CHAPITRE V
FBiNÇOlS m LORflAINE, DUC DE GUISE ; CHAI^LES, CARDINAL DE LOERAmç.
Au milieu du trouble de TÉtat et des embarras du gouvernement, toujours favorables aux entreprises des partis naissants, les calvinistes, parvenus, depuis l'année 1555, à établir, pour la première fois, une de leurs églises à Paris', avaient acquis une téméraire confiance, autorisée en quelque sorte par la tolérance du parlement et dissimulée sous quelques précautions extérieures. Mais celles-ci s'étaient peu à peu notablement relâchées, en raison du nombre toujours croissant des réformés et de la préoccupation que les affaires politiques causaient presque exclusivement à l'autorité. Le 4 septembre au soir, plus de quatre cents calvinistes étaient donc rassemblés à l'hôtel Bertonnier*, dans la rue Saint-Jacques, vis-à-vis le collège du Plessis, pour y célébrer la cène et entendre le pçêche d'un de leurs plus éloquents ministres, Jean Masson, lorsque le bruit se répandit que cette réunion n'avait pour véritable objet que la débauphe la plus infâme et le meurtre d'enfants en bas âge. Excitée par ces atroces propos,
(1) Histoire des guerres de religion, par Lacretelle, liv. III.
(2) Histoire universelle de J.-A. de Thou, liv. XIX,
nne brutale populace inonde, pendant la nuit, tout le quartier et s'efforce d'enfoncer les portes de la maison ; les habitants voisins eux-mêmes, inquiets des intentions qui pouvaient motiver un pareil concours d'honmies et de femmes de toutes conditions, à une heure indue, au milieu des tristes conjonctures où se trouvait le royaume*, saisissent des armes, des pierres, illuminent leurs demeures, et les protestants sont menacés de se voir, en sortant, immolés, sans exception, sous des coups aveugles et furieux. La plupart cependant parviennent à se faire jour Tépée à la main ; mais les vieillards, les femmes, hors d'état de défendre leur vie, n'en doivent la conservation qu'à la présence de Martines, procureur du roi au Châtelet, accouru sur le théâtre de ce tumulte, et qui les dérobe avec peine à l'irritation populaire, le lendemain matin, pour les conduire en prison.
11 est à remarquer qu'au nombre de ces religionnaires s'étaient trouvées plusieurs dames de la cour, attachées même à la maison de la reine* dont le caractère politique se trahissait Indirectement par cette démarche. Incertaine sur les destinées qui pouvaient être réservées à un parti presque encore en germe, Catherine semblait s'y ménager des relations pour le cas où il viendrait à prendre une consistance imposante^.
Le procès entamé par suite de l'affaire de la rue Saint- Jacques marchait trop lentement au gré du cardinal de Lorraine ; il en voulut faire activer l'instruction par le lieutenant civil, Meusnier, homme décrié, accusé de crimes, entièrement dévoué aux volontés du fougueux prélat. Pressé par celui-ci,
(1) Histoire de France, par Gàrnier, continuateur de Vély.
(2) Mesdames d'Ouarty, de Rentigny, de Ghampaigne, mademoiselle de Graveron. {Commentaires de V estât de la religion et répiibliqtÂe, par le président de La Place.)
(3) Histoire des guerres de religion, liv. HI.
le parlement se vit contraint de prononcer à regret des condamnations; mais, pour se dédommager en quelque sorte, il remit en cause, et livra au pilori, comme faussaire, Meusnier lui-même qu'une émeute populaire, suscitée par son puissent protecteur, arracha toutefois des mains de la justice.
Le zèle du cardinal pour la religion paraissait être sans relâche de même que sans limites, et le procureur général Bourdin se trouvait forcé de lui adresser de respectueuses obseiTations, lui écrivant, par exemple, le â8 juillet 1558 : « Monseigneur, comme estes trop mieulx adverty, la ville de « Paris est composée d'une affluence de peuple et de genz ra- « massez de toutes parts, mesmes d'estrangers. Italiens, Hesc panolz, Flamens, Bourguignons lesquelz ne laissent à démonctrer leur mauvais vouloir et affections, semans bruyctz « sinistres de la guerre et s'efforçant d'estonner le peuple ; « mesmes je suys adverty que en plusieurs monastères et col- « légesy a telles manières de gens estant plustost explorateurs « que exaltateurs du nom de Dieu, qui est chose à quoy soubz « vostre bénigne supporta tion est de besoing de pourveoir ^ »
Affectant de travailler à la destruction des abus dont les protestants s'étaient fait, dans l'origine, un spécieux point d'appui, le cardinal, il est vrai, laissait prendre une apparence de fanatisme à l'effet de ses plans exclusivement politiques : ce qui s'explique avec facilité si l'on observe qu'à une époque où des questions de foi allaient fournir le terrain de la lutte aux partis, pour obtenir et conserver la direction de l'un de ceux-ci U était indispensable de se montrer convaincu, passionné même ; et le désir de captiver la confiance du clergé et des catholiques de France, ainsi que de s'assurer un crédit prépondérant à la cour de Rome, suffit pour donner le secret
(1) Mss. Gaignières, v. 353, fol. 71.
4t8 HISTOIRE
des emportements religieux actuels et surtout futurs du cardinal.
Le duc de Guise, de son côté, appréciant avec sagacité tous les avantages de la nouvelle position qui lui était faite, aussi bien que les devoirs qu'elle lui imposait, et jaloux d'effacer le souvenir de son insignifiante campagne en Italie par le succès d'une entreprise éclatante, méditait sur les moyens de justifier les grandes espérances placées en lui comme en un chef < très « prudent, brave et heureux, bien aimé des gens de guerre*. » Quatre ou cinq jours après son retour, ayant délibéré avec le roi sur les affaires les plus essentielles, il était parti pour se rendre à une lieue de Gompiègne, ville alors devenue frontière, avec l'intention de l'inspecter et de réunir, dans le camp dressé tout auprès, l'armée dont il allait pouvoir disposer. £n outre des troupes françaises, celle-ci comprenait les arrière-bans, quatorze mille Suisses et les levées allemandes. Guise en passa la revue, puis vint à Dampierre rendre compte au roi du bon état dans lequel il avait trouvé les troupes. Il lui semblait u^ gent de démolir un faubourg de Péronne, de fortifier Coropiègne>, entreprises fécondes en dépenses auxquelles les finances de l'État étaient peu en mesure de satisfaire ; et cette pénurie, objet de fréquentes conférences entre les deux frères, suscita au cardinal l'idée de la convocation d'une assemblée des étatsgénéraux comme ressource qui lui paraissait la plus efficace.
Les besoins des troupes laissées en Toscane n'étaient pas oubliés non plus, car, le 1*** décembre, le grand prieur recevait du roi l'ordre de tenir ses galères prêtes à partir de Marseille pour porter à Civita-Vecchia trenfe-cinq mille livres,
(1) Mémoires de La Chastre.
(2) Sa propre ville de Guise avait eu beaucoup à souffrir de la guerre et réclamait|des soins onéreux.
« S9m y perdre uae seule heure de temps *. » H est vrai que Brissee avait « avisé » récemment avec instances le duc de Guise 2, « quoiqu'il vint tout fraîchement de dessus les lieux et « les connût mieux que nul autre, » de la situation de l'armée d'Italie à Tapprodie de T hiver et de la nécessité de marcher au secours du duc de Ferrare'. Le duc de Nevers aussi se plaignait à lui de la résistance des Suisses, < obstinez à ne pas mar- « cher d'un costé ny d'autre, » s'ils n'étaient point payés ^.
La pensée du duc de Guise avait été promptement fixée. Un fait d'armes, non moins singulier que brillant, également utile pour la sûreté du royaume et flatteur pour l'orgueil national, lui semble seul pouvoir réparer dignement les malheurs du mois d'août. L'armée d'ailleurs, quoique nouvellemenl formée, était belle et capable d'éveiller la sollicitude des ennemis, si l'hiver, déjà commencé, n'eût heureusement entretenu ceuxci dans la sécurité quant à toute chance d'attaque immédiate et générale. Ainsi, tandis que l'opinion publique s'attend à ce que, pour effacer les fautes du connétable. Guise entame dV bord le siège de Saint-Quentin, c'est celui de Calais qu'il a mystérieusement résolu.
Il connaît néanmoins et ne dissimule pas au roi les difficultés qui peuvent l'entraver. La trop forte proportion des étrangers auxiliaires, le défaut d'argent pour les contenter, la mauvaise saison présentent des embarras réels. Entre autres diefs, le vidame de Chartres était obligé de faire des efforts
(1) Le grand prieur était rétribué lui-même à raison de sept mille deux cents livres tournois, «pour son estât, solde et entretien pendant quatre « mois, de deux galères dans les mers du levant. • (Archives nationales, cartons des rois, 92.)
(i) Portefeuilles de Pontanieu, v, 2S4; lettre du roi au grand prieur de France.
(3) Mss. Gaignières, v. 327, fol. 33.
(4)/dem,v.343,fol. 1,
pour « rendre les capitaines et soldats des compaignies dont ii « avoit eu la charge en Piedmont fort contents de donner deux « moys au roy de ce qui leur estoit deu, car de tout temps le « souldat a voulu, disait-il, estre presché et persuadé à faire € se que Ton veult qu'il face bien*. » Mais Henri II a cette entreprise si vivement à cœur qu'il s'applique à dissiper toutes les objections. Celles que fait naître l'état des finances sont les plus sérieuses. Une somme de cent cinquante mille écus manque encore pour compléter les préparatifs ; le cardinal de Lorraine, dans un voyage de deux jours à Paris, obtient, t sur son « crédit et sur sa parole, une avance de trois cent mille livres*,» à une époque cependant < fort contraire à trouver secours de « deniers^. »
La ville de Calais tombée, plus de deux cents ans aupara^ vant (1547) entre les mains des Anglais, qui se vantaient de tenir en elle les clefs du royaume, était devenue pour eux une conquête permanente, pour la France un sujet d'humiliation ! continuelle. Elle semblait, tant par la solidité des fortifications | que les ennemis y avaient construites que par le mauvais résultat des précédentes tentatives et la facilité de lui porter secours par mer, désormais inaccessible à nos armes. Mais i des avis donnés antérieurement déjà par Sénarpont, gouverneur du Boulonnais, qui s'était trouvé à même d'apprécier exactement la situation de Calais et la force de sa garnison, avaient déterminé les projets du duc de Guise. Ce prince les communique au conseil tenu en présence du roi dont l'assentiment l'autorise à exiger un secret absolu, condition indispensable du succès.
(1) Mss. Gaignières, v. 353, fol. 41 ; lettre du vidame de Chartres au cardinal de Lorraine.
(2) Mss. V. C. de Colbert, v. 26.
(3) Mss, Gaignières, v. 407, fol. 77.
Strozzi, homme d'exécution, se charge d'aller (S novembre) reconnaître la place. A pied, déguisé sous de mauvais vêtements, accompagné de Maxime d'Elbène, de Sénarpont* et d'un très petit nombre d'autres officiers, il en examine attentivement les abords, s'assure de l'état des remparts et revient confirmer par son rapport l'espérance d'une facile victoire.
Les Anglais , qui durant la belle saison entretenaient des troupes nombreuses dans Calais, se fiant sur les inondations presque générales d'ordinaire aux alentours, n'y conservaient en hiver que peu de monde, par économie ; et, cette année surtout, les suites de la bataille de Saint-Quentin étaient venues redoubler leur sécurité*.
S'appliquant alors à dérouter l'ennemi par les plus habiles démonstrations^. Guise fait répandre le bruit de sa propre marche contre Arlon et Luxembourg munies de faibles garnisons qu'il devenait ainsi nécessaire aux ennemis de renforcer en divisant l'armée principale; puis il dirige, en conséquence, le duc de Nevers et Bourdillon vers les frontières de Champagne, tandis que lui-même, à la tête du reste de ses troupes, se poste entre Saint-Quentin, Ham et le Catelet, avec l'intention apparente d'intercepter les convois destinés aux trois places, et s'avance ensuite jusqu'à Doulens comme pour ravitailler cette ville, l'une des plus exposées aux surprises de l'ennemi*.
Pendant ce temps, Mandosse, gentilhomme de la chambre, est envoyé vers les princes d'Allemagne, afin de sonder leurs dispositions et de se procurer dix mille chevaux. Guise, de son
(t) Histoire universelle de J.-A. de Thou, liv. XX.
(2) Histoire de France^ par le P. Daniel.
