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testament, il ordonna que ses funérailles fussent faites à la manière de la noblesse française, dont il descendait par les femmes.
D'un des petits-fils de Thierry se forma la branche de Fleurange, qui se soutint pendant peu de générations seulement.
Simon F, qu'il avait eu de Gertrude de Flandre, régna, après lui (1155) sur la Lorraine. Il eut pour épouse Adélaïde, sœur do Lothaire, duc de Saxe et empereur. La vUle de Nancy commençait à peine à se former : il y bâtit et y habita un château. Lothaire, son beau-frère, s'étant rendu en Italie, il l'y accompagna et combattit avec lui dans la guerre contre Roger, roi de Sicile. Certaines traditions rapportent qu'il prit la croix pour aller secourir Foulques, duc d'Anjou, roi de Jérusalem, et qu'au retour il tomba malade : ce qui est avéré, c'est qu'il mourut à Venise (1159).
Sa femme, princesse très mondaine, qui entretenait une liaison coupable avec un comte de Salm, fut convertie, dit-on, par l'effet presque miraculeux d'une simple parole que lui adressa saint Bernard, traversant alors la Lorraine.
Simon P eut pour successeur son fils Mathieu P'^qui, grand bienfaiteur des églises, encourut pourtant l'excommunication comme coupable d'avoir empiété sur les propriétés de ses voisins pendant qu'ils étaient à la croisade. Ce fut avec lui que Dreux ou Drogon échangea (11 55) la ville naissante de Nancy, que possédait celui-ci, contre Rosières-aux-Salines et d'autres terres. Mathieu s'était engagé d'abord dans le schisme de Victor 111 contre le pape Alexandre 111, mais il revint bientôt à d'autres sentiments ; et ce dernier pontife ayant déclaré dans un concile que tous les chrétiens devaient être exempts de la servitude , les affranchissements commencèrent vers cette époque en Lorraine où les peuples, non au temps de la cou-
quête, mais par suite des usurpations et des violences des seigneurs, étaient devenus presque serfs et attadiés à la glèbe.
Le duché, après la mort de Mathieu P' (1176), fut gouverné par son fils Simon II, prince rempli de sagesse, qui s'appliqua à rendre la justice et fit, dit-on, sur la fin de son règne, recueillir toutes les anciennes lois. Il expulsa les Juifs, prohiba les farces et les comédies représentées en public, contint les excès du luxe , modéra la licence des troupes et aima mieux faire des concessions à son frère Ferry dé Bitche, qui se croyait lésé dans son partage, que de se mettre en guerre contre lui. La prudence et Téquité de Simon lui avaient acquis une réputation telle qu'il était fréquemment choisi pour arbitre dans les affaires les plus importantes. Vertueux et philosophe , ce prince, dégoûté du trône, se retira (1205) à Tabbaye de Stultzbroon où il acheva sa vie loin du monde et des soucis du gouvernement (1207).
Ici s*élève entre les historiens une difficulté non résolue touchant l'ordre appliqué alors dans la succession au duché de Lorraine. Il s'agit de décider si Ferry de Bitche, frère de Simon II qui ne laissait pas d'enfants et par conséquent héritier légitime, mentionné souvent d'ailleurs avec la qualité de duc*, a en effet régné sous ce titre, ou si le dudhë de Lorraine passa directement des mains de Simon II à celles de son neveu Ferry ou Frédéric T'. Cette dernière opinion est toutefois la plus probable et la plus généralement adoptée.
Ferry I*' doit donc avoir commencé à régner en 1206, du vivant de son père et de son oncle. Le comte de Bar ayant d'abord commis des ravages sur ses terres, il voulut exercer des représailles contre celles de ce seigneur, mais malheureu-
(1) Ainsi qu'on en trouve la preuve aux pièces justificatives fournies par D. Galmet dans son grand ouvrage.
