimé à Ratisbonne en 1696.)

« n y a bien de l'apparence que Brantôme parle de Anne d'£st, duchesse « de Guise, lorsqu'il dit qu'une princesse étrangère se laissa rendre grosse « par Henri II, pendant un voyage de quatorze mois que son mary fit en « guerre étrangère. C'étoit celuy d'Italie, qui commença en 1556 et finit « en 1557. > (Mss. de la Bibl. nation., cabinet des titres, carton des Guises, notes à la suite d'un mémoire donné au roi, à Fontainebleau, le 8 novembre 1687, par le duc de Montausier.) Mais ces récits ne sont-ils pas infirmés par les faits, puisqu'il paraît certain (voir l'histoire généalogique des grands officiers, par le P. Anselme) que la duchesse de Guise accoucha, le 15 avril 1557, d'un fils nommé Antoine, qui mourut le 16 janvier 1560?

Les ennemis des Guises ont, à plusieurs reprises et dans divers ouvrages, cherché à établir que des relations intimes avaient existé entre Anne d'Est et Henri II. Ils aimaient peut-être à voir dans les infidélités supposées de cette princesse des représailles de la légèreté conjugale du duc de Guise « qui, dit d'Auvigny ( Vies des hommes illustres, tome X, p. 437), • avoit toujours eu une foule de maltresses. •

ce monarque» l'investiture des royaumes de Naples et de Sicile, sous le serment de fidélité et d'obéissance au saint-siégeS et enfin d'une lettre du roi au pape, annonçant que François de Lorraine a représentoit ung autre lui-même » et Taccréditant comme négociateur.

Les forces qu'il allait commander devaient comprendre quatre mille fantassins français, en vingt-quatre enseignes, sous le duc de Nemours ; six mille Suisses, en un pareil nombre d'enseignes, sous le colonel Frlilich; cinq cents hommes d'armes^, en sept compagnies, savoir : cent de la sienne propre et le reste foi^rni par celles du duc d'Aumale, du prince de Ferrare, du duc de Nemours, du prince de Salerne, de messieurs de Montmorency et de Tavannes; six cents chevau^ légers, en quatre compagnies : celles du marquis d'Elbeuf et du sieur de Sipierre de deux cents et celles de Biron et de la Roche-Posay de cent chacune.

t Ayant vaincu par une constante et opiniâtre patience l'as- ( prêté de l'hyver et les difficultés des Alpes ^, nonobstant les c insupportables froidures et passions que ceste saison traioe « communément après elle*, » l'armée et son général arrivèrent à Turin, en janvier 1557, • quasi comme ung miracle ^.> Dans cette pénible expédition, entreprise « à grandes journées,

(1) Mss. Dupuy, V. 160.

(2) Par suite d'augmentations établies en 1549 : L^bomme d'armes recevait, par quartier, cent-neuf livres ; , L'archer, cinquante-quatre livres dix sous;

Le chevau- léger devait recevoir, par mois, vingt- cinq livres ; L'arquebusier morionné, huit livres.

Avant 1549, l'homme d'armes ne receyait, par an, que cent quatre-vingts livres. (Portefeuilles de Fontanieu, v. 281.)

(3) La Popelinière.

(4) Commentaires de Rabutin.

(5) Mss. Gaignières, v, 410, fol. 82,

c forçaBt le temps et la saison,» et où Ton fut obligé de mettre c double atirail de chevaulx à nostre artillerie, sans pouvoir « lui faire faire en huit jours ce que eussions bien peu, en « autre saison, en trois S » le duc de Guise avait multiplié les preuves de sa fermeté habituelle à supporter, non moins que les blessures, insignes du courage guerrier^ comme il les appelait^, la fatigue, la faim, la soif, ne se laissant surpasser à cet égard par aucun des simples soldats.

Gardien scrupuleu]iL de la discipline militaire, non seulement il ne se rendait pas redoutable aux pays qu'il traversait, mais plutôt il y faisait attendre avec joie le passage de ses troupes et poussait même si loin la sévérité qu'on rapporte que, pendant qu'il se trouvait encore parmi les habitants des Alpes, il ordonna inflexiblement de pendre un soldat coupable du vol d'une poule : rigueur dont il s'affligeait, n'ayant jamais puni du supplice un tort aussi léger, et qu'il regardai pourtant comme indispensable, en raison de l'indigence de ces peuples^.

