LIVRE QUÀTUXkME
les curés de son diocèse à voient été taxés. Ce n étoit pas seulement avec les ministres de Louis XIV que Fénélon savoit parler le langage de cette noble et décente fermeté qui convenoit à son iK>my à son rang et à la justice des réda* matk)nS' qu'il l^r adressoît ; il saivoit aussi s'élever sa^sefibrt à la hauteur des grands de la terre, pour leur reisommafiidier les intérêts de la religion, et pour la défendre contre les abus de la victoire et' de la pmssance. Nous avons la minute originale d'une lettre de Fénélon au prince Eugène (0 , qoi eommandoit a^lors, dans les Pays- Bas, les armées • victorieuses/ des princes confédérés contre la France. On a vil que Fénélon ne décUiignoit pas de descendre jusqu'à la prière , et craignoit/poùr ainsi dire, de- laisser aperce* voir son autorité à ses inférieurs. Un juste sentiment de dignité, qui semblé appartenir au même principe en s'exprimant sous des fonnes diiTé-
rentes, donne à soii langage, en parlaiit au prince
(0 Le prince Eugène de -Savoie, second fils dû comte de Soissons, mort colonel général des Suisse» en i^^S, et d^Ôlimpe Mandai , conllesBe de Soissons , niécc; da cardinaLMaa^f ili. On est étonné de voir le nom de Soissons porté par des princes de la maison de Savoie ^ cVst que la sœur et héritière du comte de Soissons, de la maison de Bourbon, tué à la bataille de Sedan , le 6 juillet i6»4i, sans laisser d'enîfans légitimes, avoit épousé nu
I prince de.GttignaB.
l6o HISTOIRE DE FÉ^ÉLON,
» d'hui pour satisfaire les autres religions wns » blesser la nôtre.
» Tespère que^ si cet expédient, déjà éprouvé B par les mêmes nations dans les mêmes pays^ est » examiné, on le trouvera digne de la sagesse et 3» de la modération de ceux qui ont Tautolrité. il Ce qui me donne lé plus d'espérance , est la » protection d'un prince qui aime sincèrement » la vraie religion, dont la maison a souvent sou- » tenu la catholicité avec tant de zèle , et dont » l'Europe entière estime les grahdes qualités ». XXIV. C^ n'étoit pas seulement envers le prince Eu-
Fermetéde gène, cnvcrs le général d'une .armée ennemie, lajuridictioa que Fénélou déployoït la noble et respectueuse spiniueic. fermeté que lui inspiroit son ïèle pour la religion , c'étoit envers Loms XIV lui-même; et en réclamant contre les maximes irr^ulières des ministres d'un monarque , qui croyoient lui montrer leur dévouement en portant : jusqu'à l'excès les prétentions d'un pouvoir absolu et indéfini. Nous avons un mémoire très - intéressant de la main de Fépélon, adressé à M. Voisin (0, ministre de la guerre et chancelier dç France ; il y expose les véritables principes au sujet de l'exer-
(>) i,Daniel -François Voisin, ministre et secrétaire d'Etat au département de la guerre , le 9 juin 1 709 , nommé chancelier et sarde-de8-aceanx> le a juillet 17x4 > mort le a février 17^7.
cioe
cice dé la juridiction- spiiitueUe ; il proclame d vec uhe noble franchise , au pied du trône de Louis XlVy ces principes constitutifs de FEglise catholique , dont le renversement a eu , de nos jours 9 des suites si déplorables. Ce mémoire nous a paru surtout intéreisant , parce qu'il nous mon-^ ire comment y dans toutes les occasions, Fénëlonsavoit concilier la sagesse et la modération avec la pins inébranlable farmeté: on y voit son «m^ pressement à proposer lui-même ces tempéramens' respectueux y dont les ministres de TEglisé doivent donner Fezemple, pour les dépositaires de l'autorité souveraine. -
« Tai une réconnoissancé infinie, écrit Féné- Mémoire de » Ion, tles bontés singulières de M. Voisin ; je chancelier M suis honteux de mes ifiiportuûités et de sa pa« VoûiD, 1714.
'^ '^ (ManuscrO
» tience; |e dois re^ecter ses grandes occupa* » tions; je veux me taire, -et supposer que je ma 3) trompe dès que je m'aperçois que je ne suis pas » sa pensée ; mais je crois devoir en conscience » lui représenter encore une fois ce qui n'im-r » porte en rien au Roi et qui, me paroit capital » pour l'Eglise*
» 1/ Personne ne prouvera que faie demandé^ » à notre parlement , rien au-delà de. la |uridic«? » tion ordinaire pour les choses purement spirtr
» tuellesj mr le chapitre de Valenciennes. Or, le
Fénélo». Tom, uu 11 ^
l4;^ HISTOIÏIE DE TÈVitOHj
yp parlement n'a pas pu s'empêcher de maintenii* 9 Tarchevêque de Cambrai dans cette jwidic^ y ti^n purement spintueUe ; dono il m*a adjugé y Btns aueiiDe etcception tout ce ^ue j'ai demandé. 9 S'il a compensé les dépens , c'est qu'il a suppd- » se ^ je ne sais pourquoi , que j'airois prétendu la 39 jttt'idictien temporelle.
