XVII. gj |gg sermons de Fénélon n'ont point placé son
Des Lettres
spirituelles nom parmi les grands orateurs de la chaire W ,
deFénélon. . .
(0 Notice de M. le cardinal Maury sur Fénélon.
(*) Cependant parmi ces serinons ^ auxquels Fénélon attacbolt lui-même si peu de prix, on distinguera toujours son sermon pour le jour des Rois, plein de grandes beautés.
LIYEE QUATIIIÈME. 121
ses Zeitres spirituelles ont peut-être contribua à assurer à la religion des conquêtes plus solides^ plu$ durables et plus précieuses que les trîomphejB deléloquence (0. « Il y a deux sortes de chaleur ^ dans Tétequence^ une chaleur de «conviction et » une chaleur de sentiment. Un homme , forte*^ » ment convaincu d*une vérité, en parle forte* » ment, par exemple, Bourdaloue ; un autre , » vivement touché d'un sentiment, l'exprime » d'une manière vive et touchante.^ c'est le ca^ » ractère de Fénélon ». De simples Uttres, que Fénélon écrivoit dans la confiance de l'amitié, qu'il ne se donnoit pas même la peine de relire ^ puisqu'on n'y aperçoit jamais aucune rature ni aucun changement dans les expressions ; de simples réponses adressées à des personnes qui leçon* sultoient ou qui l'interrogeoient; d^s notes fugi-* tiyes ^QÙ il s'abandoniie , par une effusion spon-tanée , à tous les sentimens d'un cœur passioi^né pour la vertu ,^ sont devenues, a près, sa mort, un recueil précieux où les âmes religieuses vont ea-» core puiser le goût et l^s ma^^imes de la piété la plus sublime et la plus pure. C'est avec Fénélon qu'elles aiment à se recueillir dans le silence de cette vie intérieure où l'ame, détachée de toutes les affections humaines ^ semble remonter à sa noble.
(0 Réflexions jsur l'Eloquence , par Tabbé TrubleL
j32 HISTOIRE DE FÉnÉLON,
origine en se plaçant en la présence de la divinité seule, pour y vivre de son amour, y contempler sa gloire, et participer, autant qii'il est en elle, au bonheur de là posséder un )our dans toute sa plémtude (0. « Quel grand nffàitre de la » vie spirituelle que Fénélon ! et que ce mattre » est aimable ! que de grâces ! que d^onction ! que » d'ardeur ! Jamais il ne fut un plus beau génie, » un cœur plus tendre , une ame plus belle. Ni- » cole pense , Fénélon sent : quel homme qu0 » celui qui les eût réunis » I
Mais on se tromperoit fort^ si on se persuadoit, sur le titre que Ton a donné à ce recueil de lettres, qu'elles ne s'adressent qu'à des personnes déjà exercées par une longue habitude dans les pratiques de la plus haute piété et dans toutes les œuvres de la perfection chrétienne. Les gens même du monde, ceux du moins qui ont conservé le sentiment et le goût des vertus morales, et qui n'ont pas entièrement abjuré les premiers principes du christianisme, y trouveroient des règles de conduite applicables à toutes les circonstances, et à tous les événemens qui se reacontrent si souvent dans le cours de la vie. Il n'est^ aucune des conditions les plus élevées de la société , dans laquelle on ne pût faire un usage
(>) Réflexioiifl sur TËloqueiice, par Tabbé Trablet.
utile des maximes répandues dans un grand nombre de ces lettres ; il en est plusieurs qui sont écrites à des. personnes appelées à remplir des devoirs à la Cour^ ou à suivre avec gloire la carrière militaire, ou à exercer des fonctions publiques, et qui se montroient animées du noble désir de mériter une considération personnelle , indépendante des honneurs attachés aux titres et aux dignités. On sera surtout frappé ^ en parcourant quelques-unes de ces lettres , de la science du monde et des observations fines et profondes, qui échappent involontairement et sans effort à Fénélon , dans l'abandon et la rapidité d'une correspondance qu'il supposoit ne devoir jamais être lue que de ceux à qui elle étoit adressée.