I/année avait été extraordinairement stérile en foin et paille qui manquaient depuis Montmeillant jusqu'aux montagnes. Dans cette étroite et profonde vallée nul cours d'eau, nulle voie carrossable ne permettait à ces denrées, dont on avait besoin, d'arriver des contrées voisines. Du reste, tous les préparatifs possibles avaient été faits. Vingt bateaux pour construire des ponts se trouvaient eu état dès .la fin de novembre ; douze cents sacs de blé, trois cents paires de bœufs pour les charrois étaient réunis d'avance, à grands frais, par les soins reconnaissants du premier président du parlement de Savoie^*

(2) Vita Francisd Guisiœ, Papyrio Massone Foresio auctore.

(3) Idem.

(4) Mss. Gaignières, v. 428, foU 113.

:\:,ù HISTOIRE

Les six mille Suisses de nouvelle levée se rassemblaient à Su2e le 20 décembre ; quatre mille autres devaient partir quinze jours plus tard pour occuper le Piémont d'une manière permanente, mais, faute de fonds, l'important service de leur solde n'était pas facilement assuré.

Les compagnies des ducs d'Aumale, de Nemours et du prince de Saleme se mirent les premières en marche. De Turin, qu'il quitta le 9 janvier 4557, en passant par Chivasco et Saint-Ja, Guise était arrivé, avec la plus grande partie de ses forces, à Tricerro, entre Vercelli et Trino, avait franchi le Pô, près de Casai, et il fit transporter en bateaux le reste de sa petite armée jusqu'à Ponte-Sture, place fortifiée par le duc d'Albe, un an auparavant, à l'époque de la prise de Vulpiano. Après l'avoir munie de tout ce qui pouvait y devenir nécessaire, il en institua gouverneur Emmanuel de Luna, sous les ordres duquel la garnison eut plusieurs occasions de se sign&ler par des sorties avantageuses.

Le premier fait d'armes qui marqua la présence de Guise en Italie, et qui donna à son armée « un bon pied dans le duché de « Milan,» fut la rapide conquête de Yalenza, défendue par deux mille Espagnols, Italiens et Grisons. S'étant présenté devant ses murs, le 17 janvier, il « feyst, ainsi que lui-même l'écri- « vait à M. de Saint-Laurent, le 23, porter parole à ceulx de

< ceste ville luy donner passage et logis à couvert pour son € armée lassée à travailler et qui n'avoit besoin que de rafrai-

< chissements, avec asseurance que plus tôt son dict passaige

< leur apporteroit prouffit que incommoditéz. » Les habitants refusèrent néanmoins en disant qu'ils ne laisseraient entrer les Français que si ces derniers étaient les plus forts. Irrité dé cette réponse, le duc, pour en tirer vengeance, t entre deux

< inconvénients » choisit le moindre et, risquant la vie de vingt ou trente hommes, dans un combat, plutôt que celle

d'an millier, par l'effet du mauvais 0te, ordonne d'élever, à la hâte, une plate-forme qui domine les murailles. Il y établit une batterie, et, après avoir fait brèche, au bout de quatre jours d'attaque, pendant lesquels c les soldatz avoient campé, c l'eau aux jambes S » il somme, mais inutilement, les commandants, Alexandre de Garpègne et Horace Spolverino, de rendre la place. Les Gascons alors s'élancent à l'assaut, tandis que les Suisses et la cavalerie demeurent à la garde du camp, et, du premier choc, la ville est emportée au cri de Vive le papel Les ennemis veulent opposer encore quelque résistance dans l'intérieur, mais la citadelle même, où s'étaient retirées sept enseignes d'Italiens et deux de Grisons, tombe le lendemain au pouvoir des Français, et le duc, sans leur avoir fait aucun mal, renvoie en liberté, sous condition de ne plus servir contre le roi, les soldats désarmés et pourvus de feuilles de route et d'argent.

Guise avait d'abord proposé à Henri II de réparer cette ville importante, ainsi que celle de Basignano, située au confluent du Pô et du Tanaro, et, en y postant, de même qu'à Gasal, une forte garnison, de faire de ces trois places « une frontière € à son Piedmont et le mettre en une bien grande seureté «. » Mais il eût fallu pourvoir immédiatement à la dépense nécessaire, et la destruction des murailles fut résolue par économie. Cependant, selon le désir du pape, au nom duquel se faisait cette guerre ^, on laissa subsister la citadelle.

(1) Mss. Gaignières, v. 410, fol. 82.

(2) Lettre du duc de Guise au roi, Mss. Gaignières, v. 410, fol. 103.