» a»"* Le parlement n'a point assujetti l'arche- » Téque à demander au ftoi aucune permission 9 pour exercer cette juridiction spirituelle. De » plus y tous mes prédécesseurs l'ont exercée pai« )i siblement cent et cent fois par des actes - qui » subsistent^ sans avoir jamais d*ômandé cette per« )»^ mission aux rbis d^Espagne^ Pourquoi commen* » cerons^npus à le faire aujourdlittiî Est ^^ ce la » puissance séculière ijut dùnnera à un ivi^e le » droit d'eôcercer la juridiction spiritaeUej çu*il i> ne peut recevoir ^ue de Jésus-Christ ? ^
3^ 3.*" Le Roi n'assujettit à cette demande aucun 19 d<es évéques de son royaume^ pour les cha-^ 3> pelles royales qui ti'ont obtenu aucun titre » d'exemption ; il laisse lés archevêques de Parié » exercer librement leur juridiction purementspi^ ^ rituelle , sur lé$ pérsonniâs ecclésiastiques qui » composent sa chapelle même de Versailles. A 9 plus forte raison Sa Majesté laissera-t-elle cette » liberté aux ai^chevéques de Cambrai^ sur un
» chapitre qui n'a ni titre ni posset^n d'exempt- » tiqu.- . •
. » 4*^ RÎGi^ x^'^^ phis absurde que de dire^
» comme ce chapitre Ta dit^ qu'il ês^t on colrps
ï> laïque y qui ne d^nd que du Roi son fonda-
» teur. Les canonicats «0|it de vivais bénéfices ;
>» leurs personnes çoni ecdësiastiques ; leursfonc*
a> tions sont spirituelles :tc^ chapitre a été insti«-
» tué y non par le prince laïque , mais par TE*
» glise. Le prince n a fait que donner xln bien
» pour la subsiitaùce temporelle de ces dianoi«-
» nés z comment peuvent -^ ils ignorer les règles \
y jusqu'è s'imaginer- qu'ils dépendent du prince
» laïque 'p&tBLV la. juridiction purement êpirituellef
^ n S.'' Us ne.seroieatpaa dans une moins gros»
» sièr^ erreur, s'ils prétendoient que le* parlement
» n'a pas adjuge, à l'archevêque , te correction
» des moeurs^ en lui adjugeant la juridiction
f pour les choses purement spirituelles, H n'est
I» pas permis d'ignorer que la c(>rFedlÎQ^ âe$
» mœui*s est le point le plus spirituel pour le éalut
3» des âmes. Le parlemeût })'a g^rde de nier qti'il
» nous a adjugé cette correction , en nous adju-
iK géant tout ce qui est purement spirituel ; s*ii
n n^en oon^ânoit pasj ce serait Je Mùi, protecteur
njies canons et Je ht liberté de FEgUse, çui le
» redresserait en ce point*,
t64 BISTOIRE DE VÉVthOJX,
» 6."* Sa Majesté aime trop TEglise pour vou- » loir faire entendre dans un acte solennel j çue » t'est elle qui, par sa puissance sécvlihre , donne :i^ hun archevêque le pouuoir de /aire exercer la » juridiction purement spirituelle, et de supposer » que cet archevêque n*a cette juridiction quau^ » tant que le Roi la lui accorde,
» 7.'' Si le Roi nexi§e de tarôhevêque quune » très --respectueuse demande d'un simple agré^ » ment, V archevêque peut le faire, quoique cette » formalité soit destituée de règle et d'exemple j a» mais en ce cas, on ne sauroit marquer dans 3» Tacte, avec trop de précaution,' qu'il ne s'agit » que d'une simple marque de respect pour àb^ 9 tenir un ^simple agrément, afin d'éviter une )> équivoque trhs^indécente et un ahus U^s-dange^ 3» reux sur la juridiction purement spirituelle ».
Fénâon ^avoit proclamé ses principes sur la juridiction spirituelle dans une occasion bien plus solentielle; il les avoit adressés, du liant de la ^aire, à deux princes souverains, au moment même où Fun des deux alloit recevoir de ses mains Tonction épiscopale : il a d'éveloppé avec tant d'exactitude et de sagesse la véritable doctrine sur <:étte matière ^ dans son discours pour le sacre de T électeur de Cologne (^)y que nous
. (0 Prononce dans Féglise de LQIe, le i .*' mai 1707.
M>fk« QITATIIIÈME. l65
croyons en devoir rapporter les traiU principaur. Il n'est pas inutile de rappeler de temps en temps ces maximes conservatrices qui forment la cbatne de la tradition : la malveillance la plus inquiète et la plus ombrageuse est forcée de les respecter, lorsqu'elles sont transmises par des évéques aussi religieux et aussi éclairés que Fénélon , par des sujets aussi soumis que Fénélon ^ par des citoyens aussi vertueux et aussi modérés que Fénélon.
« Que les princes né se flattent pas que l'E- » glise tomberoit s'ils ne la portoient pas dans » leurs mains ; s'ils cessoient delà soutenir , le » Tout-puissant laporteroit lui-même. Suspehdue yy entre le ciel et la terre , elle n'a besoin que de » cette main invisible et toute-puissante. Malgré » les tempêtes du dehors et les scandales du de* » dans y l'Eglise demeure immortelle ; pour vain- 9 cre elle se contente d'obéir ^ de souiTrir, de 3> mourir.
» Eh vain on diroit que l'Eglise est dans l'Etat ; » l'Eglise y il est vrai, est dans l'Etat pour obéir » au prince dans tout ce qui est temporel ; mais> » quoiqu'elle se trouve dans l'Etat , elle n'en dé- 3k pend jamais pour aucune fonction spirituelle. » Le monde , en se soumettant à l'Eglise^ n'a point . ». acquis le droit de l'assujettir ; les princes , en ». devenant, les enfans de l'Eglise, ne sont point
l66 HISTOIRE DE FÉIfÉLONy
» devenus ses mattres. Vempereur, disoit saint » Ambroise , . e$t au-dedans de VEgUse, mais il » n*est pas au'-dessus d*eUe. L* Eglise demeure^ Il sous les empereurs convertis, aussi libre çuelle »' rayait été sous les empereurs idolâtres et per* » sécuteurs.
» S'agit-il de Tordre civil et politique ^ l'Eglise » n a gai^e dlébranler les royaumes de la terre. ...; » elle ne désii^e rien de œ qui peut être vu; elle » est pauvre et jalouse du trësor de sa pauvreté; » elle est paisible ^ et c'est elle qui donne la paix » que le monde ne peut donner ni ôter; elle est » patiente , et c'est par sa patience qu'elle est in^- 3> vinciUe; elle ne veut qu'obéir; elle donne sans » cesse Fezemple de la soumission et du «zèle pour » l'autorité légitime ; elle verseroit tout son sang^ » pour la soutenir; les princes n'ont point deres<* ai source plus assurée que sa fidâité.
» Mais plutôt que de subir le joug, des puis^ i> sauces du siècle , et de perdre la liberté évan- 9 géliqne;'elle rendrait tous les. biens temporels » qu'elle a reçus des princes. Les terres de VE** » glise^ dîsoit saint Ambroise , paient le tribut^ » etsi Vempereur veut ces terres, il ala puissance » pour les prendre ; aucun de nous ne s'jr oppose^ » les aumônes des peuples sufirant encore à » nourrir les paupre^ ; 4fu^on ne nous rende point
LXTfte QUATRIÈllE. 167
^ pdieux par la possession où nous sommes de j>. c$s terres ; fuH les prenne^ si V empereur les » vev$; je ne les donne point, mais je ne tes re^ vèjusepas.