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seiuenl il fut, ainsi que ses deux frères, fait prisonnier par lui. Ferry s'empara plus tard de Haguenau pour l'empereur, auquel il avait offert son secours, et reçut en récompense de cet important service la possession de la petite ville de Rosheim en Alsace. Plus favorisé en cette guerre étrangère que lorsqu'il avait eu à défendre ses propres États, il rentra triomphant dans sa capitale. Traversant Saint-I)ié, il fut touché des misères de cette ville, dont une grande partie avait été consumée par les flammés en 1155, et envoya pour la repeupler cinquante familles prises parmi ses sujets. Ce prince avait eu aussi à combattre Henri, comte de Salm, dans le but d'obliger ce dernier à la restitution de biens enlevés par lui au monastère de Senones dont l'historien dom Calmet a été abbé dans la suite.
Ferry mourut en 1213, laissantla Lorraine à son fils Thiébaut ou Thibaut P'', le plus beau, dit-on, des princes de son temps.
Thiébaut alla porter le secours de son bras à l'empereur Othon lY, combattit en héros sous ses drapeaux et reçut une blessure à la bataille de Bouvines. Tous les auteurs remarquent conmie un avantage précieux pour les Lorrains guidés par Thiébaut qu'ils parlaient également français et allemand. Ce prince fit une tentative funeste pour recouvrer la ville de Rosheim dont l'empereur s'était emparé à la mort du duc Ferry, sous prétexte qu'elle n'avait été l'objet que d'un présent personnel et viager. Frédéric le retint alors auprès de lui, et quand l'intervention de l'évéque de Metz lui eut procuré la faculté de retourner librement dans ses États, l'empereur le fit suivre par une adroite courtisane qui s'insinua dans son esprit, profita d^ son intimité pour lui faire boire du vin empoisonné et disparut aussitôt. Le duc succomba à cette perfidie (1220). Il ne laissait poiqt d'enfants , et sa succession revint à son frère Mathieu.
Sur la maison de lorraine. 25
Les commencements de ce nouveau règne furent consacrés à Tarrangement de différentes affaires domestiques, ainsi qu'à la répression des soulèvements du violent Hugues, comte de Lunéville, et de plusieurs seigneurs lorrains. Mathieu II fit un traité avecl'évèque de Metz, puis, comme presque tous ses prédécesseurs, soutint la guerre contre son importun voisin le comte de Bar, dont il dévasta les États pour se venger des ravages précédemment commis dans les siens par ce dernier : telle était, presqu'à chaque génération, la marche habituelle des rapports entre ces deux souverains dont les sujets payaient ainsi les frais d'une constante rivalité. Mathieu finit pourtant par conclure la paix avec le comte.
Vers cette époque les chevaliers Teutons, forcés de quitter Acre, vinrent se fixer à Marbonrg, en Hesse, et les oppressions auxquelles ils se trouvèrent exposés excitèrent dans la suite l'intérêt de plusieurs des ducs de Lorraine empressés de leur porter d'efficaces secours.
Mathieu II se montra toujours vaillant, religieux, sévère observateur de la justice. Il aurait même poussé jusqu'à l'excès le culte de cette vertu s'il était vrai qu'au début de son règne il eût, ainsi que le rapporte le père Saleur, dans sa Clef ducale^ fait écorcher vif un gouverneur qui avait prévariqué dans sa charge.
Par un privilège attaché à leur qualité de marchis, les ducs de Lorraine jouissaient de tout temps du droit d'assigner le champ de bataille ainsi que de présider aux duels qui avaient lieu dans le pays situé entre la Meuse et le Rhin, et Mathieu II sut maintenir avec énergie cette prérogative contre les efforts du comte de Bar pour y porter atteinte.
Ferry II, son fils, qui posséda le duché après lui (1351), signala son avènement par des actes d*équité et gouverna constamment avec sagesse et talept. C'est de son règne que.