C'est ainsi , qu'en écrivant à un jeune homme delà Cour, né avec des inclinations vertueuses, mais qui n'a voit pas la force de se défendre de cette mollesse et de cette espèce d'apathie, qu'on s'étonne de rencontrer quelquefois dans l'âge de l'effervescence et de l'activité. Fénélon cherche à le prémunir contre les suites d'une disposition capable de rendre inutiles les qualités les plus estimables.
ce Ce que vous avez le plus à craindre (0, c'est » la mollesse et l'amusement. Ces deux défauts
(x) Lettres spirituelles , tom. m, p. 146.
124 HISTOIRE DE FÉNÉLaN,
» sont capables de jeter dans les plus affreux dé- » sordres les personnes mêmes les plus résolues » k pratiquer la vertu , et les plus remplies d'hor- » reur pour le vice. La mollesse est une langueur » de Tame qui lengourdit , et qui lui ôte toute » vie pour le bien. Elle fait même autant de mal » selon le monde ^ que selon Dieu. Un homme » mou et amusé ne peut jamais être qu un pauvre » homme ^ et s'il se trouve dans de grandes pla- » ces, il n'y sera que pour se déshonorer. La )) mollesse ôte à fhomme tout ce qui peut faire » les qualités éclatantes. Un homme mou n'est » pas un homme : c'est une demi-femme. L'a* I) mour de ses commodités Tentraine toujours , » malgré ses plus grands intérêts. Il ne sauroit » cultiver ses talens , ni acquérir les connoissan- » ces nécessaires dans sa profession, ni s'assujettir » de suite au travail dans les fonctions pénibles, ni » se contraindre long-temps pour s'accommoder » au goût et à l'humeur d'autrui , ni s'appliquer » courageusement à se corriger. C'est le pares-* » seux jde l'Ecriture , qui veut et ne veut pas 5 » qui veut de loin ce qu'il faut vouloir ; mais à M qui les mains tombent de langueur dès qu'il 5> regarde le travail de près. Que faire d'un tel » homme ? il n'est bon à rien. Les affaires l'en- » nuient^ la lecture sérieuse le fatigue; le ser-
» vice d'armée trouble* ses plaisirs ; l'assiduité
^ même de la Cour le gène; tout son temps lui
» écliappe ; il ne sait ce qu il en fait. Demandez-
>» lui ce qu'il a fait de sa matinée, il n'en sait
» rien y car il a vécu sans songer s'il vivoit ; il a
» dormi le plus tard qu'il a pu^ s'est habillé Fort
» lentement y a parlé au premier venu, a fait
» plusieurs tours dans sa chambre , a entendu
» nonchalamment la messe ; le diner est venu :
» l'après-dîqée 56 passera comme le matin , et
» toute la vie comme cette journée. Encore une
T» fois > un tel homme n'est bon à rien ; il ne fau-
i> droit que l'orgueil pour ne se pouvoir sup«>
» porter soi - même dabs un état si indigne d'un
» homme. Le seul honneur du monde suffit pour
» faire crever l'orgueil de dépit et de rage, quand
» on se voit si itnbécille;
n II faut même craindre que vos sentimens de » religion , se mêlant avec votre mollesse ,. ne .» vous engagent peu à peu dans une vie jsérieuse » et particulière , qui aura quelques dehors ré- » guliers, et qui, dans le fond, n'aura rien de » solide. Vous compterezpour beaucoup de vous > éloigner des compagnies foliés de la jeunesse, Il et vous ne vou$ apercevrez pas que la religion » ne sera que votre prétexte pour les &dr ; c'est » que vous vous trouverez gêné avec eux ; c'est
1^6 HISTOIIIE DE FÉNÉLON,
» que vous n'aurez pas les manières enjouées et » étourdies qu'ils cherchent. Tout cela vous en- » foncera , par votre propre goût , dans une vie » plus sérieuse et plus sombre y mais craignez » que ce ne soit un sérieux aussi vide et aussi » dangereux que leurs folies gaies. Un sérieux » mou y où les passions régnent tristement y fait » une vie obscure, lâche, corrompue, dont le Al monde même, tout monde qu'il est, ne peut n s'empêcher d'avoir horreur. Ains^i, peu à peu, » VQUS quitteriez le monde, non pour Dieu, mais » pour vos passions , ou du moins pour une vie » iudolente, qui ne seroit guère moins contraire )» à Dieu , et qui ne seroit guère plus méprisable » selon le monde que les passions même les plus » dépravées ».