(3) Le. roi d'armes et les trois trompettes du roi portaient sur leurs cottes, au lieu des armes de France, les clefs et armes du pape entourées de ces mots : Henrkus Dei gratia^ Francarum Rex ac ptotector sanclœ matris ecclesiœ.

il en était également ainsi de la cornette du duc de Guise qui lui-même , dans ses ordres du jour et autres actes officiels, preoait le titre de > lieu*

a58 HISTOIRE

Après la prise de Valenza, Hadruce, cardinal de Trente, lieutenant de Tempereur dans le Milanais, fut assez audacieux pour sommer Guise de remettre cette ville entre ses mains, sous prétexte que les Français ne s'en étaient rendus maîtres qu'au mépris de la trêve. Le duc répondit au cardinal qu'il n'existait plus de trêve, que les impériaux l'avaient rompue en faisant tirer sur ses soldats et en en blessant plusieurs; qu'en outre, comme les troupes qu'il commandait étaient à la disposition du pape , bien autorisé à rendre à Philippe II la guerre que ce monarque lui faisait dans la campagne de Rome, il fallait, à ce sujet, s'adresser à sa sainteté elle-même.

En s'élançant des premiers à l'assaut, le duc d'Aumale s'était signalé dans cette action, comme il le fit peu après à l'attaque du fort c de Lance situé en un lieu quasi inaccessible « et merveilleusement difficile à aborder. On l'y vit tirer avec « les soldats, à force de bras, et monter l'artillerie en un lieu CI fort haut et éminent pour trouver le moyen de battre le € château *. »

Le conseil de guerre tenu à la suite de cet heureux début opinait, selon l'avis très sagement motivé de Brissac, en faveur de la concentration préalable, dans le Milanais, des opérations auxquelles ce maréchal eût pu avantageusement concourir. L'occupation du duché ne présentait point de difficultés sérieuses, et le duc d'Albe, attiré par la nécessité d'y porter du secours, aurait été forcé d'abandonner les États pontificaux, ce qui remplissait les intentions du roi. Mais Guise, accoutumé dans les conjonctures importantes à re-

« tenant de sa saincteté et Roy très-chrestien et capitaine*génôral en « l'armée de la saincte Ligue.» (Mss. Gaignières, v. 380, fol. 71.)

(1) Les tombeaux et discours des faits et déplorable mort de très débonnaire et très magnanime prince Claude de Lorraine^ due d'Awnakt etc., par Jean Helvois de Beauvoisis.

DES DUCS DE CUISE. $i9

cueiUir d'abord, un à un, les sentiments d'autrui, puis à ne conclure que d'après lui-même*, s'arrêta au parti contraire. Il avait à plusieurs reprises* reçu de Henri II l'ordre pressant de marcher en avant et de se diriger sur Rome pour aller assister le pape. La cour de France, en effet, venait d'être consultée; Boivindu Villars, secrétaire du maréchal de Brissac, était allé y exposer les vues prudentes de son maître, tandis que Guise, dépéchant un courrier à son frère, l'informait de sa situation et de ses désirs. L'influence persuasive du cardinal de Lorraine, secondée pçr la duchesse de Yalentinois et par la reine elle*même, triompha encore cette fois de l'opposition du connétable et du maréchal de Saint- André , en représentant à Henri II qu'il était de son honneur, autant que de son avantage, de tenir scrupuleusement les promesses faites à Paul lY et que la possession du royaume de Naples offrait assez d'importance pour mériter qu'on ne manquât point d'empressement à se l'assurer. Du Yillars revint donc, rapportant six mille écus pour fortifier Yalenza, mais disant que « l'intérêt et la passion des particuliers fondés sur les fallaces « et incertaines espérances avaient eu puissance de renverser t celles qui étoient solides, utiles et honorables, à la ruine de a l'État». »

Serait-il juste d'admettre au nombre des causes qui déterminèrent la résolution du duc de Guise une frivole inquiétude de se voir, tant qu'il demeurerait dans le Milanais, ravir le commandement^ par son beau-père, le duc de Ferrare, reconnu généralissime des troupes du roi en Italie, mais tout à fait décidé à renoncer aux fonctions de ce titre, si, pour les

(1) Vita Frandsci Guisiœ^ Papyrio Massone auctore.

(2) Mss. Gaignières, v. 410.

(3) Histoire de Henri II, par Lambert, liv. IV.

(4) Vie de François de Lorraine, duc de Guise, par Valincourt.

d60 HISTOIRE

exei'c6i% il lui eut fallu s éloigner de ses États et accompagner l'année dans le royaume de Naples?

