‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 22 sur 72 · LIVRE QUATaiÈlCB. l · texte numérisé non relu

LIVRE QUATaiÈlCB. l

V Pèire ; qvC.en&n il est juste d'appaiser M. Fiateii- » dant, qui a Tautorité du Roi, et qui est fespec- ^ table en toute manière; qu'ainsi , ce religieux » doit s^abstenir de préchei' k Manbeuge , et » doit s'en retirer. Je ne laisserai pas de lui don- 3» ner partout ailleurs , dans ce diocèse , desnar- » ques d'estime , pour adoucir ce qui lui est ar- » riVé. S'ïL hesitoit à suivre ce que vous lui » direz de ma part, il s'attireroit des ordres » fâcheux de la Cour, qui retomËeroient sur le » corps même de ses confrères; de plus, je ne » pourrois.m'empécher de ^évoquer ses pouvoirs»

V Si> au contraire , il montre en cette occasion » la douceur et l'humilité convenables à sa » profession^ ^our réparer cet excès de zèle, il » édifiera tout le monde , il appaisera M. l'inten- »,dant; peut-être il l'engagera même à le laisser » dans ses fonctions j et il me montrera combien » il est' digne enfaut de saint François. Je \ous » prié de Ini lire, et au Père gardien , toute cette »H[ettre; je vous prie aussi d'aller voir , de ma 31 part, madame l'abbesse de Maubeuge , pour 9 la supplier de terminer doucement œtte af-^ y faire, si elle le peut, et de n'être pas surprise » que, par CQjisidérationj)our M. l'intendant ^ » je souhaite qu'il y ait i\n autre prédicateur » dans son église. VoyiB aussi, s'il vous plaît ^

Fénélon. Tom. ui. lo

• l46 HISTOIRE DE FÉNÉLONy

'» M. 'Tintendaùt, pdurffavaiikr à bien finir, ' 3i'' èt^ faire rentrer- les capucins» dans ses bonnes '»' grâces ».

En lisant cette lettre, on peut observer com- ' i>ién tin kentéux Concert en^eies bgens de l'auto- ' rite et leâ supérieurs ecclésiastiqnes y peut contri- * buér utilement à assurer la tranquillité publique, ^ et à prévenlir des éckts affligeans. On doit présu- ' mèr que c'est toujours à regret que l'autorité se ^ trouvé forcée d'exercfer des actes de rigueur , et 'qu'elle se trouve heuï^éu'se d'en être dispensée en- «Vêts les miniâti^side l'Eglise, piar la sage inter* 'Véntion des premiers supérieurs ecclésiastiques. ^X. La douceur de Fénélon ne dégénéroit jaonais

Fénélon. 'en'foiblesse, et il Savmt montrer autant îde fermeté que de charité , lorsqu'un devoir impétieiix ' -le forçoit dé prémutiîj^ Ves peuples contre la con-

tagion du vice' et^ da staiidàle.

Un curé de Son 'diocèse avoit été convaincu, ^devaiit rofficial dé Cambrai (0^ des délité les plus 'graves poui^ un bdmlâie de son état. H joiîgnolt à des habitudes grdsfiiè^s et licencieuses une depravation dé- mœurs qui aviliisoit son< ministère; couvent même dés actes de 'brutalité et des rixes viôtehtes avoient ensanglanté les orgies qu'|l osoit

' (0 Traduit d'une lettre latine manuscrite de Fénélon au car- ' dinal Dataire. '^

se pei;m€ttre en présepçe et dans la société de ses paroissiens^ il etoit devenu l'objet de^Ia déjrisJ.on d^s libertins, et la terreur de tous les gens de bien.

