CHAPITRE IV
FRANÇOIS DE LORRAINE, DUC DE GUISE ; CHARLES, CARDINAL DE LORRAINES- CLAUDE, DUC d'AUMALE.
Guise avait donc enfin quitté Rome au milieu du mois d'avril. Ayant rejoint son armée, à laquelle Antoine Tiraldo ne s*était cependant réuni qu'avec douze cents hommes nouvellement levés, il n'attend point rartillerie pour agir en qualité de lieutenant générai du roi de France et en celle de capitaine général des troupes papales qui lui manquent. Afin de reconnaître l'ennemi, il envoie en avant ses chevau-légers, soutenus par cent hommes d'armes en deux compagnies et par trois enseignes françaises, • tous arquebuziers, > sous la conduite de Tavannes et de Sipierre.
Arrivé, le 17 avril, devant Gampli, place des États napolitains, il fait aussitôt annoncer aux habitants qu'il vient leur procurer la liberté ainsi que celle du royaume, et il leur commande d'ouvrir les portes. Mais à leur refus ceux-ci ajoutent quelques actes d'hostilité ; et nos soldats, plantant immédiatement les échelles, s'él^cent à l'assaut par le côté qui fait face à la citadelle. Une résistance énergique les obliger d'abord à reculer; pourtant, d'un second choc, les Français exaspérés, redoublant d'ardeur et de furie, emportent la ville, Vépée à la • main, et y mettent tout à feu et à gang. Un butin dont la va-
leur s* élève à plus de deux cent mille écus d*or tombe entre leurs mains, et l'armée prend fort à propos possession de magasins remplis de vivres abondants.
Teramo se rend ensuite aux Français qui, par des courses continuelles, dévastent la vallée sicilienne et pillent ColonelUi, Ck)ntraguerra» Corripoli et Giulia*Mova.
Ce début avait « esté une curée à nos soldatz et donné tel « advis et conseil à beaulcoup d'aultres places voisines qu'ilz € sont venuz de bonne heure à obéissance et fornitures de € vivres*. »
A peine Guise avait-il paru sur les frontières du royaume de Naples que plusieurs grands seigneurs du pays Tétaient venus trouver secrètement, dit-on, pour lui proposer la couronne comme au prince le plus éminent de la maison de Lorraine que les droits tenus de la succession de René II autorisaient à y prétendre. Quelque flatté qu'il fût d'une telle démarche, le duc ne s'en montra pas ébloui, parce qu'il n'y attachait probablement pas encore une suffisante confiance, et, peu décisif dans sa réponse, il s'étendit sur l'exposé de ses devoirs envers le roi et sur la fidélité avec laquelle il voulait exécuter ses ordres. Vainement les Napolitains lui rappelèrent-ils, à ce sujet, l'abandon où la France avait laissé son frère, le comte de Yaudémont, dans une tentative assez récente vers le même but; Guise n'ayant voulu prendre aucun engagement, ils se retirèrent avec le regret d'avoir éprouvé des refus qui même les blessaient, et, retournant leurs dispositions, leur inspiraient le désir de la résistance *.
Le duc avait encore inutUement attendu l'arrivée, tant promise par Garaffa, de l'armée du pape et de celle, refusée avec
(i) Mémoires de VieUlevUle, liv. VIL
(2) Histoire Mss. de la maison de Guise, par Fornier> deuxième partie, livre 1.
« grande furie, » du duc de Ferrare*. Puis il s'était décidé à quitter Fermo, le 24 avril, et à aller mettre le siège devant Civitella del Tronto, à trois lieues de Gampli, préférant tenir ses troupes en pays ennemi plutôt que d'en faire supporter la charge au territoire d'un allié.
Il parait qu'après son fâcheux séjour à Rome, Guise avait d'abord voulu s'avancer, par une route dégagée de sérieux obstacles, dans le royaume de Naples, où les intelligences sur lesquelles il comptait auraient pu favoriser son entreprise, et qiie les conseils du cardinal-neveu le détournèrent de ce sage projet. Il avait cependant démêlé les « abouchements par trois « fois, les déporteroents et familiarités avec le duc d' Albe » de cet artificieux prélat « qui, écrivait-il au roi, ne marchoitpas c d'un même pied que le pape résolu à ne pas laisser Henri II c en arrière. » Garaffa lui représenta, avec succès, la prise de Civitella comme facile à exécuter rapidement, conmie propre à répandre l'épouvante dans la capitale, dans tout le royaume, dans le cœur même du duc d'Âlbe ; et Guise, peu au courant de ce pays, ayant d'ailleurs pour instructions de ne point agir contrairement aux vœux du cardinal, se laissa persuader d'aller consumer ses forces contre cette place, s|tuée au sommet d'une colline escarpée, à rentrée des montagnes, bien fortifiée, d'un abord très difficile pour l'artiUerie. Elle était d'ailleurs défendue par huit enseignes c souldoyées et deux de € la commune, > formées de cinq cents bourgeois « qui se « monstrèrent bien gens de guerre, » sous les ordres du comte de Santa-Fiore, chevalier de la Toison-d'Or, « homme de c grande espérance, parvenu par ses vertuz au degré d'hon- € neur qu'il tenoit, » et sous ceux de Gharles Loffredi.
Quant à Garaffa, les perfidies par lesquelles il ajoutait aux
(1) Mss. de l'Arsenal, Mémoires du duc de Guise, v. 2, fol. 126, verso.
embarras du duc de Guise lui procurèrent plus tard une honteuse gratification de cent mille écus, en outre d'un évéché et de deux abbayes, de la valeur de vingt mille ducats de rente, tant en Espagne qu*à Naples^
Les huit premiers jours du siège (du 25 avril au 1^ mai) furent consacrés à des reconnaissances et à l'établissement des batteries dès l'arrivée de l'artillerie. Celle-ci, braquée à mille pas environ, ne causait d'abord que peu dédommages à ces solides remparts. Pourtant, à force de les foudroyer avec des pièces de gros calibre, péniblement approchées, on finit par en démolir une partie du côté de l'est et du midi ; mais le chemin, rendu glissant et impraticable par l'abondance des pluies, ne permit pas de monter à l'assaut. Pour ménager le sang de ses soldats, que le feu de la place avait déjà fait beaucoup souffrir, Guise, établi de sa personne au couvent de Santa-Maria, en arrière et tout près de la tranchée des Gascons 3, change alors de système et porte l'effort entier de son artillerie contre laeitadelle. A minuit, il tente d'attaquer un point couvert de tous côtés par plusieurs bastions. Le combat le plus meurtrier s'engage dès ce moment et coûte déjà aux Français deux cents morts et autant de blessés, lorsque le prince lorrain, voyant ses troupes écrasées sous la mitraille et sous les pierres lancées du rempart, se décide à faire sonner la retraite (16 mai) pour aller prendre position à deux milles seulement et en quelque sorte, au pied de la montagne.
Son désespoir s'exhale alors en plaintes violentes, et injurieuses même, contre le pape et les Caraffa. En effet, t après
(1) Mémoires de VieillevUkf liv. VU.
(2) Voir une gravure du temps (cabinet de M. Hénin), et le « discours
• de M, de Guise, • Mss. de la Bibl. nat., ancien fonds ,
t avoir traversé toute l'Italie, avec infinies ineommoditéz, et « conduit son armée jusques es confins du royaume de Naples, « au lieu où le pape le vouloit employer, il avoit trouvé la foy € de ceux qui luy dévoient assister et luy donner moyen d'exéc cuter Fentreprise commencée, suspecte et incertaine, leurs « actions et déportements si étranges, qu'il ne s'en devoit rien c promettre de bon, et finalement toutes choses dont il espéa roit tirer quelques faveurs, entièrement défavorables ^ »
L'ambassadeur, Selve, ne pouvait, de son côté, recouvrer non-seulement les deniers dus au roi, mais même « les reconc noissances et obligations qui, selon Dieu, raison et justice, « luy en dévoient é'stre faictes et passées en bonne forme et c qui avoient esté promises et repromises à monseigneur de n Guise*. »
Appréhendant, pour comble de difficultés en cette situation, l'arrivée de l'armée espagnole, Guise s'efforçait de la prévenir en pressant le siège deCivitella avec la plus grande vigueur. Mais en vain une tour est renversée, en vain la brèche est ouverte sur une étendue de plus de soixante pas, en vain cinq cents arquebusiers, couverts de sacs remplis de laine, tentent de s'établir au sommet de la colline, pour réduire les assiégés par le feu qu'ils auraient dirigé contre eux; tous les efforts du duc de Guise, toutes les ressources de son esprit ne peuvent obtenii* de résultats; peu s'en faut qu'il ne soit mortellement atteint lui-même en mettant pied à terre; et, afin de ne lui laisser aucun moyen d'attaque et de succès, le comte de Santa- Fiore, dans une sortie de nuit, après avoir tué ou blessé une partie des troupes françaises, s'empare de tous les sacs, pelles et autres ustensiles indispensables pour former un siège.
^ (1) Mémoires de La Chastre.