D Mais s*agit -» il du. mmi&tère i^iritud donné » à TEglise par son divin fondatesuF^ l'Egli^ » l'exerce aTec une «itièi?^ indépendance des » homnfte& Comme les paatevra doivent donner » aux peuples Texemple de la plus parfaite sou* a mission et de la plus inviolable fid^itë aux » princes paur le temporel, il bnt aussi que les » priqœs y s'ils veulent être dirétiens , donnent » aux peuples y à leur tour,, l'exemple de la plus p humble dodlité et de la |^us exacte obéissanoe 9 aux pasteurs pom^ toutes les.obo8es spirituelles»
» O hommes, qui n'êtes qu'hommes, quoique » la flatterie vous tente d'oublier l'hamanîté et » de vous élever autdessus d'elle , souvenest-vous M que Dieu peut tout sur vous et que vous ne » pouvez rien contre lui !
» Non^seulement les princes ne peuvent rien 9 contre l'Eglise ; mais encore ils ne peuvent rien » pour elle , touchant le spirituel, qu'en lui obéif' 9 sant.
9 U est vrai que le prince pienx et zélé est; 9 nommé Téi^^tte du dehors et le proÊecteur des ^ canons^ expressions q^e noiis répéterons avec
l66 HISTOIRE 0E FÉNÉLOir,
-» JQÎe dans le sens* modéré des anciens- qui s*eti 3» .sont servis. Mais Yéuéque du dehors ne doit ja* 9 mais entreprendre la fonction de delui du de* 3> dans; en même temps qu'il prolège, il obéit; . 3^ il prôtègie les décisions^ mais il n'en fait au*- » cune ; le protecteur de la liberté ne la diminue i> Jamais ; sa protection ne seroit plus un secours^ Il mais un JQug déguisé, s'il vouloit déterminer » TEglise au lieu de se laisser, déterminer par elle. » C'est p^r cet excès funeste que l'Angleterre a 9 rompu le lien sacré de Tunité , en voulant 3) donner ra,utorité de chef de l'Eglise au prince » qui ne doit jamais en être que le protecteur. !» Quelque besoin que l'Eglise ait de l'appui des ». princes, elle a encore plus besoin de conserver ^ sa liberté ».
, Fénélon eut à veiller sur le maintien des véritables maximes, de la juridiction spirituelle , dans une mAve. circonstance très - dijfficile. L'état inquiétant oii se trouvoit la religion dans l'un des diocèses les plus importans de sa métropole, attira toute son attention et mit à une nouvelle épk*euve son zèle et sa sagesse.
-.^^ Les armées ennemies , commandées par le
Affaire de prince Eugène , s'étoient emparées de Tournai Tou^l * au mois de septembre 1709. M. de Beauvau(0
. 10 Roié-Praiiçois deBeanyaSy Bommé a Tévéché de Bayonne
éH étdà, alors évéque, et se trouvoit à Toarnai lorsque cette yille fut prise : il refqsa au prince Eugène de fÎEdre chanter le Te Deum, pour remercier Dieu d*une conquête qui étoit un sujet d'affliction pour un prélat attaché à son Roi par le respect y la recpnnoissance et même par le sang; mais il sut accompagner son refus des expressions les plus flatteuses et les plus obligeantes pour le prince Eugène. Ce prince avoit lùi-méme le sentiment des convenances , et il respecta la juste dâicatesse d*un prélat du rang et de la nais* sance de M., de Beauvau ; il savoit d'ailleui*s que Tëvéque de Tournai ^ satisfait de pouvoir remplir avec sécurité les fonctions de son ministère ^ étoit trop sage et trop éclairé pour faire servir Tautorité de son caractère à des intrigues politiques ou à des mouvemens dangereux pour la sûreté de cette nouvelle conquête; il laissa Tévéque de Tournai exercer paisiblement sa juridiction spirituelle, et Je maintint en possession des revenus dé son siège ^ mais les Hollandais ne se montrèrent pas tout-à-&it aussi généreux, lorsque, par une suite
le I.*' novembre 1700, transféré à celui de Toarnai le a3 avril 1707, h rarcbevéché de Toulouse le 39 juillet 1713, à larchevéchë de Narbonne le 5 novembre 1719, nommé commandeur de Tordre du Saint-Esprit au moi^ de février 1 7^4 , mort à Karboikoe le 4 août 1739, âgé de soixante-quinze ans.
I^a HISTOinB DE FÉNÉLON,
L'absence de Févéque de Tournai^ elle refus que faisoît le <:hapiti# d'admettre dans son mxk des intrus qui d^daroient eux-mêmes ne vouloir pas se soumettre aux décrets du saint Siège , avoient introduit une espèce de sdiismedans ce malheureux diocèse. Tel étoit depuis deux ans r^tat des choses à Tournai , lorsque Tarchevéque de €ambrai crut devoir, en qualité de métropo^ litaîn, venir au secours de cette Eglise affligée et privée de la présence de son légitime pasteur. Il jugea d'abord que le remède le plus prompt, le plus efficace et le plus canonique , étoît que l'évêque de Tournai essayât au moins de se remettre en possession de sa juridiction. Ce fut l'objet d'un mémoire très-intéressant que nous avons sous les yeux , et que Fénéloâ fit remettre à Louis XIV: il en donna communication à l'évêque de Tournai lui-^méme par une lettre diu 5 février 1711»
C'est dans ce mémoire que Fénélon, après avoir /exposé tous les motifs de conscience, qui font un devoir à l'évêque de Tournai de revenir dans son diocèse, malgré les vexations qu'il avoit à redouter des Hollandais , discute les considérations purement politiques ou fondées sur un sim^ pie point d'honneur qu'on oppose quelquefois k des obligations sacrées et d'un ordre supérieur ;
. LIVRE. QUATKlkHE* 173.