NuUpjfQrtinxe Xojj^tfi p*ai;roit çsé s'appçoçher dm tribpiï^l d'i^n,tel pastei^r; nul hornme, j^oux de son propre bon9eur, n'auroit permjs à sa 'femwe^)à si^sœur, à.sa fi|ley de recourir au minisitère d'un pr^tre.^y^si, p^éprisable^ et ^ussi df^agereux* Cepend^^t, rofilcial de.Çan^jl^rai s'etojit J^orné àtlui çoJQindrede^pej;'muter sa Gure.C9at^|B un bénéfice siippiie 0). On n'ayojjt pjjs, y qi^lu réduire à Vipdîgençe^ un homme qye. la misère çt la . violence de ^es^passipps :auroient peut- être conduit à die^rftnds. atjtçnjt^ts.çpnti-e l'ordre social. .Fénélon n'ftyoit.çUçrphé./ïii'à .Soigner du peuple un objet de d^ngpr.çt4ç^ç%n4âle, et ^ interdire à un prêtre corrompu , des fonctions qu'il étoit indigna de remplir. ^Ç^t , homme aurqit dû sans doute bénir Tindulgente humanité de Fénélon^, Il

(*) Fotlr ywtpr à,.c^ înopiiy^i^ty on ayoit .ét^i dans près* que tons les diocéifts despenAion^ ^ectées auzpr^e? qu(B r%e^ les infirmités ou d^antres motifs renvoient inlud>U68 au ministëre. Cette institution assez récente étoit encore un des bienfaits de )^,fdministr^tion ecclésiastigue, dont les maximes et les formes paternelles étoient aussi admirées de ceux qui les connoissoient, que çriti^ées par ceux qui n'en^avoientpas^la j[>lus foible notion.

iSo HISTOIRE DE FÉNÉLON,

tancé singulière, qui né permettbit pas un recours légal devant les tribunaux. Nous avons la minute origmate de sa lettre au niinistre^ elle ^ mérité d'être lue attentivement par les petsonne^

en place, réduites à Taffligeante nécessité de provoquer des mesures de rigueur. On y admirerai lés ménagemens pleinâ de douceur', qui lui fbni désirer que l'autorité ne se montre que pou^ itrienacef aVaSt de ffapjper, dans respérànce que (ïésiinples mesures comnîinatoires suffiront pouf amener un changeinent salutaire, et prévenir une procédure infamante. Oii sera touché du sentiment de délicatesse qui porte Fénélon à inviter luimême le gouvernement à ne ]f)as s'en rapporter à son seul témoignage , et à recueillir les avis et lés instructions dé toutes les persoûiéséû' autorité; Lettre de « Môrisieut", nous àvons dànà faôïré chapitré

Fénélon au . • '^ , , nr.Ljii j.,,-. ' ;: .. --.î». • j ■/ s

ministre 3o ^* métropolitain un chanome, nonlmé. ..;..... nov. 17 fo. „ qui cause un grand àcandâle^ idâhs la ville dé

(ManuBer.^ \ r^ > ' /-'j , .'..].,., j^

» Bruxelles, îneme aux Protèstâns. Il y a déjà » long-temps qiié M. î'ai"cHevèqué de Malines, » l'internoncè du Pape, teii M. dé E>agnbls (»), é^ » d'aùti-és |)éï'sbiihï^ dûïrisidërëliléài fai'ëii aVbiént » averti. Comme notre chapitre est en paisible f, » possession d'être exempt de la juridiction de

(0 M. Dreux Loiiîs bugué de Bàgnoîs, co^iëiltèr à'Èiàï, intendant de Flandre, mort en 1709.

» Tarclievéque , je me suis borné à cUercbier ^ de( » concert^ le3 moyens de faire finir u^ si fâcheaxi » éclat. I^ou^s avons employé inutilement toutesi » les vofes de douceur. Ce ckanoiue a trouvé de V la protection ^cbes^les ennei^s, et il compte que » nous net pourrons {loint procéder contre lui ^ )i par rembarras où nous serons pour, informerc ir daipsle payi^dela domination ennemie. M. Tarn » chevéque de: Malines . m'a. néanmoins . envoyé » une information seonète^ qui: charge heaucoupt » le chanoine ; mais f entrevois que ce prélat ne » «veut point entreprendre une information pu-*. » blique dont nous auriohs besoin ^ Cependant ^ » Monsieur, il est très^important^ peur T-honneur » de la religion, que ce scandale soit prompter » ment réprimé. Q'esfc dws? unci eaitrémité si e^r. » barrassanteyque je prei^s la lib^ct^'d^ vouS) » supplier dé nous proQurQrila protection du Roi, » Cette dSSàivB sera bientôt finie, et Tacciusé reur. » tr^ra dlabord par qrainta dan^ son^ devoir, » pourvue que v.ous< me fiassiez Irbonneur de m'4-. n crire une lettre que je. puisse] luit montrôr^, et» » oik vous me fassiez^ espérer:, de. Idi part! di^ Sai 3» Majesté, qu'elle doimera les. ordkies nécessaires ^ pour renfei^mer ce chdnoine, quand Me lèchen valiër de Luxembourg^ lieutenant-général de* ^ cette province ^ et Ml de Bemières , qui en est