Après avoir cherché à inspirer à ce jeune homme une honte salutaire du mépris et de Tinconsidération où pourroit le conduire la mollesse de son caractère , Fénélon lui trace un plan sim>ple et facile pour l'emploi de son temps et Fusage habituel de la vie.
Il lui prescrit d'abord une grande fidélité à ses devoirs de religion et quelques pratiques particulièr'es de piété compatibles avec son âge et son état ; et il le ramène ensuite au genre de vie qui convient naturellement à un homme ap-
pel^ îi avoir une existence honorable dans la société»
a II faut voir civilement tout le monde dans » les lieux où tout le monde va (0^ à la Cour, » chez le Roi, à Farmée, chez les généraux. Il )> faut tâcher d'acquérir une certaine politesse , n qui fait qu'on défère à tout le monde avec » dignité. Nul air de gloire , nulle affectation ^ » nul empressement ; savoir traiter chacun selon » son rang, sa réputation, son mérite, son cré- » dit ; au médite , Testime ; à la capacité accom- » pagnée de droiture et d*amitié, la confiaface » et l'attachement ; aux dignités , la civilité et la » cérémonie : ainsi satisfaire au public par une » honnête représentation ; dans ces lieux , où il 3» n'est questioi^que de représenter, saluer et » traiter bien en passant tout le monde, mais » entrer en conversation avec peu de gens. La » mauvaise compagnie déshonore , surtout un » jeune homme en qui tout est encore douteux. » Il est permis de voir fort peu de gens, mais il » n'est pas permis de voir les gens désapprouvés» » Ne vous moquez point d'eux comme les autres^ » mais écartez-vous doucement.
» Autant qu'une retraite vide est déshono- » rante, autant une retraite occupée et pleine
(0 1/ettres spiritaelles.
128 HIST^IliE BB FÉMÉLON^
» des devoirs de sa profession, élève -t- elle un )» homme au-dessus de tous ces fainéans, qui n*ap- » prennent jamais leur métier. Quand on saura » que vous travaillez à n'ignorer rien dans This- 31 toire et dans la guerre , personne n'osera vous )) attaquer sur la dévotion ; la plupart même ne » vous en soupçonneront point ; ils croiront seu» » lement que vous êtes un sage am'bitieux. Par ce » règlement de vie , vous pouvez vous dispenser » d'être avec la folle jeunesse ; et par - là vous a» pourrez être retiré , pour vous donner tout à » Dieu y et aux devoirs de l'état où la Providence » vous a mis.
» Voilà à peu près les choses qui regardent le » commerce public ; il y a encore le commerce }> de certains amis d'une amiti^ superficielle ; il » ne faut point compter sur eux, ni s'en servir » sans un grand besoin ; mais il faut autant qu'on s> le peut les servir , et faire en sorte- qu'ils vous » soient obligés. Il n'est pas nécessaire que ces » gens « là soient tdus d'un médite accompli ; il » suffit de lier commerce extérieur avec ceux qui )> passent pour les plus honnêtes gens.
» Pour les vrais amis, il faut les choisir avec "A de grandes précautions, et par conséquent se » borner à un fort petit nombre. Point d^ami » intime qui ne craigne Dieu, et que les pures
» maximes
» maximes de religion ne gouvernent en tout. » Choisissez y autant que vous pourrez , vos amin » dans un âge un pett au-de^us du vôtre ; vous » en mûrirez plus promptement. A' l'égard des » vrais et kitinies amis^ un coeur ouvert ; rien » pour ènk de secret > que le secret d'autrui, » excepte danâ les choses où vous pourriez crain* » dre qu'as lie fussent préoccupés ».