(3) Histoire des guerres de religion, liv. IIL Le duc de Guise avait fait venir de Champagne à Nanteuil, pour s'en servir dans ces expéditions, tous les jeunes chevaux de son haras. (Mss. Gaignières, v» 417.)
(4) Histoire de France^ par le F, Danie).
côté, 8*a86ui'e que ks vaisseaux mandés par lui de tous les points de Saintonge, de Bretagne, de Normandie et de Picardie se réunissent dans la Hanche et sont à portée de Fy secon*der en attaquant les bâtiments anglais qui pourraient chereber à amener des secours à la ville.
Le cardinal, son frère, pour sa part, c faisoit tout ce qu'il « est possible au monde pour le faire secourir d'argent ethas- « ter par tous moyens ce qu'il a voit promis luy envoyer*. » Les troupes du duc de Nevers, après quelque séjour près de Stenay, étaient venues joindre Guise h Amiens, par un mouve* ment rapide, à la suite duquel il pénétra dans le Boulonnois en feignant de craindre pour la sûreté d'Ardres et de Boulogne et de vouloir en assurer la défense. Ainsi, gràoe è une série de manœuvres calculées avec génie, exécutées avec persévérance, le duc de Guise avançait graduellement vers son but; et, dans la nuit du l^*" janvier 1558, il se trouva sous les remparts de Calais*, « où de bonne et franche volunté tous les « princes, seigneurs et soldats avoient marché'. »
Les Anglais ne l'attendaient point. Quoique cette ville fut toujours entre leurs mains, on la considérait, en ce moment, comme appartenant aux Espagnols, dont le souverain avait épousé la reine d'Angleterre ; la garnison n'avait donc pas été renforcée, rien n'était préparé pour soutenir un siège, car le voisinage des troupes de Philippe II semblait offrir des garanties suffisantes contre une attaque aussi improbable.
(1) Mss. Gaignières, v. 353, fol. 37.
(2) Guise eût pu y arriver plus tôt encore ; mais par une sorte de superstition, il n'avait pas voulu, dit^on, c^nmenoer oe siège avant (}ue Tannée 1557, si malheureuse pour les armes frsnçaises, tie fâtetitiôfettént écoulée. (Mss. V. C. de Colbm, v. 30.)
(3) Discours de la prinse de CalaiSi Tours, chez Jehan Rd«esèt> impH^ meur et libraire, humble et obéissant servileor du roi, ftostr» Siri,e(dtl sang royal et de messieurs de GiMm, 1551.
Flanquée de quatre bastions, entourée de tous côtés par la mer ou par des marais et de larges fossés qu'alimentaient la rivière d'Hames et quelques ruisseaux, cette place ne commu^ niquait avec la terre qu'au moyen d'une chaussée soumise au feu du fort de Nieullay, tandis que celui du Risbank commandait absolument le port. La possession de ces deux postes était donc le préambule nécessaire de celle de la ville.
Guise sentait tout le prix de la promptitude pour compléter le succès de ses stratagènes, si heureux jusque-là. Aussi, dès le lendemain, trois mille arquebusiers français, appuyés de quelque cavalerie légère, commencent par s'emparer du fort de Sainte-Agathe, construit à l'entrée de l'étroite levée qui, entre deux marais, conduit au pont de Nieullay. Une enseigne d'infanterie anglaise» chargée, avec quatre-vingts chevaux, de la garde de ce point, avait opposé d'abord une énergique résistance, mais cédé bientôt, et s'était retirée précipitamment dans le fort de Nieullay. Nos troupes, animées par cette première escarmouche, s'élancent à la poursuite, et, pour être prêtes à l'attaquer au point du jour, établissent des retranchements contre ce fort, après qu'il a été reconnu de différents côtés, à travers de grandes difficultés, par le duc de Guise, tout près duquel le capitaine Jordan, mestre de camp des bandes françaises, eut le pied emporté d'un coup de canon.
A la faveur de l'obscurité de la nuit» Guise, accompagné du duc d'Aumale, de Thermes, de Strozzi, de d'Estrées, grand maître de l'artillerie, de d'Andelot, deTavannes, de Sénarpont, se dirige, par un chemin que ce dernier connaissait, le long de la côte pour examiner les dunes et le fort du Risbank» dont il s'approche, à moins de trente pas, sans être aperçu *. La
(1) La prime de Calais, etc. ; de Tbou, liv. XX; Histoire de Henri H, par Lambert.
m HISTOIRE
mer étant basse en ce moment, il donne aussitôt au jeune d'Âlègre et à un autre gentilhomme l'ordre d'aller, avec La Rochefoucauld-Randan, sonder dans le port un gué indiqué par celui-ci. Cette opération exécutée avec succès, la résolution est prise immédiatement d'attaquer le lendemain, 5 janvier, à la fois Nieullay et le Risbank. Une heure avant le jour, les batteries commencent en effet à jouer contre les deuxforts. Le premier, après avoir reçu quelques volées de canon, est abandonné par ses défenseurs qui, sur l'injonction du gouverneur, lord WentworthS soigneux de ménager sa faible garnison, se retirent dans la ville. Bientôt le Risbank, démantelé par notre artillerie, cède à son tour, se rend à discrétion, et livre aussi aux Français une quantité considérable de canons et de munitions. Guise est, grâce à ce coup de vigueur, maitre alors en quelque sorte des deux clefs de Calais ; mais des secours peuvent cependant arriver par terre, et, pour les prévenir, il établit, au bout de la levée, entre la ville et les marais, vingt enseignes de cavalerie, le régiment de lansquenets du rhingrave Philippe, huit cents pistoliers* et trois cents gendaimes, sous le commandement du duc d'Aumale, du prince de la Roche-sur-Yon, de Tavannes et de la Brosse, tandis que Thermes, avec le reste de la cavalerie et les Suisses, prend position sur le chemin de Guines, vers le bord de la mer.
Le mardi 4, une batterie de six canons et trois grandes coulevrines, braquées contre la porte de la rivière, foudroient les fortifications dont récroul^ment, obstruant les brèches, empêche nos soldats de monter à l'assaut. L'attaque semble devoir s'opiniàtrer sur ce point, et les assiégés sont en sécu-
(1) Mémoires de La Chastre,* Histoire de France^ par Gamier ; Histoires d^AngUterrej par Humoi par Lingard. Des historiens français le nomment lord Dumfort.
{2) Cavaliers allemandst
rite du côté de la citadelle, lorsque précisément Guise y porte tout à coup ses efforts. Quinze pièces de gros calibre, dirigées conti'e ses murs, font un feu si terrible que, disent plusieurs historiens *, le bruit s'en fait entendre en Angleterre et jusqu'à Anvers. Dès que la brèche est entamée, d'Andelot, colonel général de Finfanterie française, reçoit ordre de profiter de la nuit et du moment du reflux pour passer, avec douze ou quinze cents arquebusiers ou corselets choisis et une grande quantité de gentilshommes volontaires , au delà du port et pour s'établir entre la ville et le rivage ; il doit commencer aussitôt, avec les outils que Sénarpont a préparés, une tranchée destinée à joindre le fossé que les Anglais regardent comme leur plus forte défense, en faire écouler les eaux dans la mer, le mettre à sec et l'occuper. Cette opération présentait des difficultés considérables. Les soldats, pour ne pas enfoncer dans un terrain aussi fangeux, sont obligés de se servir de claies enduites de poix, sur lesquelles ils se soutiennent; on les a aussi munis de boucliers, nommés postes, inventés par Sénarpont et composés de pieux entrelacés d'osier, de la hauteur d'un homme, de l'épaisseur d'un demi-pied, couverts de forts cartons en dedans et en dehors, dont on faisait usage comme d'une espèce de parapet. On pouvait les transporter facilement, les planter en terre par le bout des pieux lorsqu'on le jugeait convenable, et faire feu par de petites ouvertures pratiquées exprès. Tout était ainsi disposé, le jour des rois , pour donner l'assaut ; Guise néanmoins, < comme prince et c chef advisé et prudent*, » craignant que les ennemis ne parvinssent trop facilement à réparer les brèches, ordonne d'a-
(1) Fornier, Histoire Mss. de la maison de Guise; De Thou, Histoire universelle; Lambert, Histoire de Henri II; Valincoart, Vie du duc de Guise; Dauvigny, Vie des hommes illustres,
(2) La prinse de Calais, etc.
436 HISTOIRB
bord à Grammont de s*avaneer avec trois cents arquebusiers, à huit heures du soir, lorsque la mer serait retirée, pour contrarier, par une fusillade continuelle, les travaux des assiégés. Strozzi, à la tète d'une semblable troupe et de cent pionniers commandés par le capitaine Sarlabou, devait en même temps aller s établir dans de petites maisons, de Fantre côté du port; mais l'artillerie anglaise l'ayant forcé de se retirer après une perte de vingt-cinq hommes, il se replie sur le quartier du duc de Guise. Au jour naissant, ce prince s'avance jusqu'au port avec d' Aumale et d'Elbeuf , ses frères, le duc de Bouillon, grand écuyer, François de Montmorency et toute la noblesse, « venue dans cette entreprise ponr y apprendre la vertu et la « pratique des armes. »
Brancaccio, chargé de reconnaître la brèche, la juge assez large pour qu'on puisse tenter Tassant. Le signal est aussitôt donné. Guise, suivi de tous ses compagnons, pénètre, de sa personne, dans l'eau jusqu'à la ceinture, et traverse la rivière avec le reste de l'armée. On atteint le pied du rempart, escaladé, peu d'instants après, avec une valeur furieuse ; la garnison du château est passée au fil de l'épée, et les Anglais, en petit nombre, parvenus à échapper au carnage, se réfugient dans la ville. Guise alors établit le duc d' Aumale et le marquis d'Elbeuf au château, avec de nombreux gentilshommes et des troupes suffisantes pour le préserver contre une entreprise nocturne. Lui-même, «espérant, incontinent qu'il seroit «jour et la mer retirée, les renforcer de telle porte qu'ilz « pourroient entrer par la ville, par le pont dudict ehasteau «qui estoit encores demouré en son entier^, t et obligé de retourner au camp, se hâte de repasser l'eau, avec un surcroît de danger, pendant que les flots s'élèvent rapidement.
(1) Laprinse de Càhis^ etc.
Le gouverneur, « comme homme désespéré et qui ^e voyoit « ainsi quasi perdu S » avait en effet résolu d'attaquer ce poste important à la faveur de la nuit et de la haute mer qui rendait impossible Tarrivée d'aucun secours pour les Français. Une première tentative de sa part est repoussée avec fermeté. Les ennemis reviennent à la charge , protégés par le feu de quatre canons qui, d'un cavalier construit en peu d'instants, dan»' une rue de la ville, frappent continuellement la porte delà citadelle. Après un combat opiniâtre où périssent deux cents de leurs plus braves soldats, ils échouent de nouveau contre le courage des Français qui « s'y défendent si vaillamment mal- « gré les efforts des habitants de la ville pour reprendre la « place ou brusler par traînées de poudre ceux de dedans, que t les Anglois prient le duc d'Aumale de parlementer pour ve- « ttir à quelque honnête et raisonnable composition ^. »
Ce vaillant prince, en leur accordant le sieur de Randan pour otage, les autorise aussitôt à envoyer deux d'entre eux auprès de son frère, comme chef de l'armée ; et Guise, après quelques réclamations des vaincus pour obtenir des articles plus avantageux, dicte (8 janvier 1658) ses conditions aux représentants du gouverneur. Pendant que ceux-ci, ainsi que d'Aumale, conféraient dans la tente du duc, d'Andelot, avec trente ou quarante officiers, étaitentré dans la ville à la sollicitation des Anglais, saisis de la crainte d'être tous passés au fildeTépée^.
Par la capitulation, les habitants, leurs femmes, leurs enfants obtenaient la vie sauve, la permission de sortir de Calais
(1) Mémoires de La Chastre.
(2) Les tomheauoû et âiêûcurs dés faits ei déplorable mort de très débonnaire et très magnanime pfinoe Clùiude dé Lorraine^ due d'Aumale^ etc., par Jean Helois de Beativôisis.