car en même temps qu'il rappelle aut ministres de rSglise les règleset les principes qui doivent diriger leur conduite envers DieUrCt envers l'Etat^ il avertit les princes et les gouvernemens qu'il est des circonstances malheureuses où ils doivent éviter d'exiger au-delà de ce que la sagesse , li^ raison , la justice/leur intéi^t même bien entendu peuvent demander. Les propres expressions de Fénëlôn feront encore mieux connottre cette sage mesure avec laquelle il savoit toujours concilier les principes et les convenances. « Dés laïques » pleins d^honneur, de bon sens et de zèle pour 3> le Roi ^ peuvent croire que M* de Tournai ne % doit pas revenir dans son diocèse^ parce qu'ils
3» ne. sont attentifs qu'aux motifs* d'attachement » et de reconnoissance pour Sa Majesté ; mais je '» suis persuadé que le Roi , qui aime la religion,' 3»%t qui est plus jaloux du règne de Dieu que du 3» sien propre y aura la bonté d'entrer en compassé sion pour une grande Eglise , et même pour » toute une province ecclésiastique^ où la religion » est menacée des derniers malheurs ». (Manus* Q-its,)
Les considérations exposées dans ce mémoire parurent si fortes et si décisives , que le Roi ordonna immédiatement à l'évéque de Tournai de se rendre dans son diocèse^ mais les Hollandais ,
1^4 BISTOtftE DE VijitliOSf
toujotm fidèles au système cfu'on lear atolt îns* piré^pei-sistèi-ent à interdire à ce prélat l'acCèS da sa ville épiscopale. LVvéquâ de Toarnai ne put Venir en Flandre que poar avoir la douleur d'être témoin de l'espèce dû tdiiime qu« l'on therj[jioit à établir et k propager dans ion diocèse ^ sans qu'il fût ea son pouvoir d'y apporter aucun ' remède.Ceo'étoit qu'avec une aecrèter^pilgnance qu'il s'étoit conformé aux ordresdu Roi, soit qu'il fiât convaincu ,de l'iautilU^ des tentatives qu'il bosarderoit pour pénétrer à Tournai, soit qua son caractère et sga goàt le- rendiweBt pea propre à 08 genre de combats. D'ailleurs ses vœuziJ ses egpéi'ances, et les intentions déjivi la Cour, l'appeloient à un des pron Languedoc (0 , où ses taleas pour 1
e^rit de conciliation , sa gr4cc cl à
briller àla tête d'une asscmhli-e, lii
une eiifitence et une réputation i
il la doocenr, à l'élégance et à la q
manières. C'est ce qu^g
cevoir dans queL|i
dentielles au duc dej
qnera avec quelle lînj
(>} L'àrefaet«ché de Toi t^to, par U liaii di
ViUacerf.
jugeoit le» liommesi les esprits ^t les carac-* tères (0.
Vévêqué de Tdttmai , s^ par Itt Aéûr sinèère de râcDuvi^r le libre ekercie^ de èbs fonêtiotift dans soti dioeèse, gôit poQr conslater au moins qu'il vouioit éptiiser tous l<îs moyens qui étoient en son pouvoir pour se conformer auat intentions du Roi^t taux instances de Fén^bti -, àvôit proposé un plan pour obtenir lé eon$entèâient des ïloU landaiipar Tintérventioii du éoii^ifiàl de Bouillon, retiré alors dans les Pâys-Ba^ , sous la protection des armées ennemies i On âail que c^ cardinal avoity dè| Tannée précédente ( i^ lo)) pat' un acte de désobéissant formelle^ contrevenu aux ordres du Roi y qui le tenoit depuis dix ans ekilé dans ses abbayes y et quil s'étoit fait enlever par un détachement de Tarmée du prince Eugène. L'é- ^éque de Tournai fit part de son plan à Fénélon. Ce projet éloit aussi délicat que rexécûtion en étoit difficile. On connoissoit la juste indignation de Louis XIV contre le cardinal de Bouillon , et on savoit combien il eât été révolté de la seule pensée qu'on osât mêler le nom de ce prélat à une négociation oii la France parût intéressée. Fénélon étoit plus ejtposé que tout autre à déplaire
(^) Vûyez cette lettre aux Pièces justificatives dtt livre qua- Uiémc, ti.«lV.
176 HISTOIHB DB FÉHÉLOIT,
au Roi y en concourant au projet de Tévéque dé Tournai. Ses ennemis avoient cherché k entretenir la prévention de ce prince contre lui , en rappelant, àrépoque de Févasion du cardinal , ses anciennes relations avec Tarchevéque de Cambrai pendant Tafiàire du quiétisme ^ et en cherchant à faire entendre qu'il étoit en correspondance ha* bituelle avec lui (') ; mais la calomnie avoit au moins échoué en cette occasion , et Louis XIV étoit resté bien convaincu , que si le cardinal de Bouillon eût pris conseil de Fénélon^ il n'auroit certainement pas hafôrdéla démarche irrégulière et inconsidérée qu'il s'étoit permise. Maij| ces essais encore si récens de la malveillance de ses ennemis, imposoient à Fénélon une extrême circonsj5ection sur tout ce qui pouvoit avoir le plus foible rapport avec le cardinal de Bouillon. Cependant nulle considération de crainte ou dlntérét personnel ne pouvoit l'arrêter aussitôt qu'il apercevoit un bien à faire ou un mal à prévenir dans Tordre de la religion. Nous savons sa réponse à . l'évéque de Tournai C^) ; elle montre dans, quelle
(0 Nous avons des preuves de la tracasserie qu'on avoit voulu susciter à Fénélon au sujet de l'évasion du cardinal de Bouillon, dans ses lettres manuscrites au duc de Ghevreuse , sous la date de 17 19.
M Voyez les Pièces juatificaUves du livre quatrième, n.« V.
juste
t^VRE QUATRIÈME. I77
|ttste mesure le zèle et la sagesse balançoient toutes ses pensées et toutes ses.déinarch|s. i
Mais il parott qn^Hselie ^^S^tÊÊH^ f ^^^ 1^* quelle le cardinal de Bouillon Mfoit jouer un : rôle pluis ou moins ostensible, fut re jetée à Ver- . sailles; du moins on ne voit point qu^elle ait eu aucune suite.
L'évéque de Tournai, «n quittant la Flandre pour retourner à Paris , avoit fait part à Fénélon d'une autre idée qui pouvoit encore plus sûre* mctnt prévenir le schisme dont son église. étoit menacée: il avoit même eu recours à son intervention pour en préparer le succès: c'étoit de donner à M. de Beauvau un successeur à Tournai, qui pût être aussi agréable à la Cour «de France qu'aux puissances ennemies. Fénélon jeta les yeux sur Tévéque de Namur, Ferdinand* Maximilien des comtes de Berlo et de Brus ; il lui écrivit pour sonder ses dispositions (0.
L'évêque de Namur fut sans doute effrayé des contradictions qu'il redoutoit, et préféra la sir tuation tranquille où il se trouvpit à Namur , aux discussions orageuses qui Tattendoiei^t à Tournai.
