‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 4 sur 72 · I.1V&E QUATRIÈME. X*J · texte numérisé non relu

I.1V&E QUATRIÈME. X*J

voient pas le comprendre ^ et le public n*étoit pas <d)]^gé de Te^liquer.

U n*est donc pas surprenant que ceux mêmefe; qui n avoient aucun intérêt personnel à nuire à Fénélon , parussent persuadés que sa plume n*a^ -voit fait que retracer avec iSdélité les modèles qu'il avoit eus sous les yeux pendant ^on séjour à Versailles. H e^ aussi facile que naturel à la malignité humaine , de trouver des rapproche*- ^mens et des conformités. Les mêmes intérêts et les mêmes passions reproduisent scHivent sur la scène du monde , et surtout dans les Cours, les m^es caractères et les mêmes intrigues.

On ne manqua donc pas de supposer que Fé^ xiélon n*avoit écrit le TéUnumme que -depuis sa disgrâce , et que mécontent de Louis XIV et de tout ce qui Tentouroit^ il ai/oit , sans peut-être ifen apercevoir hu * même , répandu sur les ta-^ Ueaux qu'il retraçoit des passions et desfoiMesses des rois y des vices et de la corruption des Cours , le sentiment pénible et involontaire d'un cœur affligé par rinjustice et aigri par le maUieur.

Il est difficile de savoir jusqu'à quel point Louis Xiy ajouta foi aux intentions que la ca-» lomnie pr|toit à Fénélon dans la composition de ces portraits ; mais on ne peut douter qu'il n'ait été profondément ukéré contre l'auteur d'un *our Fénélon. Tom. m. 2

l8 HISTOIRE DE FÉirélOlTy

vrage dont les maximes étdieat réellement en opposition avec les principes de son gouvernement, avec les qualités dominantes de son caractère et avec toutes les brillantes illusions qui Tavoient si long-temps séduit. L'âge et la piété lui avoient bien donné le courage et le pouvoir de modérer son goût «xtréme pour le faste et Téclat, sans le désabuser entièrement de toutes, ses idées de grandeur et de gloire. Lorsque le Télémaque pa.ruty le malheur ne lui avoit point encore appris à connoître.les bornes de sa puissance ; il ne soupçonnoit pas alors .^qu il se trouveroit bientôt réduit à accepter la loi de ces mêmes ennemis dont il avoit triomphé tant de fois ; il dut naturellement reconnoitre, dans Tauteur du 7e7e'* maquej cet esprit chimérique quil avoit déjà cru remarquer et qai 1^ voit, déjà blessé ; mais -il regiNetta surtout , d'avoir confié Tédiication de soii petitrfils.à un- homme dont les principes lai pa-* rurent dangereux^ parce qu'il les jugeoit entièrement opposés à l'opinion qu'il s'étoit faite de la nation que le jeune prince étoit appelé 3 gouverner, et incompatibles avec la fermeté nécessaire pour réprimer la légèreté des Français. Toutes ces maximes de modération et de popularité,. ces tableaux si rians de la; vie. pastorale et du bonheur des travaus^ champêtres , cette

haiùe des conquêtes , cette simplicité modeste des rois et des grands /cette candeur et cette bonnefoi dans les ni^gociations extérieures, ne lui parurent que les jeux puérils d'une imàgiiiation peu familiarisée avec là connoissaiice des hommes et avec la véritable science du gouvernement»

Il est donc facile^ de comprendre comment Louis XIV , déjà convaincu , par raiitorite des évéquesdes plus recommandantes de sa Cour, que Fénélon n avoit*que des idées romanesques sur la piété], pût juger, par soii propi^ sentiment, qu'il n'avoit également que des idées romanesques en politùfue,

Ce qui acheva de Taigrir encore plus profon-

dément contre rarfchèvêque'de Cambrai, c'est

qu'il cnit apercevoir dé l'ingratitude dans sa con*

d'mte.' Ce prince, accoutumé depuis si long-temps aux louanges et aux acclainatibns que tous les bommes de génie et toutes lés classes de ses sujets faisoient retentir autour de' son trôiie, entendoit pbui\ la jprèmiêrè fois une voix sévère qui sembloit'lui révéler toutes les erreurs dé son règne ; et'cette voix étoit celle d'un homme qu'il avoit comblé de bienfaits , qu'il avoit appelé à sa Cour, à qui il avoit donné le^ pliis grand témoignage d'estime et de confiance dont un roi puisse honorer un sujet.'

Page 1