(3) Mss. y. Cl de Gdbert, v« 2^^ MémoitM àe l'estat de k Fraii6e,
m HISTOIRE
librement et à Tabri de toute injure, pour se retirer en Angleterre ou en Flandre; lord Wentworth et cinquante autres personnes, au choix du duc de Guise, demeuraient prisonniers de guerre; hors cette (exception, tous les soldats retournaient en Angleterre, mais « avec le bâton blanc ; » la place restait pourvue de la totalité des canons, armes, munitions, vivres, outils, machines de guerre, drapeaux et enseignes qui s'y trouvaient; les meubles, Tor, l'argent monnayé et autre, les marchandises, les chevaux passaient à la disposition absolue du duc de Guise pour en faire l'emploi qui lui conviendrait; enfin les vaincus, en quittant la ville, devaient la laisser intacte, sans pouvoir démolir les maisons, dépaver les rues, fouiller la terre, déplacer une seule pierre, arracher un seul clou : dernière clause ajoutée en souvenir des dégâts exercés quelques années auparavant par les Anglais, à Boulogne, avant d'en sortira
Le lendemain (9 janvier), après une semaine de siège, Calais était entièrement évacué par les ennemis et rendu à son ancienne patrie, en dépit de l'orgueil qui avait porté ses conquérants à graver sur l'une des portes cette inscription : « Les « François prendront Calais quand le plomb nagera sur l'eau «comme le liège*.»
« Guise y trouva une infinité de toutes sortes de munitions < de guerre, voire comme un magazin, dont les Anglois et le « roi Philippe d'Espagne ne furent point moins étonnés que « marris 25. •
(1) De Thou, liv. XX.
(2) Histoire de Henri 11^ par Lambert.
On la trouve aussi rapportée sous forme de distique : m II sera vraisemblable que Calais on assiège « Quand le fer ou le plomb nagera comme liège. >
(3) I^ tùmheaua) e^ ditotms des faUs, etc., d^ dttç d'A^male*
De ces abondantes provisions, évaluées à plus d'un million d'or, comprenant une incroyable quantité de vivres, d'argent monnayé, des balles de laine pour cent mille livres, des peaux de mouton pour cinquante mille. Guise ne voulut absolument rien réserver pour lui-même *, et répartit la totalité, comme gratification, entre les officiers et lès soldats. Vingt-cinq ou trente mille écus furent ainsi distribués aux principaux chefs par ce général qu'aucun ne surpassa jamais en libéralité. Thermes eut pour son compte dix mille écus, Sansac quatre mille, Bourdin, Sénarpontet quelques autres en reçurent chacun deux mille ^. Les peaux de mouton échurent à d'Andelot et à Randan; les balles de laine furent destinées à être vendues pour contribuer aux frais des fortifications de la place s.
Guise avait espéré vainement prévenir tout pillage; du moins, lorsqu'il fut informé qu'un certain nombre de soldats commençaient à saccager la ville et y détruisaient, en pure perte, pour plus de cent mille livres de meubles, il parvint à sauver les magasins et à assurer protection aux femmes et aux jeunes filles dont les personnes furent respectées.
Les vaisseaux appelés par le duc de Guise pour coopérer à son entreprise avaient en outre rencontré deux ou trois bâtiments anglais, chargés de soie et d'autres riches marchandises, et, après les avoir combattus, s'étaient emparés de leur cargaison ; mais pendant l'action même, quelques navires qui
(1) Dauvigny, Vies des hommes illustres.
Il para\t que la duchesse de Guise, bonne ménagère, n'aurait pas été fâchée de voir son époux conserver en propre une partie du butin, car c'est en réponse à une lettre dans laquelle sa belle-sœur lui parlait des laines en ce sens que le cardinal de Guise rapportait le détail des dons faits par son frère.
(2) Mss. de Béthune, v. 8740, fol. 87 ; lettre du cardinal de Guise à la duchesse sa belle-sœur.
(3) Mss. V. C. de Colbert, v. 26 ; Mémoires de Pestât de la France,
m RISTOtKK
se trouvaient dans le port tentèrent de s'échapper sans que tous pussent y réussir, car c il y en demeura encores et encores où « les soldatz firent un grand butin ^ •
La ville était à peine rendue quand dix-huit vaisseaux de la flotte anglaise parurent en mer, apportant à pleines voiles du secours aux assiégés. Guise chercha à les attirer c en leur faic sant bonne mine , » en ordonnant de tirer des salves dans l'espérance de les prendre à Tabordage, s'ils se décidaient à entrer; mais ils « usèrent d'une contre-ruse » en envoyant un bâtiment léger observer nos vaisseaux en rade si attentivement qu'il reconnut ce qui se passait, et que, sur son rapport, la flotte se retira aussitôt avec désespoir, en tirant quelques coups de canon contre le rivage, sans rien entreprendre de plus.
Durant ce siège, Henri II, demeuré à Paris, y avait convoqué les états-généraux afin d'en obtenir les moyens de continuer la guerre avec une nouvelle vigueur. Dans cette assemblée, préparée à la hâte, sous l'influence des circonstances, sans observation des règles ordinaires d'élection, et à laquelle le titre de notables eût mieux convenu, la magistrature obtint du roi, pour la première fois et par extraordinaire, la faculté de^ siéger, avant le tiers-état, en qualité d'ordre de la justice, distinct des trois autres.
La séance solennelle d'ouverture eut lieu le 5 janvier 4558. Prévenus dès la veille par le cardinal de Lorraine, les députés des villes s'étaient rendus vers sept heures du matin à la Sainte-Ctiapelle, où ce prélat, accompagné des membres du conseil privé, arriva lui-même peu après. Tous se mirent alors en marche, en le précédant, pour entrer dans la salle Saint- Louis dont, malgré les archers de la garde, la porte était tel-
(1) La prinse deddms^ etc.
lement obstruée par la foule, que le cardinal fut obligé de s'y porter en personne jusqu'à ce que chacun fût passé ^.
L'assemblée avait été composée à peu près exclusivement selon le bon plaisir du roi. Des archevêques et évoques y représentaient Tordre du clergé, des sénéchaux et baillis d'épée celui de la noblesse, des maires et échevins seuls le tiersétat.
• Le discours du monarque, inspiration du cardinal de Lorraine, fut remarquable par sa noblesse et sa gravité. Henri II débuta en appuyant sur l'expression de son constant attachement pour la nation, de ses efforts pour en assurer la gloire, en repousser les ennemis, pour conserver l'intégrité du territoire. Il rappela que la guerre soutenue dans le but d'expulser les Anglais de Boulogne avait entraîné des dépenses si considérables que, les revenus ordinaires n'y pouvant suffire, il s'était vu forcé lui-même d'engager son domaine et, ce qui l'affligeait bien davantage, d'augmenter le poids des impots. Touché de la misère du peuple, le roi disait avoir fait des tentatives pour obtenir la paix, même avec désavantage, sans parvenir à d'autre résultat qu'à augmenter l'orgueil et la confiance des ennemis. Il fallait donc redoubler de persévérance, réunir tous les moyens pour faire face aux difficultés présentes; et c'était afin de conférer sur les besoins du royautne qu'il en avait rassemblé les états, bien décidé à ne s'occuper, dès que la paix serait reconquise, que du soin d'alléger les souffrances et de diminuer les charges que la nécessité du salut public allait temporairement imposer. Il prenait cet engagement &ï présence du dauphin comme garantie de plus de m promesse et pour associer le jeune prince à l'obligation de l'exécuter.
(1) Discours des Estatz tenuz à Paris au mois de janvier 155S, Paris, par Barbe Begnault, rue Saint-Jacques.
Le cardinal de Lorraine lui répondit le premier, « selon sd « suffisance et éloquence singulières S» et, pendant une heure, s'abandonnant à cette dernière qualité, manifestant plus de recherche dans les formes que de solidité quant au fond, s'étendit en louanges outrées de Faffection du roi pour tous ses sujets, de la bienyefllance de son gouvernement, de la pureté de ses intentions, puis finit, sans avoir de désaveu à redouter, par offrir la somme d'un million d'écus d'or, outre les déci^ mes, au nom du clergé qu'il dirigeait d'une manière absolue.
Le duc de Nevers, orateur de la noblesse, protesta, en peu de mots, de l'inébranlable dévouement de cet ordre au bien 4u pays pour lequel il était prêt à sacrifier sa fortune et son sang.
François de Saint-André, président au parlement de Paris, exprima la reconnaissance de la magistrature pour la distinc* tion dont elle jouissait en ce jour, ainsi que sa bonne volonté de concourir à tout ce que l'intérêt national pourrait réclamer.
Enfin Guillart du Mortier assura le roi de la fidélité et de la soumission du tiers-état, dans des conjonctures aussi pressantes, en dépit des charges qu'il supportait déjà.
Avant de clore la séance, le cardinal de Sens, Bertrand!, garde des sceaux, ayant reçu à genoux, selon l'usage, les ordres du roi, invita le tiers-état à dresser un cahier contenant l'exposé de ses plaintes et des abus susceptibles de réforme que du Mortier présenterait à Henri II, afin qu'on pût aviser aux moyens d'y remédier.
Une conférence fut ensuite indiquée pour le lendemain chez ce ministre, et le cardinal de Lorraine, ayant soin de prendre en particulier chacun des membres du tiers-état, leur représenta que le roi se trouvait dans la nécessité d'emprun-
(1) Archives du parlement de Paris, registre du conseil coté XX.
ter, pour soutenir la guerre, trois millions d'écus en sus des décimes; que, le clergé consentant à fournir le tiers de cette somme, il semblait juste d'en attendre le complément des efforts du peuple ; qu'en conséquence, pour plus de facilité et de promptitude, ils devaient désigner deux mille bourgeois, les plus considérables de toutes les villes du royaume, dont chacun prêterait deux mille écus d'or. Le roi, ajoutait-il, plein de sollicitude pour les souffrances de ses sujets, non-seulement était résolu à ne plus les accroître, mais même n'avait rien tant à cœur que de les réduire dans le plus court espace de temps possible.
Les députés, s' étant retirés pour délibérer sur le mode d'imposition imaginé par le cardinal, en trouvèrent la forme inquisitive, vexatoire, préjudiciable, de tous points, aux intérêts des particuliers, à ceux du commerce même, en obligeant à mettre au jour l'état de fortune des négociants, dont beaucoup peut-être verraient par là leur crédit compromis. Us proposèrent donc d'y suppléer au moyen d'une répartition générale de cette somme sur les provinces et les villes que celles-ci renfermaient, de sorte que les plus riches habitants se taxassent eux-mêmes, et que les charges supportées par un plus grand nombre parussent moins accablantes ^
Le jour de l'ouverture des états-généraux, le roi devait diner « en son logis du bailliage^, » et c'était au moment de se mettre à table qu'il avait reçu la nouvelle de la prise du fort du Risbank. Il en alla immédiatement rendre grâce à Dieu à la Sainte-Chapelle, oii, après son repas, il retourna pour assister aux vêpres ; le dimanche suivant au soir, il connut la soumis-
(1) Histoire universelle de J.-A. de Thou; Histoire de Henri II, par' Lambert.
(2) Archives du parlement de Paris, registre du conseil coté XX.
m HISTOIRE
sido de la villa et du eb&teau de Calais, et le lendemaiii matifl (10 janvier), accompagné de la reine, « il alla faire reeognois- « aanea au Créateur en grande dévotion, délyvra les pauvres « prisonniers pour debtes, payant pour eux à leurs parties et « les quittant de ce qu'ils lui dévoient ^ »
Il est facile de concevoir la joie que, dans ces conjonctures dangereuses et humiliantes, le royaume tout entier ressentit de la prise de Calais. L'étonnement y ajoutait encore peutêtre, car à Texception de quelques membres du conseil du roi, qu'il avait fallu mettre dans le secret', personne ne s'attendait à cette conquête.
^ J'estimoys bien que vous dévies estre occupé aux prépa- « ratifs de quelque grand exploict et que vous vouliez attendre a à m'en faire plus tost sçavoir l'exécution que le desseing, « écrivait, de Quiers, le maréchal de Brissac au duc de Guise, « le 23 janvier. 11 y a trois ou quatre jours nous estions par « d^çà en singulière expectation de l'expugnation et réduction a de Calais comme de chose si grande, louable et importante^.»
Les courp étrangères étaient également frappées de surprise; elles avaient ^mpté que la France demeurerait longtemps accablée sous réche<) de Saint-Quentin ; cette brillante revanche jetait le trouble dans leurs espérances et dans leurs pror jets ; et le pape Paul )V disait spirituellement que c Iq perte de ( Calais étoit l'unique douaire que la reine d'Angleterre retif reroU de son mariage avec Philippe 11^. »
Le chagrin que cette princesse en éprouva, plus encore que la maladie , hâta même , dit-on , le terme de sa vie , et , déjà sur son lit de mort (20 janvier), elle s'était écriée que < si Top
(1) Archives du parlement de Paris, registre du conseil coté XX.
(2) Histoire de France, par Garnier, continuateur de Vély.
(3) Mss. Gaignières, v. 415, fol. 3.
(4) Histoire de Henri 11^ par Lambert.