Ce que Fénélon avoit prévu arriva. L'évêque de. Tournai, se voyant dans rimpossibiirte.de
(0 Voyez les Pièces justificaiiffes du li?re.qaatirième^ n.<^'VI*
Féhélon. Tom. m. la
1^8 UlâTOillE DE TtTHÈhéN,
s'établir dans son diocèse pat f obstination des Hollandais à^i en interdire Tentrée^ a voit fait valohr ^pi^flM^oi les emi^arrafi de sa position personnelle ^ WRes considértftî^m très^platistbleâ et frè»>natiirelles qui reftdoieiit sia présence ina^ tile et même peu convenable anz portas d'un dio^ eèse oh il ne lui étoit pas permis de pénétrer; il avoit obtenu au bout de trois mois la permission Lettre de ^ revenir à Paris. * M, i'évéçfne de Tom^naî^
FénéloQ au
duc deChe- » écrit Fétiélon au duc de Oievrense, mouroit vreuse, la ^ d'envie depuis plus d'uu mois de regagner Pa- (Manuscr.) » i*is; il ne sooiptre qu''après Toulouse et le Lanii gaédoc; il craint Tournai comme le tonnerre; 1) il a satisfait ici sagement aux bienséances , et il M a ëf é ravi d'être refusé. Je sais que les HoUàn- * dais veulent changer de batterie ; ils se retranr A cbent à dire que l'^évéque est uh hotnfne intri- ]» gant y qui veut faire sa cour en se mêlant de o servir la France contre eût. Nous ne voulons n point ^ disent-Us y le laisser rentrer pendant la 0 campagne. Si M. de Tournai ne revenoit point » et pai*oissoit abandonner son troupeau , le scanh dale et le danger du sl:îhisme recommenceroient ; » les bien intentionnés du chapitre pei^droient 5 courage; J'ai Fort approuvé la pensée de M. de » Tournai, pour se procurer un suc&ésseur agféé 4 des deux puissances opposées ; un autre feroit
1LIVAE QUATRIEHC* X^g
i> plus de bien que lui dans cette place, apr^s 1» les cofilradîeti<ms ^tt'ila eues ; d'un and e côté^ » il iroit à Touioute, plftce importantes dont la «I longue vacance ne pieut inanqoer d être très^ » nuisible^ Ce prâat, comme je vows l'ai déjà » dit y est doux , sage, ttodéré , de bonaek mœars , » mais souple, adroit et ambitieux. Je n ai rien n oublié pour gagner son coMir; mds ses goûts » sont trop difféi*ens des miens^ il ne sauroiA être » libre et à son aise avec moi ».
Le départ de ïévéqm de T<m<mai, ies v^a^ tionS que les étàts-gtfn^^nx ne eefissôieni àlfixértet envers le chapitre dé son église, pour le foirer à recevoir les nôuvtanx diaâôities, Te^prît de secte d*Ernest et de ees partisans , leat refiis ob^ stiné de se soumettre aisA decàrets du saint Siége^ le bi*éf du Plape qui défefndoit au chapitre de re« connottré.<?es intrus^ laissoient cette malhenreuse église dans la positi'On la plus affligeante. Réduits à rimpossibîlftté dereâevotr aucun appui ni aucun seeoui% de leur pasteur immédiat, les diftnoines s'adréssèï^eni h leur métropolitain ; ils lui expo* sèrent aveb candeur leur embarras, leui^ dangers et leurs vues sur les ei[piéâîens les plus propres à éludfer lés diâicultés du premier moment , en sau* vaut les principes, et en réséi^ant à un temps plus beunenx lès rés(dution& forces et courageuses*
l8o HISTOIRE DE f£n£L0N,
» Nous avons la réponse de Fénâon ; elle nous parott remarquable par Texactitude des principes, la modération dont il accompagne ses conseils, et surtout la tendre t^ondescendance avec laquelle il partage les prtnes de ces malheureux ecclésiastiques, et semble compatir 4 leur fbiblesse.
XXTI. « Je puis me tromper , leur écrit Pénéloti , et
tI^^ ^ J® °^ ^^^^ ^^ °^®^ pensées que comme tràs-im" chanomesde » parfaites; mais je ne puis vous donner que le i-Tn^"' » peu que j'ai, -et Je vous le donne de tout mton (Maïutfcr.) » cœur, comme si fallois mourir dans ce mo- D ment, i.^ Il me semble quï convient que » votre chapitre soutienne avec fermeté et pa- » tience ce qui lui a fait tant d'honneur et qui a » tant édifié l'Eglise. Je ne suis nullement étonné » de ce qu'on vous menacle; on espère que le » chapitre aura peur et "l^nlera ; mais si votre » corps demeuré soumis ^ respectueux^ modeste^ » zélé pour l'obéissance à l'égard dû tempofel, tt et s'il se retranche À suivre humblement le bref » du Pape, qui est devenu public, que pourra- » t-on lui faire 7 on n'emprisonnera point à Ja » fois tant de chanoines. Cette conduite «eit)it » *une preuve trop évidente de la violence ou de » la nullité de tout Ce qu'on feroit dans la suite. » Heureux ceux qui souffrent pour la justice 1 il
« importe qu'on voie des ministres de Tautel qui » sachent souffrir avec paix:, douceur et sou- » mission y pour maintenir les lois et la liberté )> de FEglise. La cause de^saint Thomas de Can^ » torhéty nétùit pas aussi claire que la vôtre^
» a.*" Je ne vois rien qui doive vous faire chan- » ger de conduite ; c'est la même liberté de votre » église à conserver à Tégard d'une puissance sou- » veraine qui n'est pas dans notre communion , » quoique vous deviez d'ailleurs lui être parfai- » iement soumis pour tout ce qui est temporeU » C'est Iç, même nécessité de^ ne participer point TU h la réception des intrus ; c'est la même oblia> gation de suivre le bref du Pape, qui vqus » défend y sous peine d'excommunication, de les n r^cef^oir; pourquoi changeriez-vous? "
» 3.^ Une protestation secrète n'auroit point » la même force qu'un refus humble , respectueux M et constant d'admettre les iîxtrus. La protestar 3» tion paroitroit un relâchement et un tour por 9 litique pour paroitre céder ea ne cédant pas ; » elle autoriseroit au moins pour un temps les 9 intrus ; elle donaeroit une dangereuse couleur » à leur cause} elle . rendroit . leur prétentioa 9 moins odieuse par une apparence de possession » paisible et canoniqueo.i. Quoi qu'il en soit, ce » procédé ambigu seroit moins simple , moins
l82 HISTOIBE B£ rÉNÉLON,
9 droit^ moins é^angélicpe qaan refos modeste, »r humble ,. soumis , respectueux et ferme pour » obâr auhref du Pape.