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datent, en général, les affranchissements en Lorraine, à cause de ceux qu'il accorda entre autres aux villes de NeufchAteau, Chatenoys, Bruyères, Frouard» Arches, Montfort, Nancy, Lunéville, en les dotant de lois stables et en les soustrayant à la domination absolue de leurs seigneurs qui jusque-là en exigeaient c des tailles et des services, et y faisaient le haut et le « bas, le plus et le moins. »
Ferry- II, député en Espagne auprès d'Alphonse de Castille pour lui offrir la couronne impériale de la part des électeurs, reçut à genoux, des mains de ce prince, l'investiture des fiefs qu'il tenait de l'empire et cinq étendards» emblèmes d'un égal nombre de dignités ou d'attributions, savoir : celles de grand sénéchal, de représentant de l'empereur dans les duels des nobles entre le Rhin et la Meuse, de comte de Remiremont, de marchis ou grand voyer de l'empire dans toute la Lorraine, enfin pour la régale qui appartenait è l'empereur dans les abbayes de Saint-Pierre et de Saint-Martin de Metz et dont celui-ci gratifiait le duc.
Dans une guerre que Ferry avait déclarée aux Messins, il fut vaincu à Moresberg (1280). Des différends survenus entre plusieurs princes durent leur aplanissement à ses efforts. Les privilèges judiciaires, militaires et honorifiques qui distinguèrent le corps de la chevalerie du reste de la noblesse lorraine furent institués par lui. Ses monnaies paraissent être les plus anciennes de toutes celles des ducs de Lorraine. 11 avait reçu (1298 ) de l'empereur Albert le droit d'en frapper. Sa vie se termina le 51 décembre 1303, et le trône fut occupé alors par son fils aîné, Thiébaut IL
Celui-ci, avant son avènement, avait déjà vaillanmient secouru Albert d'Autriche contre Adolphe de Nassau (1298), à Gelheim, où le dernier fut tué. 11 signala son début comme souverain par un acte de vigueur contre les nobles de ses États
SUR LA MAISON DE LORRAINE. Vt
en les réduisant à la condition de simples sujets. Thiébaut II fit preuve de courage à la bataille de Mons*en-*Puelle(i304); puis, par l'influence qu'il s'était acquise et dans un esprit de conciliation doublement louable chez un guerrier aussi entreprenant, il prépara la paix entre le roi de France et les Flamands.
Une assemblée des États, tenue à Golombey vers 1306, décida que les fils ou filles du fils aine d'un duc de Lorraine, décédé avant son père, hériteraient du duché à l'exclusion des frères du dernier souverain et des autres héritiers quels qu'ils fussent. De vives contestations résultèrent plus tard de ce droit de succession établi ainsi dans la ligne directe, même féminine.
Le roi Philippe le Bel s'étant rendu en Lorraine y fut reçu magnifiquement par le duc Thiébaut qui le reconduisit à Paris et l'accompagna jusqu'à Lyon où ce monarque allait assister au couronnement du pape Clément V. En dépit de relations aussi amicales et dé services précédemment rendus à la France, Thiébaut n'eut pas moins à soutenir de vives querelles avec cette puissance, au sujet de la ville de Neufchàteau qu'elle protégeait d'une manière inquiétante pour lui. Attaqué par l'évèque de Metz, il l'avait vaincu; il avait fait prisonniers les comtes de Bar et de Salm; puis, dans des hostilités contre le comte de Vaudémont, il fut lui-même blessé au combat de Puligny.
Ce duc était remarquable par sa bravoure, par sa bienfaisance et par l'affection qu'il portait au soldat.
Ferry 111, son fils, né en 1282, avait épousé, en 1308, Isabelle d'Autriche, fille de l'empereur Albert. Il fut surnommé le luiUeur (lutteur), à cause de sa force extraordinaire et de son infatigable vaillance. Sa vie belliqueuse a été écrite par un anonyme contemporain. Des discussions s'élevèrent; par-
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ticulièrement au sujet du droit de battre monnaie» entre lui et le connétable Gaucher de Ch&tillon, second époux de sa mère dans le domaine de laquelle était comprise la ville de Neufchâteau où se frappait la monnaie.