(2) Lettre 4o Selve au roi, 19 nm 1ô;î7,
Cependant le duc d'Albe, instruit de l'irruption des Français, était aussitôt parti de Chieti et se portait au secours de Civitella, avec trois mille Espagnols, six mille Allemands, huit cents Calabrais, trois mille autres Italiens, sept cents hommes d* armes, quinze cents chevau-légers, renforcés par les garnisons de Chieti et d'Atrl. A l'approche de cette armée. Guise, pour la reconnaître, détache quatre cents gendarmes et chevau-légers jusqu'auprès de Giulia-Nova, tandis que le reste de ses forces repousse un corps de six à sept mille Espagnols qui, sous les ordres du comte de Popoli et de don Garde de Tolède S s'était séparé du duc d'Albe, et, par une ruse de guerre, accourait de côtés différents. Ce stratagâne des enn^nis n'avait donc pas réussi, et leur avant-garde, imprudemment conduite, venait d'être défaite en entier. Mais un aussi faible avantage ne pouvait donner à Guise l'espoir de triompher dans un siège déjà funeste à ses troupes, et il dut se résoudre à abandonner l'entreprise le 16 mai, vingt-deux jours après l'avoir entamée, « pour tourner où il seroit plus à propos d'of- « fenser le commun ennemy *. » Il était soigneux de marcher de sa personne à l'arrière-garde avec quelques cavaliers choisis, afin de protéger la retraite ; et les Espagnols, ainsi qu'il l'avait prévu, ayant tenté de l'inquiéter par une sortie, il les attira dans une embuscade où du moins il eut, en s'éloignant, la consolation de leur faire éprouver quelque perte. Ce fut ensuite* entre Fermo et Ascoli qu'il alla établir son camp, d'où, tout en feignant d'espérer une diversion favorable de la part du sultan, tout en affectant de propager dans ses correspondances particulières' les < advertyssements du succèz qu'a-
(1) Histoire de ffenri II, par Lambert.
(2) Mss. Béthune, v. S655, lettre du duc de Guise au duc de Neverig.
(3) Mss. de laBib. nat., ancien fonds , lettre du duc de Guise à
H. de la Vigne, ambassadeur à Gonstantinople, 6 juin 1557.
DES DUCS DE GUISE. n»
c voient prins les affaires de ce costé, » il rendait au roi le compte le plus véridique de sa situation» à la date du «pénul- « tième de may.
« Vostre Majesté, lui mandait-il» entendra ce quy ce pourra « espérer du pape sur la rézolution qull ara prinze des choses « que j*ay prié monsieur le maréchal Strozze luy faire entendre « de ma part, tant pour la conservation de l'état de TEglise « que pour ne lesser ceste armée inutille et pour ce, Sire, que € sur ces deux points le discours est fort long des moyens que c je cherche pour contenter le pape, ses nepvrax, et suivre ce c qu'il TOUS a pieu me commander, il ne me semble devoir « faire ce tort au sieur de la Chapelle, lequel en est sy bien € instruit, de vous en rien escripre. Il a aussi veu le oamp et « grande partie des forces du duc d'Albe, lequel a xvni mille < hommes de pied et je n'en ai que x mil. Il a m mil chevaux € et moi xvra*^ ou près de deux mille au plus, comtant ma cor- « nette ; et sy ne se vautra pas ledict duc avoir ozé recon- « noistre seullement mon camp comme j'ay faict le syen, si ce « n'est avec x ou xii Albanois qui se sont quelquefois monstre « à ung mille loin de nous sans y faire peu de séjour. U est « vray, Sire,^ue le jour de ma retraite il voulust faire du « brave, s'assurant, comme il dizoit, de nous donner sur la c queue et nous contraindre de combattre à nostre désavan- « taige. Pour cest effaict, il avoit faict marcher toutes ces • forses et de furie ataché (attaqué) bien roide les nostres que « j'avois anvoyéz retirer ceulx que j'avois dedans TortoreUe ; c mais ils furent fort bien soutenus par monsieur d'AumaMe, « mon frère, quy me ramena tout sens rien perdre, au lieu c que j'avions faict reconnoistre, où je commançay à arriver « avec VI quanons, vi moyennes, nos Suisses et Fransois, la « jandarmerie et ma cornette, n'estant incontinant toutes nos « troupes en lieu à propos pour combattre, à la veue des en-
3gO HI&TOIRB
c Demis et de leur chef qui ne trouva rien sy à propos pour luy c coHunedi pansoit, cuar austant que je cherchois à les atac cher avec nos chevaux légers il ce monstroit froiz de leur « costé, de fasson. Sire, qu'en nostre veue^ estant suivy des a nostres, ils ôonunencèrent à nous lesser la place et à mar-
< cher droit à leur camp fortifflé avant que nous fissions rien « bouger d'où nous estions. De là nous eusmes nostre retraitte « fort ayzée jusques à nostre logis. Il n'y a heu chef ni aultre « jusques au moindre soldat qui ne ce soit monstre fort ré- « zolu de n'esp«*^er sa vie pour vous faire ung bon servisse. « Les sieurs de Tavannes et de la Brosse quy estoient allez c faire nostre logis me vindrent en poste retrouver. Monsieur
< le duc de Paliane et le maréchal Strozze qui y estoient aussy « allé, ne ce voulurent point donner ceste poine, ce doutant «bien, comme ils me dirent, que nous ne combaterions € point. Sire, j'ay espérance en Dieu que sy le Pape ce veuit « contanter de raizon qu'il vous demorra tel qu'il est, sinon « ce descouvrira leur venin, et que Vostre Majesté aura faict « plus qu'elle ne doit pour la conservation de sa sçainteté, du c sainct-^iége, l'honneur et avantaige de la maizon Quarafe, et « sy ai espérance que sy l'on me veult empescher de passer sur « mon chemin, il y ara du débat *. »
Le duc de Guise avait en effet présenté, mais vainement, la bataille à son ennemi trop prudent pour l'accepter et pour rien risquer lorsque la force des choses seule lui garantissait le départ des Français. « De façon qu'ayant une armée en teste, « et de gens de pied et de gens de cheval, deux fois plus grande « que la sienne, après avoir tenté tous les moyens possibles € pour l'attirer à la bataille et l'estre allé chercher luy mesnie « jusque dans son fort, luy défaillant toutes choses pour me-
: (1) Usst Gaignièires, v. 330, îoU 99t
DES DUCS D« GUISE. â«l
« fier et conduire la guerre, avoitété coittraiBt, pmrr ne perdre < ses hommes qui commençoient Jà à deyenh? mahides de la « grande chaleur et intempérie de Fair, de se retirer et dépar- « tir ses forces par les garnisons * . t
Ces maladies régnaient d'une manière si générale dams l'armée qu'il n'y avait «pas eu ung seul, depuis le plus petit jus- « ques au plus grand, mandait Guise à Henri II, qui en eust « été exempté, hormis monsieur de la Brosse qui s'estoit tou- « jours bien porté. Il estoit vray qu'il y avoit eurcela de bon « que comme lesdictes maladies facillement suirvenoient,dUssy « facillement elles s'en alloyent^. »
Le duc lui-même avait, pendant cinq ou six jours, sauffert de la fièvre, « laquelle, avec le bon régime et deux (m trois mé- « decins dont il avoit usé, l'avoit laissé en bonoe santé. » Dans les dégoûts que lui causait la mauvaise tournure de cette campagne, regrettant] de ne pouvoir « avoir par effect le plaisir « de ses chasses à Joinville , » il priait sa mère de lui en faire « écrire ung petit mot pour le consoler^. »
Un renfort de quatre cornettes de cavalerie et de sept com* pagnies de Gascons^, sous les ordres de Sipierre, fourni à la garnison d'Ascoli composée de douze enseignes d'infanterie italienne, avait bien mis, peu après, cette place en étal de soutenir, momentanément du moins, une attaque des troupes du duc d' Albe ; mais, témoin du progrès des ennemis, impuissant à leur résister, presque abandonné du pape, dont il n'avait reçu et ne devait plus attendre de secours d'aucun genre, et auprès duquel le duc de Paliano ealomniait sa conduite ainsi que la discipline de son armée, odieusement trahi par les
(1) Mémoires de La Chastre.
(2) Mss. Dupuy, v. 44.
(3) Mss. Gaignières, v. 352, fol. 5.
