‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 11 sur 72 · LIVRE QÛATaXÈHE · texte numérisé non relu

LIVRE QÛATaXÈHE

rationg^uivantes une sticcessiôn d'ecclësi^tiques élevés. dans la piété , dansla s<:ieilce de leur état et dans Thabitude d'une sainte discipline. Ces institutions étoient enoore assec récentes dans TEglise : on en de voit la. première idée au concile de Trente (0^ etc'étoit pour obéir aux saintes inspirations de ce concile , que saint Oiarles Borromée en avoit fait à Milan Theureux essai. Les séminaires qu'il y avoit fondés avoient rapide-^ ment contribué à établir une sage réforme dans son clergé , et à donner à l'Eglise de JMLilan cette réputation de science, de mœurs et de régularité qui la distinguoit parmi toutes les Eglises d'Italie* Les guerres civiles et religieuses , qui désolèrent la France pendant quarante ans , n'avoient pas permis ^ aux évéques de • ce royaume de réaliser les vœux du concile de T|*ente ; mais lorsque l'autorité royale fut lolidementâffènniby et lorsque le gouvernement vigoureux dû cardinal- de Ri^ chelieu eut rétabli l'ordre dans toutes les parties ^e l'Etat, la' Providence suscita le célèbre, curé de Saint-Sulpice , M. Dlier , qui , le premier, con^çut le projet de former une assocîatiçn de prêtres consacrés, par un engagement toujputs .libre et toujours volontaire , à l'édiication ecclésiastique. U parvint, par s^s seuls moyens^ et avec le seul

(0 Seas. xsifi, di» i9^p

8o HI&70IIIE PE FÉKÉLONy

ascendant de la confiance ci de la vertu , à âever eo peu de temps oçt utile ff tablUseineut , qiù der puis a ^ervi de modèle ^.toutes l9s insfcitutipas d» même genre ^ répandues daos tout le royaume. FënékH3 , âevj^ au séminaire de Saint^Sulpice, sous la dir^ctioa des premiers coopératears de M. Dlier y témoin des vertus simples .et modestes , de l'esprit de piélép de désinténessement , de pais et de soumissbn , qui forment le véritable caractèrio de cette respectaJDle association ^ devoit désirer avise ardevor.de faire jouir le diocèse de Cambrai des bienfaits d^uae institution dont sa

propre expérience lui ajvoût fait connàitre les précieux avantages.

A peine fiit*il ârriw^é à Cambrai y qu'il réclama L'amitié paternelle ide M. Tronson, pour en obtenir des e^désiastiques forages k son ^oole, et pénétrés de eoa esprit^ pour dirigier son aémir naire de CambraL JVL Tniwpii dufoift. voulu ^inr cèffiemisQi conppfurîr a» §^fiihfi 4^ ses v^fis^il y étoit poiié pari ^ tendre ftlSi^tian pQiir Fénéton, et par le aentituenf d^ af aKt^g^^ qui K^yaiei^t en i)ésfilter pour ^'Eigltfe y diws uu dioicè^ aussi important .q(ie cém 4^ Qumbnai ; .n^^. divers ofaslbacks cToppcsèiîent ÏQMg - temps à ïfi^iQUti»^ de dce projet.' Af. Tronson^ne ppuvpit: sj9%e à l'empressement d'un grand nombrp d'évêques qui

lui

LIVR& QtJATKiÈMC. 8t

lai avoient présente des demandes du même genre* U ne vouloit offrir à Tarchevéque de Cambrai que des sujets éprouvés , dignes de répondre à sa confiance et de seconder ses intentions. Ces sujets se trouvoient déjà placés dans d'autres diocèses. Les évéquêsy qui recueilLoient les fruits de leurs vertus et de leurs talens^ ne pouvoient consentir à se priver de ces coopérateurs si précieux, de leur apostolat (0.