Sous son règne, les Templiers, recherchés en Lorraine, y furent traités beaucoup moins rigoureusement qu'en France; on se contenta de les disperser dans les monastères, pour y faire pénitence, en leur accordant une modique pension.
Le comte de Vaudémont se soumit à l'hommage envei*s Ferry, et celui de Bar conclut avec lui un traité d'amitié et d'alliance perpétuelle. Mais la prospérité de son gouvernement fut ti*oublée par une famine qui désola la Lorraine et dont les effets désastreux s'accrurent encore par ceux d'une maladie pestilentielle suivie d'inondations et de tremblements de terre.
Lorsque, après la mort de Henri VU, Louis, duc de Bavière, et Frédéric le Bel, duc d'Autriche, eurent été élus tous deux empereurs par des partis différents. Ferry, combattant pour Frédéric, se vit, ainsi que ce prince et son frère, fait prisonnier à la bataille de Mûhldorf. La liberté lui fut rendue par Louis de Bavière, à la demande de Charles le Bel, roi de France ; et, se séparant alors de la cause de Frédéric, il s'attacha par reconnaissance au pays dont le souverain avait brisé ses fers. Bientôt il se ligua avec l'archevêque de Trêves, le roi Jean de Bohême, le comte de Luxembourg et Edouard, comte de Bar, contre la ville de Metz. Leurs forces réunies se trouvant insuffisantes pour faire le siège, ils dévastèrent les environs, et les Messins furent obligés de conclure la paix à l'avantage de ces princes coalisés (1324).
Dans le cours de la même année, le duc de Lorraine avait amené des renforts, en Guienne, à Charles le Bel contre les Anglais; et, un peu plus tard (1528), il accompagna avec le même dévouement Philippe de Valois, marchant en Flandre
pour protéger le comte de cette i»oviiice menacé par une rér volte de ses sujets. Ferry III fut tué en combattant héroïquement à la bataille de Mont-Gassel» et ce duc de Lorraine cimenta ainsi de son sang un attachement pour la France auquel son successeur devait payer de même le tribut de son courage et de sa vie.
Raoul n'était âgé que d'environ quinze ans lorsqu'il perdit son père; et, par déférence filiale, il laissa entre les mains de sa mère une régence qu'elle exerça avec sagesse. Après la mort de cette princesse (1532), il contraignit les bourgeois de Toul à le reconnaître pour leur gouverneur. Sa preinière femme, Aliénor de Bar, ne lui ayant pas laissé d'enfants, il s'unit en secondes noces à Marie de Blois, fille de Guy de ChâtilloD, comte de Blois et de Dunois, et de Marguerite de Valois. 11 en reçut, en dot, plusieurs terres considérables, entre autres la seigneurie de Guise S provenant de l'ancienne maison d'Anjou, et qui fournit plus tard le titre principal de cette branche cadette si célèbre de la maison de Lorraine.
Raoul eut à guerroyer contre le comte de Bar qui refusait de lui rendre hommage; mais l'intervention de Philippe de Valois apaisa la querelle.
Ce duc fut fondateur du chapitre de Saint-Georges dont le souverain était toujours, de droit, premier chanoine.
Constamment avide de gloire, il partit pour voler au secours d'Alphonse de Castille attaqué par les Maures qui furent défaits à la bataille de Gibraltar, où Raoul commandait l'aile gauche de l'armée, puis expulsés d' Algésiras, et dont le roi, ainsi que sa femme et ses deux fils, de même que le roi de Tunis, furent
(1) Ville de Picardie, chef-lieu du petit pays nommé Tiérache, située sur l'Oise, à six lieues de Vervins, et qui était, au neuvième siècle, l'une des douze pairies du comté de Flandre. La construction du château dé Guise, rebâti en 1549, datait du onzième siècle.