(4) Histoire de Henri II, par Lambert,
mais mieux ftoutonu qu'auparavant ; et, insistant de nouveau pour obtenir des secours, il informait en même temps Henri II du parti qu'il venait d'être obligé de prendre vis-à-vis de Paul lY. « Sire, lui avait-il écrit du camp de la sainte Ligue, € près Maran, le 10 juin , il vous ara pieu entendre l'allée de « monsieur le maréchal Strozze à Rome, ce que je luy avois « prié dire au pape de ma part tant de l'ordre qu'il me sem- « bloit devoir donner pour la conservasion de son estât que de « mon partement avec ceste armée pour l'aler employer au
«lieu où elle luy feroist servisse et à Vostre Majesté Sa-
« dicte saincteté m'a faict par ledit sieur maréchal ungue ré- € ponse fort courte et de telle conséquance que Vostre Majesté «aura peu entendre..... Et pour ce, Sire, que en désempa- « rant ce costé, à l'heure mesmes sadicte saincteté vous deve- « noit anémie, acceptant les partis qu'il luy estoit présentez « par les ministres du roy Phelippe, consentoit le passaige du « duc d'Albe avec son armée par Testât de l'Eglise, auxquez il « deffendroit ne nous donner vivres ne aultré commodité, et « par ce moyen ne vous pouvoir faire aultre servisse, sinon € avec la faveur de monsieur le maréchal de Brissac, repasser « s'il m' eust esté possible de son costé et, sans m'arrester à « rien, n'y pouvoir mener guères d'artillerie pour me faire « craindre, estant sur mes talons ung armée plus forte que la a mienne ; il ne m'a samblé, pour ne vous faire ungue plaie ira réparable, devoir faillir vous reprézenter au vray en quoy « sont vos affaires de ce costé, de quel pois est de rompre avec « le pape, ce qui adviendra sans doulte sy je pars d'issy, non « pour son respect et de ses parans, mais pour l'évidente ruine « de Testât de TEglize et la belle victoire que vous baillerés à « vostre anemy de quatre pars de TItalie, les trois où je voy de « Tapparance qu'il ne vous y demeuroit un seul prinse ou po- « tanlat amy ny serviteur, et fauldroit apprès penser plus que
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i au Piémont et que à vous y déffendre Pour ne perdre
« ceste oquazion et cependant faire ce que je puis pour vostre « service, il m'a semblé prier ledict sieur maréchal Strozze « retourner devers sa saincteté,luy déclarer franchement que « quelque choze que Ton y eust dict de mon parlement, je ne « fesois rien qu'il ne vous eust pieu me commander, ce qu'elle « ne devoit trouver estrange, et ne lui vouloir celler, puisque a sy franchement elle me fezoit savoir sa voulonté, que vous c estiez à bon oquazion mal contant de ce qu'il n'avoit esté « riens observé de tout ce qui se devoit faire pour vous. De « quoy je luy en ai baillé ung mémoire des points que je de- « mandois vous fussiez incontinent satisfaict, déclarant que, « en ce faisant, j'attendrois le retour dudict maréchal Strozze « qui vous doit aller rendre conte... et, en cas que je soye re- « mis en longueur spécialement des pointz principaux, luy « déclarer mon retour sans plus rien attendre, ce que le pape, « à ce qu'il a montré, craint le plus au monde. De fasson, « Sire , que, sy j'obtiens partie de ce que je demande , ils se- « ront mieux liez qu'ils ne sont, et sy Dieu me faict ceste « grasse y conduire les choses à la concluzion que je poursuis, « ce mois passé, j'espère que ceste armée sera plus libre de «vous aller faire servisse.;, et sy conserverez le pape, son « Estât et mettrés bien loin de leur conte les ministres de vos- « tre anemy quy sont de ce costé*. »
Guise exigeait, ou qu'on lui livrât les places de Pérouse, d'Ancône, de Civita-Vecchia, en garantie des engagements stipulés, ou que du moins on envoyât des otages en France. Il insistait fortement, en outre, pour que le pape créât des cardinaux à la nomination du roi : la pourpre, lors de la plus récente promotion, n'ayant été accordée qu'à deux des prélats
(1) Mss. Béthune, y. 864âi, fol. 69.
désignés par Henri IL Mais, dans eette dernière eonditton, les ennemis du duc de Guise voulurent ne reconnaître qu'un moyen de préparer des voix à son frère pour le futur conclave, et non Teffet d'un sentiment de fierté nationale ou d*obéissance à ses instructions : le roi ayant en réalité recommandé au duc de Guise» dès le mois de janvier, de faire obtenir le chapeau au garde des sceaux Bertrandi.
Cependant les Garaffa n'avaient pas encore conciu leurs arrangements avec les Espagnols qui s'avançaient, et, tremblant de se voir envahis avant d'avoir traité, sur la sérieuse menace de Guise, ils accordèrent tout ce qu'il leur demandait. Leur trouble allait même jusqu'à les rendre malades ; tantôt c'était le pape, tantôt le cardinal que l'on disait indisposé, de sorte que Guise ne savait qu'en pensera Paul IV et ses ministres <K usoient des plus honnêtes propos du munde et plains de la « plus grande constance et persévérance, » mais Guise « voyoit « et prévoyoit ce qui devoit lui en résulter en effet*. » Il avait donc remontré à la cour pontificale combien, par le peu de reconnaissance que le pape témoignait pouraFamour et affec- « tion que le Roy lui avoit toujours portée, le bruict estoit a grand de menées et pratiques d'accord qui se faisoient à « Rome au grand préjudice des affaires communes, » du pape et de Henri IP; et son secrétaire, Marseille, dépêché à la hâte avec des représentations, avait rapporté les promesses de Paul IV.
Par l'ordre de ce pontife de nouvelles levées de soldats s'opérèrent, des fonds suffisants, des vivres en abondance furent livrés à l'armée française, et le duc de Paliano consentit
(1) Lettre du duc de Guise au roi, !«' août, Mss. Dupuy, v. 44.
(2) Mss. Gaignières, V. 401, fol. 101.
(3) Lettre du duc de Guise au roi, 1" août, Mss. Dupuy, v. 44.
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à ce que son jeune fils, le marquis ()e Galvi, fût remis au maréchal Strozzi qi|i }e conduirait, comme otage, à la cour de Henri II. Strozzi ét^it muni d'instructions exposant la situation du duc de Gui^e et ses avis sur l'état des affaires en Italie.
Le prince lorrain se trouvait en même temps pressé par le cardinal Caraffa de lui envoyer des secours « pour s'estre les a ennemys du costé de P^liano si engrossiz, tant de huit en- < seignes civilles d'Espaignols, que le duc d'Âlbe y avoit en- « volées, que des villains du pays; que, sans ce secours, il ne » se pouvoit pourveoir à Tenvitaillement et autres choses néa cessaires audict Paliano; sans quoy ledict Paliano estoit a réduict en mauvais termes*. »
Guise, en conséquence, dirigea vers le pape quatre enseignes d'infanterie, deux compagpies de chevau-légers venus de la Toscane, et, en outre, tout ce qu'il avait de cavalerie légère avec lui, ainsi que neuf enseignes françaises, sous les ordres de La Brosse et de Sipierre, recommandant au premier de ces officiers de s'informer s'il y avait moyen de faire entrer des vivres dans Paliano sans être obligé de s'y porter avec l'armée entière*.
Cependant, afin de se mettre plus en état de tenir la campagne avec honneur, le duc avait fait revenir près de lui deux mille Gascons et ni^ille Suisses, chargés auparavant de protéger son beau-père contre les attaques du marquis de Pescaire, et, ainsi renforcé, il marcha lui-même sur Tivoli, dans l'espoir de prévenir la prise de Seyna, assiégé par Antoine Colonne. Mais il ne put arriver à temps ; cette ville, emportée d'assaut, venait d'être livrée au pillage et à l'incendie, et l'investisse-
(1) Lettre du duc de Guise au roi, 1er août, Mss, Dupuy, v. 44.
(2) Idem.
m HISTOIRE
ment de Paliano s'en était suivi de près. Le pape, menacé de devenir bientôt captif dans sa capitale conquise, n'avait plus de salut à espérer qu'en s'empressant de négocier.
C'était au moment où il se rétablissait d'une indisposition, à Macerata près Lorette, et méditait de se faire porter en litière à la suite de son armée, que Guise avait reçu, par le sieur Scipion, écuyer d'écurie du roi, l'ordre de rentrer immédiatement en France et l'avis qu'il venait d'être enjoint au baron de la Garde de faire sortir du port de Marseille dix ou douze galères pour aller chercher ses troupes etles ramener d'Italie*. Il en avait aussitôt informé le duc d'Aumale, lui avait remis ses instructions, et s'était rendu • en la meilleure diligence c qu'il peust dans une lictière jusqu'à Rome^. >
En l'instruisant de la situation des affaires et de l'armée dans l'intérieur, le cardinal de Lorraine insistait aussi sur la nécessité du prompt retour de son frère.
A ces nouvelles, reçues à Rome avec une extrême affliction par les partisans de la France, Paul lY et le cardinal Caraffa essayèrent, c par toutes les relisons et arguments possibles,» d'empêcher le départ de l'armée qu'ils prétendaient conserver. De très vives contestations s'élevèrent; et le duc de Guise exposant l'urgence des affaires du roi qui devaient pourtant, disait-il, passer avant celles du pape, Paul IV s'emporta en reproches amers et outrageants jusqu'à dire au général français que, dans cette guerre, il avait peu fait pour les intérêts de son souverain, très peu pour ceux du saint-siége et encore moins pour sa gloire personnelle '.
Ei presque en même temps néanmoins (50 août), l'ambas-
(1) Mémoires de La Chastre.
(2) Mss. V. C. de Colbert, v. 26. Mémoires de l'estat des affaires de France.
(8) De Thou, liv. XVIII.
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sadeur Selve^ dans un rapport détaillé, écrivait au roi : « Le « bonhomme (Paul IV) peult bien louer Dieu de la venue de « Monseigneur de Guise, sans lequel (au gouvernement qui « est icy) je crois que les ennemis auroient bon marché*.»
Malheureusement cette violente sortie, en dehors de tous leségards, des devoirs mêmes de la reconnaissance, contrastant d'une manière choquante, de la part du pape, avec les prétentions alléguées pour pallier sa coupable infidélité à ses promesses, cette inconvenante et injurieuse remarque ne manquait pas de tout fondement. Lancé avec d'insuffisants moyens dans une entreprise bien moins réfléchie qu'ambitieuse, déçu dans ses espérances de secours, stipulés pourtant, le duc de Guise, en effet, pendant cette infructueuse campagne, était resté au-dessous de sa réputation et de l'attente que ses précédents exploits avaient, à bon droit, fait naître. Est-ce dans Tinégalité des forces uniquement qu'on doit trouver l'explication des tristes résultats de cette guerre? Le génie du héros avait-il fléchi dans l'exécution des audacieux projets de son frère? Ou bien la Providence, en ses secrets desseins, avaitelle réglé que la gloire des Guises n'appartiendrait qu'à la France, que le triomphe ne couronnerait jamais leurs efforts qu'alors qu'ils auraient pour but exclusif la défense de la patrie? Elle avait du moins permis qu'en cette téméraire expédition, à des motifs hypocrites, intéressés, à des causes injustes répondissent de regrettables effets : l'inutile sacrifice d'une partie de nos soldats, la nécessité pour un pontife orgueilleux et turbulent de recourir à la paix vis-à-vis d'un puissant ennemi, bravé par lui, enfin quelques ombres passagères répandues sur un front habituellement victorieux.