Quoi qu'il en fût, au surplus, des sentiments qui l'inspiraient, la décision du due de Guise une fois arrêtée, Brissac, toujours aussi loyal qu'habile et courageux, feignit, pour favoriser la marche dece prince, de se porter sur Milan, àla tête de dix mille hommes, et, par cette heureuse démonstration, occupa le marquis de Pescaire qui se disposait à barrer le passage à l'armée française. Il était convenu qu'ensuite « le maréchal et autres « chefs ordonnez en Piémont retoumeroyent à Turin et fe- € royent le plus de courses qu'ils pourroyent sur les terres de c l'ennemie»

Guise, au bout de quelques jours passés à Yalenza, après avoir mis une bonne garnison dans Saint-Ja, dont il donna le commandement à Louis de Birague, franchit le Tanaro, sur un pont de bateaux, à Basignano, puis, faisant une marche assez pénible à travers la Lomelline, parvint, par la voie Emilienne, dans le duché de Parme, t sans aucun préjudice pour < le bon ordre qu'il donna au descampement et conduite de t son armée à laquelle furent fournis vivres au Placentin par t le commandement du duc, Octavien Farnèse : que le duc t de Guyse fit payer, faisant expresse déffense aux soldats de « ne faire aucun tort aux sujets de ce prince*. »

Du camp près le Bourg-Saint-Denis, il s'était annoncé, le 10 février, au duc de Parme et lui avait envoyé un bref du pape relatif au passage de l'armée française par son duché ; en outre, il lui avait demandé, ainsi qu'au cardinal Farnèse, un rendezvous pour conférer ensemble.

Guise recevait, vers le même temps (mars 1557), par l'inter-

(1) La Popelinière.

(2) ïdm.

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médlairedu connétable de Montmoreney, la recommandation de publier, partout où il en verrait le besoin, un discours, rédigé par ordre de Henri II, pour disculper ce monarque du reproche que lui adressait perfidement l'empereur d'avoir le premier rompu la trêve et recommencé les hostilités ^

Nos troupes passèrent donc t le reste de leur droict chemin € jusqu'auxterresdu duc de Ferrare sans aulcune résistance et c avec telle abondance et de vivres et aultres choses commo-* c des au voyeige que partout où se dressoit le camp sembloit € une foire et apport de marchands, en quoy est grandement à c louer la bonne police qui se tenoit ; de sorte que rien ne fut c jamais pris sans paier qu'avec punition et chastiment de cel- € luy qui Tavoit faict. Les vivres nous furent de quelque peu € renchéris sur le Ferraroys tant pour le soulagement que c Ton leur vouloit faire, en faveur de l'alliance avec leur € prince, que pour n'estre le pays si bon *. >

Le duc de Guise pensait que ce début devait avoir une heureuse influence sur la suite de ses opérations, et il mandait à Saint-Laurent, ambassadeur de France en Suisse, que cceulx c qui estoient venus par deçà pour le service de l'empereur < donneroientsibon exemple à ceulx de la dicte ligue (helvétic que) et autres lieux par où ils passeroient qu'il y en auroit c bien peu qui eussent envie d'y plus venir à si bon marché'. »

Arrivé près de Ponte di Lenza, sur le territoire de Reggio, il rencontra son beau-père qui l'attendait avec un corps de six mille hommes d'infanterie, de huit cents de cavalerie et un grand approvisionnement d'artillerie et de munitions.

Le duc de Ferrare, c personne maltraitable ^, » à cheval,

(1) Mss. de TÂrsenal, Mémoires du duc de Guise, v. 2, fol. 110.

(2) Mss. Dupuy, V. 86.

(3) Mss. Gaignières, v. 417, fol. 136.

(4) Idem, v. 410, fol. 45 ; lettre de Tavannes au duc de Guise.

couvert d'une magnifique cotte d'armes, coiffé d'un casque enrichi de pierreries qu'on évaluait à plus d'un million d'écus d'or, reçut, plus en gendre qu'en général d'armée royale*, François de Lorraine qui, mettant pied à terre, lui offrit, de son propre mouvement et au nom de Henri II, le bâton, signe du commandement en chef. L'armée française, infanterie et cavalerie, rangée en bataille, fut alors, au bruit « d'une salve « de nostre artillerye et harquebuzierg accoustumé, » passée en revue parle duc de Ferrare qui la trouva fort belle, « comme « à la vérité, pour le chemin qu'elle avoit passé durant le plus « maulvais de l'hiver, il estoit quasi incroyable qu'elle se fust « peu conserver si fresche et gaillarde, tant d'hommes que de «f chevaulx*.»

Quoique ce vieux prince italien songeât moins à accepter le commandement qu'à s'excuser bientôt auprès des Vénitiens de sa facilité à adopter une périlleuse alliance avec le roi de France, il conduisit néanmoins à Ferrare le duc de Guise qui se détourna seul du chemin direct pour passer à la Mirandole. Les troupes, pendant ce temps, marchaient toujours vers Bologne, où leur général les vint retrouver et leur fit faire une halte de trois ou quatre jours, c tant pour reprendre un petit « allayne que pour avoir moyen de se remettre sus d'équipaige t etaccoustrementz». >

Guise n'avait tiré aucun renfort de son beau-père, « pour le c peu d'affaire qu'il en avoit maintenant et aussi qu'il se trou* t veroit si peu de vivres par où il avoit à passer ci-après ; » mais il se réservait, en cas de nécessité, de lui en demander, c pour son aide, suivant les traités, » et il en obtint, en effet.