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faits prisonniers an moment où ils cherehaient à se réfugier sur leurs vaisseaux. Raoul avait eu la principale part aux succès de la campagne, et, de retour dans ses États, il soumit l'évèque de Metz, Âdémar, qui, profitant de son absence, avait voulu s'emparer d'un château , aujourd'hui la petite viU<^deChà teau-Salins, construit par la régente Isabelle d'Autriche.
Le duc Raoul, après avoir secondé Philippe de Valois dans la guerre de Bretagne, se rendit avec l'élite de sa noblesse à l'armée du même monarque pour combattre avec lui contre les Anglais ; il fit des prodiges de valeur, mais, victime d'un sort pareil à celui de son père, il périt en héros à la journée de Crécy(1346).
La Lorraine pleura Raoul comme l'un de ses souverains les plus vaillants, • qui en son temps fut un autre Rolland et pa« c rangon des princes lorrains^», et la mémoire de ce dae reçut d un poëte contemporain l'hommage des vers suivants :
« Mort qui de tout prendre est engrande ^
« Fist moult piteuse prinse et grande
« En Raoul qui marquis et duc
« Estoit, et à tous bien rendu,
« Saîge, courtois et plein d'honneur,
« Sans envie et large donneur.
« A Crécy bien se déffendit,
« Toutes les batailles fendit,
« Si mourut, n'en soit reproché,
« Trouvé fut le plus aprouché
« Des Anglois. Gy en gist le corps,
« Dieu luy soit vray miséricors I »
Il laissait de sa seconde femme un flls unique, Jean P"", âgé
(1) Ed. du Boulay, Généalogie des ducs de Lorraine.
(2) Portée à, prenant en gré de faire quelque chose.
SUA LA.MillSON DE LOBiftAINË. «11
de moins de s^t ans, qui fut élevé près de son parrain, le dauphin de France; et, selon le vœu testamentaire de son époux, la duchesse, Marie de Blois, reçut les titres de tutrice et de régente. Son administration fut traversée par de sérieux orages, car elle eut des luttes multipliées à soutenir contre les seigneurs et contre Adémar, évêque de ^etz, qui réussit finalement à conserver la possession de Château-Salins à la suite d'une guerre dévastatrice de part et d'autre, prolongée pendant plus de quatre ans.
A cette époque, la noblesse de Lorraine entretenait un luxe funeste qui, par les exactions dont il était cause, excita de la part des paysans une révolte dont beaucoup de seigneurs furent victimes. C'est aussi en 15S2 que le roi des Romains, depuis Charles IV, venu à Metz avant d'avoir été couronné empereur, érigea en duchés les comtés de Luxembourg et de Bar.
Fidèle aux nobles exemples de ses pères, le duc de Lorraine, très jeune encore, prit une part active aux guerres qui occupaient la France. Il combattit à la bataille de Poitiers ; deux de ses chevaux y furent tués sous lui; et, prisonnier comme le roi Jean, il se vit lui-même conduit en Angleterre avec ce prince. Sa captivité ne cessa que par l'effet du traité de Bretigny (1560), au prix d'une rançon de trente mille livres stipulée par sa mère.
Les chevaliers de l'ordre Teutonique étaient violemment opprimés en Prusse par le duc de Lithuanie : Jean de Lorraine marcha à leur secours, et défit complètement leur ennemi dans les plaines d'Hazeland, près de Thorn sur la Yistule. Il fut présent au sacre de Charles V, comme il l'avait été déjà à celui du père de ce roi, concourut à la guerre en Bretagne, lors de la querelle entre Charles de Blois et le jeune comte de Montfort, et, par une fatalité répétée, fut encore fait prison-
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nier à la bataille d*Auray. Il n'eut pas cettô fois un roi, mais un héros, Duguesclin, pour compagnon d'infortune (4364).
Rendu à la liberté après le traité de Guérande (4365), il chàtiu, a son retour, des l)andits répandus dans ses États, fut forcé de combattre le comte de Vaudémont, sénéchal de Champagne et seigneur de Joinville, puis conclut la paix avec lui.