Les letti^es de Fénélon à M. Tronson, attes* . tent sa we impatience. « Je vous conjure, lui Lettre de » écrivoit-il, par l'intérêt de l'Eglise, et par toute Tronson 6 » Tamitié qi^ie vous m'avez témoignée, de faire janvier 1697.

(Manuscr. )

n un effort pour me donner de bons sujets. Le » bon cœur de M. G...., sa franchise,' ses ma- » nières propres à 'se faire aimer , son zèle, son B expérience, sa tendresse pour moi, et la mienne » pour lui, font que je serai ravi de l'avoir; mais m pent-on espéf er de le déraciner de Tulle ? il y » a déjà plus d'un an que nous l'espérons, et rien » n'avance.' S'il n'y avoit rien de bien solide et » de -bien prochain à attendre , il faudroit au » moins me le déclarer franchement, afin que 3» nohs cherdiassiotts de quoi le remplacer; mais » si noas ne pouvons espérer un sujet qui m'est

(0 Lettre ^e Itf. Xronson à* Fénélon, 31 décembre i6g5» (Maniiferits.)

Féjtélom» Tom. nu 6

8â HISTOIEE DE FÉNÉLON,

u si cher^ \e vous supplie d*avoir la bantë de dtf- » libérer avec lui sur les autres directeurs qui » pourroient venir Taider. En cas qu^il ne pût » pas venir tout-à-fait sitôt, ne pourriez-vous pas » nous envoyer d*abord un premier directeur qui » fût un peu fort y et qui sufilt, en attendant » M. G .... , pour gouverner le séminaire sous u M. Fabbé de Ghanterac? Celui-ci , comiae vous » savez y a l'expérience de ces sortes djs maisons ^ y^ avec beaucoup de génie , de piété et de sagesse » pour conduire doucement. Quand je vous de* » mande un directeur un peu fort sous le supé- » rieur y c*est que je connois le besoin du pays ; » on y est fort opposé au séminaire ; les docteurs » de Louvain et de. Douai en méprisent les études )) et en craignent la réforme. Notre clergé est » assez exercé sur les subtilités scolastiques ; mais 2> que tout cela ne vous fasse aucune peui*. Don- 3» nez-moi des gens pour enseigner, qui aient un » sens droit et un peu d'ouverture, avec de la V bonne volonté; je vous réponds que tout ira » bien ; je prendrai moi-même garde à tout ; je » les conduirai dans les commencemens , et je » les autoriserai ; je verrai et soutiendrai tout. )> M. Fabbé de Ghanterac, qui est également sage » dans la conduite et ferme pour le dogme, nous » aidera; personne ne dira rien. Ce que vos gens

» ne saui^ODt pas d'abord , ils auront le loisir de » rapprendre. Donnez -moi de bons cœurs avec » un esprit droit , je me charge de vous les mettre » en bon chemin; je vivrai en frère avec eux. » Je ne vous demande ni politesse ^ ift talens qui » éblouissent ; je ne veux que du' sens grossier et }) une volonté bien gagnée à Dieu. Si vous avez » de quoi nous donner plus que cela^ ce sera » au-delà de mon attente; mais comptez qu'au » point que j'aime votre corps , vous devez faire » un effort pour me secourfr. Je suis assuré qu'ils » m^aimeronty quand nous aurons un peu vécu n ensemble ; iU ne me trouveront , s'il plait à » Dieu, ni délicat, ni jaloux, ni défiant, ni iné- » gai , ni entêté ; voilà ce que j'espère de Dieu , » et nullement de moi. Voyez donc, avec vos » messieurs , l'aumône que vous pouvez mé faire » dans ma mendicité ;. il y a ici des biens infinis » à faire. Les ouvriers de confiance me manquent ; » je ne les laisserai manquer de rien , s'ils me » viennent de chez vous. En attendant , aimez- » moi toujours du véritable amour, qui est celui M de Dieu ; aimez aussi notre pauvre séminaire, » et ne doutez jamais» s'il -vous plaît, tii de la » reconnoissance tendre, ni de la vénération sin- » gulière avec laquelle je suis tout à vous sans » réserve ».

