‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 19 sur 72 · LIVRE QUÀTAIBME. l · texte numérisé non relu

LIVRE QUÀTAIBME. l

crivit aux pasteurs de son diocèse pour le gou« vernement spirituel de leurs paroisses , à deux maximes de saint Augustin y pleines' de raison et de sagesse , et qui se tempèrent Tune par Fautre.

La première (0^ est <c qu'on doit réfdrmer sans » hésiter, autant que les circonstances le per- » mettent, tout ce qui n'est point fondé sur Tau- » torité des livres saints, ^ur les décisions des » conciles , sur la coutume de TEglise universelle ^ » »ur des considérations dont Tutilité soit évi- » dente et sensible, et qui n'a été successivement » introduite qu'à la faveur de quelques usages » variables des temps et des lieux ».

Il conclut dé ce premier principe, qu'on doit s'attacher à supprimer tout ce qui n'a point été établi par une autorité légitime , et qui ne peut raisonnablement devenir un objet ou un moyen d'édification ; qu'il ne suffit point, pour autoriser des abus, d'alléguer la légèreté, la grossièreté et l'indocilité du peuple ou son attachement indis-

(0 « Omnia (pise necpie sanctarum Scripturarum aatorîtaie i> continentar, nec in concilio episcoporam statuta invemuntur, » ncc consuetudine imiyersaB'Ecolesîas roborata isunt, se4 pro •» diversorom locomm dîversis temporibus innùinerabilitér va- » riantur, ita ut vîz, aut omninb nunqoam inveniri possint' » caus», quas in lelb inslituendis homines eécuû sant, nbi fô-^ » cnltas tribuitur, sioe uUà dubïtatione resecanda existîmo n: '

{S. Augustin, y

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cret à des usages superstitieux confirmés par une loDgue loabitude; que cette excessive facilité k condescendie à Tigaorance de la multitude , ne sert qu'à entretenir en elle des sentimens et des opinions contraires à la pureté et à la dignité^de la religion , et offrent aux hérétiques un prétexte apparent de calomnier la sainteté de ses maximes. La seconde règle de sainte Augustin sur la même mfttière est aussi sage et aussi modérée que la première est exacte et judicieuse. Il pense (0 que K les chrétiens prudens et éclairés doivent se con- » former a|ix tfsages adoptés dans les diocèses où » ils sont établis; qu'ils ne doivent se faire aucun » scrupule de se soumettre à des institutions qui » ne sont ni contrée la foi, ni contre les tonnes » mœurs; qu ils doivent même éviter avec atten- » tion de devenir un sujet de scandale pour eux*- » mêmes et pour les autres , soit en ne suivant

(0 f( Totam hoc geiius libéras liabet observationes, nec di6ci-< 3» plina uUa est in his melior gravi prudentique christiano, quàm » ut eomodo agat, quo agere yiderit ecdesiam, ad quàm forte » deveneflt. Qfiod enim Beque contra fidem, neqae contra bo- » no9 morov es$e cQnyincitar> indifferenter est habendum, et » propter eomm intec qaos vivitur societatcm servandam est. 31 Ad quqm forU ^cclesiam veneris» ejus morem serya^ si cui-

s qaatn non vis esse sc^ndc^o^* nec quenypiam tibi Ipsa

3» enim mutatioconsnetudinis, etiaai quse adjuyat utiUtate., ho- » vitale perturbât ». (t^. Augustin.)

3> pas les coutumes établies^ soit en se séparant » de ceux qui leÉ observeiit; que souvent ,, en » voûtant introduire des pratiques que Ton sup-> » pose plus utiles ou plus régulières, on trouble » et on alarme tous les.esprits par des innovations » indiscrètes ».

Fondé sur ces règles de saint Augustin , Fënë^ Ion prescrit aux pasteurs de son diocèse de rejeter tout ce qui ne peut être un objet et un moyen d'édification y ou qui conduit évidemment à des opinions superstitieuses^ mais il les invite en même temps à conserver avec soin tout ce qui n'est coU'* traire ni à la foi, ni aux bonnes mœurs, et qui peut entretenir dans le peuple des sentimens plus religieux ou exciter en lui le désir de mener une vie plus chrétienne ; que non-seulement on doit alors éviter d'improuver ces pieuses coutumes^ maïs qu-onidoit même les confirmer par lexemple et Fautorité; que par ce sage tempérament on parvient également à détourner Iç peuple de toutes les idées superstitieuses, et à réprimer la témérité de ces censeurs chagrins et austères qui, sous prétexte de réformer- quelques usages abusifs, voudroient réduire toutes les saintes cérémonies de la religion à un culte sec et stérile. 11 gémit avec saint Augustin de ce qu'il est des hommes ignorans, foibles et crédules qui sem-

l38 HISTOIRE DE FÉNÉLON^

blent attacher autant lie prix à des pratiques extérieures qu'à l'observation des préceptes contenus dans les livres sacrés ^ pour la conversion du cœur et la réforme des mœurs. On ne peut sans doute , dit Fénélon , approuver une pareille illusion, quoique la sagesse prescrive quelquefois de, ne pas les censurer avec trop d'amertume , pour éviter de scandaliser des âmes véritablement pieuses, ou d'effaroucher des esprits inquiets et ombrageux (0. « Si je suis donc forcé , ajoutet^t-il, » par la crainte d'un plus grand mal^ de tolérer, » quelques-unes de ces coutumes qui ne pa- » roissent pas suffisamment autorisées par les lois » et les règles de l'Eglise , je suis bien éloigné de » les approuver et de les conseiller ».