DBS bucfi hB euisfi. m
t ôiivpoit MO cœur, on y trouveroit le mot Calài$ profonde- « ment gravé. »
En félicitant Tambassadeur du roi sur cet heureuï événement, Paul lY se répandit en éloges du duc de Guise» assurant qu'une telle conquête était préférable à celle de la moitié du royaume d'Angleterre.
Soliman témoignait le regret de n'avoir pas, l'année précédente, secondé av«c sa flotte les opérations du duc de Guise en Italie, et offrait de réparer cette faute dès que le roi le désirerait.
Enfin les princes allemands, augurant bien de l'issue de la guerre, pressaient, avec un redoublement de bonne volonté, les levées qui leur avaient été demandées *.
A la cour, les partisans du connétable étaient consternés en voyant les Guises briller d'un nouvel et si vif éclat dans l'attaque comme dans la défense des places les plus importantes. Partout, en effet, sous toutes les formes, on célébrait la gloire de ce héros, < né pour estre le soutien de la religion et du trône, m envoyé de Dieu pour sauver la patrie déjà deux fois, en lui « conservant Metz d'abord, puis en lui recouvrant Calais. >
Ce fut un beau sujet pour les hommes de lettres, dont Guise se montrait le constant protecteur, d'exalter à l'envi son mérite et ses exploits, de fixer sur lui l'admiration des peuples et de propager les témoignages de sa gloire 9. Les poètes du temps, Turnèbe, Dorât, Joachira du Bellay^, Michel de l'Hospi-
(1) Histoire de Francej par Garnier, continuateur de Vély.
(2) Le buste en bronze du duc François de Guise est placé sur un piédestal devant l'hôtel de la mairie à Calais.
(3) Dans son Hymne au roy sur la prinse de Calais, il applique au duc de Guise les vers suivants entre autres :
« Ce que parlant de soy , César même disoit
« Ceituy-cy peuU le dire à bo« droict (ce me semble)
tais Amelins, ne tarissaient pas en louanges, relevées surtout par les amers regrets que les Anglais ne pouvaient s'empêcher de manifester^ et qui furent assez durables pour que, plus tard, quand le grand prieur de France, se rendant près de sa sœur en Ecosse, alla visiter Elisabeth, cette reine*, tout en raccueillant avec magnificence et après l'avoir fait danser plu-
« Je suis venu, j'ay veu, j'ay vaincu tout ensemble. »
Et, dans la Remonstrance sur la prinse de Callais et Guine, il dit encore :
« Le grand Lorrain luy-mesme amenant ses souldarts « Qu'il avoit assemblez braves de toutes parts, « Monté sur un coursier ils ont veu comparoistre « Pour assiéger leur ville avant que de cognoistre,
• Ou penser seulement, qu'il eut peu traverser
« Tant de fascheux destroicts qu'il avoit à passer. »
(1) Le retour du duc de Guise d'Italie, à la suite de la bataille de Saint-Quentin, la prise de Calais et de Guines, celle de Tbionvilie ensuite fournirent matière à des épîtres latines en vers de Micbel de l'Hospital, depuis chancelier de France, qui en consacra aussi quinze à la louange particulière du cardinal de Lorraine, en diverses occasions. Dans une autre, inspirée par le mariage du dauphin avec Marie Stuart, il fit de nouveau l'éloge des deux frères lorrains. (Voir Michadis HospUdii. Epistolarum seu sermonum lihriseœ, Genevœ, 1592.)
(2) Auteur d'un Hymne à la louange de monseigneur le duc de Guyse^ dans lequel on trouve ces passages :
« Nostre héros Guysien par l'effort de sa lance
« Desja dessus les cieux, autre qu'humain s'élance :
• Desja laisse après luy bien loing ce preux, ce Roy « De la saincte cité, son aieul Godefroy.
« Desja digne des dieux par ses chevalereuses, « Par ses sages vertus, tesmoigne non fableuses « Les louanges d'Hector
(3) Lorsque lord Wentworth et quelques-uns de ses officiers rentrèrent dans leur patrie, ils furent mis en jugement sur l'accusation du crime de haute trahison. {Histoire d'Angleterre^ par Lingard.)
(4) Montée sur le trône après Marie, le 1 7 novembre 1558.
sieurs fois avec elle, lui dit : c Mon prieur, je vous aime bien , € mais non pas monsieur votre frère, qui m'a ravi ma ville de c Calais ^>
Les adversaires de Guise cependant, ingénieux à rechercher les moyens de diminuer son mérite, crurent y porter quelque atteinte en répétant que ce grand capitaine ne devait son dernier succès qu'à l'emploi des plans dressés avant lui par Coligny, gouverneur de Picardie, qui lui avait ainsi tracé le chemin. Mais, outre que les projets de l'amiral, s'ils existèrent réellement, n'étaient guère que le produit des éléments dus à l'intelligente activité de Sénarpont, commandant en Boulonnois, on peut, à ces attaques de la jalousie, opposer une remarque décisive , et sur laquelle les historiens tombent d'accord, c'est que la valeur d'entreprises de ce genre consiste en leur exécution. Celle-ci, en effet, avait réclamé successivement prudence, adresse, promptitude, énergie; et le plus parfait ensemble de ces qualités venait de caractériser la manière dont le duc de Guise avait su tout préparer, puis tout accomplir.
Il comptait bien ne pas s'en tenir là. Après de mûres délibérations, le conseil de guerre, assemblé par lui lorsqu'il eut établi le bon ordre dans Calais, opinait pour l'attaque ultérieure de Guines, de préférence à celle de Gra vélines. Cette dernière ville, il est vrai, ouvrait la plus belle entrée dans les Pays-Bas; mais l'occupation de l'autre, mieux fortifiée et plus rapprochée de Calais, était plus susceptible, par conséquent, d'assurer la conservation de la nouvelle conquête. Les Anglais, en s'y maintenant, auraient eu d'ailleurs encore un pied en France d'où il importait de les expulser complètement. Laissant à Paul de Thermes le commandement de Calais, Guise,
(1) Dauvigny, Vies des hommes illustres.
4d8 HISTOIRE
< prince d'invincible courefge et auquel le travail de la guerre € étoit comme exercice coustumier S > parait donc^ le iS janvier 1558, devant la ville de Guines, qu'il trouve abandonnée par les Anglais retirés dans la citadelle avec leur chef, lord Grey. Mais nos soldats, occupés du pillage, négligent les précautions de sûreté ; la garnison, profitant de leur désordre, fait une sortie, les repousse, met le feu à la ville. Aussitôt Guise, «suivant son accoutumée célérité et promptitude^,» donne l'ordre d'ouvrir la tranchée. Pour en hâter les travaux, il se place lui-même à la tète des pionniers, exposés aux continuelles décharges de l'artillerie ennemie 3, et^ c n'estimant au- « cune fonction militaire indigne d'un grand courage , * met € la main à l'outil et à tirer et poulser le canon comme le € moindre de toute la troupe^. »
11 manquait effectivement d'un nombre suffisant de travailleurs expérimentés, et il était obligé de < s'ayder des lansque-
< netz qui ne se laissoient pas commander en telz ouvrages « comme l'on auroit fait à l'endroit de pionniers^. >
Grâce à son exemple, on parvient en trois jours jusqu'au bord du fossé. Trente-cinq pièces de siège protègent la tranchée, battent de revers la citadelle et démolissent en partie le bastion qui en défend la porte. Neuf mille coups de canon avaient été tirés en quarante-huit heures contre cette place; la brèche était ouverte ^ mais d'un difficile accès. A plusieurs reprises. Guise la fait reconnaître, d'abord par un soldat de la suite du duc d'Aumale, puis par un autre de la sienne propre^ nommé Anthoine, ensuite par un gentilhomme, ancien
(i) Commentaires de Rabutin.
(2) Idem.
(3) Histoire de Henri 11^ par Lambert, liv. IV.
(4) Commentaires de Rabutin,
(5) Mss. Gaignières, y. 353, M. M, letlwda daed* Ooisé m foi.
DES DtJCSBEOUISE. 4S9
porte-edseighe d'une bande de gens de pied, stllvl de deui fantassins^ enfin par Tingt-^({uatre hommes clioisis, qui tous s'acquittent avec bravoure et bonheur de cette périlleuse mission et démontrent qu'il faut encore élargir la brèche avant dé l'attaquer. Le feu redouble donc de vigueur, et, quelques heures après^ cinq autres soldats, envoyés à leur tour et non moins intrépides que leurs camarades, jugent qu'il est possible d'emporter ce point*. Guise Cependant, par humanité, «ne « se fiant à tous ces rapports, pour ne vouloir exposer h crédit « et à une soudaine fricassée la vie de vaiUants hoilimes^, » ordonne que cent vingt fantassins d'élite soient postés sur le haut du parapet, du côté des assiégeante, afin de soutenir tin égal nombre de pionniers chargés d'aplanir le chemin, ^ans rien entreprendre de plus. Enfin, ce même jour, 20 janvier, un régiment allemand que d'Andelot, (colonel-général de l'infanterie française, se tenait prêt à appuyer, mollte impétueusement à l'assaut'. L'émulation s'établit entre lés Français et les lansquenets ; le combat est vivement soutenu , mais trois ou quatre cents Âdgiais, Botirgdigndtis et Espagnole, qui défendaient le bastion, sont passés au fil de Tépée, et Guise, à là faveur d'un pont fait avec des claies placées en travers sùl* des tonneaux flottants , franchit le fos^é, profond de soixante et dix pieds, et va s'établir sur une colline opposée, afin d'être à même de se porter vers le point où le danger serait le plus pressant.
Bientôt effectivement il est obligé d'accourir au secours de ses troupes qui, engagées avee beaucoup de valetlr, cottlnëncent pourtant à plier. Sa présence opère efficacement ; les
(1) Histoire de HmH II, pdf Ufiiberi^ IfV. IV.
(2) Commentaires de Rahutirk,
(3) De Thou, liv. XX.
soldats redoublent d'audace, renversent tout devant eux et se rendent maîtres de la brèche sur laquelle quatre cents ennemis laissent la vie. D'un autre côté, les Allemands du colonel Rekrod s'emparent de deux bastions qui défendaient la cour du vieux donjon où lord Grey s'était renfermé.
Quoique le gouverneur, illustré par son courage dans la guerre contre les Écossais, eût pu, de ce poste fort solide et du grand bastion de la Cuve bien armé, foudroyer, avec l'élite de sa garnison, les points que nos troupes occupaient, il désespère de résister à un nouvel assaut et veut le prévenir en envoyant au duc de Guise deux gentilshommes chargés d'offrir et de régler la capitulation.
On arrête des deux parts, en conséquence, que le lendemain (21) les soldats, au nombre de mille Anglais, Espagnols et Flamands, sortiront de la place « en pourpoint» » sans armes, sans drapeaux, laissant toute l'artillerie, les munitions de guerre et de bouche*. Lord Grey demeurait prisonnier, de même que tous les officiers parmi lesquels se trouvait Christophe de Montdragon, capitaine espagnol, parvenu quelque temps auparavant à s'échapper de la bastille où il était renfermé.
Très agréable au roi qui es' en alloit toujoui*s plus contant et « avecques singulier désir de veoir le duc de Guise*,» la prise de Guines^ détermina l'abandon immédiat par les ennemis du château de Hames^, seul poste qui leur restât dans le comté
(1) Histoire de Henri 11^ par Lambert, liv. IV.
(2) Mss. Gaignières, v. 352, fol. 97, lettre du cardinal de Lorraine à son frère.
(3) Que le duc de Guise n'hésita pas à faire démolir pour prévenir la perte éventuelle d'une place aussi dangereuse sur la route de Calais à Paris.
(4) Qui fut également rasé.
d*Oye. En moins d'un mois, François de Lorraine venait ainsi d'accomplir la patriotique mais difficile entreprise tentée vainement plusieurs fois depuis deux siècles, et d'effacer le vieux proverbe appliqué en France, dans ces temps, à chacun des « capitaines et hommes de guerre, » peu dignes de confiance, dont on disait par dérision : c II ne chassera jamais les € Anglois hors de France *• t
L'affranchissement de cette contrée mettait TÉtat en possession de trois cents canons de fonte, d'un égal nombre de pièces en fer, d'une énorme quantité de munitions de toute espèce; et presque en même temps, par une heureuse coïncidence, le duc de Nevers, gouverneur de Champagne, s'emparait des châteaux forts d'Herbemont, de Jamoigne, de Ghigny, de Rossignol, de Yillemont. La fortune de la France se relevait donc de tous côtés.