64 HISTOIRE DE FÉHÉLON,

F^nëlon ajoutoity daés une autre letti*e (0 à M. Tronson : « Malgré tous vos refus , je ne puis » cesser de désirer encore des ouvriers de Saint- » Snlpice pour mon séminaire. Si Dieu le veut , » il vous efk donnera Fooverture et les fadlités; » sfil ne le veut pas, f aurai du moins la conso- SI lation de Tavoir désiré ».

La disette de sujets fut d'abord la seule raison qui ne permit pas à M. Tronson de remplir les vues et les e^>érances de Fénélon pour le sémitiaire de Cambrai ; mais un sentiment de délicatesse engagea ensuite Fénélon lui « même à suspendre ses instances et Texécution de son premier plan. Lorsqu^il se vit exposé aux violens orages que ses démêlés avec les troi^ prélats les plus accrédités de la Cour avoient suscités contre lui, il <â^igtiit avec raison de compromettre rexislence et la tranquillité d'une congrégation

. qui lui étoit chère , et de Fenvelopper dans sa disgrâce. Il crut même devoir renoncer momentanément à la douceur et à la consolation d*entretenir avec M* Tronson une correspondance ^dont oft auroit peut-être dierché à faire un sujet de repi^oche à ce respectable ecclésiastique. On

« voit| par' une lettre que M. Tronson lui écrivit après sa condamnation et sa soumission y qu*3

(0 Du 28 février 1698. (Manuscrits.)

tIVRE QUATRlàHE. 85

ëtoit àigae d'apprécier tout le mérite d*uii procédé aussi délicat. « Je ne sauiois ti*op vous re- Lettre de ^ » mercier, Monseigneur, de m'avoir fait connoî- , J;'^??^^'* » tre la continuation de votre amitié , et que la 1699. » cessation de tout commerce n'a été qu un effet C^**"*"^** ) p de votre bonté , qui a voulu éviter de me corn- » mettre en rien , et a cru devoir ménager les i » intérêts de Saint-Sulpice , qui lui sont si chers* » C'est une grâce dont je ne puis être tix>p.re- » connoissant. Plût k Dieu que cettç lettre vous » pût faire connoitre tous les sentimens de mon » cœur, vous verries^ combien il est sincèrement » à vous ».

Ce ne fut que dans les derniers temps de sa vie que Fénélon parvint à surmonter tous les obsta^cles qu'on àvoit mis à l'exécution. de son plan, et qu'il réussit enfin , comme nous le rapporterons^ à Qpnfker la direction de son séminaire k la conr grégation de Saint-Sulpice. Mais dax» cet inter^ vallCy il crut devoir le rapprocher de ses regards, et le placer jsous sa surveill^ôe immédiate. Son séminaire étoit établi près de Yalencienncs, à liuit lieues de sa résidence; il le rappela à Cam^ brai , et il dbargea l'abbé de Ghanterac de tou& les détails qui concernoient la diactpUne et le ré* gime intérieur.

Cette disposition lui donna la facilité de con«

86 HISTOIRE DE FÉHÉLÔN,

vni. noitre et de juger par lui - même tous les sujets

Gouvernement de 6on ^ui se destinoiënt au saint ministère. Il donnoit

séminaire- j^g instructions ' à ses séminaristes pendant les temps de retraite et aux fêtes particulières de la communauté ; il assistoit à Fexamen de tous les ecclésiastiques admis à se présenter pour recevoir les ordres. Cet examen se faisait à rarchevêché , sous ses yeux et sous sa direction ; il j mettoit un appai^eil assez solennel pour avertir les aspirans de rie se pr^^enter qu'après des études suffisantes , et une familiarité assez encourageante pour don^ ner à la jeunesse timide et modeste la facilité de développer ses dispositions et ses talens. Il résultoit de cette discipline uniforme , invariable et constamment suivie pendant tout son épiscôpat y qu'il n'existoit pas un seul ecclésiastique dans son diocèse , qui , avant d'avoir reçu la prêtrise, n*eût été examiné cinq fois par Fédëlon lui-même. Mats il ne se bornoit pas à cette surveillance générale; ' il savoit que ces sortes d'examens ne sont pas toujours un moyen inf^Uible d'apprécier le mérite ou les dispositions ; ils sont nécessairement ou trop rapides, ou trop abrégés pour donner la mesure exacte de la science et de la capacité. Une facilité naturelle et confiante peut offrir quelquefois l'apparence de l'instruction , et séduire la bienveillance des juges ; un excès de modestie