Formé dans l'art de gouverner par son séjour en France, Jean V^ publia beaucoup de règlements utiles pour ses sujets. A ce prince remontent aussi les premiers anoblissements en Lorraine (1382). Il commanda l'avant-garde de l'armée de Charles YI dans la guerre contre le duc de Gueldres et prépara un accommodement entre les deux adversaires. Fixé d'ordinaire a la cour de France, il s'en éloigna momentanément pour aller sévir contre une révolte des habitants de Neufchâteau, puis revint achever sa carrière à Paris où il mourut (septembre ie^89) au moment de partir pour Naples avec le jeune Louis, duc d'Anjou, qui venait d'en être couronné roi à Avignon par le pape Clément YII. Sa fin ne parut pas naturelle, ot la plupart des histoiiens de la Lorraine soupçonnent les bourgeois de Neufchàteau de l'avoir fait empoisonner par l'entremise de son secrétaire.
Son fils Charles, appelé quelquefois Charles II, afin de le distinguer de Charles de France, qui pourtant n'avait été due que de la basse Lorraine, aima la guerre, les lettres et la musique. Il ne se séparait jamais des œuvres de César et de Tite- Live, et les arts avaient en lui un protecteur éclairé. Avant la mort de son père, il s'était déjà signalé dans divers combats, et en 439211 fit partie, avec le duc de Bourbon et quelques autres princes chrétiens, d'une brillante expédition en Afrique contre les barbares de Tunis. Il sut pardonner généreusement aux bourgeois de Strasbourg qui avaient pénétré dans la loorraine et s'y étaient livrés a des dévastations. De même que le due
sus LA MAISOK DÉ LORhAïKf!* U
ieaii^ il s'institua le défenseur des chevaliers teutoniques et défit leurs ennemis près de Wilna. Il eut aussi, comme la plupart de ses prédécesseurs, diverses luttes intestines à soutenir.
Charles, n'ayant pas eu d'enfants mâles de sa femme Marguerite de Bavière*, avait marié (1419) sa fille aînée Isahel le avec René d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, comte de Provence et de Guise*, neveu et héritier du cardinal Louis, évêque de Verdun, devenu duc de Bar par la mort de son frère Edouard. René était parvenu ainsi à réunir les duchés de Lorraine et de Bar, et cherchait à prendre toutes les mesures en son pouvoir pour en garantir la double et durable possession à sa fille et à sa descendance, en dépit des prétentions de son neveu, le comte de Vaudémont, qui laissait percer le dessein d'occuper après lui le trône de Lorraine. Ce jeune prince était fils de Ferry l'Audacieux, frère cadet de Charles II. Ferry, seigneur de Rumigny, avait reçu en mariage le comté de Vaudémont et la seigneurie de Joinville de sa femme Marguerite de Joinville, héritière de la première branche de Vaudémont, dont il a été faitmention précédemment et qui provenait d'un fils de Gérard d'Alsace. Il fut donc l'auteur d'une seconde famille de Vaudémont.
Charles II cessa d'exister le 2S janvier 1431, et, après lui, René d'Anjou et Isabelle furent reconnus pour souverains par la noblesse. Mais Antoine , comte de Vaudémont et baron de Joinville, du chef de sa mère Marguerite, soutenait que la Lorraine était un fief masculin et la réclamait , en conséquence , comme héritier de son père Ferry T Audacieux. Il avait pour épouse Marie d'Harcourt, héritière d'Aumale, d'Elbeuf, de
(1) Fille de l'empereur Robert.
(2) Cette dernière terre lui avait été donnée en apanage , ainsi que celles de Ghailly et de Longjumeau, par son père Louis II, roi de Naples et de Sicile.
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Mayenne, de Ullebonne, deBrionne, biens dont les noms ont été portés depuis et presque tous illustrés par divers membres de la famille des dues de Guise.