Fénélon écfivoit à un itiilitaire d*uil âge plus avancé^ qc^ avok été le jouet dès passions de la jeunesse , qui vouloît sincèrement révenir de ses égaremfenSy mats qui étoit arrêté par cette espèce de honte et d'embarras, que Ton éprouve quelquefois à montrer un changement subit dans ses mœurs et dans sa fttànière de vivre. « Yous devez Lettre du » vous laisser voir tel que voûS êtes , c'est-à-dirè /i*^'* '^^ » comme uù vrai chrétien. A la vérité , on doit » cacher aux yeux du monde tout ce qu'il n est ^ » point nécessaire de lui montrer ; mais il faut » qu'il sache que vous Voulez être dirétien , que » vous renoncez au Vice, <|uè vous fuyez Fim* » piété. Le vrai moiyen de s'épargner de longues » importunités et de dangereuses tentations^ » c'eist de né demeurer point neirti^. Quand un » homme ^dedàre hauteiMAt poutla ii^eUgiôn, » d'abord on murmure ; mais bientôt on se tait; » on s'accoutume à le laisser faille } les mauvaises Fénélon. Tom, m. 9
l3o BISTOIKE DE FÉNÉLON.
» compagnies prennent congés et cherchent parti »' ailleurs ». .
« Je ne vous demande qu'une chose (0, écrit n» Fénélon à un homme qui montroit encore des » doutes sur les vérités de la religion : Je ne vous » demande que de suivre simplement la pente du » fond de votre cœur pour le bien, comme vous ^ avez suivi autrefois les passions mondaines » pour^e mal. Toutes les fois que vous voudrez » examiner les fondemens de la religion , vous » reconnoîtrez sans peine qu'on n*y peut opposer » rien de solide , et que ceux qui la combattent, » ne le font que pour ne se point assujettir aux » règles de la vertu,
» Ne raisonnez point (>), ne croyez que votre j> propre cœur, qui vous parle en ce moment. » Consultez vos amis gens de bien, que vous » connoissez pour sincères^ demandez-leur s'ils » se repentent d'être revenus à Dieu, et s'ils ont » été ou trop crédules, ou trop hardis dans leur s> conversion : ils ont été dans le monde comme » vous ; demandez-leur s'ils regrettent de l'avoir » quitté.
» Défiez-vous de votre esprit (3) qui vous a sou- » vent trompé. Le mien ma tant trompé, que je » ne dois plus compter sur lui. .... Encore une
(*) Lettres spirituelles. — <>) Ibid. — (3) laid.
» fois y défiez-vous des savans et des grands rai-* » sonneurs; ils seront toujours un piège pour » vous y et vous feront plus de mal que vous ne 3» ^auriez leur faire de bien. Ils languissent autour » des questions y et ne parviennent jamais à la ^ science de la vérité. Ils sont comme les conque- » rans qui ravagent le monde , sans le po^éder.
» De ]iK)nne, fqi (0 , qu'avez- vous de solide et 3* de précis à opposer aux vérités de la religion ! » Rien quune crainte d*étre gêné et de, mener 3» une vie triste et pénible ; ce n*est qu*à force » d*estimer la religion , de sentii* sa juste autorité » et de voir tous les sacrifices qu elle inspire , que » vous la craignez y et quévous n*osez vous livrer » à elle. Mais permettez-moi de vous dire que » vous ne la connoissez pas encore aussi douce et », aussi aimable qu'elle est. Vous voyez ce qu'elle » ôte y mais vous ne voyez pas ce qu'elle donne. » Vous exagérez ses sacrifices , sans envisager ses » consolations.. Non y elle ne laisse aucun vide » dans le cœur; elle ne vous^ fera faire que les 3» choses que vous voudrez faire ^ et que vou^ » voudrez préférer à toutes les autres qui yous jè ont si long-temps séduit.
. » Qu'attendez*vous ? que Dieu fasse des mira* » clés pour vous convaincre ? Nul. miracle ne
(0 Lettres spirituelUs,
r32 HJSÏOIllE DE VÛytiOTSj
» vous ôteroit cette irrésolution d'amour-propre » qui craint d'être sacrifié. Que voulez -vous? 3» des raisonnemens sans fin ? Les raisonnemens >» ne guériront faisais la plaie de votre cœur. 3» Vous raisonner , non pour i^adure et exécu» » ter^ mais pour douter^ vous excuser et demeurer SI en possession de vous-même.