» 4^^ Une absence du chapitre parottroit une » afièctation et un abaudou de la bonne cause, » tous les bien hitentibnnés s^absentant à la fois » et d'un commun accord. D'ailleurs ces. cha- » ttoînes ftbscns d^une seule assemblée du chapitre » se trouTeroîent aux autres diapitres suiTans, ^ et à tous les offices oh il faùdroit prier, officier , M donner le baiser de paix, et reconnottre pour » freines ces intrus excommuniés ; ce serait Féqui- » valent d'une i^ception en chapitre, et on n'en » auroit pas moins auprès du souverain tout le » démérite de s'être absenté pour ne consentir pa».
» 5.0 Ce que je craindrois^ c^est que les grands- » vicaires de M. Tévéque ne fassent chassés sur D le refus d'admettre les inliiiis ; alors le souve- )> rain seroit peut-être tenté d*y suppléer par les » intrus et leurs adhérens^ Ce seroit une source » de ischisme : on pourroit Téviter pai* l'absence ^> des grands -vicaires ; mais les grands-* vicaires ») donneroient un exemple de timidité et de foit blesse par leur absence* >
» 6.Û Je ne wmdrois cependant pas exiger de u tous les vocaux une résistance owerte^ dont » tous ne sontpeutrétre pas capaNes* Je voudrais
i} que tous prissent un pa^rti uniforme^ que tous « puisent sç^^nir jtt^ qu'au àovi^ d^ ptur quum 3» parti trop difficile h *s(9ifaeuir ne cMusdt une » division qui ruinerait foui. Ainsi, à toute ex'^ 3» tfémitéj je tolérerais le pcuti de V absence ou y^ de la protestation secrète, que f enverrais à 9 M^ rintemonee, humanum dico propter infir* >» mitateai carnts yestres y il faut que les plus forts » s'accommodent à ceux qui te sont un peu moins» » l/éptenve est longue et rude. // est facile de » croire de loin qu'on la surmonteroU; mais je > crois sans peine qi^e j'y succomberais s4Éns un » grand secours delà grâce. Je vous plains tous ; » je vous révère comme des confesseurs ; je me » recoii^raan(|e à vos prières, et je ne vous ou* » Uie pas dans les miennes ».
Quelle modestie dans un pami langage, surtout lorsqu'on Tentend sortir de la bouche 4^ Fénélon»! mais en même temps quelle leçon contre ce zèle amer, ces décisions trancbantes qu'on hasarde quelquefois sans e& calouler les inconvéniens et les dangers, sans même avoir sérieusement exa*
miné si elles sant conformes aux véritables piîn^ cipes !
Le chapitre de Tournai , dirigé par les sages inspirations de Fénélon, se conduisit avec une* prudence qui ne permit pas aux Hollandais de
l84 HIlrT^IRB ÎTE TÉ-HÉ-L&Tlj
s'abandonner aveuglement aux suggestions ar^» dentés * dHËrsest et de ses partisans ; il ëvita d'offrk^ aux nouveaux SQ^V^ains^'^que le sort des armes loi avoit donnés, le plus léger prétexte d'inquiétude sur sa soumissiofr en tout ce qui* eoncemoit Tordre temporel , et sur la fidélité du& en tous les temps envers ceux qui exercent la puisssmce publique. D'ailleurs les HoUàndais ne pouvoient pas attacher la même importance que les disciples d'Âxnauld aux controverses, du jansénisme; ils furent, touchés de la conduite régulière et estimable d'un corps qui se born<nt à réclamer en sa faveur ces mêmes maximes de liberté de c<mscience que les états-généraux ne cessoient de proclamer comme le principe fondamental de leur constitution politique et reli** gieuse. Peut-être aussi les Hollandais prévoyoient* ils dès -lors y par la connoissance qu'ils a voient d^ne négociation d^à établie entre LeSi Cours de Londres et de. Versailles , que la ville de Tournai ne resteroit point sous leur domination. «Cette considération dut naturellement refroidir le zèle qu'Ernest avoit prétendu leur inspirer ; enfin la Providence vint au secours de ce malheureux clergé. Les traités d'Utrecht et de Rastadt firent passer les Pays-Bas sous la domination de la mai» son impériale d'Autriche. M. de Beauvau donna
LIVKE QUÀTltlÈME. l8S
sa déinissian de révêdié de Tournai en 1713, et fut nomme à l'archevêché de Toulouse qui lut étoit destiné depuis trois ans. M. de Leuwestein fat nommé à Tournai avec Tagrément de la Cour de Vienne y et le chapitre de Tournai, appuyé sur le bref du Pape ,. persévéra à rejeter Ernest (0 et les chanoines intrus qui refusoient de se soumettre aux décrets du saiiit Siège.
Le caractère et les principes de Fénélon le portoient toujours à préférer, les voies de conciliation y lorsqu'elles pouvoient le conduire h un résultat aussi utile pour les vues qu'il se proposoit, et dont il étôit de son devoir d'assurer le succès; mais son caractère toujours feime, et ses principes toujours dirigés par la droiture et la justice, ne lui permettoient point de fléchir devant des oonsidéi'ations personnelles, lorsque les règles de l'équité ou les droits de son ministère lui pàroissoient méconnus ou compromis. Il se présenta une occasion où. il eut à combattre les préventions de quelques-uns de ses suffragans , à
<0 On lit dans le GûUia Christiana, tome m, page ^Sa: « JBpistola Insulb scvipta die 4 februarii 1711, asserit Belgii i» foederati procerés prœsentasse capîtulb Tomacensi d. Ruth » Aii8-yan»£mest San6t8e*Gadul8e Bruxelleosis canontèum ad » decanatntn j sed ob qiuedam impedùnenta nou fait admisfios, 9 et adhuc sedes decanalfs yacat hoc anno 1733 ».
|8() HISTOIKE DE FÉJtÉLON,
maiotenù- ses droits de métropolitain, et à ré<
primer, pour ainsi dire, les iasiouations timides
«t politiques dont od prétendoit (nive usage pour
euctiaîoer son ministère.