Antoine fit valoir ses prétentions, les armes à la main, avee l'appui du duc de Bourgogne, au parti duquel il tenait. Le roi de France, au contraire, protégeait René, et ses troupes, que commandait Barbazan, gouverneur de Champagne, réunies à celles de ce prince, dévastèrent le Barrois ; mais à la bataille de Bulgnéville^ ou de Bar, vaincu par le comte de Vaudémont et par Toulongeon, maréchal de Bourgogne, René fut blessé à la lèvre, fait prisonnier, conduit à Dijon et renfermé dans la tour de Bar*.
Vaudémont n'avait pas toutefois su profiter de sa victoire. Une trêve fut accordée d'abord, et, par l'effet de l'accommodement qui intervint ensuite, Ferry, fils du comte, dut épouser plus tard sa cousine lolande, fille de René et d'Isabelle, afin de ménager pour un petit-fils d'Antoine l'éventualité de rentrer ainsi du moins en possession de l'héritage denses pères.
Pendant la captivité de René, sa femme Isabelle était allée, après la mort de Louis, roi de Naples, disputer la couronne de ce pays à Alphonse V d'Aragon ; mais elle ne remporta , dans
« Ou le bon dac René fut pris, m En Barrois et eo Lorrsine,
« Avec plusieurs de ses amis, » Dont le bon duc ctoit sire,
« Plusieurs furent morts sur la place. « Qn^aux prisonniers doint délivrance,
« Je prie Dieu leur faire grâce, « Et aux trépassez allégeance,
« Mais chacun dcvoii bien maudire «i Et aux écbapéz bon courage
M Ceux qui lâchement s'enfuire, « De récupérer ce dommage. »
«< Car pour eux endurons grand peine { RhnaiUe faite au sujet de cette bataille.)
(2) « Le duc René ayant été pris en bataille fut mené au duc de Bour- » gogne qui le garda fort longtemps prisonnier, tellement que se raconte • de lui qu'estant expert en la peinture il peignit toute sa chambre d'oubliés I d'or pour monstrer que ses parents l'avoient oublié. »
(Mss. Dupuy, V. 740, Mémoire sur Guise.)
cette courageuse tentative, que des avantages utiles seulement à sa gloire et revint en Lorraine.
Son mari recouvra la liberté en 1457, moyennant la cession de quelques places et une rançon de deux cent mille éous fournis par la généreuse chevalerie de Lorraine, qui se cotisa pour les réunir. Il fut , en outre , convenu que le prince Jean , flls aine de René et appelé duc de Calabre, recevrait la main de Marie de Bourbon, nièce de Philippe le Bon. A la faveur de ces arrangements, la réconciliation s opéra entre les maisons de Bourgogne et d'Anjou.
René , de retour en Lorraine , emprunta des sommes considérables et partit pour Naples, où il ne fit que subir de nou veaux échecs. Pendant son absence , le comte de Vaudémont s'était livré derechef à ses excursions dans le duché ; mais l'union de leurs enfants, en s'accomplissant alors (vers 1440), concilia ces deux princes. Constamment malheureux dans ses entreprises, René P' remit (1452) tout pouvoir sur la Lorraine à son fils aîné, Jean, et alla achever ses jours en Provence , dans la paisible culture des lettres et des arts.
Jean II, âgé de vingt-neuf ans, apportait à la direction du gouvernement une modération, une sagesse, une valeur et une expérience exercées ou acquises dans les infortunes au milieu desquelles s'était écoulée sa jeunesse. Appelé par les Florentins, il marcha à leur secours contre Alphonse qu'il contraignit à se retirer. Il reçut ensuite du roi Charles YII le gouvernement de Gênes et profita de cette position pour tenter encore la conquête de Naples; mais bientôt trahi, abandonné, il se vit forcé de repasser en France.
Jean donna de nouvelles lettres-patentes confirmant tous les privilèges déjà accordés à l'ancienne chevalerie de Lorraine envers laquelle sa famille avait contracté de si grandes obligations . Il prit part à la ligue du bien public contre Louis XI et