‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 13 sur 72 · LIVRE QUATRlklbE · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRlklbE

Quelque i)pinioii que Von adopte sur ce* sujets il est au* moins bien certain qu'il n-a fait qu'ezr primer un sentiment dont il étoit convaincu, et auquel il s'est conformé toute sa vie.

Fénélon pensoit que les prédicateurs ne doir Vent point composer des discours qui aient besoin d*étre appris et débités par cœur. « Consi- 9» dérezy dit-il (0^ tous les avantages qu'apporte » dans la tribune sacrée un homme qui n'ap*> » prend point par cœur. Il se possède , il parle a> naturellement/ il ne parle point en déclama*- » teur^ les choses coulent de source^ ses.expresr » sions ( si son naturel est riche pour Télor- » quence) sont vives et pleines de mouvement. T» La chaleur même qui l'anime, lui fait trouver » des expressions et des %ures qu'il n'aiiroit pu » préparer dans son ^tude. L'action ajoute une » nouvelle vivacité à la parole; ce qu'o.n trouve » dans la chaleur de l'action, est autrement sea- » sible et naturel; il a un air négligé et ne sent » point l'art. Ajoutez qu'un orateur habile et » expérimenté proportionne les choses à rjm* » pression qu'il voit qu'elles font sur l'auditeui:; » 4sar il voit fort bien ce qui entre et ce qui » n'entre pas dans l'esprit, ^ce qui attire l'attea* » tion, ce qui touche le cœur, ce qui ne faijt

(0 Dialogues fui^réloqiieiioe^de la chaire.

V^^:^ BISTOIRB DE FÉnÉLONy

^ point ces efiets. Il reprend les mêmes choses )» d^iuie . auftpe manière; * il les revêt d'images et » de coiApapaiscin&plii& sensibles y onsbien il re* » monte aux pHneîpes d*oà dépendent les véi> rites qù^il veut persuader ; on bt^ il tâche de i^ guérir lès, pasâons qui empéchttol ces vérité 1^ ék fiiire irapressionv Toilà lé véritable art d'ins^ » truire et de persuader; sans ce& moyens, on » ne fait que des déelamations vagues et in&nC'- » tueuses. Yojeti combien Forateur qui ne parle » que par ctBUt< est loin» de ce but. Représentez- » vous un homme qui n'oseroit dire que sa leçon; D tout est nécessairement compassé dansson style. » On peut dire de lui ce> qn on d»oit d'Isocrate : ^ Sa composition est meilleure à- être lue qu'à » être prononcée. D'ailleurs, quoi qu'il) fasse, » ses inflexions de voix sont uniformes^ et tou- » fours un peu forcées. Ce n'est point un homme » qui parle , c'est un orateur qui récite , ou qui » déclame; son action est contrainteF; ses jreux, » trop arrêtés, marquent que sa mémoire tra- » vaille, etf il'ne peut s- abandonner à un mouve- » ment extraordinaire, sans se mettre en dan- V ger de perdre le fil de son dtsèonrs^ L'auditenr, » voyant l'art si à découvert, bien loin d^ètre » saisi et transporté hors de lui-même, observe » froidement tout l'artifice du discours »*

. Fénëlon ramène à cette occasion (>} un passage de saifat Augustin , qni dit : « Que les pré^ » dieatèwrs doii^ent parler âtune martihrê ètvùoré >y plus àlaire et plus àemiblé ftië les autres, » paràè ^ue la coutufnb ei la Btefiséàncè ne per* » niettampàÈs de léé ^tÈëfrbgér, ils âûipeni cràin- W ik'è de ne se propùfUohnèr pas assez h leurs » éudUeurs; c'est pouhjtici, àjoitte saint Au* » gustin, ceux qid apprennent leurs sermon^ mât » à Mai, et ^ hé peuvent répéter et échtircir » une vérité jéH^tf à dé fuHs fémàrquehiqu*ùntà » comprise, se prif^emd^MgraAd fruit. Où doit » Toir pàr4à^' observé- Férfëlon , qùé saint Au- » gééSâéè coiWéntèSt de ^k^épaft^erfes choiies <kns )i sorr esprit! y sbxïè Héitré dénis sa ihémoire toutes » fes fïérolcs'dé «eS serMbns ».

Ma£^ té passage de saint An^stiii indique également ijné, du téntps même dé ce Père^ un grand nOihbre de pirédîcateut^s com^ôsoient et i^eîtoii^f par éœui^ leurs sermons.

Féiïélon coùVenoftijpie, prfui^ ^nVoîr exercer sevec ^itcôè^'Ie miiiistière de la parole , sans le secotft'S dé la AévAtAté et tf une cohij^bsition pré- y pàrëé' (^) y tt 3 Mbit une mi^ditàtifon sérïeusé dés V » premiers principes^ uhe connoissauce étendue » des liiœurSy la lecture de Fantiqùitë, dé la

CO Dialogues sur r éloquence de la ohaire. — {*) Ilid.