xxvn. h'é\êqae de Saiut-Omer, le même qui s'étoît
do Ftnélon conduit d'upe manière si pe^ cqnvenable envers
sur la jun- Fénélop.dansl'aasemhléemétropolitainedeCaœ-
dloUon mc-
tropolitainc. brai (en 1699.), avoit fait instruire une procédure contre un eccléùastique de fiou diocèse, qui étoit encore détepu en prison. L'ecclésiastique avoit appelé de cett« sentence au métri^olitain'; et l'archevêque de Cambrai avoit ordonné, en cette qualité , que la procédure lui fût apportée, pour la maintenir, si elle étoit régulière, ou pour l'annuler, si elle étoit défectueuse. L'évêque de Saint-Ctaner, qui éloit allé voir sa famille en Provence, trouvoit mauvais que Fénélon n'eàt pas attendu son retour pour exercer un acte de justice dont il ne pouvoit se dispenser. Il oublimt apparemment qu'un accusé détenu,' et qui se croit innocent, auroit eu le droit de se plaindre d'un dëni de justice , qu'aucune cause canonique ne pouvoit légitimer. L'évêque de Saint-Oiifcr se ressouvenant peut-être de l'irrégulai-ité de ses ancieK procédés. envers Fénélon, ou redoutant sa fermeté, crut devoir faire intervenir un de ses confrères, 'pour rengager indirectement à
tIVBÉ QUATHIÈME. xS"]
faire cause commune avec loi. L'évéque d*Arras écrivit à FéDélon , sur cette affaire : ce prélat étoît trop, édairé paur censurer la forme que Tarchevéque de CamUkai avcùt suivie; il savoit quWle étoft fondée en droit et en principes. U se borna à ces considérations vagties et générales sur les égards mutoèls que des confrères se dot^ Tent ; considérations qui méritent certainement d'être accueillies lorsqu'il ne s'agit que de procé*dés, mais qui ne doiv^it jamais ait*êter, lorsque les règles de la justice et les droits d'une partie souffrante et mallieureuse sont compromis.
L'évéque d'Ârràs insinuoit aussi dans sa lettre que cette affaire pourroit lui nuire à la Cour : que l'évéque de Saint *< Orner s'j étoit fait un mérite de l'acharnement très*peu estimable qu'il avoit mis à le poursuivre api^ès la soumission' la plus édifiante; qu'on profitôroit de cette occasion pour ackever d'aigrir le Roi, et le confirmer dans ses préventions.
Fénélon, en répondant à l'évéque d'Ârras (0 dans les termes les plus obligeans et les plus affectueux y se crut obligé de lui rappeler : Que c'est DieUj et non-pas le Roi, çu*il/aut mettre devant les jreux des éiféques , lorsçuil s*àgit de choses purement spirituelles.
C») Voyez les Pièces justificatives da livre quatrième, n.« VU.
1$^ HISTOIRE DE FésÉLON)
On voit par une autre lettre de Fénélon à' ce même évéque d'An*as^ écrite plusieurs années après celle que nous venons de rappo]:tery combien l'archevêque de Cambrai étoit obligé d'employer de douceur et de ménagement pour concilier le maintien de ses droits et les règles de ^ la {ostice, avec la susceptibilité toujours un peu inquiète et un peu jalouse de ses comprovinciaux. Mais dans toutes les occasions où Fénélon se trouvoit forcé paf la justice et le devoir à annuler quelques jugemens rendus par des évoques de sa métropole y il étoit le premier aies inviter, à se pourvoir au tribunal supérieur contre ses propres sentences, s'ils les présumoient contraii'es aux lois ou à leurs droits.
Lettre de « Vous savez , Monseigueur, les démardsies IPenélon a ^ ^^^ ji^j faite» pour éviter de vous causer queld'Arras, i6 » que peine et pour vous témoigner ma vénéra-
^(Msàuucr ^ " **?**• ^^^^ û^^ïûe retardé jusqu'à rextrémité ce 3> que j'ai cru devoir faire , et je ressens une » peine infinie de ce qui peut vous mécontenter. » Je me suis défié de mes foibles lumières et j'ai » eu recours à celles d'autinii. Tai représenté avec » soin tout ce qui pouvoit appuyer votre senti-* » ment; j'ai désiré , avec la plus sincère défé- » rence, de pouvoir entrer- dans vos pensées; D enfin , j'ai suivi un sage conseil et ma propre
LIVUE IQirÀTRièME. 189
» conscience. Quand les chemins seront plus » libres^ fîrai, si vous Tagi^éez, à Artas pour » avoir rhonneur de vous voir, quoiqu'un juge » ne doive rendre compte qu'à son seul isupérieur i^ des motifs de son jugement. Je vous ouvrirai » alors mon cœur avec une confiance sans ré- 3» ^erye sur les choses que vous voudrez éclaircir, » et j espère que vous trouverez que j'ai suivi les » véiitables règles. J'^vouê néanmoins, Mon- » seigneur, que je puis facilement me tromper; » mais chacun de nous doit, ce me seml^ie, se 3» borner à remplir sa fonction en jugeant selon » sa conscience^ sans se faire un point d'honneur » de faire prévaloir son jugement. J'ai jugé » comme j'ai cru devoir le faire; vous êtes trop » éclairé et trop équitable pour trouver mau* »vai% qu'un métropolitain si^plée doucement » ce qu'il croit que l'Eglise le charge de sup* )> pléer. De^ mon coté , je n'ai garde de souiTrir a» impatiemment que mon confi^ère fasse corri* » ger, par mon supérieur, ce que je puis avoir a fait de trop en qualité de métropolitagi. En » ce cas, nous pouvons donner l'exemple d'une M conduite douce , paisible et édifiante , quoique » nous pensions diversement. Je ne serai nuUe- » ment peiné quand vous prendrez le parti de » vous pourvoir par les voies canoniques ; nous
190 HISTOIRE DE FJ^SÉLONy
» n en garderons pas moins l'union parfaite <jui n doit être inviolable entre nous; f espère, que I» vous ne cesserez point de m'honorer de votre » bienveillance^ comme je veux être le reste de » ma vie, avec un attachement et un respect » ^ncère..... »
Il paroit que Tarchevéque de Cambrai se cmi oblige en qette affaire , de i^ëformer la sentence rendue par l'évéqu^ d'Arras^ et qu< ce prélat eut ia foiblesse d'en savoir mauvais gré à son mê* trdpolitain ; c'isst Ce qu^on peut présumer par une lettre que Fénélon lui écrivit peu de mois aprèis ? Lettre de k Jamais personne, Monseigneur, ne fut plus
Fénélon à ^ . . • j 1 »
Yér. cTAr- * éloigné que moi de vouloir eKercer nn pouvoir rasjiiaept. j) arbitraire. Ty suis très -opposé, même pour (Manascr.) ^' ^^ diocèse de Cambrai, et je ne tente jamais » d'y faire que ce qui m'est réglé par la ^i ; il 3> est vrai que je puis me tromper ; mais j'ai pri% » ce me semble, les plus grandes précautions » pour me défier de moinnéme. D'ailleurs je ne » puis m'empêcher de me rendre ce témoignage^ » que. dejpuis seize ans je n'ai perdu aucune » occasion de vous montrer Içs plus grands » égards , au-delà même de toutes les mesures » ordinaires. Si les diemins étoieût plus sûrs et ». les temps pkis tranquilles, j'irois avec plaisir » à Arras pour avoir rhenneiir de vous voir^
LITRE QUATRIEME. Igl
» Mboseigneur , et pour vous expliquer lès fon^ « démens âur lesquels je pefise, à moii grand » regret^ autrement que vous : f ai maintenant 9 ma maisod pleine de malade^ de. la première » condition de Farmëe^ et fy ai de plus mon » neveu (0 ^ qui a été très^angereusement blessé » depuis quelques fours; j'espère trouver un du^ » tre temps moins triste et pltts sûr ».