(1) Mss. Dupuy, t. 44 ; Mss. de Mesmes, v. 8577 ; Portefeuilles de Fontanieu, v. 283.
Faut-il chercher à faire jslillir de cet exemple une lint^ôsâllte raoralité histoHque? Doit-on y reconnaître un premier et suprême avertissement donné à cette race qui devait tant briller et tant entreprendre encore?
Quoique le pape eût fait usage de « caresses » pet*sonnelles et chargé divers intermédiaires d'employer « toutes les rai- € sons et arguments possibles pour obtenir que l'armée frânt çoise demeurât entière en Italie, » sous le commandement du duc d'Aumale*, Guise, pressé par les messages réitérés de la cour, hâte tous les préparatifs de son départ. Pendant ce temps (août 1557), les ennemis se présentent « avec chemises t blanches jusqu'aux portes de Rome^, i et il ne reste plus au pape qu'à s'empresser de traiter pour Obtenir des conditions aussi tolérables que possible.
Celles qui lui furent d'abord imposées étaient si rigoureuses et si humiliantes qu'il déclara mieux aimer périr que de s'y soumettre, et qu'il recourut aussitôt à la médiation des Vénitiens. Ceux-ci s'entremirent avec d'autant plus de promptitude qu'il était de leur constante politique d'éloigner la guerre de l'Italie ; et le duc de Florence, qui regardait la paix comme nécessaire à l'affermissement de sa récente domination, joignit ses bons offices aux leurs.
Le duc d'Albe semblait d'abord inflexible et fut même sur le point de s'emparer de Rome par surprise ; mais, sur ces entrefaites, il reçut de nouvelles instructions de son souverain, qui voulait prouver, d'une manière manifeste, sa générosité à l'égard de Paul IV; et aussitôt le général espagnol consentit à signer (14 septembre 1557) un autre traité qui, lorsqu'il fut publié, causa l'étonnement universel, tant les
(1) Mss. Gaignières, v. 407, fol. 12i.
(2) Idem, v. 407, fol. 101.
DES DUCS DB GUISE. S9t
articles en étaient honorables et avantageux pour le saintsiége. Philippe II devait, par Forgane du duc d'Albe, faire acte de soumission et de respect envers le pape ; il lui restituait toutes les places prises dans les États pontificaux, à condition que les fortifications en seraient rasées, sous réserve de la seule ville de Paliano, mise temporairement en séquestre telle qu'elle se trouvait. Une amnistie complète était accordée par les deux puissances à tous ceux qui avaient pris parti contre Tune d'elles, à l'exception d'Antoine Colonne et d'Ascagne Gorneo, qui demeureraient excommuniés tant qu'il plairait à Paul IV. Ce pontife, pour sa part, s'engageait à recevoir avec bonté l'hommage du roi d'Espagne, à rompre la ligue faite avec celui de France et à reprendre la qualité de père com<^ mun des princes chrétiens. Par certaines clauses secrètes, il était convenu, en outre, que Philippe II pourrait faire aussi démolir les remparts de Paliano, mais en accordant un dédommagement au neveu du pape, le comte de Montorio, qui portait le titre de duc de cette ville. Enfin, dans un consistoire tenu dès le lendemain, Paul lY prit la résolution d'envoyer les cardinaux Trivulce et Caraffa comme légats, auprès de Henri et de Philippe, pour travailler, en son nom, au rétablissement de la paix entre les deux monarques.
Le duc d'Albe se rendit donc sans retard à Rome, et il y fit son entrée peu d'instants après que Guise venait d'en partir pour aller à Civita-Yecchia, où l'attendaient le grand prieur et le baron de la Garde, à la tête de neuf galères arrivant de Marseille, et pour s'embarquer sur la Réale^ très bon navire, dont < le compartiment estoit tout prêt, de sorte qu'on y pou- « voit, d'heure en heure, mettre tout ce qui feroit besoing au c duc de Guise pour faire voile soubdain*. d
(1) Mss. Gaignières, v. 3|2, fol. 97.
Ce prince emmenait avec lui sept de ses meilleures compagnies d'arquebusiers, au nombre de treize ou quatorze cents hommes, sous les capitaines Conflans, Sipierre, Gernay, Meillas, Sarlabou, Sainte-€olombe et Godant, puis onze autres compagnies, neuf de Français et deux de vieux lansquenets. 11 envoyait dix-huit enseignes françaises , commandées par M. de Sivry, en Toscane, pour la garde du pays. Le reste de Tarmée, composé de dix compagnies françaises, des Suisses, de toute la gendarmerie et la cavalerie légère, se trouvait confié au duc d'Aumale, ayant pour lieutenants Tavannes et la Molle, et qui, muni des instructions de son frère, fit, dans son retour précipité, constamment preuve d'une fermeté d'âme et d'une présence d'esprit remarquables. Il atteignit, en effet, Ferrare sans que le duc d'Albe ni celui de Toscane l'osassent attaquer ; et, pendant ce trajet sur les terres du pape, il fut forcé de toujours loger sous la tente; car, bien qu'il n'eût manqué d'y tout payer de gré à gré, on ne voulut c le recevoir « en ville quelconque. » Demeuré quelques jours à Ferrare, tant pour faire reposer son armée que pour affermir le duc dans le parti du roi, en lui laissant quinze enseignes indispensables à sa défense, et pour licencier les suisses, qu'il fallait payer sans avoir l'argent nécessaire, il se sentit touché de compassion en voyant ces soldats réduits à une telle pauvreté qu'ils n'avaient presqu'aucun moyen de subsister sur la route, malgré l'invitation préalable faite par le duc de Guise aux autorités helvétiques de « tenir la main à ce qu'il fût donné bon € ordre pour qu'il n'y eût point de faulte des vivres nécessaires « et d'y vouloir donner quelque taux, tant à ce qui seroit pour « les hommes que pour les chevaux, qui ne fût par trop exces- < sif ^ » D'Aumale se défit donc noblement de toute sa vais-
(I) Mss. V, C. de Colbert, y. 391, fol. 75,
DES DUCS DE GUISE. 39a
$elle d*or et d'argent, pour en distribuer le produit à dix enseignes qu'il congédia.
Accompsigné du marquis d'Elbeuf, du duc de Bouillon, de la Brosse, de Randan , de Montpezat , de Piennes, et en tout de plus de cent vingt ou cent quarante gentilshommes * , Guise^, pendant la traversée, t pour pourvoir à donner ordre à tout ce qui € touchoitles debvoirsde sa charge et tout ce qu'il cognoistroit € concerner le service du roy, > s'était c acheminé en l'isle de « Corse, 1 avec onze galères, avait touché à Ajaccio et s'était entendu avec le sieur Jourdan Yoisin, jugeant de la plus haute importance l'attaque du fort de l'Ëstang « dont tout le peuple € se trouvoit grandement molesté; lequel, après avoir enduré c six cens tant de coups de canon et beaucoup de moyennes et « veu les efforts qu*on faisoit et la délibération et bon vouloir c des soldats disposés d'aller à l'assault, se rendit à sa mercy'. » La soumission de ce fort avait été suivie, le lendemain, de celle d'un autre appelé BoUégador, et semblait devoir amener pour résultat t la vraye ruyne de la bastide PaynoUé qui, c ayant esté jusques à ceste heure nourrie et entretenue des c bleds, chairs, poissons et bois provenant dudict fort de l'Esc tang, se trouvoit présentement privée de ceste accoutumée « commodité à son grand détriment, et estoit à ceste heure lace dicte bastide assiégée de tous côtés et le peuple d'icelle tellea ment renfermé qu'il n'eût osé sortir hors des portes*. »
Avant de quitter l'ile. Guise avait destiné deux mille écus tant à secourir les soldats les plus dénués qu'à réparer le fort de
(1) Mss. V. C. Colbert, v. 26, Mémoires de Testai des affaires de France.
(2) Don4. on n'avait, durant ce temps (15 septembre) « aucunes nouvelles « en France, où il s'attendoit en une dévotion extrême et d'autant plus « que lors estoit couru un faux bruict qu'il estoit défifaict. • (Idem.)
(3) Lettre du duc de Cruise au roi, Mss. Béthune, v. 8670, fol. 88. . (4) Idem.
FEstang, qu'il estimait devoir aitlsî, sous peu, devenir imprenable, car c'était c surtout un lieu de nature, avec un peu d'art i qu'on y adjousteroit, inaccostable et commandant entièrei ment un grand pays et toute la contrée qui s'appelle la Cac singue. > En sorte que l'ennemi ne pouvait plus se vanter de posséder dans l'tle c un seul doigt de terre hors ce qui estoit t seulement dedans les murailles de Galvy et de la bastide *. >
Le duc de Guise venait donc , chemin faisant, d'assurer à Henri II la possession* de la Corse, et le grand prieur, arrivé avec ses galères , « paracheva de rendre ung chascun asseuré c et à la dévotion du service de sa majesté, ayant commencé € à garnyr les villes de ce qui leur estoit besoing '. »
Déjà précédemment Guise avait émis les plus sages avis sur la conservation de la marine, sur la défense et l'administra* tion de la Provence, insistant pour que le nombre des galères ne fût pas réduit de manière à compromettre le ravitaillement de la Corse, en cas d'événement contraire, recommandant l'alliance avec le grand-seigneur, le roi d'Alger et le corsaire Dragut, afin de rester maître de la mer, indiquant l'accroissement des munitions, la réparation de quelques places de la côte (particulièrement la fortification de Marseille) et l'augmentation des troupes comme moyens indispensables de sécurité.