(1) De Thou, liv. XVIII.

(2) Mss. Dupuy, V. 86.

(3)/(2am.

DES D0C6 DB ÛmSE. SéS

dans le cours de cette campagne, un secours de six cent mille écus dont moitié prêtée directement par Hercule d'Est, et moitié reçue « en dépost par sa protection *. »

Mais quelles furent la surprise et Tindignation du duc de Guise en ne trouvant à Bologne ni les troupes ni les ressources promises par le pape. Vainement s'emporte-t-il en plaintes amères vis-à-vis du cardinal-neveu qui Ty avait rejoint, qui, depuis son ambassade en France, lui avait fréquemment écrit des lettres cajolantes et dont la foi très suspecte ou Tinconcevable incurie cherchaient à se disculper par de vagues raisons. Caraffa alléguait pour excuses la brièveté du temps et la nécessité où s'était vu le pape d'employer ses forces à la garde des frontières du côté du royaume de Naples. Un nouveau conseil, tenu en présence de ce cardinal et du duc de Ferrare, allié devenu fort tiède, eut pour résultat cependant la continuation du mouvement de l'armée française vers la marche d'Ancône, où Caraffa, dans l'espoir d'apaiser Guise, l'assurait que se trouverait un corps de douze mille hommes, nouvellement levé par Antoine Tiraldo. Le duc exprimait le regret de poursuivre cette entreprise sur Naples sans «ëstre c asseuré du costé de Florence, comme il l'auroit faite de bon « cœur s'il n'eust point laissé cest empeschement derrière*. » Il s'avança néanmoins par Imola, Faënza, Gesena, Rimini, puis, ayant passé la revue de ses troupes, il les établit dans les plaines de Jesi, près d'Ancône, et les laissa sous le commandement de son frère, le duc d'Aumale, pour se rendre de .sa personne en poste à Rome, avec le cardinal Garaffa, dans l'intention de provoquer des explications de la part du pape sur l'étrange manière dont il avait observé ses engagements.

(1) Mss. Gaignières, y. 330, fol. 109.

(3) Lettre du cardinal de Toumon. (Mémokes^ournaux du duc de GuUe.)

Guise arriva vers sept heures, le jour du mardi-gras, à tra-> vers une foule joyeuse et empressée de contempler ce guerrier victorieux, ce champion héréditaire de TEglise, cet illustre frère de Tun des membres les plus célèbres et les plus considérés déjà du sacré collège.

Le pape avait envoyé à un mille au devant de lui le duc de Paliano, le marquis de Montebello, un grand nombre d*évéques, de gentilshommes, toute sa maison et les magistrats de la ville pour lui exprimer ses félicitations ^

L'entrée de Guise fut un véritable triomphe ; et , sous les honneui's extraordinaires qui lui furent prodigués, on s efforça d'étouffer l'explosion de ses justes reproches. Dès le lendemain, conduit à la basilique de Saint-Pierre, il reçut chevaUers de l'ordre Paul des Ursins, le duc de Paliano, qui jusque-là avait refusé de prêter serment de fidélité au roi«, et il accomplit cette cérémonie à la suite d'une messe solennelle c en la- < quelle sa saincteté commandast qu'il la servist. >

Comme représentant du roi, le duc de Guise avait été l'objet de tous les hommages de la cour de Rome ; comme prince lorrain, voulant témoigner hautement son dévouement à l'Eglise, il allait jusqu'à s'humilier devant le pape ; donnant aux cardinaux des marques d'un profond respect et poussant presqu'à l'excès la déférence envers les moindres prêtres 5.

Quant aux affaires, Paul lY, dans les audiences successives qu'il lui accorda, essaya de lui démontrer que ses plaintes n'étaient pas entièrement fondées, et, tout en exprimant de la

(1) Millet, secrétaire de Guise, faisait le récit de toutes les circonstances de cette campagne à la ducbesse alors à Nanteuil, et fournissait ainsi un complément détaillé à la correspondance de son époux.

(2) Histoire de Henri Ily par Lambert.

(3) Histoire Mss. de la maison de Guise, par Fornier, deuxième partie, Uv. I.