Le roi se disposait à aller effectuer une reprise de possession solennelle de la ville que le duc de Guise venait de lui rendi*e et s'appliquait déjà à fortifiei'. Ce voyage triomphal ne s'était trouvé ajourné que par la tenue d'un lit de justice dans lequel Henri II annonça (i5 janvier 1558) au parlement la prise de Calais, son propre départ et son intention de pourvoir aux affaires de la religion, ainsi que d'aviser à l'extirpation des hérésies. La cérémonie avait eu surtout pour objet d'accorder au clergé, qui venait de s'imposer le don volontaire d'un million d'écus d'or, une sorte de récompense par l'enregistrement d'un édit, résultat des liens formés, l'année précédente, entre le pape et le cardinal de Lorraine, ainsi que des projets dominateurs de cet ardent prélat. Il ne s'était agi de rien moins en effet que d'infliger à la France l'institution d'un tribunal de l'inquisition modelé sur celui de Rome. Une bulle,
(1) Brantôme, Vie des grands capitaine.
m HISTOIRE
en date du 26 avril, établissait, sur la demande du roi trausmise à Paul IV par M* de Selve, cette nouvelle et menaçante autorité, sous la direction de trois grands inquisiteurs, dont, éomme de raison, Charles de Lorraine se trouvait le ohef redoutable, tandis que, par une bizarrerie remarquable, ded deux autres, les cardinaux de Bourbon et de GhàtilloU, le dernier inclinait déjà notoirement vers les principes de la réforme *.
Dans les instructions par lesquelles Henri II avait chargé (février 1557) son ambassadeur de la solliciter « très instam- « mei\t de sa part» auprès du pape, le monarque avait dit tenir Tinquisition c pour estre le vray moien d'extirper la racine des « hérésies et fauleea doctrines qui, à son très grant enàui, rec grèt et desplaisir^ pululdient eu seê royaume et pays de son i obéissance et pugdir et Corriger eeulx qui les faisoient et c commettoient avec leurs imitateurs, à quoi il ne fauldroyt à € tenir la main et s'emploier vivement*. La voye d'inquisition 4 générale, » disaient eûeùre les lettres patentes portant confirmation du bref, < est grandement utile et proffitable. >
En vertu de cet édit, les inquisiteurs, autorisés à substituer à leur propre place des vicaires choisis parmi les évéques ou les docteurs en théologie, exerçaient une pleine puissance d'arrêter, d'emprisonner^ de punir du dernier supplice^ sans égard au rang ou à la qualité^ toutes les personnes atteintes oU suspectes du crime d'hérésie'. Les vicaires des grands inquisiteurs étaient astreints, il est vrai, à prêter, devant le conseil du roi, le serment de he pas s'écarter des règles canoniques
(1) Scandaleux dans ses mœurs, après avoir entretenu, pendant plusieurs années, des relations intimes avec Isabelle de Hauteville, damé de Lofé, désignée pdtîùi^ ironiquement ëous \e nom de madame It» eardmcde^ il l'épousa le 1er décembre tiùif lorsqu'il eut ostensiblement renoncé à U religion catholique,
(2) Lettre du roi à M. de Selve, Mémoires-journaux du duc de Guise.
(3) Histoire de France, par Gàmiër.
dans leurs procédures, et de soumettre celleM^i èi la décision de tribunaux suprêmes, formés dans chaque diocèse, sttr les dix membres desquels six, au moins, devaient faire déjà partie d'une cour souveraine.
Le parlement surpris et contraint crut poser quelques limites à cette effrayante mesure en maintenant une distinction entre les ecclésiastiques et les laïques, et en réglant que les premiers seuls seraient abandonnés aux tribunaux de rinquisition, tandis que les autres ne pourraient être que simplement déclarés par eux hérétiques, sans jamais êe voir privés du droit d'appel devant leurs juges naturels.
Tel était le grand acte dont la victoire de Calais avait donné au cardinal de Lorraine la funeste confiance de provoquer la déclaration. Tel était le nouveau moyen par lequel les Guises, déjà maîtres de l'administration et des années, tendaient à s'assujettir en outre jusqu'aux consciences mêmes* Tentative imprudente, moins capable de réussir, de sauver la foi, que d'irriter tous les esprits, de multiplier les réformés, en mettant en quelque sorte leur hardiesse au défi.
Le roi cependant était allé, aved le dauphin, les cardinaux de Lorraine, de Guise et plusieurs seigneurs de la cour, faire à Calais une pompeuse entrées soutenir le dévouement des troupes, exposées à de rudes fatigués, au milieu des marais, pendant la mauvaise saison» et témoigner sa reconnaissance à son lieutenant général. Par sa présence seulement il pouvait se faire une juste idée de l'étendue des services qu'il venait d'en recevoir; aussi lui montrait^l autant de confiance qUe de
(1) LaTprise de Galaiâ fournit le sujet d'une fliédaille sur laquelle était représentée, d'un côté, la simple effigie de Henri II, et^ de l'ftutrë, FelUégorie de son triomphe. Le nom du duc de Guise ne s'y trouvait seulement pas mentionné. Il est vrai que sous le méthë règne forent ff appées beaucoup d'ftutre^ fnéd«tll«» où Ton repr6dttisdt les attributs ou ta figure mythologique de Diane (de Poitiers).
satisfaction, renvoyant vers Guise tous ceux qui voulaient lui parler d'affaires, et lui fit-il le a don honorable d*une maison a assise en la dicte ville de Gallais, appelée la maison des « marchands, en reeognoissanee du grand, vertueux et très « recommandable service qu'il luy avoit faict en cest exploict « et à la république du royaume. »
Le parlement de Paris, en entérinant les lettres patentes qui octroyaient cette récompense, glorieuse par sa simplicité, déclara qu'elles le c mettoient en double admiration, l'une de la « bonté du Roy, qui néantmoins que tout très humble service « luy feust deub par les siens, toutes fois vouloit monstrer c par effect se ressentir aucunement touché ; l'autre estoit la « modeste grandeur. dudict seigneur duc qui, contant de sa c gloire respandue maintenant par tout l'univers, d'avoir a expugné une place et conquis un pays que depuis deux cents « ans homme n'avoit non-seulement entrepris de faict, mais « ne compris en l'esprit, n'a demandé pour toute trophée et « pour toute marque qu*une maison dedans ladicte ville, lait quelle par luy estoit faicte entièrement nostre, tellement qu'il a pouvoit dire que par son moyen estoit faict que- le don « mesme luy peust estre faict ^. »
Le cardinal de Lorraine ne perdait pas de vue toutefois des avantages plus solides et avait aussitôt pensé à obtenir de la gratitude du roi, pour son frère, des terres situées dans le comté d'Oye, qui pouvaient valoir sept ou huit mille livres de rente ; et le cardinal de Guise c poussoit bien à la roue à faire c affecter ledict comté et la mayson de ville au fils aisné du « duc de Guise, en souvenance du service qu'il avoit faict à lac dicte conqueste*. »
(1) Mémoires-joumaux du duc de Guise.
(2) Mss. de Béthune, v. 8740, foi, 87, lettre du cardinal de Guise à la duchesse sa belle-sœur*
Pendant les cinq où six jours qu'il y passa *, le roi, ayant visité avec Guise toutes les fortifications de la place, décida la réparation du fort du Risbank et la démolition de Guines et des autres postes susceptibles d'interrompre les communica*tions avec le reste du royaume. Thermes y fut laissé comme gouverneur, à la tète d'une garnison de trois mille vieux soldats français, de mille lansquenets, appuyé par quatre vaisseaux de guerre, du port de deux cents à trois cents tonneaux, pour occuper le détroit selon le besoin, et chargé de surveiller l'exécution de ces divers travaux. "
La conquête ainsi assurée, l'avis unanime de Guise et des autres capitaines avait été d'épuiser la mauvaise saison sans rien entreprendre de nouveau ; et le roi était en conséquence retourné à Paris, tandis que le lieutenant général, resté en arrière pour quelques jours, allait prendre ses dispositions, donner des ordres de toutes sortes et de divers côtés. Il mandait en particulier, non sans méfiance, à d'Humières, gouverneur de Péroime, au sujet des «pacquets que le connestable (( escriroit à madame la connestable et l'admirai à madame c Fadmirale et à messieurs le cardinal de Ghastillon et Dan- € delot, ses frères, » et de ceux que c lesdits dames et sieurs c leur escriroient semblablement, qu'il ne sçauroit faillir de « les leur envoyer ordinairement, et que toutesfois s'il y avoit « autre choze que de leurs particuliers affaires et négoces, il le * « lui feist sçavoir afin qu'il sçeut qui ^Uoit qui venoit, comme « il estoit bien raisonnable ^. >
(1) Ce fut durant ce voyage que Henri II donna au duc de Nemours la charge de colonel-général de la cavalerie légère, d'après l'avis et sur les instances de Guise, qui le fit préférer au prince de Condé. Celui-ci en avait déjà adressé la demande au roi et témoigna un vif ressentiment de n'avoir pu l'obtenir. {Commentaires de Vestat de la religion et république, par La Place.)
(2) Mss, V. C. de Colbert, v. 28, fol. 103 verso.
M ttlSTOIilB
SensiMe aux vives acolamationfl des habitants de ^aris lor^ de son arrivée, è la Joie qu'ils éprouvaient de la prise de Calais, et voulant célébrer avec eux un aussi heureux événement, Henri II demanda aux prévôt des marchands et éehe* vins venus au Louvre le 8 février, pour l'entretenir de diverses affaires, de lui donner à souper le jeudi«gras suivant, 47 du même mois. Le due de Guise revint précisément la veille, et l'enthousiasme fut redoublé par sa présence dans la capitale.
D'immenses préparatifs avaient été faits à rHôtel-de-Ville pour rendre la fête digne des convives. Le plancher de la grande salle était couvert de nattes, le plafond caché sous des branches de lierre; contre les murs on tendit les plus riches tapisseries avec « force chappiteaulx de triumphe dedans les- « quels estoient les écussons du* Roy et de la Royne, de mon- « seigneur le Dauphin, de monsieur de Guyse, du cardinal de « Lorraine, du garde des sceaulx, de madame Marguerite, de « madame de Yalentinois, avec plusieurs devises en latin à la a louenge du Roy et de monsieur de Guyse, faisans mention de « la prinse de Calais ^ >
Vingt-six des plus considérables bourgeoises furent invitées pour prendre place au banquet royal ; et les fils de plusieurs riches marchands, désignés pour servir à table avec les maîtres d'hôtel, reçurent chacun une livrée de soie jaune ou violette. Toutefois le jour de la fête ces jeunes garçons ne contribuèrent guère qu'à augmenter la confusion causée par la foule des assistants qui s^y pressaient.
Jodelle, poëte du roi, étant venu proposer de représenter aussi devant la cour une pièce allégorique, des étoffes de drap de soie et d'or en grande quantité destinées aux vêtements de
(1) Registres du burean de l'Hôtel-de-Ville de Paris, {Archives curieuse de l histoire de France^ tome 111.)
DES fiVÇâ DB GtJlSË. U1
seâ persottQ^geslui avaient été Uvréea, ainsi qu'une salle pour faire les préparatifs qui n'aboutirent qu'à des dépenses perdues, ear, le moment venu, les chanteurs se trouvèrent enroués, et les acteurs, au milieu de l'encombrante affluence, ne purent « pebever leur jeu. t
Il semblait au surplus que le désordre àht présider à toutes les parties de cette fête. Lorsque le jeudi-gras, ver§ quatre heures après midi, le roi s'y rendit avec la reine, le dauphin, les princes et princesses du sang, la pluie, très abondante, le força de se renfermer dans un coche que les chevaux, effrayés par une bruyante décharge de toute l'artillerie sur la place de Grève, firent presque verser au moment où la famille royale en descendait. Les places avaient été envahies d'avance à la table du festin, sans égard pour le rang des convives; malgré les soins et les efforts des officiers municipaux, nulle consigne n'étant observée, une foule de curieux privilégiés s'introduisit dans la salle pendant le souper à la suite duquel le cardinal de Lorraine prononça leê grâces.