Ramené en quatre jours dans cette dernière viUe (le âO septembre). Guise envoya aussitôt Sipierre vers le roi pour l'informer de son arrivée, du bon état de son monde et du regret qu'il éprouvait de ne pouvoir faire personnellement toute la diligence nécessaire, t d'aultant que la fiebvre l'avoit repris
(i) Lettre du dac de Guise au roi, Mss. Béthune, v. 8670, fol. 88.
(2) Qui nejut pas de longue durée^ car la restitution complète de l'Ile aux Génois s'effectua au mois de septembre 1559.
(3) Mss. Gaignières, y. 342, fol. 97.
DES DUCS bË GUISE. m
« sur la trier et qtf îl estoit contrainct de prendre quelque pur- « gatlon, laquelle prise, il estoit résolu de se faire plustot por^- « ter dans une lictière aux meilleures journées qu'il pour- « roit. >
Il li'en dirigeait pas moins toujours ses troupes en avant, et Henri II lui écrivait de sa main : t Gardez-vous bien d'être mac lade et voiis asseurez que jamais maistre ne féut plus con- « tent de serviteur que je suis de vous *. »
Pendant ce petit séjour forcé à Marseille, le duc s'occupa de conclure , avec des négociants de Provence , des marchés de blé, pour en envoyer une quantité considérable en Corse et en Toscane, où, sans ce secours^ la famine se serait fait craindre. En même temps, d'après son ordre^ la Garde repartait avec les galères pour aller chercher vingt compagnies laissées à Civita-Vecchia, qui purent être promptement rentrées, mais qui, faute de solde, firent d'abord difficulté d'avancer.
Il se trouva heureusement lui-même, au bout de trois jours^ en état de partir.
Le rappel subit du duc de Guise avait eu pour impérieux motif une de ces extrémités fatales dont presque chaque siècle a vu tour à tour la plupart des nations subir l'épreuve ou redouter le danger. Délaissé par la victoire, bassement trompé par de perfides alliés, blâmé, presque bafoué par des compagnons déçus dans leurs espérances, attaqué, noirci par dès ennemis ou des envieux qui rêvaient déjà sa disgrâce, ce prince avait désiré, peu de temps auparavant, quitter l'Italie pour se soustraire aux humiliants embarras d'une telle situation, et c'est maintenant comme un triomphateur en quelque sorte, comme Un sauveur du moins, qu'il rentre dans son pays* Ses
(1) Histoire Mss. de là maison de Guisè, p^ Otidîh, liv. Il, t. 38*
rivaux s*étaient réjouis à Féciipse de sa gloire; ils célébraient sa chuté imminente, et c'est lui qu'on invoque aujourd'hui pour réparer leurs fautes, pour effacer leur désastre. Privé d'espoir en sa propre entreprise, il voit au même instant tout le royaume, dans la détresse, placer le sien en lui. Générai malheureux sur les frontières de Naples, il est encore une garantie de succès pour la France ; il reconnaît qu'on y attribue à son absence du conseil, à la privation de ses lumières et de son courage, la cause des malheurs publics ^ Au moment où son astre a pâli, celui de la patrie, dont il est éloigné, semble s'éteindre, et c'est en se réunissant pour la cause pure et sacrée de l'indépendance nationale qu'ils vont tous les deux retrouver leur commun éclat. Singuliers retours des événements , frappante permutation des rôles !
Tandis que l'armée du duc de Guise pénétrait en Italie (avril 1557), la brusque rupture de la trêve, par la tentative de Colîgny contre Douay, par la prise et le sac de Lens, avait rétabli, sur les confins de la Picardie et des Pays-Bas, une scène d'hostilités avec le roi d'Espagne aux forces duquel son épouse, Marie d'Angleterre, ne tarda pas à témoigner la résolution de joindre les siennes. Onze ou douze mille Anglais étaient venus en conséquence prendre rang dans l'armée espagnole qui, se composant alors de cinquante mille fantassins et de treize mille chevaux, placée sous les ordres d'Emmanuel- Philibert, duc de Savoie, franchit la Meuse et, menaçant Marienbourg et Rocroy tour à tour, sembla vouloir assiéger la ville de Guise.
Yassé en avait été nommé commandant et, très zélé serviteur des princes lorrains, n'avait rien négligé pour mettre la place en état de résister. Il s'était empressé d'envoyer
(1) ffistùire de Frmcey pftrGarnier, continuateur de Vély.
DES DUCS DK tiUlSË. m
(1^^ juillet) au duc de Guise, en Italie, «un portrait tant de la « haulte que de la basse ville , dès hauteurs des courtines et « de leur état présent ; » et il est à remarquer qu'il avait même puisé dans son dévouement la confiance d'engager François de Lorraine à ne pas se laisser « abuser aux paroUes ny pera suasions aux Italiens ^ »
Au bout de trois jours cependant, par une soudaine diversion, Tarmée ennemie s'était décidée à entreprendre Finvestissement de Saint-Quentin, ville assez forte, peu garnie de troupes, Coligny, gouverneur de la province, d'accord avec son oncle le Connétable, juge qu'il est de son devoir d'aller se renfermer dans la place, où il ne réussit à pénétrer qu'avec peine et* qu'en se séparant de la principale partie de son monde. La présence de l'amiral ranime néanmoins les habitants ; Coligny ressaisit aussitôt le faubourg d'Ile et l'incendie à l'approche des ennemis qui veulent s'en emparer de nouveau ; un magasin à poudre prend malheureusement feu en même temps, saute et renverse une partie du rempart en donnant la mort à plus de quarante personnes, et l'amiral, seul avec sept des siens, se tient intrépidement durant une heure et demie sur cette brèche fumante pour prévenir une seconde attaque.
Cependant le connétable, dont l'armée forte de vingt-huit mille hommes s'était assemblée à Attigny, se porte d'abord sur La Fère et, le 8 août, en part avec quatre mille chevaux et deux mille fantassins, afin de profiter des avis que lui avait adressés Coligny et de s'assurer de l'existence d'un passage au travers des marais, par lequel il espérait faire parvenir du secours dans la ville. Satisfait du résultat de cette reconnaissance, il met tous ses fantassins et son artillerie en marche
(1) Mss. Gaignières, y. 401, fol. 137.
dès le 9 au soir, et le leDdemain, fête de Saint-Laurent, à la pointe du jour, il \imU aveé ^a cavalerie, rejoindre le reste de ses troupes.
Pans le conseil de guerre tenu avant de décider ce mouvement, Montmorency avait vivement repoussé les objections du maréchal de Saint-André qui n'était pas d*avis de compromettre Tannée entière dans une expédition hasardeuse où la retraite, si Ton s'y trouvait réduit, pourrait devenir extrêmepienl difficile en présence d'enne^Us très supérieurs ea nombre. Mais le connétable, répondant avec hauteur quoa a pouvoit s'en reposer sur lui de ce qu'il conviendroit de faire « pour le bien de l'Etat*, » s'était opiniâtre à la poursuite de son dessein. Le iO au matin, l'approche inopinée des Français surprend d'abord effectivement le duc de Savoie et répand le désordre dans son camp. Montmorency en profite pour faire passer dans la place d'Andelot, frère de l'amiral, à la tète de cinq cents hommes. Les embarras de l'opération entraînent toutefois la perte d'une quantité bien plus considérable de soldats, qui enfoncent avec les bateaux trop chargés et se noient dans les marais ou tombent sous le feu de l'ennemi. Emmanuel-Philibert, promptement remis de sa surprise, ayant fait aussitôt des dispositions pour le combat, le connétable commençait déjà sa retraite en bon ordre, lorsque l'arrière-garde, commandée par le duc de Nevers, fut d'abord mise en déroute, sur ses deux flancs, par deux mille Espagnols sous les ordres du comte d'Egmont d'un côté, et de l'autre par deux mille reîtres des comtes Henri et Ernest de Brunswick, qu'appuyait le comte de Horn, à la tète de mille hommes d'armes*. L'infanterie, qui tenait encore ferme, est bientôt à
(1) Histoire de France, par le P. Daniel.
(2) Commentaires de Rabutin.
son tour rompue par Tartillerie epoemie; le désordre s'empare de tous les rangs, et, après un affreux carnage, à la suite d'un combqt qui n'avait pas duré plus de quatre heures, la défaite devient irrémédiable. Deux mille cinq cents morts, plusieurs des principaux officiers, six cents gentilshommes, jonchent le champ de bataille * ; le reste de l'infanterie, tout le canon, à l'exception de deux pièces *, plus de trois cents seigneurs tombent entre les mains des vainqueurs; enfin, le connétable lui-même, qui avait annoncé à « tous les capitaines € qu'il montreroit à l'ennemi un tour de vieille guerre ', gran- « dément blessé d'un coup de pistolle au dos, dont il cuida t mourir *, » demeure prisonnier.
Le duc de Nevers, après le combat, s'était retiré à La Fère avec les débris de l'armée; et l'eqnemi, que celle-ci n'inquiétait plus, porta dès lors tous ses efforts contre Saint-Quentin. Le duc de Savoie pressait ses travaux d'attaque; quelques jours lui suffisent pour ouvrir onze larges brèches dans les murailles que huit cents hommes de guerre^ à peine sont chargés de défendre. Le 27, les Espagnols font irruption sur un de ces points qui «avoit été fort battu par l'artillerie;» Goligny s'y porte, mais il le trouve abandonné par la compagnie du dauphin et livré sans résistance aux ennemis qui pénètrent en grand nombre. Hors d'état de leur tenir tète, cerné de toutes parts, l'amiral se voit réduit à la douloureuse nécessité de remettre son épée à un officier espagnol; et le pillage de la ville, opulente par son commerce, complète la série des calamités de cette campagne.