» tî'aites taire votre esprit, t'aut-il s'étonner 3» que l'infini sttipasse nos raisonnemens qui >> sont sî foibles et si courts? Voulez-vous mesu- 3» rer Dieu et ses mystères par Vos vues? Seroit-ii 3» infini^ si vous pouviez le mesurer, et sonder » toutes ses profondeurs » ?
Il est peu de pi^ofesslbns dans la société , il est peu de ciriconstancés dans la vie , pour lesquelles on ne retrouve dans les Lettres spirituelles do Fénâon, des maximes et des règles de conduite aussi simples et aussi raisonnables que celles que nous venons xie rapporter^ On est d'abord étonné que de simples lettres, écrites de confiance et d'abandon , dictées , pour ainsi dîi'e , pour le be*> soin d^ moment , offrent un cours de religion et de morale. Mais c'est précisément parce que Fénélon n'a point voulu* faire un traité de religion et de morale, qu'il réussit à se faire mieux écouter et entendre. C'étoit simplement avec son cœur qu'il répondort à ceux qu'un sentiment de
confiance en sa vertu portoit à Vinterroger et à le consulter; et un cœur comme celui de Féné^ Ion étoit bien savant dans la science de tous les secrets du cœur humain., et bien éloquent dans l'art de l'émouvoir et d'en diriger les mouvemens. C'çst cet heureux don de persuader, en touchant, qui a valu à Fénçlon un genre de gloire qui n'appartient peut-être quà lui seulj» du moinç au même degré (^).
Fénélon apportait à l'administration de son xviiL diocèse le même zèle et le même intérêt qu'à n^^ecdé- Tinstruction chrétienne de se$ diocésains. Tous siasiique de ces détails dont se qompoçe une administration ecclésiastique /et que des hommes bien inférieurs à Fénélop s^ ^eprésèqtent quelquefois comme indignes d'attirer leur attention , ^Vnnobtissoient à ses yeux ot sfélevoient au. rang de$ ^^vçiirs les plus honorables de son ministère^ I^a même main qui avoit tracé au duQ de Bourgogne les leçons les plus sublimes pour le gouvernement d'un grand empire , a<)res$Qit à des curé^ et à de simples prétr^a des instruçtiotns pour le gouvernement d'une paroisse.
Jl avoit trouvé son dioçè^ dirigé par des ecclé^ siastiques dont les opinions diiieroient d^s sienne^ dans les controverses qui agitoient alorsî TEglise.
(') Voyez les Pièces jusUfi^ivês du livre quatrième, d.MIL
l34 filSTOIRE DE FÉNÉLONy
Il ne crut pas devoir affliger lear vieillesse ni compromettre leur réputation , en les dépouillant des fonctions q^u'ils étoient en possession d'exercer; il sut y par la confiance , l'estime et la douceur, les amener à se conformer à ses maximes d^administration sans blesser leurs préjugés , ni faire violence à leur caractère; il examinoit, il régloit, il décidoit lui-même^ mais il ne faisoit usage de Fautorité et de la juridiction inhérentes à sa qualité d'évéque qu'après avoir pris l'avis et les lumières de son conseil : ce Conseil , composé de ses vicaires-généraux et des membres de son chapitre qu'il jugeoit à propos d'y appeler, s'assembloil régulièrement deux fois la semaine en son palais.
Le diocèse de Cambrai nouvellement réuni à la France par les armes de Louis XIV, s'étendoit sur une partie importante de la Flandre encore soumise à la domination espagnole; il avoit à ménager des esprits peu affectionnés ou du moins peu façonnés encore aux maximes du gouvernement français, et à calmer la jalousie inquiète d'un gouvernement voisin qui paroissoit craindre que Fénélon ne sût trop faire aimer la France à des peuples attirés par sa douceur et ses vertus, et qu'on avoit intérêt à aliéner de Louis XIV, pour se défendre de sa puissance.
Fénélon se conforma, dans les règles qu'il près-