Au moment où la comédie eut manqué complètement, lés danses ayant enfin commencé, le roi et les princes furent con* duits à l'étage supérieur pour y prendre une collation qui se termina à onze heures. Alors tout le monde se retira, et les messieurs de la ville en firent autant, sans qu'au milieu de cette fatigante et dispendieuse cohue ils eussent pu seulement trouver moyen de souper eux-mêmes *. Afin de recouvrer, du moins après, une partie de l'argent si mal employé, ils chargèrent un sergent et des archers de faire restituer par les comédiens les riches étoffes dont ils s'étaient servis ; mais ceux-ci ne voulaient point s'en dessaisir, et, pour éviter d'aller en prison, la troupe avait déjà délogé, ne laissant derrière elle
(1) Registres du bureau de THôtel-de-Ville. {Archives curieuses, etc.)
qirime ( nieschanto testière (masque) qui ne vdloit pas cinq ff sols. »
Le souvenir de cette solennité, dont l'occasion avait été si glorieuse et Fissue non moins buriesque, allait au surplus s'effacer bientôt devant l'éclat de celle qui se préparait à la cour.
Le pouvoir des Guises était haut sans doute ; mais ces princes pensaient à l'élever encore, surtout à en prévenir la décadence sourdement imminente. La France avait beaucoup fait pour eux; ils voulaient faire beaucoup pour elle; ils travaillaient à doter son futur souverain d'une couronne de plus. Le mariage de leur nièce, M^rie Stuart, avec le jeune dauphin, était, à la vérité, convenu depuis plusieurs années ; aujourd'hui cependant que tous deux atteignaient l'âge où leur union pouvait avoir lieu, diverses difficultés s'opposaient à son accomplissement que l'esprit persévérant du cardinal de Lorraine et de son frère poursuivait |sans relâche, comme propre à confondre en quelque sorte les intérêts de la maison de Guise et ceux de la maison royale. Ils y voyaient donc une importante garantie de durée, d'accroissement même, pour leur crédit miné par un concours d'intrigues et d'intérêts si multipliés que peut-être alors eussent-ils échoué sans l'opportun appui de circonstances passagères. En effet , leurs vœux actuels étaient activement contrecarrés par la reine qui, privée d'influence sur son mari, appréhendait d'avoir à fléchir entièrement encore, dans l'esprit de son fils, devant l'ascendant d'une épouse jeune, belle, dotaée de grâces, de connaissances étendues, et alléguait, comme motifs d'ajournement, l'âge et la faible santé du dauphin ; par Montmorency, avec lequel le roi entretenait une correspondance clandestine et habituelle, l'informant de tout ce qui se passait, le consultant sur tout ce qu'il y avait à faire ; enfin par la duchesse de Valentinois ellemême, que les ans n'avaient nullement dépouillée de son em-
DES DUCS t)fi GÛtSË. M
t>irede maîtresse. Blessée des dédains naissants des Guises plus entraînés maintenant vers une alliance avec Catherine, Diane s'efforçait de soutenir le parti chancelant du connétable. Celui-ci, jaloux du nouvel et incomparable avantage qu'une telle alliance procurerait aux princes lorrains, en les rendant oncles de l'héritier du trône, s'était appliqué à démontrer à Henri II le préjudice réel que, sous de favorables apparences, elle porterait selon lui aux intérêts du royaume, n valait beaucoup mieux, représentait Montmorency, conserver les Ecossais comme alliés que de les avoir pour sujets; dans le premier cas, ils pouvaient être utilement employés à faire une diversion contre TAngleterre, tandis qu'autrement il en coûterait beaucoup de peines et de dépenses pour les maintenir dociles sous le sceptre d'une reine devenue presque étrangère; il serait donc préférable, concluait-il, de faire épouser à celle-ci un autre prince du sang, pouvant aller résider avec elle en Ecosse et capable de diriger la politique de ce pays dans un sens utile à la France.
Mais réloignement et la captivité enlevaient à la voix du connétable une partie de sa force ; d'un autre côté, le don des comtés de Mantes et de Meulan\ ajouté aux revenus particuliers de Catherine, venait modifier les intentions de cette princesse, et le cardinal de Lorraine, pour se rendre agréable à la reine, pour achever de l'intéresser à ses projets, s'éloignait manifestement de la rivale haïe et méprisée par elle. Enfin principalement, le roi avait fait de sérieuses réflexions en acquérant, après la déclaration de guerre de la reine d'Angleterre, la certitude que Marie de Lorraine, pressée par lui d'at^ taquer, vers le nord, les États de son ennemie, était impuissante à lui procurer cet efficace secours. L'autorité qu'elle
(1) Par lettres patentes du 28 mars 1558/ à Fontainebleau. L 29
450 HISTeiRE
exerçait, trop limitée et trop prééaire, ne loi pet^mèttâit, en effet» d'agir que sons la dépendanee du conseil et sous Tinfluenee croisée de factions que èb qualité de régente n'Intimidait pas.
Les suites qtie pouvait entraîner la prise de Calais faisaient encore plus sentir h Henri II Tinconvénient pour lui d'une neutralité trop prudemment observée par les Écossais ; et les Guises alors n'eurent pas de difficulté à lui persuader qu'il était nécessaire de renforcer, par une sorte d'émancipation, le pouvoir de leur sœur, en accomplissant lé mariage du dauphin avec la jeune reine au nom desquels Marié de Lorraine gouvernerait plus librement. Us faisaient^ en même temps, a^r sur le parlement d'Ecosse^ qui députa huit de ses membres pour représenter la nation entière à cette cérémonie. Partni ces derniers se trouvaient de zélés partisans de la réforme, déjà puissante dans leur pays ; et, munis d'instructions tendantes à garantir l'indépendance du peuple écossais, la dignité et les intérêts de leur souveraine ainsi que la succession à la couronne dans la maison d'Hamilton S ils obtinrent de la jeune reine, du dauphin et de Henri II la promesse formelle de les satisfaire sur tous les objets de leur sollicitude^.
Les articles patents du contrat, déjà stipulés en Ecosse ayant que Marie Stuart en partit, furent définitivement réglés au Louvre le 19 avril; et, pour que l'alliance de leur nièce fût encore plus avantageuse à la France, les Guises obtinrent de
(1) Histoire d'Angleterre, par Robertson, liv. II.
(2) Le dauphin et Marie étaient cousins au quatrième degré, et le cardinal Trivulce» légat du pape, donna, par conséquent, la dispense nécessaire pour leur union.
La reine douairière d'Ecosse avait envoyé à sa mère, la duchesse de Guise, Une procuration pour la remplacer dans cette circonstance, et Antoinette de Bourbon en avait encore reçu une autre de sa petite-fille lui concédant pouvoîf ât traiter son fhàriage. (Mss. (te Bfîèhne, v. 54.)
kl f^onfiaoêe de le jeniie rdiie qti'elte déroge&t à Tacte officiel ea Gédalit à soa époux^ pa^ tine dause 6ecrèté^ ses dt*oits sur TÉcogBe^ pour le eâs où elle viendrait à mourir sans laisser de postérité ^
La loi appelée e&urêoisie i'Êcosêe^ Becordait bien à celui qui avait épousé une héritiëre la jouissance, sa vie durant, dei biens de celle-ci, s'il lui survivait ainsi qu'aux enfants nés dd mariage; mais les princes lorrains voulaient appliquer à la succession au trône une législation qui ne faisait règle que pour les héritages des particuliers.
De son côté, Marie Stuart obtenait pour doUaire l'usufruit du ducbé de ToUraine et du comté de Poitou; et les âtûbàssadeurs écoi^ais étaient traités par le roi avec les égards les plus distingués. Us recevaient de Henri II tous les droits attacbés à la grande naturalisation*
un certain étonnement m manifesta cependant lorsque te garde des sceaux leUr ayant demandé la couronne conjugah d'Ecosse, qu'ils devaient avoir apportée pour ètfe posée sur la
(t) Dèà le 4 aV^îl, iringt joùfs avant lef ùiariagef, Marié avait, par le consul de ses oncles, le cardinal de Lorraine et le due deOuise, fait V^ an profit de Henri II, une donation éventuelle de son royaume d'Ecosse et de Ums ses droits au trône d'Angleterre, si elle venait à mourir sans enfants; 5* on acte contetîdnt seulenaent engagement du royaume d'Ecosse et abandon de toittt lea i^ènms de ce foyaame jijfscfii^à l'entier rembocrrséfiftetft des sommes dues à ki France et qui étaient évaluées, par approximatioii, à un million d'or ; S^ un autre acte exprimant renonciation formelle à toute déclaration qu^'elle pourrait être obligée de faire, sur la demande des étals éPÉcoSise, au préjudice des dispositions consenties par elle en faiveur àe la France; actes pdkiqoes, imprudents et graves, dont l'urr ()a cession à un prince étranger de droits sur la couronne d'Angleterre) servit plus tard de prétexte de grief ou d'accusation à Elisabeth contre sa malheureuse cousine et dont le cardinal de Lorraine s'efforça vainement alors d'attémrer les ftmste^i effets.
(2) Histo^e ^Étmse, par Robfertson', Ir^. tt.
4M HiSÎOltlfe
tète des deux èpc^nx, pendant la cérémonie Nuptiale, ilss^ex-» cusèivnl on alléguant que les états du royaume seuls jouis» saient du pouvoir d'en disposer et ne la leur avaient pas remise. Elle ne fut effectivement envoyée que plus tard, sur la demande des ambassadeurs du roi ; mais on avait alors intérêt à passer outre, et une autre couronne fut fabriquée à la hâte pour servir le jour des noces.
Celles-ci allaient être célébrées avec une magnificence très peu proportionnée à Tétat du trésor. Dès le mois de mars, par lettres missives datées de Fontainebleau,ie roi avait ordonné au parlement de Paris d'aller siéger aux Âugustins, afin (|ue le palais pût être t approprié et accommodé pour y faire, inconc tinant après ces pasques prochaines, les nopces du Daul- « phin. •
Le 19 avril, les fiançailles eurent donc lieu en la grande salle du bâtiment neuf du château du Louvre, par les mains du cardinal de Lorraine, et furent suivies d'un bal auquel dansèrent le roi, la reine, le dauphin (autorisé par son père à porter désormais le titre de roi-dauphin), madame Marguerite, sœur unique du roi, le duc de Lorraine, madame Claude de France et un grand nombre de princes et princesses*. Le dimanche d'après, 24 du même mois, était le jour fixé pour la solennité du mariage. Une galerie de douze pieds de hauteur, entièrement garnie de pampre, à la manière antique, conduisait de la cour de l'évêché au parvis Notre-Dame, et de là jusqu'au chœur de la cathédrale. Le dais royal, tout semé de fleurs de lis, était placé en avant de la porte, tendue ellemême de riches tapisseries. Précédé des Suisses en grand costume, hallebardes à la main, tambourins et fifres en tête,
^ (l) Discours du très grand et magnifique triumphe faict au mariage de François de VaUois, etc., Paris, 155S. (Archives curieu^e^, etc., tome III.)
DES DDGS DE GUISE. m
le duc de Guise remplissant, en l'absence de Montmorency, la charge de grand maître, dont il ambitionnait depuis si longtemps la possession, parut le premier sur l'estrade où Eustache du Bellay attendait l'arrivée de la famille royale. Guise « salua honorablement l'évêque de Paris, puis se retourna « vers le public, » et, toujours attentif à ménager sa popularité, € voyant que les seigneurs et gentilzhommes qui estoieût € sur ledict théâtre, empêchoient que le peuple qui estoit en « bas n'eût pu voir le triumphe dudict mariage, en peu de « parolles fist retirer lesdicts nobles et gentilzhommes*. » 11 était suivi d'une nombreuse troupe de musiciens, vêtus de livrées rouges et jaunes, < sonnans et jouans mélodieusement, i Les cent gentilshommes du roi marchaient après ; puis les princes, « tant richement oméz que c'estoit chose merveil- « leuse, > le clergé, les cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Guise, de Sens, de Meudon, de Lénoncourt, le légat Trivulce; puis venaient le roi-dauphin, conduit par le roi de Navarre, accompagné de monsieur d'Orléans et de monsieur d'Angouléme, la reine-dauphine, vêtue d'un riche et « somp- « tueux habillement blanc comme lis, » conduite par le roi de France et le duc de Lorraine. Deux jeunes demoiselles portaient sa longue queue; à son cou pendait un collier d'un prix inestiinable ; sa tête était surmontée d'une couronne d'or, garnie de perles, de diamants, de saphirs, de rubis, d'émeraudes entourant une escarboucle évaluée à cinq cent mille écus au moins. Enfin le prince de Gondé conduisait la reine de France, sur les pas de laquelle se tenaient celle de Navarre, madame Marguerite, les autres princesses, les dames et demoiselles de la cour.