DES DUCS DE GUiSÉ. Wj

reconnaissance pour le secours que le roi envoyait, sous un général aussi habile, par une aussi mauvaise saison, «il con- « nivoit finallement en ceste obstination, subterfuges et dila- « tions qu'il faisoit tenir par ses ministres. »

La lenteur que le pape apportait à procéder à la déchéance du roi d'Espagne et à l'investiture de la couronne de Naples en faveur d'un fils de Henri II, ainsi que son inexactitude à te^ nir ce qu'on était en droit d'attendre de lui, paraissaient poUr voir s'attribuer à l'effet produit sur son esprit par la disproportion des forces peu considérables envoyées de France, visà-vis des redoutables préparatifs faits par les ennemis ^ Il insistait cependant, pour sa propre justification, sur ce que la conclusion de la Ligue devait réellement être considérée bien moins comme l'œuvre spontanée de sa volonté personnelle que comme l'accomplissement des vœux et le résultat des efforts du cardinal de Lorraine. Paul IV ajoutait que depuis lors le roi d'Espagne lui avait fait les offres les plus séduisantes pour le détacher de l'alliance avec la France, à laquelle il était néanmoins demeuré inébranlablement fidèle ; que le secours de Henri II s'était fait attendre pendant plus d'une année et avait ainsi laissé au général espagnol le temps de dévaster les États romains ; que le trésor de l'Eglise, épuisé par une guerre ruineuse, ne lui permettait pas en effet de remplir ses engagements avec une ponctualité absolue, mais que dans le nombre des seize mille hommes, dont le concours était promis de sa part, il n'avait jamais douté que les garnisons de ses places fortes ne dussent être comprises. Il termina en remarquant que le seul obstacle qui, sous les règnes précédents, avait fait échouer la conquête du royaume de Naples par les Français, c'est-à-dire l'opposition des papes, disparaissait complètement

(1) Lettre du cardinal de Ferrare au duc de Guise.

aujourd'hui et que les succès actuels des armes du roi le mettraient à même de triompher de tous ses ennemis.

Chaqiie jour presque voyait le débat se renouveler sur les mêmes bases. Quoique bien éloigné de se payer des mauvaises excuses alléguées par les Garaffa, Guise reconnaissait cependant que a leur évidente pauvreté et le mauvais ordre qu'Us c avoient donné à trouver argent les rendoient opiniastres et « les faisoient sortir assez souvent hors des termes de la rai* < son. » Effectivement , lorsqu'ils se voyaient à bout d'arguments, ils rompaient la conférence avec une sorte de colère et sans prendre de résolution.

Dans l'espoir de convaincre Guise par des faits mieux que par des paroles, le souverain pontife nomma des commissaires pour examiner la requête par laquelle son procureur fiscal lui avait proposé de déclarer le roi d'Espagne déchu de la couronne de Naples dont l'investiture était promise à l'un des fils de Henri II.

Le duc, reconnaissant de plus en plus toutes les chances défavorables qui accompagnaient son entreprise, tâchait du moins d'obtenir du pape la remise aux troupes françaises d'une de ses places, de Civita-Vecchia, par exemple, qui leur aurait offert les moyens de veiller efficacement à la sûreté du saint-siége. Guise fit donc observer à Paul IV que la France, éloignée des États romains, ne pouvait les secourir qu'à travers de graves difficultés et au prix d'énormes sacrifices, circonstances qui avaient déjà tourné à leur préjudice. Il indiquait, en conséquence, comme moyen de remédier à cet inconvénient, l'occupation immédiate du pays de Sienne où de nombreuses garnisons pourraient se tenir prêtes à couvrir le territoire de l'Église, sans avoir à parcourir une distance étendue et à effectuer le pénible passage des Alpes. Le pape semblait donner son approbation à ce plan sagement conçu,

mais il voulut d*abord en faire part au duc de Florence et s'assurer de Tagrément.de ce prince avant d'en autoriser l'exécution. Guise s'efforçait vainement de persuader au souverain pontife qu'avertir le duc d'un pareil projet c'était le faire échouer; Paul IV prétendit ne pas pouvoir permettre qu'on a^t par surprise dans une affaire qui le concernait, et Corne de Médicis consulté adressa au pape des expressions de dévouement et de respect auxquelles celui-ci se montra si sensible qu'il ne songea plus à donner aucune suite à l'idée de l'entreprise sur Sienne. On eut lieu de soupçonner que la restitution d'une sonmie de quatre cent mille écus, plus que tous les compliments du duc de Florence , renfermait le secret de l'excessive condescendance de Paul IV envers lui dans cette occasion ^

Les nouvelles venues par Raguse annonçaient cependant à Guise que la Porte faisait les préparatifs d'une puissante diversion contre l'empereur. L'armée navale, forte de cent vingt galères, allait agir à la demande et selon la convenance du roi. Les troupes de terre, sous la conduite de Méhémet-Bassa Beglerbey, devaient assiéger Agram, ainsi que les diverses places de Hongrie^. D'une autre part, il est vrai, on faisait grand bruit d'une levée considérable de troupes aUemandes pour le compte du roi d'Angleterre ; mais Gûise écrivait, un peu plus tard (du camp de la sainte Ligue, près Corropoli, le 26 mai 1557), à Saint-Laurent, que c'était t plus pour faire la myne € que d'effect'. »

Des lettres de l'évêque de Lodève, ambassadeur à Florence, pressaient aussi le prince lorrain (29 mars 1557) de ne pas

(1) Histoire de Henri 11^ par Lambert.