Lorsqu'on se rappelle que Fénëlon avoir été XXYIII. condamné par le saint Siège , on est sans doute cërcmonier âonné de voir ce prélat , si peu de temps api^ chinoises, sa condamnation ^ jouir à Rome d'un crédit et d'une considération qui inviloient eeux méltiies qui s'étoient dédarés contre lui, à implorer son appui auprès tlu Pape et du istcré collège. Fénélon f du fond de sa solitude de Cambrai, exerçoit à Rome et dans l'Europe , une espèce d'âu-^ toritë d'opinion <)u^il'%e devoit qu'k sa vertu et à sa rénommée.
Lea supérieurs des missions étrangères de Farid avoient dénoncé au saint Si^ge les Jésuites de la Ghilie y comme coupables d'idolâtrie , par la tolé* ranœ qu'ils accordoieàt à de certains honneurs
(0 Le marquis de Fénélon, depuis ambassadeur de France en HoHande. Fénëlon avoit en ce moment recueilli dans son palais cous les généraux et officiers blessés dans dilfêrenteâ actions "Crés-menrtriéres qui venoîent d'avoir lieu en Flandre.
igSt RISTOXIIE DE FÉHÉLON,
que les Chinois sont dans Tusage de rendre à leurs ancêtres et à la mémoire de Confucius; ou plu* tôt cette controverse n étoit qu'une suite de celle qui s'étoit élevée quarante ans auparavant entre les jésuites et les dominicains : le pape Alexandre yil(0 avoit heureusement réussite latermi» ner par son décret du a3 mars i656 ; mais elle venoit de se renouveler avec plus de véhémence et d'aigreur. Les supérieurs des missions étrangères de Paris y étoient intervenus^ et leur opinion formoit un préjugé d'autant plus imposant contre les jésuites , qu'on ne pouvoit les soupçonner de cette rivalité de corps qu'on reprochoit aux dominicains. La réputation de vertu et de piété dont jouissoient MM. Tiberge et Brisacier, supérieurs des missions étrangères , devoit en*core ajouter un nouveau poids à leur témoignage. Instruits, par leurs^elations à Rome, de la singulière estime que le Pape et la plupart des cardinaux avoient pour l'archevêque de jCambrai, connoissaat d'ailleurs son amitié pour les jésuites, ils parurent craindre que ce prélat ne fût consulté par le saint Siège sur cette controverse , et que son opinion ne leur fût contraire -j
(*) Fabio Ghigiy né à Sienne le i6 février iSqq, élu pape le 7 avril 1^55 , après la mort d^Innocenl X ( Famphili } , mourut le 22 mai 1667, âgé de soixante-huit ans.
Us
ils lui adressèrent leurs mémoires, leurç griefs et leurs demandes , en réclamant son appui et son suffrage. Fénélon avoit vu s^ns doute avec peine s'élever une discussion qu il étoit difficile de saisir avec une exacte précision, p^rce qu elle exigeoit une connoissance profonde des usages, des maxi'<> mes et de la langue d'une nation lointaine , séparée du reste du monde par des barrières presque insurmontableç. La question étoit d'ailleurs obscurcie par une multitude de faits et d'assertions contradictoires î il jugeoit avec raison que Teffet naturel de cette dispute étoit d'ofiiir à ub peuple méfiant et ombragieux , le spectacle d'un'e division scandaleuse sur les ppipts les plus essentiels de la religion à laquelle on prétendoit le convertir } il ne falloit qu'un degré de pénétration très-ordinaire pour prévoir que son réi»ultat inévitable seroit la ruine totale de la religion chrétienne dans la Chine ; elle étoit principalement redevable des progrès qu'elle y avoit faits au zèle éclairé des premiers Jésuites qui y avoi^t pénétré, et dont Tingénieuse industrie étoit parvenue à en faire connoître et goûter les maximes les plus sublimes à Fempereur et aux lettrés de la Chine , en mêlant à leurs instructions religieuses Tappât des sciences humaines. L'événement avoit justifié cet heureux et innocent arti- FÉNÈLom. Tom, lu. i3
ig4 HISTOÏ&E DE FÉNÉLONi
fice ; et un empereur sage y humain et éclairé , avide de ces sciences curieuses qui manquoient à son empire, avoit approché la religion chrétienne de son trône ; en avoit admis les ministres danç son palais, et' avoit favorisé le succès 'de leurs desseins religieux, par la bienveillance et la protection la plus éclatante. Féoiélon gémis* soit de voir près de s'écrbuler ce grand ouvrage ^ élevé avec tant de soins et de peines, cimenté par le sang de tant de martyrs et les travaux de tant d'hommes apostoliques, qui alloient à six mille lieues de leur patrie conquérir des chrétiens par ta mort, les souffrances et la privation de toutes ces douces affections qui attachent les hommes à leurs familles et au pays qui les a vus naître (0.
Mais Fénélon étoit en même temps trop pénétré de Tesprit de soumission dû à l'autorité de l'Eglise , pour se permettre de préjuger une question portée au tribunal du saint Siège. Sa réponse aux supérieurs des missions étrangères de Paris , exprime en même temps son regret de ce que l'on a agité avec trop de chaleur cette controverse, «t sa ferme résolution à adhérer d'a-
(<) Les ëvénemens n'ont que trop confirmé les justes craintes de Fénélon. Cette malheureuse dispute a servi de motif ou d« ' prétexte aux sanglantes persécutions qui ont arrêté toot-à-conp lies progrés du christianisme dans la Chine.
LIVUE QUATRIÈME. I9S
vance au jugement que Yoor aitendoit de Rome.
€< Messieitrs / il est vrai qu'on m*a ëerit pour ^**''® *^«