‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 25 sur 72 · XXIX. Fénélon eut dans la suite une occasion plus · texte numérisé non relu

XXIX. Fénélon eut dans la suite une occasion plus

A Ha II» A #1^

Fcvéque de bcurcuse et plus conforme au vœu de son cœur, Beauvais, ^jg {^Ij.q usage de son crédit à la Cour de Rome;

BeauviUiers.

ce fut en favetir du plus ancien , du plus fidèle et dii plus respectable de ses amis, le duc de Beauvilliers. L'abbé de BeauviUiers (0, son frère, avoit été nommé, le i.**' avril 17 13, à Tévéché de Beauvais, vacant par la mort du cardinal de Janson. Le Pape refusoit, depuis plus de trois mois, de lui en accorder les bulles; le motif de ce refus étoit une thèse que cet ecclésiastique avoit soutenue pendant son cours de licence; Fénélon, instruit dé cette difficulté inattendue, en craignit les suites ; il crut devoir écrire à un religieux de Rome, en qui le Pape avoit une singulière confiance, une lettre très -pressante pour faire sentir les dangers de cette conduite de la Cour de Rome , dans les circonstances où Ton se trouvoit; il préféra cfette voie indirecte pour faire parvenir la vérité jusqu'au Pape. Elle lui laissoit la liberté de présenter des réflexions ti'ès-justes et très-sages ,* auxquelles il n'auroit pu donner autant de force dans une lettre au Pape lui-même : on sait que les justes égards dus à une grande dignité, et les formules consacrées

(0 François-Honoré cie BeauviUiers Saint-Algnan , nommé k révéché de Beaavais en 1713, s*ei| démit en 1728.

e LIVAE QUATRIEME. HOJ

parTusage et le respect^ afibiblissent quelquefois les raisons . en adoucissant les expressions. Nous copierons cette lettre sur la minute originale.

« rapprends y mon révérend Père, avec une J^^^^ àe

» véritable douleur, que le Pape a refusé les r. p ^

» bulles de M. l'abbé de Saint -Aignan, nommé i"^"«^ '7»3.

i« A 1 1 (Mauuficr.)

?y à léveehé de Beauvais, à cause d'une thèse » que cet abbé a. soutenue dans sa licence. Cette it » affaire fait un grand bruit. à Paris et à la Cour. » Tous ceux qui, supportent impatiemment Fau- » torité de Rome , espèrent profiter de ce trouble tt pour exdtei* une très*dangereuse division entre » les deux puissances : pour moi, je ne puis que M m'affliger devant Dieu dans une si triste occa- » sion. Je ne puis même m'empéclier de vous » supplier instampient de parler àSa Sainteté, et » de prendre la liberté de luiiuontrer cette lettre^ » si elle a la bonté de vous le permettre. Je puis » tQipber , par cette démarche , dans une grande » indiscrétion ^ mais j*espère qu'un pontife si » pieux et si éclairé«me pardonnera cet excès de » zèle : ut mifàis sapiens dicQ.

» i.<> Je n'ai point lu la thèse, et je ne sais )> point ce qu'elle contient ; j'ai seulement appris » quelques mois après quelle a été soutenue, » que M. l'abbé de Saint- Aignan , qui est frère j> de AL le duc de Beauvilliers, ministre d'Etat,

208 *HISTOIRB DE PÊWÉLON,

9 très-zëlë pour le saint Siège , et qiû a été nourri » dans le séminaire de Saint-Sulpiœ , où l'autor » rite de l'Eglise mère et maîtresse est dans une » singulière recommandation, na soutenu cette » thèse \|ue par une absolue nécessité. M. le » chancelier (0, qui est très -prévenu des maxi- » mes du parlement, et très-vif sur cette matière j y » avoit procuré là -dessus un ordre dû Roi, et » en avoit pressé sans relâche l'exécution. On ne * cherchoit qu'à rendre ce jeune abbé et les au- » très personnes les mieux intentionnées , sus- 7^ pectes à Sa Majesté , s'il eût refusé de soutenir M la thèse. On usa alorjs de la même autorité » absolae pour faire soutenir la même doctrine » au neveu de feù M. Tévêque de Chartres (^) , y> qui est devenu son successeur. On ne se soucioit 1^ guère que ces thèses fUssent soutenues, et on » auroit bien mieux aimé un refus de les soute- » nir, pour décréditer feu M.révêqùé de Char- » très, M. le duc de Beauviliiers, et toutes* les ^ personnes bien intentionnées dont le crédit im* » commodoit certaines gens. Voilà le fait. n 2.0 Le Pape a eu la bonté d'ignorer la thèse

(^) M. de ^Pontcliartraln.

<*)sChatle8-FrançoÎ8,Desinontier8 deMérinvîlle, nommé, U 36 avril 1709, Goadjateiir de son onele Paul Godet-des-Marais , év. de CharireSy qoi mourut le a6 sept de la même année 17094

du

» du nevgu de feu M. {'évêqucî de CUartres, quand » il lui a accordé fi^vorablemeot, ses bulles; Sa » Sainteté n auroit - çUe pas pu , par la même 31 bonté^ ignorer aussi celle de ^. l'abbé de Sainte » Aignan?