(2) Mss. Gaignières, v. 424, fol. 5.

(3) Mss. V. C. de Colbert, v. 391, fol, 51.

.168 HlStOIRE

prolonger à Rome un séjour préjudiciable < âU tloy et aiiK € affaires- mesmes, » et de prendre « à Fadvenir conseil et ré- « solution de luy mesme, > sous peine « de mettre sa réputa* « tion et les affaires du Roy avec son armée en grand danger, i

Après un mois consumé en stériles conférences, en efforts qui ne donnaient matière qu'à d'évasives réponses, Guise avait donc résolu de reprendre en personne l'offensive, et était re* parti, en poste, le lundi de la semaine sainte, ayant mandé depuis quelques jours au duc d'Aumale de se porter en avant avec Tarmée qu'il vint lui-même rejoindre dans les environs de Notre-Dame de Lorette. « Il y séjourna pour la dévotion de « la Madona jusques à la veille de Pâques qu'il vint coucher à « Civita-Nova, dix mil par deçà, où il feist ses pasques, et le « lendemain à Tentour de Ferme où il séjourna quasi le reste « de la sepmaine, attendant que nostre dicte artillerye vienne « par mer jusques au port du dict Ferme*. » Le défaut de moyens de transport par terre, pour les pièces et les munitions, aussi bien que de salpêtre et de charbon, pour confectionner les poudres, s'était fait péniblement sentir.

En Toscane cependant Montluc continuait de guerroyer avec beaucoup d'audace et quelque succès. Il s'était emparé d'assaut delà petite ville de Piance, voisine deChiusi; et là ses officiers lui ayant présenté comme trophées cent vingt chevaux de prise, il n'en avait voulu accepter qu'un seul, « coursier « de Naples, le plus beau et le meilleur d'Italie, » dont il fit présent au duc de Guise qui le lui envoya familièrement demander*. Le brave guerrier gascon , étant allé ensuite de

(1) Mss. Dupuy, V. 86.

(2) Il parait que Guise estimait particulièrement les chevaux napolitains et qu'il en faisait venir en France pour son usage ; car on trouve dans une lettre qu'un peu plus tard (V^ mars 1560) lui écrivait, de Tolède, révêque de Limoges, ambassadeur en Espagne, l'annonce de l'envoi d'un

Piance attaquer TAltezza, château fort, sitoé entre Monte-* Alcino et Bon-Convento, avait au retour risqué d'êlre pris par la cavalerie espagnole, et mérité, pour sa hardiesse, une flatteuse réprimande du duc de Guise qui le blâmait d'agir ainsi « en bon capitaine non en lieutenant de Roi, qui ne se doit « sans grande raison mettre en hasard*. »

Quant au prince lorrain lui-même, son séjour à Rome lui avait attiré des reproches plus sévères qu'équitables peut-être. On le désapprouvait de s'être laissé amuser^ pendant tout ce temps par d'inutiles conférences ; on supposait qu'il avait eu l'intention de féconder ces retards pour les intérêts de sa famille, de préparer les voies à son frère pour la succession au souverain pontificat; enfin son inaction prolongée était l'objet d'un blâme universel dont l'expression empruntait des formes tour à tour ironiques et odieuses. Quelle situation, disaient les uns, pour le duc de Guise, pour le général des troupes françaises, que de passer un mois au milieu des prêtres et des moines et d'accepter humblement la dernière place à la table des cardinaux! On rapporte qu'un certain maître des requêtes

passeport pour trente-sept juments et douze chevaux que le duc désirait tirer du royaume de Naples. (Documents historiques, règne de François II, page 300.)

(1) Commentaires de Montluc, liv. IV.

