HISTOIRE DB FÉNÉLON
en Flandre ^ où étoit le principal théâtre de la guerre.
Fénëlon, combatta par le désir de voir son
neveu marcher avec gloire sur les traces de ses
ancêtres , et par les dangers auxquels il alloit être
Lettre du exposé, lui écrivit : « H est vrai que vous seriez^
7 janv. 1709.
( Haniucr.) » sur cette frontière y plus à portée d être connu » et de montrer votre bonne volonté ; mais , d'un » autre côté, je serois inconsolable si vous veniez >» à périr dans une frontière crû Ton est plus ex- » posé qu'ailleurs ^ supposé que vous eussiez dei> mandé à y venir par un sentiment d'ambition » et que j'eusse approuvé un tel dessein : ainsi , » tout ce que je puis faire est de vous laisser à la » Providence, et de vous conseiller de consulter >» des gens plus sages que moi dans le lieu où l'on » vous désire. Le principal est , si je ne me trompe , » de suivre simplement ce que vous aurez au cœur^ M en n'y écoutant que Dieu et en renonçant à » toute vue mondaine ».
C'est cette résignation entière et absolue à la Providence que Fénélon cherche toujours à inspilier à son neveu dans toutes ses lettres (0 ^ ce Je » ne veux vouloir que ce qui platt au mattre de w tout ; vous devez vouloir de même le toui sans ^ tristesse ni chagrin. Oh ! qu'on a une grande et
CO Manuscrits*
>» heureuse ressource > quand on a découvert un » amour tout-puissant qui prend soin de nous, et D qui ne nous fait jamais, aucun mal que pour » nous combler de biens ! Qu on est. à plaindre » quand on ne connoit pas cette aimable res- » source pour le temps et pour Téternité ! Çom- » bien d'hommes qui la reppussent ^l
» Un bon maître est celui qui nous aime mieux ^«""^^ ^^
* iQavr. 1713.
» que' nous île savons nous aimer , et qui ne nous (kanuficr.)
D fait jamais aucun mal que pour notre plus
» grand bien ; il nous paie de ce qu'il ne nous doit
y» pas; et de ses esclaves il nous fait ses eufans^
3> afin que nous soyons ses héritiers : son héritage
9 est leciel, et le ciel est luiri^éme.
» Si vous pouvez trouver quelque ami sensé, » et qui craigne Dieu^ soulagez-vous un peu le » cœur f en lui ps^rlant des. choses que vous le » croirez capable de porter. Mais comptez que » Dieu est le bon ami du cœur , et que personne » ne console comme lui. Il n'y a personne qui » entende tout à demi-mot comme lui, qui entre » dans toutes les peines y et qi;ii s'accopimode à » tous les besoins sans être importuné. Faites-en » un second vous-même. Bientôt ce vous-même D supplantera le premier, et lui ôtera tout crédit » chez vous »• ' Fénélon donnoit à son neveu les conseils le&
!^44 HISTOIRE DE FÉNÉLOir^
fUns sages sur sa conduile avec tes officiel^ de son régiment ; et il y méloit d'utiles leçons sur les inconvéniens qui pouYOÎent résulter de Texeès d'austérité qu'il portoit dans son caractère et qu'il Lettre du l'iûTitoit à adoucir^ « Faites votre devoir parmi
(ManuscrT * VOS oîfficierSj atéc exactitude > sànsminuties,pa- 9 tiemment et sabs dureté. On déshonore Injus^ » tiè& quand un n'y joint pa$ la douceur, les à égards et la condeseendmncê ; c'est faire mal le » bien. Je vetix que vous vous fassiez aimer; mais 3» Dieu seul peut vous rendre aimable ; car vous » ne l'êtes pas par votre naturel roide et âpre ; f» |e vous pimente souvent à Dieu^ et je le prie 3) de vous garder encore pltis de la contagion du » monde que des coups des ennemis »•
Ses inquiétudes pour un neveu si cher à son cœur et si digne de toute sa tendressé>, ne furent que trop justifiées. Le marquis de Fénélon reçut ^ à une des actions qui eurent lieu pendant la campagne de Flandre en 17 1 1, tine griève blessure à la jambe , dont il ne put jamais entièrement guérir^ et qui le laissa boiteux le reste de sa vie.
Le désir de consulter les gens les plus habîlef de l'art, le conduisit à Paris , aussitôt que les préliminaires de la paix d'Utrecht furent signés, {«"énélon désira que son neveu profitât de ce voyage pour se faire connoître d'une manière
IIVUE QUATRIEME. . %^^
avantageuse âana h lao^de » et cultiver les bonr
tés des anciens aiaiâ de sob onde et de sa famille.
« Il faut y pendant que je suis encore au monde, i^eitre da
y» que mon OBsbre vous faeilite quelque accès : (Maniucr.'r
» vous ne m^aure^ pas toujours. Vous devez bien
» croire , mon enfant , que je serai ravi de vous
» avoir ici ; mais il convient que vous tous acr
» coutumiex à Versailles , et qu'on s'y accoutume
» à vous. Je suis vieux et âoigné : la famille ne
» peut plus avoir nt soutien ni espérance que pav
» votre avancement dans le monde ; vous ne vous
» avancerez jamais à Cambrai. Il faut d'un côt(S
9 bien servir, et de l'autre , faire usage du ser-
» vice pour vous procurer quelque considératioa
p et un ëtablissèsient. Je vous aime pour vous et
» non pour mon amusement. A. Dieu ne plaise
s que je veuille vous rendre ambitieux. Je vou«
n drois vous voir mmter les plas grands bon**
» neurs sans les avoir, et vous contenter d'un
n état médiocre, selon la médiocrité de ndtr«
>» condition».