Il faut encore rappeler que Fénélon avoit à gouverner un peuplé extrêmement attaché à ses usages et à ses pratiques , un peuple qui avoit long-temps vécu âous la domination espagnole ^ et dont il étoit nécessaire de ménager avec douceur les préventions et les habitudes. C'est ce qui lui fait dire avec saint Augustin C^) y « qu'il ne

(0 « Itaque hujus modl ritas adventîtios, qui extra ritnm ab » Ecclesià in manualibus comprobaliun, temeré vagantur, do- » lentes quidem tolerare cogimur, minime vero saademus ». ( Hituel de Cambrai, die ao august. 1 707. )

(*) «c Absit ver6 ut in tanto manere obenndo ab illà aureà

MVRE QUATRIEME. iSg

y> faut point chercher à exth^per de pareils abus » avec trop de dureté et des formes trop impé« » rieuses ; que Tinstruction ^ pkttôt que le corn* » mandement; de sages avis, plutôt que des me* » naces, doivent amener peu à peu ces sortes de » réformes; que c'est toujours ainsi qu'on doit se » conduire avec la multitude; quon'ne peut » exercer utilement la sévérité qu'envers les dé- » lits particuliers ; que si les supérieurs ecclésias- » tiques sont quelquefois forcés d'emprunter le » langage des menaces et des peines , ce ne doit être 3> qu'avec l'accent Se la douleur et du regret^ et » en s'appuyant de l'autorité des livres saints qui » dénoncent un Dieu vengeur; c'est toujours Dieu » qui doit parler dans leur bouche^ et c'est Dieu » seul , et non pas ses ministres ^ qu'on doit re- » douter dans les menaces qu'ils prononcent en » son nom. C'est ainsi que les personnes vrai*

» Augnstini sententià anquam recédant ; non ergb asperèy y» queuuian existimo, non duriter, non modo impenoso ista y> toiiantur^ magu doeendo, quàm jubendo, magis monendo, » qttâm commmandof sic enim agendum est cum maltitudinej » seYcritas autem exercenda est in peccata paucorum , et si quid >> minannDy cum dolore fiât, de Scripturis comminando yin- » dictam futnram, ne nos ipsi in nostrà potestate, sed Deus in » nostro sermone timeatur. Ità priùs monebuntar spiritnales vel p spiritualibus prozimi, quorum autoritate, etienissimis qui* » dem , sed instantissimis admonitionibus caetera multitudo firan* » gatnr ». ( Kituel de CanibraL ) .

l4o HISTOIRE DE FéNéLO]^,

a> ment pieuses , ou qui sont sur le chemin de la » piété , seront peu à peu éclairées /et qu'à leur » exemple la multitude cédera insensiblement » aux invitations pressantes de la douceur et de

» la charité »•

Dans riûdpossibilité , ou plutôt dans la crainte

oîi étoit'Fénélon, de réformer trop brusque-*

ment d^s abus consacrés par le temps , il recom-

mandoit i^/ aux pasteurs de son diocèse « de ne

» pas au moin$ laisser introduire dans leurs pa*

» roisses de nouveaux usages sans son autorisa*

» tion, en cédant trop facilement au penchant

» di| peuple, ou sous prétexte de donner plus

» d'aliofênt à îa piété »•

xi:^. Ces sages principes nétoient point pour Fé-

sagesse et de n<^lon une vaine théorie , et ne resseix^loient pas

conciliation ^ CCS maximes vasues et erénérales de prudence

deFénélon. " j/ • , , . i r • ^

et de modération qu on se plaît quelquefois a proclamer avec ostentation dans des actes publics. Nous trouvons parmi ses manuscrits une de ses lettres au doyen d'un arrondissement de $on diooèse, dans une occasion oh il se trouvoit obligé de réprimer à la fois une entreprise in-

(0 « Diligeakissimé oliservent ca omnia quao eoclesia ia ma- » Boali obscrvarî jubel : ottieras aatem ritiu ^ quos popularis }) aura iaconsult6 usurpât, dcçlineatf iieque ipai^ obtento quo- » vis pîetatis incentivo quîdcpiam novi et inAoliti teniare au* )> deant ». ( Rituel de CambreU.)

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