(2) « Car le cardinal Caraffa, scélérat s'il en fut oncques, Uiy donna de

• terribles traverses ; desquelles la première fut qu'il tint ce poure (pau- « vre) duc de Guyse, tout le mois de mars, qui est le plus propre de « l'année pour faire la guerre et caxnper, à cause de sa température en

• tout le climat, dedans la ville de Rome; l'entretenant de tous délices,

• festins, courtisannes, vierges «t femmes m^ées dont ce gouffre d'abo- « mination a accoustumé de fournir, pour, payK ce temporisement, attraper « du duc de Florence quatre cents mille escus, car il lui fist croire que le « roy de France luy envoyoit ceste grosse armée françoise pour l'exploic-

• ter à son plaisir ou en la Toscane ou à Naples, » {Mémoires de Vieilleville, liv. VÏI.)

tTO HISTOIRE

osa même ajouter l'action aux discours en s'asseyant, sans être invité, à l'un de ces repas, immédiatement au-dessous de Guise, afin, prétendait-il, qu'il y eût du moins quelqu'un après le commandant des armées du roi de France. Leçon de dignité qui, loin de blesser la fierté naturelle du duc, ne le frappa que par la présence d'esprit qu'elle révélait en son auteur, car la bonhomie qui, dans le caractère de Guise, s'unissait à tant de grandeur et d'énergie le mettait au-dessus de toute mesquine susceptibilité. D'autres, poussant l'humeur dénigrante jusqu'à la plus atroce calomnie, profitaient des lenteurs du général pour mander en France que sa valeur semblait ne plus avoir la même assurance et la même impétuosité.

Ces propos contre le duc de Guise devaient d'ailleurs reacontrer d'autant plus d'accès à la cour qu'il venait d'agir de manière à accroître l'animosité du connétable. Celui-ci avait, depuis longtemps, conçu l'espoir d'unir son fils aine à Diane d'Angoulème, fille naturelle du roi et d'une belle demoiselle piémontaise, nommée Philippe Duc* ; mais François de Montmorency , éperdûment amoureux de Jeanne de Pienne , de l'illustre maison d'Haluin*, s'était engagé avec elle par une promesse de mariage qui lui avait assuré la possession préalable des droits d'époux. Le connétable, dans le désir de faire casser cet acte, envoya vainement son fils à Rome ; et l'un des motifs principaux qui l'empêchèrent de réussir auprès de Paul IV fut l'opposition du duc de Guise, intéressé à traverser une alliance susceptible de devenir trop profitable aux Montmorencys '. Une lettre dans laquelle le cardinal de Lorraine, l'un des commissaires nommés pour procéder d'abord à Tinutile interrogatoire des deux jeunes gens, écrivait à son frère

(1) Histoire de Henri II, par Lambert, liv. IV.

(2)DeThou,Uv.XIX.

(3) Lambert, liv. IV.

â*eogager fortement le pape à ne pas accorder la dispense nécessaire, avait été, dit-on, dérobée au duc de Guise et portée à Henri II qui ne la laissa pas ignorer au connétable. L'autorité du monarque^ accorda alors, au surplus, ce qu'avait refusé le pape influencé par les princes lorrains ; et, en vertu d'un édit rendu contre les mariages clandestins, mais sévèrement critiqué comme ayant pour motif a d'autoriser une « action coupable^, » François de Montmorency, ne se trouvant plus légalement lié avec mademoiselle de Pienpe, enfermée au couvent des Filles-Dieu, put épouser la fille naturelle du roi, veuve d'Horace Farnèse, duc de Castro. « Leurs noces « furent célébrées avec une si grande magnificence que les « fêtes qui se donnèrent à cette occasion absorbèrent une « partie des fonds destinés à la subsistance des armées'. »

Toujours est-il qu'après l'arrivée en Italie de Strozzi et de Montluc avec quelques troupes, les environs de Rome avaient vu s'éloigner l'armée espagnole; que si donc Guise, malgré l'étonnement et le mécompte éprouvés en ne trouvant point prêts les secours promis par la cour pontificale, eût passé outre et poussé droit à l'ennemi, il aurait pu recueillir des résultats plus solides encore. Chaque moment perdu multipliait pourtant les difficultés. Le duc d' Albe, retiré sur le territoire napolitain, avait déjà reçu des renforts considérables et utilisé les loisirs qui lui étaient laissés pour mettre en état de défense toutes les places de la frontière, tandis que Guise, en se plaignant, dans sa correspondance avec le roi, « de la longueur « dont il lui estoit usé par deçà, » témoignait son méconten- € tement de ce que le pape lui avait imposé l'entreprise sur le

(1) De Thou, liv. XIX.

(2) Portefeuilles de Fontanieu, vol* 282.

(3) Lambert, liv. IV.

372 HISTOIRE DES DUCS DE GUiSE.

i royaume de Naples, en dépit de toutes les € remonstrances € qu'il lui avoit sçeu faire de combien nous estoît plus néces- « saire commencer par celle de Florence *. »

, (1) Mss. Gaignières, vol. 400, fol. 132.

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