LIVIIB QUATRIÈME. 87

OU de timidité peut ne pas laisser apercevoir ^ dans tout leur éclat, des talens réels et une science plus profonde. Cétoit pour parer à ce double in* cpnvénienty que Fénélon s'étçit imposé la règle de faire lui - même des conférences une fois par semaine dans son séminaire. Ces conférences res« sembloient à de simples entretiens familiers^ tous ces jeunes ecclésiastiques pouvoient indifférem* ment lui proposer leurs doutes, leurs questions^ leurs objections. On doit bien croire que ces questions et ces objections auroient pu souvent parottre ou frivoles ou déplacées à des hommes d'un rang et d'un mérite' bien inférieur à celui de Fénélon, mais il ne paroissoit pas s*en apercevoir; il les écoutoit avec une patience et une bonté qui ne se démentoient pas un seul instant. jSouvent même il afiectoit d*étre frappé dune objection assez commune, pour se ménager la facilité de remonter aux principes, de les développer avec plus d'étendue , de les graver plus profondément dans ces esprits encore jeunes* et flexibles, et de les jnettre eux-mêmes sur la voie de trouver la solution qu'ils demandoient et quUls cherchoient* On a remarqué, dans tous les temps, que les hommes vraiment supérieurs sont toujours les plus indulgens et les plus encourageans pour la jeunesse et Finexpérience. Les demi -sa vans s'é-

88 BISTOIRE DE FÉirÉLONy

tonnent au contraire qu on n*ait pas la force de s'élever au niveau de leurs conceptionâ ; ils soupçonnent dans les autres un défaut d^intelligence, lorsqu'ils devroient s'accuser euz-mémes de Tobs*^ curité de leurs idées ou de leur langage.

Nous devons ces détails à un homme très-ins« truit (0 ^ qui a passé avec Fénélon les cinq dernières années de sa vie y qui assistoit souvent à ces conférences (2) , « et qui ne'cessoit d*admirer s> la condescendance vraiment évangélique avec S) laquelle Fénélon daignoit, à l'exemple de Jésus- » Christ, se rendre simple avec les simples, enfant )) avec les enfans, pour insinuer dans tous les » cœurs et dans tous les écrits l'amour de la vé« >^ rite , de la vertu et de la piété ».

Cette, surveillance habituelle ^ que Fénélon exerçoit sar tous les ecclésiastiques de son diocèse dès leur première jeunesse, lui avoît donné lajiicilité de connoitre leur caractère , leurs dispositions , la portée de leur esprit , leurs bonnes et leurs mauvaises qualités; et il se servoit de cette connoissance pour les employer dans la suite aux fonctions qu'il les jugeoit propres à remplir avec succès. Un fait , dont la tradition est venue jusqu'à nous , oilfre un exemple frappant du discernement et de la modération de

(0 M. de Ramsai. — W Vie do Fénélon.

IMITEE QUATRICJffE. 89

'Fénéhn dans une circonstance o^i il ayoit assez montré la pi*emière de ces deux qualités , et où il eut grand besoin de faire usage de la secondé.