Lorsque ce brillant cortège fut arrivé devant la grande
(t) JDiscifurs du très grand et magnifique triumph^ eU'/
porte de l'^U^e, le roi \m 4^ son doigt tip «mneau pqur \e remettre ^u pardinq) de Bourbon qui donn^, eu cet endroit même, la bénédiction nuptiale aux fiancés. Pu Bellay prononça ensuite un docte et éloquent discours; )e due ^e Quise, a'approehant des appuis de Testrade, fit d^ pouyeau retirer les seigneurs, toujours afin que le peuple^ pres^ sur 1^ parvis et dans la rue, pût mieux jouir du speçta^l^; et le§ bérauts, priant aussitôt p^r troi^ fois : Largetsf! jet^reqt de tous côtés une quantité considérable de monnaie d'or et d'argent.
Après la messe, célébrée par Févèque de Par|s, la cmv sortit de réalise dans Ici même ordre, pour retQ^rp^^ à révêcbé Qp le duo de Guise, as^sté par le prince de ÇoQdé, ^vait f^it prér parer avec le plus grand faste tpus le^ détails du banquet rpyal- Au bal, qui succéda immédiatement, Henri Q danaa avec ^ belle-fille, le dauphin avec la reine sa mère, le duc d^ Lorraine avec madame Claude, le duc de Nemours avec la duchesse de Guise. Vers quatre ou cinq heures du soir, Is^ famille royale et sa suite rentrèrent au palais (de justice), Ifis princesses placées dans de riches litières ou dPR^ das pqeh^ découverts, les princes, les seigneufSi les dam^s ^t les damoi- (selles montant des chevaux caparaçonnés de velours cramoisi et d'or. La reine Catherine et Marie Stuart occupaient la wôin^ litière, aux côtés de laquelle se tenaient les c§rdipau|^ de Bourbon et de Lorraine, et que suivaient le rpi-daupbin, le duc de Lorraine et la foule des princes et seigneurs.
Les rues étaient tellement remplies de curieux que le aortége n'avançait qu^avee peine. Au palais, brillamment déoQré» un nouveau festin était dressé, pour la famille royale, sur la t^le de marbre, et le duo de Guise, « servant d^ grand maître, « donna si bon ordre à tout qu'il en remporta grand louenge.t
Le souper fini, vinrent le bal, les jeux et les qnadrttles de
DES DUCS PBlQUlSE. 4^5
toute espèce. Douze chevau:^ artificiels, parés de dr^p d'or et de toile d'argjent, montés par monsieur d'Orléans, monsieur d'Angoulême, par les enfants des ducs de Guise et d'Aumale, par d'autres jeunes princes, pondpisaient en coches de nombreux pèlerins, vêtus de toije d'or et d'argent, étincelant de pierreries, chantant des hymnes et des cantiques à l'botinisur des inariés et du mariage. Six navires, couverts de drap d'or et de velours cramoisi, munis de voiles en toile d'arg^nj, s'avancèrent ensuite, p^r des mouvements ondplevix et irrégnliers, imitant.très adroitement la marche des vaisspaux aur la mer. Chacun d'eux portait un prince qui, en faisant ain^j le tour de la salle, prenait au passage la dame qu'il dédirait embarquer avec lui sur sop bâtiment. Le dpp de Lorraine choisit nqadame Claude, le roi de Navarre Ja reine son époque, le dufi de Nemours madaine Marguerite, le prince d^ Cqfi^é \^ duchesse de Guise, le vqï la reine- dauphine, et le ro|-daup,fiiïi la reine sa mère.
D'autres divertissements, égale^nent ^Qmptueq^îf et rpfiberchés, succédèrent à ceq^-çi et prolongèrent ces f^tes hrillapte^ pendant plusieiif s jours eflcpre.
Un événement fâchpux vint pourtant s'y mê|pf ; Qfiatr^ j}^ ambassadeurs écossais, l' évoque des Orcades^ le§ comités de Jlqthes, de Cassilis et Iqrd Fleming*, sur le poip^ de ^•etourner dans leur pays, succombèrent mii. effets 4'uûe fièvfe mim^jrç et pourprée qui, sans être contagieuse, avait yayagé plusiq^r? contrées*. Leur mort donna aussitqt sujet ppij ^PnpçPfls 4'ejpT poiçoflnem^flt dopt on était fort prodigua d^^s ces tpipp,s, ^t que chîjpun» selon §a pïjssion, spn parti, fit }fpx\^ ÎBJU^teWBÏ ou sur les frères du régent d'Ecosse, dont les ambassadeurs
{i)Histme d^ Ecosse, par Rpbertson.
(2) Histoire de France, par Garnier.
Iï« HISTOIKE
avaient contrarié les desseins *, ou sur les Guises*, supposés mécontents de la résistance qu'ils auraient rencontrée à divers égards de la part de ces seigneurs étrangers.
Les princes lorrains, en effet, parvenus à un si haut degré de puissance à la cour, devaient y voir croître, dans la même proportion, l'inimitié et les calomnies de ceux que leur ascendant offusquait. Autant par prudence même que par ambition, il était naturel qu'ils s'efforçassent de se rendre maîtres de toutes les positions principales dans l'État ; c'était l'unique moyen pour eux de ne pas déchoir de celle qu'ils occupaient et que Henri II, à cette époque, ne tolérait plus qu'avec un ombrage mal dissimulé. Dans les sentiments où il se trouvait par rapport à eux, le monarque venait de commettre une faute, sans doute, ou de révéler sa faiblesse en chargeant le duc de Guise de remplir, au mariage du dauphin, les fonctions de grand maître auxquelles il aspirait depuis longtemps comme à un complément d'honneurs et d'autorité.
Encouragé par son frère dans ces vues d'accaparement. Guise dirigeait alors, à défaut de mieux, tous ses efforts vers une concentration effective de la puissance militaire dans ses mains. Du moins voulait-il parvenir à n'en rien laisser entre celles de ses rivaux.
Un frère de Coligny, d'Andelot, en possession de la charge importante de colonel général de l'infanterie française, pouvait seul, en ce moment, causer quelque inquiétude au duc de Guise. Accuser d'Andelot d'hérésie parut donc aux deux frères la marche la plus sûre à suivre pour le supplanter en le perdant auprès du roi ; et le cardinal n'eut garde de laisser échap-
(1) Histoire de France, par Garnier; Histoire universelle, de J.-A.[do Thou; Histoire de Henri 11^ par Lambert, etc.
(2) Histoire d^ Ecosse, par Robj»rtson; Vies des hommes illustres ^ par Pauyigny, etc.
DES DUCS DE GCISË. 45t
per Toccasion qui se présentait d'agir dans ce but, sans se trahir par Fodieuse apparence d'une brusque dénonciation.
Une circonstance, d'un tout autre ordre et de vaste portée politique, survenait à propos pour donner accessoirement jour à cette intrigue. La duchesse douairière de Lorraine, retirée dans les Pays-Bas depuis la conquête des évéchés par Henri II, s'était avancée vers le royaume, à la suite de Philippe d'Espagne, et témoignait le plus vif désir de revoir son fils soustrait à sa tutelle et élevé à la cour de France. Elle avait envoyé plusieurs fois à ce sujet le comte de Vaudémont, chargé de lettres pour le cardinal. Celui-ci promit de la satisfaire, et lui fit insinuer que l'entrevue pourrait porter d'utiles fruits si la duchesse obtenait l'autorisation d'y être accompagnée par des ministres du roi d'Espagne « ayans cognoissance des affai- « res de leur maître. » Il lui indiqua son intention de la faire ainsi contribuer au dénouement de la guerre, et lui recommanda de brûler cette réponse, afin qu'on l'ignorât t du côté « de Philippe II * où on tenoit pour certain que lui-même et € son frère, le duc de Guise, ne pouvoient avoir grande incli* c nation à la paix'. >
(1) Récit de Vabbauchement dernier entre monseigneur le cardinal et modame de Lorraine, escript par l'évesque d^Arras, 17 mai 1558.
(2) On ne se trompait guère, car Guise écrivait de Saint-Germain-en- Laye, le 26 novembre 1558, au sieur de la Vigne, ambassadeur de France à Gonstantdnople .: «... Il ne faut que soyez en poyne dubruict que j'estime
• sera couru jusques à vous de la paix qui se traicte entre ces deux prin- « ces (les rois de France et d'Espagne), dont le Roy vous mande la pure « vérité, vous asseurant que de ce qui en succédera vous en aurez incon- « tinant advis. Cependant je vous prye employer vos cinq sens de nature « pour dextrement, comme vous avez accoustumé et sçaurez bien faire, « négocier ce dont ledict seigneur vous a escript pour en pouvoir tirer le « fruit commun que nous en attendons, et en ce faisant vous pouvez estre
• certain que vous ne ferez point peu de service à Sa Majesté...» (Bibl.
Hat., ancien fonds -rjr»)
Cette pi-opositioii( i^l acceptée, et 19 ducbe^^e rççnt us^ saufcoii^lMt pour se rendre k P^'onpe» amenant av^^e elle nuidamc d'Arscbot, PerrenotdeGranvelle, évèque d'Arras, principal npûSM^tre de Pbilippç^ II, le comte d'Egmont, I^o;Itla^Ibert, chevalier de la Toisan-d'ûr, le secrétaire Kayes et quelques seigneurs. De son côté» lejeqne duc étai^ ço(idu|t p^r le comte de VaudémontS son tuteur, le cardinal de ^fraipe, le due d'Âumale et le secrétaire d'État V^ubespiae. Pès lojrs ee voyage prit un caractère tout différent dé celui de simple réunion de famille, et l'intention d'en profiter pour ouvrir des conférences relatives à \fi paix fu^ sinon déclarée of^c^çUem^ftti 4u mfm^t ii^pUcIt^^fi^t ayciuée entre les. négociateurs 4esdeuxpfiys.
La duchés^ partit de Çambray le dimancfie 16 mai, vers I4e^f heures du matin, pour venir à Marcoing, qui eq est distant d'une lieue, à la ^eççoqtre de soi^ fils ^t du cardinal. i^Ëlle leur donna s^ diner ainsi qu'à ceux qui estoieipit de sa % compagnie et aux François du cai'dinal. )^e dîner ijchevé, il « se passa un long temps eq dévies cQurtQlsçs apf es lesquelles « il fut question de parler des moyens que 1^ cardinal pquvoit « proposer. Ledict cardinal entretint long temps la compagnie ff sur propos généraux se laissant longuement tirer avant de t yepJir à la spéciale, déclaration des naoyens particuliers*. » Il affectait d'ahprd de se poser pomme dénué 4^ pûuyql^^ du roi et comme ne parlant que d'après sa propre inspiration* Pourtant, le sujet principal une fois abordé, on conyint d'un arqûstic^ de trois joqrs pour le territoire qi^i s,éparait Péropne
(1) C'est en iiveur de ce prince que, plus laird, te bsiraame d« Mer iH«)u, avec les seigneuftes qi|i en dépendaienl, fai( érigée 6u duçhà-F^incu P^ leUres patentes de Charles K, datées de Coullongenki^-RàiW» d^mbrol56d.
(2) Récit de l'abbouchement dernier, etc.
^e Cawlway ; et, tlans ce simple village de Wcirçoiflg, uoe petite cliQmbre, logis dç M. de Famas, devint le théâtre des e^^tr^ti^us mystérieux dii cardiq^tl avec Granvelle,
Ce 4ernier p'y apportait que peu de confiance daps les dispositions des Guises à une conciliation qui ne semblait pas favorable à leur fortupe. Charles de Lor^^aine cependant^ tout en montrant v^çijïs d'empresjsement que dç réserve, ipvoqua auprès de Granvelle le caractère de ministres, d'un Çieu de pai^j^ dont ils étaiept l'un et l'autre revêtus, pour justifier le désir de contribuer à rétablir l'union ^ntre deux souverayis auxquels la guerre ne pouvait appp^'ter que de^ embarras con^nuels, sans swvir leurs véritables intérêts et s^^qs être çon^mand^ par lï| nécessité d'accroître respectiven^en^ \^w rép^tatio^[l. h:^ cardinal, 3' abandonnant alors par degrés^ à un eptr^nesn^Qt calcul^, avança qu'il ^e r^^ait sans cr^ijut^ garant des intentions du roi de France, |n*ét à se relâcher m^m^ de se^ droits sur quelques points w cotfcidérat|on du repos public , et ajouta que si de semblcibles sentiments animaient |^hil\ppe II, il y avait tout l^eu d'espérer un açcçir4 wquel on pouvfiit travailler, sc^t en étendant la trèvq pour entam^J^ àes négociations régulières, soit en étabUsi3f^nt imniédiatement les. préliminaires d'une paix finale, ^.es f^rtieles, disaitril, en parsji^ saient d'autant plus fac^es k régler que les deux souveraine ayant fait des conquêtes réqproqn^^» l'un d^s le Luxembourg et le Hainaut, l'autre en Picardie, un siiwpl^ échange devait les satisfaire^ et qu'op ponva^t encore cimenter celui-ci par l'alliance de la pnncesse l^lisabetb^ fille aînée de ^lenri ÏI, ayep le prince des Apturi^s. La seule complication ne proyiendr^it donc que des alliés du rqi d'Espagne, mal fondés, ^elon le cardinal, à réclamer la restitntion du Piépiont et de la Savpie, s'ils prétendaient refuser de rendre eux-mêmes le duché de Milan et la Navarre. Dans h c^ où ^Q ç^snlUiP^s iHf lleur
sembleraient pas équitables, Charles de Lorraine n'était point éloigné d'en proposer d^autres par lesquelles le roi, en s'imposant des sacrifices, manifesterait du moins hautement son désir de paix. Un premier moyen consistait à céder au duc de Savoie, en dédommagement des territoires que la France lui avait ravis, le Milanais et le comté d'Asti, véritable patrimoine des héritiers de Louise de Savoie et de René, comte de Provence; ou bien, en second lieu, par une abnégation encore plus absolue, Henri II consentirait peut-être à abandonner à Emmanuel-Philibert la Savoie et la Bresse, en ne se réservant que le Piémont, pour remplacer toute la succession de la mère de François P*", si le roi d'Espagne, de son côté, voulait compléter la part du duc de Savoie au prix de la moitié du duché de Milan. Ces arrangements étaient susceptibles de recevoir aussi la sanction du mariage d'EmmanueUPhîlibert avec madame Marguerite, sœur de Henri II.