l5^ HISTOIRE DE 7É1VÉLON,

D inteniiant y conviendront , avec le chapitre et » avec moi j que ce remède est nécessaire dans » un si grand mal. Vous voyez , Monsieur, par » les tempéramens que }e propose , combien je 39 suis éloigné de vouloir -être cru tout seul. <]es » messieurs verront clairement que le seul usage » que je veux faire de la lettre que je prends la » liberté de vous demander , est d'éviter ^oute » rigueur, et de réduire en leur présence ce cha- » noine à finir ses désordres, sans attendre une » procédure infamante. J'espère que Sa Majesté » voudra bien faire cette bonne œuvre en faveur 3) de TEglise »k

Fénélon n'ignoroit pas que le véritable moyen de prévenir les scandales que donnent quelquefois à la religion et au monde, des ministres infidèles à la sainteté de leur vocation , est de ne dispenser les dignités et les offices de TEglise qu à des hommes capables d'en remplir tous les devoirs avec édification et utilité. Mais on sait combien les évéques étoient gênés dans leur choix , ou déconcertés dans leurs pieux desseins par les résigna* tions et les droits des patrons et des coUateurs.

lie diocèse de Cambrai étoit resté , par les ca* pitulatiohs, soumis au concordat germanique, qui àttribuoit au Pape le droit de nommer à certains bénéfices vacanspendant six mois de Tannée*

LIVKE QUÀTRIÈITE. l53

La coBsidéràtion dont Fénélon jouissoit à Rome depuis son édifiante soumission , etlestime singulière de Clément XI pour les vertus de rarche* vé({ue de Cambrai y avouent porté ce pontife à ne disposer des bénéfices qui vaquoient à sa nomination, qu'en faveur des sujets qui lui présentoient un témoignage favorable de ce prélat.

Mais Fénélon ne crut devoir user de la confiance du^ape , qu'en s'imposant à lui-même (}es règles invariables de justice , qu'il ne se permit jamais de faire fléchir devant des considérations de faveur ou de complaisance.

« (0 II se prescrivit d'abord de ne jamais re- » commander au Pape aucun de ses parens^ ni » des amis de s^s parens.

» Use bomoit à accorder des attestations^ parce » que le Pape l'exigeoit , et il s'interdit toute es- » pèce de recommandation. '

» S'il ne croyoit pas pouvoir refuser de justes »* attestations de capacité et de bonne conduite à » ceux qui en demandoient, dans la vue de s'en » servir pour obtenir quelque béné^ce à la Cour » de Rome, il se croyoit encore ^lus strictement » obligé d attester la vertu, le mérite et les ta- » leos de ceux qui , par modestie ou par scru-

(0 Mémoire latin de Fénélon , du 29 octobre 1708. (Maniwcrits. )

l54 HISTOIRE DE FÉRÉLOIT^

» pule, évitoient de réclama son témoignage* » Il pensoit que Ton devoit prëférer les natu«» il rels du pafys aux étrangers; il ne dérogea à cette » règle que dans une seule occasion, pour Tar^ ^ ohidiafconé de Cambrai , en faveur de Tabbé de » La\altMdntmorency (0 y que ses services^ dans » le diocèse même de Cambrai et dans celui de » Tournai , et sa qualité de chanoine de Gam- » brai, rnd^endamment de sa haute naissance M et de: ses qualités personnelles /rendoient bien » dignedeeetté exception. Il avoit même eu Tati> tention de faire valoir en cette occasionles titres. » i^n mpihs recommandables de l'abbé d'AUaoe- » d'Hènïn^Likardc