(i) Histoire de France, par le P. Daniel.
(2) Histoire universelle^ de J.-A. de Thou, liv. XIX.
(3) Mémoires du siewr Mergey, gentilJwmme champenois*
(4) Voyages d^Amhroise Paré.
(5) Mémoires de G. de Coligny:
Le duc de Nevers s'était empressé d'envoyc*t% par Des Cars, la irisle nouvelle de la perte de la bataille au roi qui se trouvait alors à Gompiègne. Il la reçut à son lever, t et, au lieu de « perdre le temps en regrets et plaintes inutiles, il prit une « vertueuse résolution de donner tout l'ordre possible pour t remédier à Finconvénient présent, espérant qu'après avoir « fait tout ce que les hommes peuvent faire, Dieu feroit le « reste*, i
Les suites de l'événement* pouvaient, en effet, devenir terribles. En l'apprenant, du fond de sa retraite, Charles d'Autriche, qui n'avait pas abdiqué son coup d'œiï d'homme d'État, s'était aussitôt écrié : * Mon fils est-il à Paris? » Tel aurait dû être, il est vrai, le fruit de la victoire, si Philippe II, plus politique qu'entreprenant, n'eût appréhendé, d'après l'exemple de son père, lors de la tentative contre la Provence (1556), « d'entrer en France en mangeant des faisans et d'en sortir en c ne mangeant que des racines 3. »
Le royaume entier, plongé dans la consternation, accusait le connétable de présomption, d'inhabileté*, et l'esprit satirique des Français se faisant jour au milieu des plus grauds périls, pour s'en consoler même en quelque sorte, s'attaquant
(1) Mémoires de La Chastre.
(2) On sait qu'il motiva la construction du palais de rEscurial. Trente ans plus tard, le duc de Bragance, accueilli avec beaucoup de prévenances à la cour d'Espagne, étant conduit à ce somptueux édifice pour le visiter : « Il fut bastii^ lui dit avec emphase Tofficier qui le lui montrait, pour accom- « plir le vœu faict par nostre roi Philippe II s'il pouvoit estre victorieux le • jour de la bataille de Saint-Quentin, — Celui qui faisoit un si grand « vœu devoit avoir une grande peur, répartit vivement le duc de Bra- « gance. » (Mss. delaBibl. nat., cahier intitulé : Dkhos, meslanges, p. 37.)
(3) Louis Cabrera, historien espagnol. Voir VHistoire de Henri 11^ par Lambert, liv. IV.
(4) Histoire des guerres de religion^ par Lacretelle, liv. lU.
DES D-UCSDË GUISE. 40(
à ceux qui gouvernaient, accueillit ce distique bien connu :
Henriço pareil populus, maledicit at Annœ^ Dianam odit ; sed mage Guiiiadas <.
C'était pourtant de ces mêmes Guises qu'alors que leurs ennemis et leurs rivaux étaient vaincus et prisonniers, la nation, dans de justes alarmes, attendait son unique chance de salut; c'était de l'un d'eux qu'elle invoquait la présence; c'était lui qu'elle allait investir de sa confiance absolue, accueillir par ses unanimes acclamations.
Le siège de la ville de Saint-Quentin, en arrêtant les ennemis pendant plus de quinze jours, avait donné au duc de Nevers le temps de renforcer prudemment la frontière et de distribuer ses troupes entre les garnisons voisines *. D'après ses ordres, le comte de Sancerre était allé s'enfermer dans Guise, Bourdillon occupait La Fère, Salignàc le Catelet, d'Humières Péronne, Chaulnes Corbie, Sépois le château de Ham, Clermont de Bussy d' Amboise se rendit à Saint-Dizier, et Montigny à Ghaulny.
Henri II avait eu aussi par là quelque répit pour se reconnaître et pour prendre les mesures que commandait la situation. La reine, informée par le sieur de Fresne-Forget qu'il lui envoya aussitôt à Paris où elle se trouvait, fit, de son côté, preuve de caractère et d'aptitude pour le seconder en cette grave conjoncture. Effacée jusqu'ici devant l'influence d'une maîtresse puissante et de partis agissants, Catherine de Médicis n'avait pu laisser prendre publiquement à son esprit l'essor
(1) • Le peuple excuse Henri, maudit Montmorency,
• Hait Diane, surtout ceux de Guise aussi* » (Traduction de Claude de l'Aubespine, dans son Histoire particulière
de la court de Henri IL) {2) De Thou, liv. XIX.
qui lui çoDvenait ; ne jouissant que de peu de crédit, coneentrant son désir d'en posséder, elle n'avait guère encore manifesté sa pensée politique qu'à l'occasion de la dernière campagne d'Italie. Pour déterniiner le roi à l'entreprendre, elle s'était réunie aux efforts du cardinal de Lorraine et de la duchesse de Yalentinois, moins probablement avec la prétention d ajouter un poids notable à leur opinion que dans le dessein de contracter, en quelque sorte, un premier acte d'alliance avec les Guises, dont son subtil jugement lui permettait de percer tout l'avenir de force et d'activité et qu'avec sagesse elle aimait mieux, au début, avoir pour associas que pour adversaires.
c Se résolvant avec un cœur viril et une âme ipagnanimeS? elle convoque donc d'abord le conseil du roi, mande les a principaux de la capitale, » et le lendemain (13 août), aceoiQpagnée de la princesse Marguerite, sa belle-sœur, du cardinal de Bourbon, du garde des sceaux, d'un nombreux cortège de dames et de demoiselles d'honneur, se rend en pleine assemblée à THôtel-de- Ville. Là elle s'exprime avec tant d'éloquence et touche si profondément ses auditeurs, par l'exposé de l'imminence du danger public, qu'on lui accorde trois cent mille frapcs pour « soldoyer dix mille hommes de pied, trois mois c durant, t
L'exemple de Paris fut bientôt suivi par les provinces.
Pendant ce teipps, le duc de Nevers passait eq revue à Laon les restes ralliés de l'armée française, réduite des trois quarts; le sieur de Vyneuf, Piémontais, allait, par ordre du roi, demander au maréchal de Brissac de lui envoyer promptement Thermes et d'Anville, avec leurs compagnies, ainsi que quatre mille des Suisses qu'il avait sous son commandement; l'ara-
( 1 ) Mémoires de La Chaatre,
DES DÇCS ftB aUISE* m
b|§8fi^çr j9kiint*l>9i}rçnt éU^it phapg4 4'en achemioer vers la Frapçe m xaille autres qui venaient il*âtre recrutés; on dépêchait des courri^r^ en Allemagne poyr hâter les levées que I9 colpnel Rekrod y faisait ; un appel général était adressé à « tous c soldats, gentilshon^fpe^, ou antres qui avoient suivi les armes « on les pourroient suivre et porter, » pour qu'ils eussent à se réunir à Laon, sous le duc de Nevers, afin d'être employés pour le service du roi « et pour la tùition de leur patrie, « famille et biens '; » enfin des messagers multipliés partaient successivement dp la cour pour aller presser en Italie le retour du duc de Guise.
Les rivaux de ce prince, temporairement retenus hors du théâtre des événements, lui laissaient ]a place presque absolument libre; Brissac, seul des généraux, eut pu prétendre à entrer en concurrence avep lui pour le commandement auquel les adversaires de Guise auraient vivement désiré voir porter le maréchal ; mais les amis du prince lorrain étaient encore nombreux ; le roi, dans la nécessité où il se trouvait, privé de la plupart de ses autres conseillers, avait été obligé de plaper sa confiance entière d^ns les talents du cardinal de Lorraine, f grand et digne et pourvu d'une grande eonnoissance des « affaires d'État?, > et l'avait investi de la direction absolue du gouvernement. Or, ce prélat, jugeant avec sagacité que la gloire de réparer les désastres de Saint-Quentin pouvait devenir plus profitable à sa famille que (a conquête même du royaume deNaples', n'eut garde de (pisser enleveç de telles chances à son frère. Brissac, à la demande que le roi lui avait faite d'une partie des Suisses de son armée, s'était empressé
(1) Commentaires de Rabutin,
(2) Mémoires de La Chastre^
(3) Vies des hommes illustres, cardirial de Lùrraine^ par D^uvigny.t
de faire représenter par son secrétaire, Boivin du Villars, riiflpossibilité de rien conserver, après leur départ, de nos conquêtes dans le Piémont ; il proposait, en même temps, comme moyen pour renforcer l'armée, d'avoir recours à une nouvelle levée de trente mille Français et de vingt mille étrangers, ainsi que de porter à un nombre double les hommes d'armes et les chevau-légers déjà sous les drapeaux. La dépense occasionnée par ce considérable accroissement de forces eût pu être, selon son avis, supportée par une contribution des trois ordres du royaume, et le maréchal, toujours disposé au dévouement et aux sacrifices pourle bien public, offrait d'y concourir lui-même en abandonnant la presque totalité de ses revenus et ne se réservant que deux mille écus pour l'entretien de sa famille ^
Charles de Lorraine, chargé de la haute administration des finances, n'accueillit pas ces projets de Brissac, auquel les quatre mille Suisses furent laissés toutefois ; et, comme il y avait urgence d'augmenter l'armée, le gouvernement ordonna d'en recruter quatorze mille autres, ainsi que huit mille Allemands, tandis que, dans les différentes provinces du royaume, on enrôlerait par compagnies les jeunes gens en état de porter les armes *; Le cardinal déployait sur tous les points une activité et une présence d'esprit qui rendaient quelque sécurité et qui inspiraient une véritable reconnaissance à la nation. Aussi les poètes du temps le célébrèrent-ils, à cette occasion, en disant ^e lui, entre autres louanges :
« Alors en attendant le retour de ton frère, « Que la France appeloit en ayde à sa misère, « Que le Tibre romain amusoit à ses bords,
(1) Histoire de Henri II, par Lambert.