Io4 HISTOIRE DE FÉNÉLOHy

» force de raisonnement et d*action«;.....JM[ais, » ajoutoit-il , quand même ces qualités ne se » trouveroient pas éminemment dans un homine^ » il ne laisserait pas de faire de bons diseours, » pourvu qu'il ait de la solidité d^esprit^ un » fonds raisonnable de science ^ et quelque Ëici-^ V lité de parler. Dans cette méthode ^ comme » dans l'autre ^ il y auroit divers degrés 'd'ora- » teurs 9n

Il n étoit pas moins opposé aux divisions et sous-divisions généralement adoptées daqs les sermons. U prétendoit (0 « que ces divisions n^y » introduisent qu'un ordre apparent; qu'elles » dessèchent et géneiit le discours; quelles lie » coupent en deux ou trois parties, qui interrom- » pent l'action de Torateur et l'effet qu'elle doit » produire ; qu elles forment ordinairement deux T» ou trois discours différens , qui ne sont unis n que par une liaison arbitraire »^ Il rapporte à ce sujet , ce que les Pères de l'Eglise ne s'étoient » point astreints à cette méthode ; que saint » Bernard > le dernier d'entreux, marque sou^ ». vent des divisions , mais qu'il ne les suit point, » et qu'il ne partage pas ses sermons y que . les » prédications ont été encore long-temps après 9 ssms être divisées, et que c'est unç invention

U) Di^lQgue^ sur Féloiqaeiice de la chaire.

» très-mo derne , qui no us vient de la çcolastique » • ï<*énélon auroit désiré que les prédicateurs s*attachassent davantage à instruire les peuples de rhistoire de la religion (0. c< Dans la religion, » disoit-îl; tout est tradition / tout est histoire, » tout est antiquité. La plupart des prédicateurs » n^instruiseih; pas assez, et ne prouvent que foi-

» blement, faute de remonter à ces sources

» On parle tous les jours au peuple , de l'Ecri* » ture, de l'Eglise, des deux lois, du sacerdoce » de Moïse, d'Aaron, de Melchisédech, des pro- » phéties, des apôtres, et on ne se met point en Il peine de lui apprendre ce que signifient toutes » ces choses , et ce qu'ont fait ce9f>ersonnes-là, On » suivroit vingt ans bien des prédicateurs, saps 3» apprendre la religion comme on doit la savoir »« Il auroit voulu « qu'un prédicateur expliquât a> assidûment et de suite, au peuple, outre le dé- » tail de FEvangile et wdes mystères , l'origine et 9» l'institution des sacremens., les traditions, les » disciplines, l'office et les cérémonies de FBglise. >» Par - là ,' on prémuniroit les fidèles contre les 3) objections des hérétiques ; on les mettroit en 3» état .de rendre raison de leur foi, et de toucher 9 même ceux d'entre les hérétiques qui ne sont » point opiniâtres. Toutes ces instructions afier-

(0 Pialpipies sur Fëloqaeiice de la clutire.

» miroient là foi , donneroient une haute idée de » la religion y et feroient cpie le peujde profite- » roit pour son édification de tout ce qu'il voit » dans TEglisci; au lien qu'avec l'iiistruetion su* » pérficielle qti^on hà 'docine^ il n^ comprend 1» presque tien de tout ce qu^il voit^ et il n'a i>^ même qu'une idée très-confose dé ce qu'il en* » tehd dire au prédicateur «... On leur donne dai>s » l'enfance un petit catéciiisine sed(0, et qu'ils » appreûneiit par cœur sans en comprendre le »• sens ; après quoi fls n*ont phis , pour instruc- » tion^ que dés sênndus vagues et détackéâ ».

Fénélon fait des observations égidement curieuses sur l'usage assea tAoàerne de fonder tout un sermon sur un te^cte isolé (^). « Get usage vient 3» de ce que les pasteurs ne parloient jamais au ' » trefois au peuple de leur propre fonds ; ils ne » &isoiént qil'eitpliq«ier lès> paroles du texte de 3» rEcritupe% Insensibleniéilt on a pris la cou- » tume de né plus suivre toutes les paroles de » l-Evangile ; on n'en explique plus qu'un seul » endroit y qu'o& nomme le te^e Aw sermon. Si

(0 Cétoît ce cféfefutd'înfttfuctîotf stcffirante potir le plus grand ai9Ml»r<E> des fidâes,cfui aVciffrài^pé de bonne heure Bosiaet et Féaâoof et ce fiit À lear IwQicitatîoii que Fabbé Fleiuy composa son Catéchisme historique, qai a si parfaitement rempli toates leurs yuts.

(*) Dialomes sur Féîo^ettce délèt chaire.

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