Fénélon s'occupoit avec une attenticm et um^ patience vraiment paternelle à réconcUier son neveu avec le monde et la société. Le marquis de Fénélon , comme on vient de le voir , avoit dans le caractère une certaine misanthropie qui pouvoit lui faire perdre tout le fruit de ses vertus
246 HISTOIRE DE FÉWÉLON,
et de l'excellente éducation qu'il avoit reçue auprès d'un instituteur tel que l'archevêque de Cambrai ; l'oncle eut besoin plus d'une fois de combattre ce dangereux penchant^ qu'il est si facile et si commun de transformer en vertu y en se faisant illusion sur les véritables causes de cette disposition ; mais il l'instruisoit en même temps, avec autant d'art que de douceur, de cette juste mesure qu'il faut observer dans le monde, lorsqu'on y apporte des titres favorables pour y être Lettre da accueiUi, estimé et distingué, (c M. le chevalier 1m^ '^T * ^^ Luxembourg (0 me mande que vous avez » trop de politesse avec lui : gardez-vous bien » de vous en conîger ; vous ne sauriez jamais lui » témoigner trop de déférence et de respect ; » mais il faut éviter une certaine cérémonie, em- » pesée et un sérieux qui le gêneroit. Il y a un » petit badinage léger et mesuré, qui est respec- » tueux et même flatteur, avec un air de liberté; » c'est ce qu'il faut tâcher d'attraper ».
C'est toujours avec ce tact, ce bon goût et dette connôissance du monde, que Fénélon ref nouvelle souvent ses avis et ses instances, pour
[ vaincre la répugnance presque insurmontable
[ que son neveu montroit pour la société.
l ' ' « Je ne puis m'empêcher de vous gronder un
(0 Depuis prince de Tingry.
» peu, sur ce que vous ne voyez pas assez les xxxvi. yy gens que vous devriez cultiver ; il est vrai que f^^ébn sur 3> le principal, est de s'instruire et de s'appliquer l'usage du
% j . - •! r ^ • monde; lel-
5) a son devoir; mais u tant aussi se procurer ^^^ da ^3
» quelque considération et se préparer quelque août 171 o.
» avancement; et vous n'y réussirez jamais, et ^ ^^^^^^''-^
» vous demeurerez dans l'obscurité sans établis-
» sèment sortable, à moins que vous n'acquériez
a> quelque talent pour ménager toutes les per-^
y> sonnes, en place ou eii chemin d'y parvenir.
)> C'est un soin tranquille et modéré, et presque
)> continuel, que vous devez prendre, non par
» vanité et par ambition, mais par fidélité pour
» remplir les devoirs de votre état et pour sou-
» tenir votre famille. Il ne faut y mêler ni em-
> pressement ni indiscrétion ; mais, sans recher-
3> cher trop les personnes considérables, on peut
» les cultiver et profiter de toutes les occasions
» naturelles de leur plaire. Souvent il n'y a que
» paresse, que timidité, que mollesse à suivre
» son goût dans cette apparente modestie, qui
» fait négligei: le commerce des personnes éle-
» vées. On aime, par amour-propre, à passer sa
» vie avec les gens auxquels on est accoutumé,
» avec lesquels on est libre et parmi lesquels on
» est en possession de réussir. L'amour-propre
» est centriste, quand il &ut aller hasarder de
24d HISTOI&R l>e VÈîHÉLqNj
» ne réasiir pas el de raoïper de^aot d'autres 3» qui ont toute la vogiie ; il faut mépriser le 3» moude et conaoitre néanmoins le besoin de le » ménager; il faut s^en détacher par la religion; 9 mais il ne faut pas Tabandonner par noncba- » lance et par humeur particulière. Ménagez le » monde ^ mon cher enfant , par devoir, sans 9 Taimer par ambition ; ne le négligez point par ^ paresse 9 et ne le suivez point par vanité».
iNous avons encore Hne lettre de Fénélon sur ce même sujet ; elle nous parott réunir en deux pages tout ce que les meilleurs traités d*édttca-« tion et une longue observation du* monde ponr^ roient offrir de plus juste et de plus délicat pour {'instruction des jeunes gens appelés , par leur naissance et leurs emplois , à jouer un rôle sur le théâtre du monde. On sera peut-être étonné de voir Fénélon, qui avoit passé toute sa jeunesse dans les obscures fonctions du ministère ecclé-* siastique; qui avoit continué h vivre dans la retraite, lors même qu'il fut transporté à Yer*^ sailles ; et qui , relégué à Cambrai , ne s'y étoit vu environné que d'un petit nombre d'-amis, occupés comme lui des simples détails de l'ad-* ministration d'un diocèse , posséder à un degré si rare toute cette science du monde qu'on n'acquiert ordinairement que par un long usage , et