(2) Idem.
« Tu fis fortifier nos villes et nos ports.
<t Lors il monstra combien la prudence parfaicte « Peut conseiller un prince après une deffaicte, « Soudain il repeupla d'escus et de plastrons, « Et de nouveaux soldats nos rompus escadrons, « U transmit du renfort aux places plus débiles, « De nouveaux gouverneurs il rasseura nos villes, « Si bien que Tennemy qui nostre camp défit « N*eust que la vaine gloire et non pas le profit *. »
Charles de Lorraine , en faisant conserver à Brissac la totalité de ses troupes, avait d'ailleurs pris, avec adresse, la mesure la plus efficace pour fixer le maréchal au delà des Alpes et pour le neutraliser comme compétiteur du duc de Guise , auquel le cardinal envoyait en même temps des sommes tirées du trésor de l'épargne et destinées au recrutement, à l'entretien et à rhabillement de sa petite armée*. Les soins attentifs et constants du général avaient , au surplus, déjà maintenu celle-ci en aussi bon état que possible, après une campagne rendue pénible par les privations de secours et de ressources. Aussi lorsqu'elle reparut «encore nombreuse et assez leste 5,» à la suite de tant de fatigues, un éloge universel ressortit de sa comparaison avec celles que les plus habiles chefs avaient précédemment ramenées d'un pays dès longtemps réputé le tom^ beau des François*; «car ce n'est pas tout que de conduire « et avoir des armées, mais il faut les conserver, et'^jui peut c les rendre et retourner au logis saines et entières, tel capi-
(1) Histoire catholique du seizième siècle, par le P. Hilarion de Goste. {2)]Vies des hommes illustres, par Dauvigny.
(3) Histoire de France^ par le P. Daniel.
(4) Idem.
406 MlBtOltlË
f taine est digne de loUângës, aifisi qtie fit il ce M. de Giiyse*.» Ce prince, attendu comme le libérateur, le restaui^âteur de rÉtat, « aus^i-tost arHvé éft France, ri biell à poinct, Une joie € s*esmeut paHout de luy, et de luy partout une voix s'espan- € dit telle qu'on disoit, et Ta ain$i esprit aussi ce gt*and mon- « sieur le chancelier de TRospital : or c^est à ce coup que cet € homme nous remettra et restituera ta chose toute revirée et < contournée â rebours d*ufi gond à l'autre^. >
Et cependant Téquîté commande de recoilnaitrê que si, à la suite de la fatale bataille du 10 août, l'ennemi n'était pas parvenu jusqu'à Paris, que si l'on avait eu le temps de couvrir la capitale par quelques ouvrages du côté de Montmartre, de rallier les troupes, de prendre les précautions les plus pressantes, c'était à la durée du siège soutenu par Coligny dans Saint-Quentin que là France en était redevable, et non pas a l'arrivée de Guise qui n'eût jamais pu être que beaucoup trop tardive dans le cas où le duc de Savoie n'aurait pas été arrêté dans sa marche agressive. Ainsi le sort semblait-il s'être plu à répartir les rôles entre ces deux rivaux : Coligny, tout en en atténuant les suites, se trouve enveloppé dans la défaite de son oncle ; et le duc de Guise, malheureux, embarrassé lui-même en Italie, reparait aux yeux de la France comme un réparateur, comme une suprême et infaillible ressource. Tant était grande la puissance de son nom, la renommée de ses talents que n'avait pu ternir la pale issue de cette malencontreuse campagne de la saipte Ligue.
(1) Brantôme.
« Les extrêmes nécessités en quoy on estoit présentement réduict* ne permettaient pas de rembourser au duc de Guise ce qui lui était dû par le trésor public; il fallut qu'il prît patience et crût, quant au reste, qu'il ne • luy seroit défailly de chose telle qu'elle fût, pour la conservation de s6n - estât. . (Mss. Gaignières, v. 4lt, fol. ôi.)
(2) Brantôme.
• Les enilemis, après la pHse de Saint-Quentin, étaient vedtis assiéger le Catelet, dont ils furent maîtres le 7 septembre , grâce à la soumission trop précipitée du gouverneur. La citadelle de Ham, battue en brèche, se rendait également le 12, et Noyon était tombé par surprise en leur pouvoir. Philippe II fit aussitôt rét)arer les remparts de Saint-Quentin et de Ham pour y appuyer solidement ses troupes, tandis que les Français, de leur côté, étâbliôsàient dès retranchements en avant de Compiègne.
Le désordre cependant avait envahi le camp des étrangers ; les Anglais, irrités des manières hautaines dont les Espagnols usaient à leur égard, demandaient et obtenaient Tautorisatloti de se retirer ; les Allemands, n'étant pas payés de leiir solde*, se mutinaient, et, leurs plaintes ne rencontrant que d'orgueilleux dédains , ils prirent le parti d'une désertion qui tourna au profit de Taccroisseinent de notre armée, à laquelle presque tous furent attirés par les généreux procédés du duc de Nevers*.
Quelques semaines s'étaient donc écoulées en mesures pour se garantir et en escarmouches de part et d'atitre, quand lés troupes du roi d'Espagne se séparèrent, vers la fin d'octobre, pendant que lui-même, retourné de Cambray à Bruxelles, recevait (15 novembre) les derniers soupirs d'un de ses plus habiles généraux,.Ferdinand de Gonzague.
Mais lorsque l'attention de la France eàtière semblait filée sur la marche des éyénetnents en Picardie, elle fut subitement détournée d'un autre côté par la brusque diversion que le baron de PolWiiler tentait contre notre frontièi'e de l'est. Ce général', envoyé poul* recruter des th)upes en Allemagne, par Ëmmsi*
(l)DeThou, liv.XIX.
(2) Histoire de Henri II, par Lambert, liv. IV.
(3) Il était, dit-on, de MasmUnster en Alsace.
nuel-Philibert, dans des vues personnelles de conquête ou de recouvrement de la Bresse et duBugey, était parvenu à réunir dix ou douze mille hommes d'infanterie et douze ou quinze cents chevaux, fournis, disait-on, par le roi de Bohème S à la tète desquels, partant de Lorraine, passant parla Franche- Comté, il s'approcha (15 septembre) de la ville de Bourg avec rintention de parvenir en Savoie. Confiant dans les rapports qu'il recevait et dans l'effet des proclamations du duc à ses anciens sujets, Polwiller était guidé gar l'espoir que toute la province, à l'aspect des troupes étrangères, allait se soulever contre Henri II et secouer la domination de la France. Le duc de Savoie négociait secrètement aussi en ce moment avec toutes les ligues suisses pour obtenir, moyennant une somme de vingt mille livres, la restitution de la portion de ses États qu'elles occupaient.
Le duc de Guise, attendu de jour en jour, ainsi que son frère d'Aumale, reparaît en ce moment où, sur sa route, la fortune lui présente une occasion de justifier l'accueil triomphal qu'il reçoit, même avant d'être parvenu au but de son voyage et sur la scène où l'on espère si fermement, de son retour, le rétablissement des affaires de la France. Encore souffrant à son départ de Marseille, il s'est hâté néanmoins d'atteindre Lyon où il trouve c l'estonnement fort grand > et où il s'arrête un instant afin de faire face au danger le plus pressant, en donnant ordre à La Brosse d'y demeurer avec sept compagnies d'arquebusiers, et d'y retenir les douze dernières si elles arrivent à temps c pour la conservation de la Bresse. »
Ses troupes s'approchaient déjà de Lyon ; dès qu'elles y sont parvenues. Guise en détache deux mille arquebusiers, vieux soldats, qui se portent, sous les ordres du vidame de Chartres,
(1) De Thou, liv. XIX.
à Bourg, au seoours du baron de Digoine. Cet officier venait de mettre la place en état, d'en augmenter la garnison, d'appeler à lui Deschenetz avec le régiment de Champagne, de dévaster le pays environnant, afin de priver Tennemi de toutes ressources ; mais ces moyens énergiques, presque extrêmes, seraient demeurés probablement insuffisants sans l'appui décisif que Guise apportait si à propos. Le- prince lorrain distribue en même temps, avec prudence, le reste de ses forces dans le Maçonnais et le Lyonnais pour protéger, selon les circonstances, des contrées en proie à de telles alarmes que, quelques jours auparavant, l'invasion de l'ennemi y semblait imminente, et que les habitants s'enfuyaient avec leurs meubles les plus précieux en cherchant un abri dans les bois et les montagnes.
Les soldats allemands cependant, déçus de l'espoir d'obtenir le concours de la population, commençaient à crier à la trahison. Deschenetz combina donc son mouvement d'attaque (14 octobre) avec une sortie des bourgeois et repoussa l'ennemi en lui faisant éprouver quelque perte. De plus, Polwiller avait appris que le duc d'Aumale, gouverneur de la province, revenu en hâte d'Italie, après avoir laissé la cavalerie sous la conduite de Tavannes et avoir échappé lui-même à un parti ennemi dans les montagnes, près de Nantua, s'était promptement réuni à Bourg (24 octobre) avec La Guiche, commandant en Bourgogne, pour tenir conseil, d'après une lettre de Henri II, prescrivant au prince d'aviser t s'il y avoit point c moyen de donner estreite au galand qui faisoit tant le brave ^ > Le lieutenant du duc de Savoie n'ignorait pas non plus que les acclamations des habitants avaient accueilli d'Aumale, que de
(1) Mss. V. C. de Golbert, v. 26, Mémoire de Testât des affaires de France.
m UlStOIRB
toutes parts les bbrds delà Saôrtese couvraient de soldats; et, jugeant impossible pour lui de pénétrer plus avant dans le royaume, il effectua sa retraite par la Franche-Comté, f tirant « droict le chemin par où il estoit venu, > avec tant de bonheur et de célérité* qu'il avait déjà fait cinq lieues avant que les commandants français fussent instruits de son départ.