» II observoit enfin que les lois du royaume » ne lui permettant de ppopeser aucun étranger » pour les bénéfices- de sa^ catliédrate, à moin» » qu^on eût obtenu du' Roi déslettres-de natura^^^ » lité, et que la plus grandis partie de son dio* >r cèse se trouvant sous 1^ dic^mination du voï^ rt d'Espagne, il étoi« aécessaiff ement forcé de: iiasn 3)- son ehdix dans an nombpe* asses bonne d!ècclé-t 1» skstiques français ; quei parmi; ces ex^oléâiasfti-» » qutes', il en éteit qui réuntBSoieat, à» la vérité^

(») Charles-François Giijr de Laval de Montmorency, nommé àrévêchc d'Ypres en ryiS, qu'il ne garda que troismqis, étant

mort au mois d'août de la même année.

» des mœurs et de la science , mais qui ndalheu"- » reusement montroient un penchant trop décidé' » vers les nouvelles doctritiës'y ce qui- Fobligeoit » quelqifefois à préférer des étrangers attachés au n diocèse def Gambrsii par djandiens services et par » une résidence constante , et qui avoient le mé- » rite de joindre aux vertus et aux taleiis une vé- » ritable soumission pour Fauloritéde l*EgIise »-.

Fénélon ne* bornort pas Sort zèle à miaintenir xxii. la discipline et la rérâlarité dans son diocfesé : il .,^^ ® *'

* o 7 nelon pour

se regardoit comme le défenseur des droits de sbn> défendre les clergé, lorsqu'il les croy oit compromis pav des- ^^^ ^ atteintes injustes et arbitraires. Nous avons tiit mémoire manuscrit de Fénélon, qui atteste sa- sdK licitude pour tous lés intérêts d'un corps dont il éloit le protecteur naturels Ce méihoite , qui n'a pour objet qu'une question fiscale , Seroit aujourd'hui sans ihtéVêt ; il est àdresisé it M. de Pontchartrain, alors contrôletrr-généra} dés finan^ tes , et il est difficile de réfuter avec plus^ de sagacité, de précision et de dàrté, lés taotîfeilIuioiTes sur lesquds le miiristref avSît 'élevé et foudoît le» prétentions Ait flsc. Il est facile de juger que, quoique Fériélôti parût entièrement absorbé depuis sa retraite de là Gduf , pat les objets purement spirituels dé son diocèse , la ju^te^sé, Fétendue et ia facilité naturelle de son esprit , le repdoient

l56 HISTOXHE DE FÉNÉLON,

également propre à tous les genres d'affaires y et

qii^il n*étoit aucun détail dé ladministration et

du gouvernement auquel il fût étranger.

XXTil. Mais s*il défendôit avec zèle les droits de son

e^nérosltéde cl^i'g^ contre des prétentions injustes et abusives,

Fénélon. il pçosoit en même temps que le clergé devoit

donner dans toutes les occasions Fexemple des

plus grands sacrifices pour le bien de TEtat et

le soulagement des peuples. Les malheurs de la

guerre obligèrent le gouvernement , en 1708, h

demander des secours extraordinaires au clergé

du Cambrésis, comme aux autres corps de TEtat.

La Flandre étoit depuis sept ans le théâtre de toutes les calamités que les armées victorieuses et vaincues traînent à lem' suite \ les campagnes étoient dépeuplées , et les terres sans culture. La condition du clergé du Cambrésis étoit encore plus déplorable que celle du clei^é de toutes les autres provinces ; mais Fénélon pensa que dans la crise où la France se trouvoit , le premier de tou^ les devoirs commandoit au clergé de faire les derniers sacrifit;es*pour épargner au peuple de nouvelles charges. Son cœur lui suggéra un expédient pour rendre ces sacrifices un peu moins onéreux à la classe la plus utile et la plus pauvre de son clergé. Cet expédient fut de se charger lui-même de la contribution à laquelle

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