Fénélon racontoit (') qu'un bomm^ distingué ^^•

« j. V fi • . . Traitde mo-

de son diocèse , qu il ne nomma pas , vint un jour aération de

le prier «vec instance de rétablir dans une.pa- ï'éii^lon. roisse un curé que Tarcbeviâque de Cambrai avoit cru devoir en retirer poui^ des fautes con^i* dé^ables. 11 se rendit , quoiqu avec peine , à cette demande y qu'on ne manqua pas d'accompagner # de toutes les assurance^ les plus fortes d'un entier * changement de conduite de la part d^.cet ecclésiastique. Quelque temps aprèç, il donna lieu *aux n^mes plaintes qu^ avoient provoqué sa de&titution. Soa protecteur, le laoéme qui avoit sollicité ^on rétablissement avec tant de chaleur, et qui avoit eu tant de peime à va4n<:re la résistance que lui ppposoit Fénélon, vint trpavei: ce prélat,

et lui dénonça avec viva<îité les scandales x]ue ce curé donnQit à tous les babitans de sa paroisse. Fénélon se tut. Cet iiommo:, redoublajit de^viva- ^cité, reprocha à rarclievéque de Cambrai la faute qu'il avoit faite d'avoir rétabli daps ses fonction/s un pasteur si peu digne d'un si saint ministère. Fénélon se tut encore ; il ne crut pas même devoir faire remarquc^^ à cet homme l'inconséquence de

(0 Maovficriu.

«>.k HISTOIKE DS FÉSÉLOn,

ses démarches. Une des personpes devant lesquelles Fénëlâd rapportoit ce fait particulier, piit la liberté de lui demander s'il croyoit être entièrement exempt de i-eproche , de n'avoir pas au moins averti ce protecteur inconsidéré de sa propre légèreté- Fénélon se tut encore. Son silence sembloit dire que lui seul avoit en tort, et qu'il auroit dû être plus ferme à refuser ce qu'il n'auroit pas dû accorder contre sa propre conviction.

Ce n'étoit pas seulement sur les ecclésiAstiques élevés dans son séminaire , sous ses yeux , qu'il ezerçoit une surveillance aussi suivie j il se regardoit comme étroitement obligé d'apparier la* même attention à la conduite, aux mœurs, et aux dispositions dfts ecclésiastiques de son diocèse, qui suivoient le cours de leurs études à Paris. Dans l'impossibilité de les coanottre et de les juger par lui-même , il croyoit ne devoir les avancer dans les ordres sacrés que sur les témoignages les plus propres à lui inspirer la confiance la plus entière et la plus absolue. On peut se faire une idée de la délicatesse de conscience qu'il pot-toit dans l'exercice de cette partie de son ministère , par la lettre suivante , adressée à un de ses neveux : Leiire de „ J'ai prié M. Lécbassîer, mon cher neveu , de

Fïnétonànn . ^ ■

lie SCS ne- ■> voulotr bieo se charger de l'examen de la vo-

» cation et de la conduite des ecclésiastiques de Teax,i.«'de-

» mon diocèse, qui se trouveront à Paris, et qui (^J^nusçr!)