D'Aumale se méfiait pourtant des inteiltions de cet ennemi et marchai pour luy faire advancer le pas, » en détachant après lui des compagnies aux ordres du capitaine de Joux ainsi que quelques autres troupes suisses, et ne quitta définitivement la ville de Bourg que lorsqu'il y eut établi t une grande police f et asseurance *. •
Avants son fl'ère, le dtic de Guise, parti de Lyon en poste, s'était déjà rendu à la cour, à Saint-Germain-en-Laye (SO octobre). Henri II, ne l'attendant qu« le 23, avait «fait partie f d'aller coucher ce jour-là à Dampierre, » chesE le cardinal de Lorraine qui, apprenant le 19 l'approche de Guise, c sçachant c bien qu'il ne vouldra demeurer, » lui écrit du souper du roi et l'avertit par un exprès qu'il trouvera t à Saint-Germain deux « bonnes acquenées que luy baillera le cardinal de Chastillon. € Ne menant le Roy que fort petite compaignie pour le peu de « logis qui y est (à Dampierre), lui mandoit le parcimonieux
< prélat, je vous prie dire à tous ces seigneurs qui vous suivent « qu'ilz atendent iey (à Saint-Getmain) ou aillent eulz reposer « à Paris, et, quant à vous, serez le très bien venu et trouve-
< rez madame ma sœur, vostre femme, audit Dampierre qui y « est allée devant faire le mesnage et ne vous refusera la moic-
< tié de sôil lict''. »
Rien né saurait rendre les témoignages de joie et de con-
(l)DeThou,liv.XIX.
(2) Discours dé là téfnêràire entreprise faicte par Èrnînàmèl-Philibert, dtc.
(3) Mss. V. G. de GoU>ert, v. 353, fol. 17.
DES DtJtS fifi GUISE. ili
tiânce que François de Lorraine reçut de ttedri It, convaincil qu'il avait « bien affaire de ses bons serviteurs et chefs de guerre * » et qui s'était empressé d'annoncer, comme un véritable remède, la bonne nouvelle de l'arrivée à Marseille de f son cousin le duc de Guise avec ses Cousins le grand prieur, « le marquis d'Elbeuf , bonne et grande compagnie de seigneurs « et gentilshommes et sept bandes d'arquebusiefs françôis*. » Le monarque alla même jusqu'à lui dire qu'il était « revenu « pour sauver ses États*. »
Le retour du héros a relevé tout à coup aussi 1* esprit publié abattu; et l'effroi qui, peu de jours auparavant, l*égnait dans Paris, quoique Tennemi en fût enfcore éloigné, se transforme subitement en vive ardeur belliqueuse, en bouillant désir dé marcher -au combat sous ce chef bien-aiitté. Ses partisans d'ailleurs ne négligent aucun inoyeri, ostensible oU secret, pour entretenir l'enthousiasme en faveur dti setil défenseut* illustre que possède la France eu ce tnoment.
t>e toutes parts arrivent au duc de Guise des lettres exprimant l'allégresse que cause son retour, remplies de félicitations et contenant déjà des demandes et des recommandations. Les seigneurs de la cour eux-mémés rivalisent, à cet égard, avec ses frères et sœurs, avec les serviteurs de sa maison.
L'entraînement général était si vif qu'où ne savait quelle preuve en offrir au prince lorrain, et qu'il ftit d'abord question de le créervice-roi*, titre tout nouveau eii Finance, presqileinjurieux pour le souverain dont il aurait seiliblé pj^oclamet l'incapacité. On s'arrêta donc devant Cette considération, mais, si
(1) Mss. Béthune, y. 8662, lettre du rôi sur le retour de l'armée et du duc d'Âumale.
(2) Portefeuilles de Fontanieu, v. 284, lettre du roi à M. d'Humières.
(3) Vies des hommes illtAètrêê^ pit DâUvigûy*
(4) Vie du duc de Guise, par Valincourt.
rinconvenance officielle fut écartée, Guise n'y perdit rien quant à la réalité du pouvoir, car Henri II, pressé par le cardinal de Lorraine, par la duchesse de Valentinois, par la reine même, le déclara, dès le jour de son arrivée, lieutenant général des armées dans toute l'étendue de la monarchie française, en dedans et en dehors du royaume. Cette dignité, essentiellement temporaire à la vérité, était supérieure à celle de connétable, rappelait le souvenir de la dictature chez les Romains, < et ne se conférait d^ordinaire que dans les temps a de régence et de minorité * . »
Pour la rendre plus complète encore, s'il était possible, le roi fit adresser dans toutes les provinces l'injonction particulière d'obéir aux ordres du duc de Guise comme s'ils émanaient de sa propre personne ; et l'on remarqua qu'effectivement jamais monarque en France c n'avoit été obéi plus ponc- • tuellement et avec plus de zèle *. »
Les lettres patentes qui investissaient Guise d'une autorité aussi exorbitante, présentées à tous les parlements, furent vérifiées et enregistrées sans aucune difficulté, à commencer par celui de Paris; et il y avait réellement lieu d'être étonné de l'unanimité qui consacrait l'élévation d'un sujet à un semblable degré de puissance. Telles étaient la terreur causée par les conséquences redoutables de la défaite de Saint-Quentin, la disette d'honunes capables de relever l'état d'une pareille chute, l'idée que chacun se faisait de la prudence et de l'habileté du duc de Guise, la recrudescence de crédit dont les princes lorrains jouissaient, en ces graves moments, à la cour et près de la nation entière. Le roi venait véritablement de se mettre en tutelle, et la totalité de son pouvoir était passée aux
(1) Vies des hommes iUustres^ par Dauvigny.
(2) Idem.
mains de ces deux frères; l'un, presque unique reste d'un ministère qu'il dominait depuis longtemps par ses talents, par son audace, et dont la plupart des membres étaient écartés pnr la captivité, concentrait en lui seul toute l'administration ; l'autre disposait a sa volonté des forces de l'Etat, en vertu d'un commandement général, absolu, sans contestation, de même que sans contrepoids. Et tandis qu'il exerçait une autorité aussi considérable, François de Lorraine n'était pourtant revêtu d'aucun grade militaire plus élevé que celui de capitaine d'une compagnie de cent hommes d'armes ^ C'était bien là, il faut en convenir, de quoi fortifier en lui cette prétention à la qualité et aux prérogatives de prince qui se laissait apercevoir dans toutes les circonstances.
Dès lors, indépendamment des affaires militaires qui tombaient naturellement dans son domaine, il porta aussi presque sans relâche son attention sur l'ensemble et les détails des questions politiques, en particulier sur les négociations avec les princes d'Allempgne, et toutes les instructions ou dépêches qui s'y rapportaient passaient exactement sous ses yeux. Toutes les affaires semblaient reposer sur lui.
La situation nouvelle faite aux Guises était donc véritablement digne d'eux : éclatante déclaration de leur mérite, résultat inévitable dû concours de leurs efforts passés avec la gravité des conjonctures actuelles. Quel prix par là ne recevaient-ils pas de leurs précédents services, quelle jouissance, ou plutôt aussi quelle amorce n'était pas offerte à leur incomparable ambition ! Quelques avis, timides ou isolés, sans force et surtout sans échos, avaient bien tenté de rappeler à la mémoire de Henri II le sens judicieux des paroles que son père mourant
(1) Deux mille huit, cents livres de traitement étaient attachées à cette charge.
éU HISTOIRE DES DUCS DE GtJISE.
lui adressa au sujet 4e ces princes ; mais subjugué par la nécessité présente, le rpi n'avait plus la faculté de réfléchir. Sa propre faiblesse ne se méconpaissait pourtant pas, et, n'osant, pour ainsi dire, s'avouer à elle-même, sç réfugiait ^W9 l'espoir d'une revanche par intrigues, dans le mystère consolant d'une correspondance tout à fait intime avec le connétable. Henri II comptait tour à tour sur le bras robuste et vaillant qu'il venait d'armer en réalité du sceptre dont il ne conservait que l'image, pour assurer le salut du royaume et la délivrance de ses autres conseillers, puis sur le retour, ainsi procuré, de ces dersiiers auprès de lui, pour contrebalancer, pour paralyser leur rival triomphant et libérateur. Le monarque venait à peine de se donner forcément des maîtres d'une énergie, d'une habileté peu communes, et, pour se faire illusion sur son état de dépendance, il rêvait déjà le moyen, facile à ses yeux, de faire rentrer au rang de simples sujets ceux dont la victoire, dont laffrancbissement de la patrie auraient consolidé la domination. Environné de liens vigoureux, il préparait des fiis dans l'intention de se dégager, de dompter plus tard une puissance qu'il avait été contraint de consacrer et qui l'offusquait d'autant plus. Y^ine capitulation d'un esprit qui possédait la conscience de sa propre débilité, stérile ressource de Taraour-propre en souffrance sous le joug imposé par la fatalité du caractère personnel et des événements politiques.