» 3.0 Av^qt rassemblée du clei^<k tôSa, o^ » les quatre propositions furent donûées comme » la règle de la doctrine en France , et même 9 avant toutes les contestations des pontificats D précédens^ Tusage de la faculté de Paris étoit 9 que ckacuii soutint en liberté Tune ou l'autre » des .opinions opposées. Ainsi ^ M. Tabbé de 9 Saint-Aignan n'a fait que suivre cette ancienne n liberté dont Rome ne se plaignoît point autres » fois* En parlant ainsi ^ Je dois excepter lUinâà* » pendance du temporel de nos ^roiSj qu'on ne » laissait mettre, en aucun doute,

x> 4-^ Uu grand nombre d'honnêtes gen^ sans » science y auxquels les adversaires du saint Siège » en imposent par toutes sortes d'intrigues et n d'artifices, ne cherchent t}U>mie mésintelligence >i entre ie Pape et le Roi.v..«. On rend Morne » odieuse, eti di^jant^uelle^ ne peut souffrir qu'on » révoque en doute son infaillibilité , à laquelle M eUe veut attacher inséparablemem . sa puis^ >i sance pour détrôner les rois-; on s'efforce de » donner ao Roi et à tout ce qui l'environne , les Fénélon. Tom. m. i4

2IO HISTOIRE DE FÉllÉtOS,

a» ojnbrages et les préventions les plus fâdieuses.. » Sa Majesté est modérée ^ pieuse ^ attachée au j> saint Siège par la plus sincère religion ; mais » on tâchera de lui faire entendre que son auto*- » rite seroit ébranlée par les fondemens, si on ne » réprimoiC pas les entreprises des UltramontaiDs. » Rien n*est si dangereux qu*un prétexte si plau- D sible dans la conjoncture présente.

» 5.0 Quoique le Roi jouisse, Dieu merci ^ » d'une très -bonne santé , les malintentionnés » pour Rome regardent Fâge de ce prince qui a s> soixante - quinze ans ; ils comptent que si ce » grand appui de TEglise venoit à nous manquer, » ils seroient aussitôt en pleine liberté de lever » la tête pendant les orages d'une minorité, pour » secouer le joug du saint Siège , ou du moins D pour en énerver absolument Fautorité. Ce fua> neste événement est infiniment à craindre ; j*ose » dire qu'il est de la profonde sagesse d'un si j> grand pontife , d'éviter jusqu'au moindre pré- » texte d'ombrage et de division dans une con- » joficture si périlleuse. Ce seroit un grand mal- » heur pour l'Eglise que la ^rte d'un roi si zélé » survint dans un temps de division , où le gros » de la nation française seroit indisposé contre » Rome. C'est un cas singulier qui semble de- M mander une condescendance toute singulière ;

» c'est le refus de cette paternelle condescen- » dance que les malintentionnés cherchent pour » indisposer et pour prévenir toute la nation; » c'est ce qui peut répandre les semences secrètes » d'un schisme j pour les temps que nous ne sau- » rions prévoir qu'avec crainte et douleur.

» En vous présentant ces réflexions, et en vous » invitant; mon révérend Père, à les mettre sous » les yeux du Pape , j'aime mieux être indiscret » et paroitre tel, cpie de négliger aucun des » moyens d'union et de concert entre un si pieux » pontife et un roi si zélé pour la religion , sur* » tout la conjoncture étant si périlleuse,

1» Au reste , je ne songe nullement à paroître y> dans cette grande affaire qui est au-dessus de » moi I ni à me faire aucun mérite de mes bonnes )> intentons pour la paix. Il me suffit de reprér » senter, dans le plus grand secret, mes foiblcs 3» pensées à un pontife qui est plein d'indulgence » et qui m'honore de ses bontés : je le fais avec » le plus profond respect et avec la confiance la » plus filiale. Je lui demande pardon, avec la » soumission la plus parfaite, si je ne demeure j> point dans mes bornes en un si pressant besoin » de parler pour la sûreté de l'Eglise. J'ose dire 31 que je n'aime point les partis foibles et timides, » où l'on hasarde tout en laissant voir au monde

!&'I2 HI&TOlilE DE FÉNÉLON^

» qu'on n'ose rien hasarder. Je sais combien tes » esprits audacieux se prévalent de telles condes- » cendanees^ et que c est ce qui les enhardit pour » les plus dangereuaeâ extrémités. Je n'ignore pas » qu'il Y a certains points indi^isihlea et essen* » tiels sur lesquels on ne peut ni reculer ni » connivei*2 parce qu'on perd tout si on ne sauve » pas tout 'y mais il est rare que dans le plus- » grand nombre dos- discussions^ on^ ne puisse » ùfomter un juste tempéraanent,

M J'espère, mon révérend Père, queviousvou- » àxet bien vous pirosterner pouir moi aus pieda )> du vicaire de Jïésas.- Ghriât ; ^e m y prosterne )i moi-même en esprit et du fond du cœur, pour >» le supplier trèsi- respectueusement de mi'écou- » ter, en cette occasion,, avec la patience' 4^ hou » pasteur et la tendresse du père comriKin ».

Cette lettre fit la plus forte impression sur l'es* prit de Clément XI ;. il voulut même la prder |>our se miéus; pénétrer des sages réflexions; qu'elle renfermoit -y et il nfhésita plus, à accorder à labbé de Saint -Aignan ka bulles de l'évéché de Beau* vais ; c'est ce que nous apprenons pair la réponse du religieux à qui Fénélon s'était adires^é,. dont nous avons l'original) entre les mnîxus. Lettre du R. « Mon&eigneur, fai eu Fhomneur de lire au R sep' ^ ^*P* ^^ 4*^ Votre Grandeur a pris la pçine

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