Mais les bases posées par le cardinal ne convenaient pas à Granvelle dont les Guises disaient « qu'au lieu de pourveoir à « une plaincte quand on la luy faisoit, il en forgeoit une dou- € zaine d'autres, de sorte que c'estoit quasi temps perdu de < rien négotier avecques luy*.» Sans approfondir le débat, dans une conférence prématurée, l'évêque d'Arras représentait cependant que les questions soulevées au sujet du duché de Milan et de la Navarre se trouvaient résolues par les traités antérieurs; quevouloirjes agiter de nouveau, c'était éloigner indéfiniment le retour de la paix ; que la France aurait à restituer encore les trois évêchés conquis sur l'Allemagne, le Montferrat au duc de Mantoue, la Corse aux Génois, les places occupées en Toscane au duc de Florence.
A ses yeux, comme à ceux du cardinal, c'était un spectacle
{{) Mss. V. C. de Colbert, v. 39t,lfoI. 157,
bËâDÙCS DéOtl^È. iti
àMigeani eii effet que celui d'une vaine lutte entre les deux plus puissants souverains de la chrétienté^ tandis que leurs efforts auraient à se réunir pour combattre des ennemis communs, tandis surtout qu'à la faveur de leur discorde rhérésie pénétrait et se propageait de toutes parts , dans la Flandre, dans la France presque entière, et, ne s* arrêtant pas aux rangs inférieurs de la société, envahissait la haute noblesse même. L'adroit ministre espagnol savait d'a- Taace et reconnut facilement alors combien cette manière d'engager la situation présente répondait aux sentiments du cardinal; il était d'ailleurs informé des intentions des deux princes lorrains à l'égard de d'Andelot. Pour paraître à la fois <îorroborer par un exemple ce qu'il venait d'énoncer et donner des gages certains de franchise et de confiance au cardinal, i'évéque poursuivit donc en disant %ue dans ce moment où une conspiration déjà tramée et prête à éclore pouvait précipiter le royaume dans des troubles civils, ajoutés aux maux 4'une guerre étrangère, le frère de l'amiral, entre autres, récemment échappé de captivité, n'était retourné en France qu'avec l'intention de diriger des attaques impies contre la religion catholique, pour en détacher les gens de guerre; et, en forme de preuve ou de confidence, Granvelle finit par exhiber :une lettre *- écrite par d'Andelot à Goligny , en lui faisant passer (quelques livres de Genève.
Quoique cette conférence n'eût pas avancé le succès de la pacification entre les deux rois, le cardinal de Lorraine pensait toutefois en avoir retiré, pour son propre compte, un double avantage par les éclaircissements qu'il y avait puisés^ D'une part, si les exigences du monarque espagnol retardaient la conclusion d'un traité, elles rendaient impossible la déli-
{1 ) Histoire de Henri //, par Lambert, liv. IV.
m HISTOI^K
Tf once dû «oiinétàMe» rival importoi prar lès Ovides, è !«« quelle, fttatgré flbii amitiié, Henri II m seniblait ^voir coàsentir sous d'aussi rig^t^nreu^es conditions; de l'antre, les révélations de Granrelte, relativement nli frère de l'amiral^ offraient aux prinices lorrains un expédient sâr, presqnè loyal, pour se débarrasser de cet adversaire. Ladroitnre et la fermeté du caractère de d'Andelot garantissaient, en effet, la siacérité de ses réponses, qudles qu'en pussent être les «osséquences, s'il était interrogé directement sur sa o^oyanœ. L'app<rier à s'expliqMr quand ^M avait là preuve de ses torts, c'était^ en épparenée, lui donner Totcasion de 0e disculper, mais, en réalité, l'attirer v^ers un piège dont il n'eût pu se dégager qn^au prix de son honitenr. Le résultat de la combinaison du cardinal n'était 'donc point douteux. Il s'agissait seulemait d'en ménager l'accomplîsseiftent par l'intermédiaire du rcH luimêhie.
Entré lLomi*nes dé trempes rtespeetivement aussi fortes, les tïitises et les GoMgnys pouvaient jouer ainsi presqueieoof sàr les uns contre les autres. Si la partie ne fut pas égsie en dâlnitîvé, c'est que la nature, il faut le reconnaître, avait diversemei>t proportionné les facultés^ et que celles qui prédominaient furent fécondées par l'appui des ^rconstances, avec tme partialité longtemps marquée.
De retour auprès de Henri II, au chàtefau de Mottcesoix, îe cardinal s'empressa de lui rendre un compte détaillé <de ses entrêftiens avec feranvelle. Les inquiétudes exprîmfées ^r V'évècpse d'Afras au sujet des progrès de l'fcérésie, favorisés -d'tme manière irrémédiable peut-être par la contûMiatian des hostilités, frappa vivement le roi ; il fut surtont irtfligé de la révélattiMi relative à d'Andelot qu'il affectionnait psk*ticulièrement. Mais elle s'accordait trop bien avec certains actes, publics et Contraires m\ loîs, eôiâttiis par ce
DÈS DUCS ÔE èUISË. m
seigneur ett allant en Bretagne prènilre possession des terrete de Claude de Rîeux, sa femme, pour (Jue Henri II pût se dispenser de le soumettre à Un exameU. Il voulut donc le voir, Firiterroger, et il le manda, après avoir eu soin cependant dfe le fàir^ illfbriïîër tous main, par le cardinal dé Ch&tili^n, son frère, et par François de Montmorency, son cousin, de toutes tes questions qui lui seraient adressées, afin qu'H pré^ërât d'avance ses réponses. Ub simple désaveu suffisait pour le sauver; ttiâis ce désaveu eût été une faiblesse et. un mensonge; des adversaires n'avaient donc pas à te redouter de sa part. D'Àndelot s'étent prédenté au roi pefadÀnl son soii)per fut aciôdeillitavec bienveillAiicé. Henri H lui rappela affeetut^sement tes â&ins qu'il avait pris de lui dès son enfance, leè favieurs dont il avait récom|>ébsé ses services et lui témoigna la dittculté qu'il épTùnvait A Sfe persuader qu'un homme si bien traité par lui eût pu se triettre ^n révolte contre ses édits en s'affifiant à une religion dangereuse et proscrite; enfin le roi^ dàûfe l'espoir de le voir saisir cette occasion pour se justifier èoib^tétement , lui ordonna d'exposer, en présence de toute lé cour, ^ croyance quant au saint sacrifice dé la messe. D'Andelot ^^yondit avec fierté qtie sa reconnaissance pour les bontés du roi lui dictait sans doute un dévouement absolu, mais que son àme n'appartenait qu'à Dieu ; qû'édàiré par le flaÊibeau de l'Évan- ^e, il approuvait les dodiHnes de Calvin et pensait qtae la messe était une borriMe ^ofanation, une abominable invention des homm«es^.
Outré de colère en entendant 'ces blasphèmes, te roi saisit sur la table un jbassin pour le lancer à d'^ndehvt <el atteignit
(1) DeThou, Vrv. xîfc; Garnier, Bistoirede France; Lambert, Èisioire de Henri //, liv.|l V ; DàuVigny, Vies âés hommes illustres; Commentaires de Vestat de la religion et république, par P. de La Place.
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le dauphin assis auprt^ de lui^ U éprouvait îa teulation de percer l'audacieux de son épée*, mais, s'étant levé, il commanda à la Bourdaisière» maître de la garderobe, de conduire d'Andelot à Meaux» dans les prisons de Févèque, d'où, par un effet de Tindulgence royale, il fut bientôt tranféré dans celles de Melun.
Les imposants ennemis des princes lorrains étaient donc tous écartés en ce moment par la captivité ou la disgrâce, et une charge militaire de plus se trouvait à la disposition du duc de Guise. Ce fut sur Fancien page du duc René II de Lorraine, sur un brave et fidèle partisan de leur maison, que les deux frères firent tomber le choix du roi pour la remplir. Henri II, ,ayant mandé Montluc, le reçut dans sa chambre, en présence du cardinal de Lorraine, du roi de Navarre, de monsieur de Montpensier, de deux ou trois autres personnages, et lui prescrivit d'aller joindi*e le duc de Guise et prendre sous lui le commandement des gens de pied^. Montluc, qui appréhendait de s'exposer à la haine des Colignys et du connétable, s'excusa d'abord avec modestie, offrit de servir plutôt comme simple soldat ou comme chef des pionniers près du lieutenant général , puis , toujours bien pourvu d'expédients, imagina d'alléguer une dyssenterie qui l'empêcherait, disait-il, d'exercer cet emploi avec l'activité nécessaire. A la flatteuse insistance du roi , Montluc cherchait à opposer de nouveaux refus ; mais le cardinal, auquel se joignirent les deux princes présents, fit remarquer que c'était c trop contester > contre son souverain, et Henri II termina cette espèce de débat en disant à Montluc : « Vous voyez qu'il n'y a plus d'ex-
(1) De Thou> liv. XX; Dauvigny, Vies des hommes Ulusires.
(2) Histoire de Henri II, par Lambert, liv. IV.
(3) Commentaires de MoniluCy liv. IV.
< cuse, car tout le inonde est contre vous, > et en ordonnant au cardinal de lui faire encore compter mille écus pour les dépenses de son équipement. Deux jours après, sous les auspices d'un attachement réciproque, Montluc allait occuper son nouveau poste près d'un chef qu'il chérissait, qu'il admirait, et qui « sans flatterie, a-t-il dit lui-même, estoit un des plus dili- € gens lieutenants de Roi, si plein de jugement à savoir prent dre son parti qu'après son opinion il ne falloit pas penser à t en trouver une meilleure. . . Prince si sage, si familier, si court tois qu'il n'y avoit homme en son armée qui ne se fust voloni tiers mis à tout hazard pour son (commandement, tant il sa- « voit gaigner le cœur. Il avoit une imperfection, qu'il vouloit « escrire presque toutes choses de sa main et ne s'en vouloit « fier en secrétaire qu'il eust... Cela le tenoit un peuenlont gueur. Ses dépêches l'amusoient un peu, quelquefois trop... € Il craignoit estre trompé*. »
Pourrait-on sérieusement reprocher aux princes lorrains d'avoir saisi l'occasion propice pour faire passer une charge militaire de première importance des mains d'un de leurs ennemis déclarés, presque ouvertement révolté contre les lois existantes, dans celles d'un lieutenant aussi valeureux et aussi affectionné? Et si cette mesure, naturelle et prudente au fond, d'accord avec la règle de conduite des partis de tous les temps, résultat de leurs inévitables inconvénients, parait attaquable quant à sa forme, ne se justifie-t-elle pas parles relations mystérieuses, hostiles aux Guises, que le roi entretenait avec le connétable, par l'intention qu'il nourrissait de mettre ces princes de côté aussitôt que possible, après s'être servi d'eux pour sauver l'État compromis par leurs rivaux? Et ces derniers ne tramaient-ils pas, autant qu'ils en avaient les moyens,
(l) Commentaires de Montluc, liv. IV.