» ne pourront pas venir ici recevoir l'ordination,

n après avoir passé par les épreuves de mon sémi*

» naire. Gomme ces cas-là reviennent assez sou-

» vent , fai cru , à Texemple des plus saints évé-

» ques, devoir m'adresser à quelque communauté

» fixe , dont le supérieur fit en quelque façon , à

» cet égard , les deux fonctions de supérieur et

» de vicaire-général. D'ailleurs, il m*a paru que

» je devois me fixer à Saint-Sulpice. C'est une

» maison où j'ai été nouiri, que ma famille a

M toujours chérie *et révérée, long- temps av^nt

» que je fusse au monde. Je connois la piété et

» Fexactitude qui y régnent. Quoique je sois de*

» puis long-temps hors de commerce avec eux,

)) je ne puis ni cesser de les estimer, ni m*empê*

n cher de les préférer à toute autre maison pour

» cet etamen. J'ai même envoyé à M. Léchassier

» le demissoire pour M. Gaignot. Ainsi je ne puis ^

» plus changer cet engagement. M. Gaignot ne

» peut s'adresser qu'à M. Lédiassier. C'est àJui à

» prendre ses mesures pour. 1^ contenter comme

» mon grand -vicaii^e dans *cette fonction. Si

» M. Léchassier décide pour son ordination, je

)> n'examinerai rien après lui, et je croirai sa

» vocation bien éprouvée , quand il l'enverra

» pour recevoir les ordres. J'estime et j*honore » avec une sincère affection les autres commu- » nautés; mais je ny connois personne, et je ne )» veux avoir qu un seul homme d'une piété et » d'une sagesse connue , à qui j'adresse ces sortes » dkiffaires. Je vous conjure , mon cher neveu, de » faire entendre tout ceci , le plus doucement » qu'il vous sera possible, aux personnes qui » vous ont parlé. Je ne voudrois jamais que faire » plaisit ; mais il faut suivre quelque ordre , et » ne s'en départir pas facilement, quand on a » cru avoir de fortes *raisons pour l'établir, sur- 9 tout quand on s'y ^st déjà engagé ». X. La vie* de Fénélon à Cambrai étoit paisible ,

Du genre de unifomae. Solitaire. Il en fait lui-même la pein-

vie de Fene- ^ *

Ion à Cam- ture ddns une lettre à l'abbé de Beaumont , son

^^^' neveu, depuis évêque de Saintes. 11 paroissoit

redouter qu'un ecclésiastique qui vouloit s'atta*

cher à lui, ne fut effrayé d'un genre de vie aussi

* sà-ieux, et ne pû.t en soutenir long-temps la coa-

Leitre de tiuueUe et pesante uniformité. « Pourroit-il se

Feneion, du ^^ y^oudre à mener une vie solitaire, uniforme

4 nov. 1701.

(Manuscr.) » et continueilemept sédentaire, après en avoir » mené une si active au dehors et si variée? 1» Aara*t-il la santé, le goût, la patience néces- )> saireç pour cette vie égale , régulière comme » le mouvement d'une pendule? I>'ordinaire,les

« naturels propres aux emplois laborieux^ qui

» regardent le peuple , ne sont point propres à

» ce travail secret et tranquille. C'est tomber

» dans On ennui et unç langueur très- difficile à

» soutenir. Il est difficile à la longue de s'ac*

» commoder d'un travail toujours insensible et '

» comme enterré ». !

Fénélon avoit contracte dès sa jeunesse l'habitude ' de n'accorder que quelques heures au sommeil ; et de se lever de grand matin. Il disoit tous les jours la messe dans sa chapelle, et tous les.samediji à sa métropole. G'étoit le jour qu'il avoit consacré à y confesser indistinctement tous ceux qui se présentoiapt. 11 dinoit à midi, suivant l'usage de ces temps anciens ; il commençoit par bénir la table ; elle étoit servie avec une sorte de magnificence ; mais cette magnificence n'étoit qu'un devoir de sa place et une bienséance de son rang; car il étoit impossible de porter. la sobriété à un degré plus remarquable ; il ne mangeoit que des nourritures douces , de peu de suc y et en trèsr-petite quantité, et ne bu voit que d'un vin blanc tres-foible de couleur*et de force. On attribuoit à cette sobriété, poussée peut-être à l'excès , son extrême maigreur. Tons les ecclésiastiques attachés à son service étoient admis à sa table ; ce qui étoit alors regardé comme un trait singulier de modestie et de bonté ; les éyé-

ques des ^éges les plus éminças entretenoient ordinairement une table particulière pour leurs secrétaires et pour leurs aumôniers (0. On ne comptoit jamais moins de treize ou quatorze personnes à la table de Tarchevéque de Cambrai. Tout annonçoit autour de lui Tordre, la noblesse et l'abondance. Le manuscrit , dont nous empruntons ces détails y et dont Tauteur ne peut pas être soupçonné d*un excès de prévention poiir Fénélon, rapporte que Tarchevêque de Cambrai laissoit toujours à sa table la liberté d'un entretien aisé y doux et même gai. Fénélon parloit à son tour, et se plaisçit à faire parler tous ceux qui mangeoient avec luif Tout ce qui Tenvironnoit s'étoit modelé sur son exemple «t sur ses manières toujours nobles et décentes. L'auteur que nous venons de' citer observa avec un€ espèce d'étonnement le ton habituel de lib^erté, de politesse et d'égalité qui régnoit dans l'intérieur de cette maison, sans que les parens et les amis de Tarclievéque de. Cambrai se permissent jamais la plus foible démonstration de hauteur ou de supériorité envers qui que ce fût C^). Ty ai trouvé en vérité, écrit-il, plus de modestie et de pudeur qu'ailleurs , tant dans la personne du maître, que dans les neveux et autres^

B.ÎCP ne peut être comparé à la politesse no-

(*) Mauuscrils. — (*) Idem,

ble, faoilç et naturelle ^ dont Tarcbevéque de Cambrai faisoit les honneurs de sa table et de 'sa maison. Tout étranger qui y étoit admis étoit toujours placé à sa droite, quel que fût son titre et son rang, surtout si c étoit un ecclésiastique. Fénâon ne se séparoit jamais du fidèle abbé de Chanterac, qui étoit toujours placé à sa gauche. A{)rès dîner, on se réunissoit à sa grande chambre à coucher, qu il n habitoit jamais, et qui étoit uni^ quement consacrée; à la représentation . Il faisoit mettre au-dessus de lui tout éti*an^r qu'il recevoit, fût-ce uo simple ecclésiastique. Il passait environ une heure à $*entretenir avec cette société intime, uniquement composée de parens, d'amis ou d'ecclésiastiques, qui le chérissoient comme leur père, et le vénéroient comme le modèle de toutes les vertus qui honorent le «plus l'humanité. Cette distraction si simple et si innocente , n'étoît pas même entièrement perdue pour les devoirs de son administration • On mettoit devapt Fénélon une petite table, et ses secrétaires et ses aumôniers lui présentoient*à signer les différentes expéditions qu'il avoit ordonnées ; ils recevoient en même temps lies instructions sur les détails dont ils étoient chargés. Il se retiroit ensuite dans son cabinet , où il restoit renfermé jusqu'à huk heures et demie, lorsque le temps pu la saison

g6 HISTOIRE DE FévÉLOlT,

ne lui permettoit pas de se promener, ou qu'il n étoit pas obligé d'assister aux offices divins , aux exercices de son séminaire , ou aux différeus bureaux d'administration qui étoient soumis à sa

surveillance.

Un peu avant neuf heures , on se réunissoit

pour souper. Fénélon ne se permettoit le soit

que Fusage des œufs ou des l^umes, dont il ne

faisoit même que goûter.

Avant dix heures du soir, il demandoit si tous ses gens étoient rassemblés ; on les faisoit entrer dans sa grande chambre, et là, en leur présence et en celle de toUte sa famille^ et de tout ce qui composoit sa maison , un aumônier lisoit la formule des prières du soir , et le prélat donnoit eu^ suite sa bénédiction.

La seule distraction de Fénélon , au milieu de ses ti^av^ux, de ses peines, de ses souvenirs, peut-» être de ses i^grets , étoit la promenade-; il ne connoissoit point d'autre amusement, ni d'autre récréation; c'étoit le seul plaisir qu'il promettoit à ceux de ses parens et de 'ses amis qu'il invitoit à venir partager sa retraite. Toutes ses lettres particulières expriment la satisfaction. si pure et si douce qu'il éproiivoit dans cette utile et inno^ cente distraction (0. « Nous avons eu de beaux

(0 Manuscrits.

» jours,

» jours, écrivoit-il à Fabbé de Beaumont ; nous » nous sommes promenés ; mais vous n'y. ëtiez 91 pas.... Je fais des promenades toutes les fois que Aa marquis

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