LIVRE ClNQUiÈME
» VOUS voir ni d'entrer en, aucun commerce de » lettres ^avec vous , je ne puis oublier le désir » que vous eûtes , il y a quelques années/ de me » venir voir à Cambrai. Plût à Dieu que vous » fussiez encore prêt à y venir; je recevrois cette ^ marque de confiance . avec la plus religieuse » fidélité et avec les plus sincères ménagemens. » Je ne vous parlerais même des questions ' sur » lesquelles nos senlimens sont si opposés, que » quand vous le voudriez; et j*espérerois de vous » démontrer par les textes évidens de saint Au- » gustin, combien ceux qui croient être ses disci- » pies sont opposés à sa véritable doctrine. *
» Si nous ne pouvions pas nous accorder sur ies » points contestas, au moins tdcherions^nous de » donner l'exemple d'une douce et paisible dis- » pute, qui n'altéreroit en rien la charité.
1» Vous voulez me montrer que je me trompe ! » que vous répondrai-je , sinon ce que saint Au- » gustin -m'apprend à vous répondre : ui Dieu ne » plaise, disoit ce saint et savant évéque, que je » rougisse d'être instruit par un prêtre. J'ajouterai 31 avec ce Père : Que je sais ion gré à celui qui ^ veut. me détromper sur d^ questions oh il croit » ne se tromper pas, et que je dois ressentir as^ec » affection les soins de celui dont je ne puis m em- » pêcher de contredire la doctrine, ».
C'est toujours avec ce langage qui sied si bien
358 HISTOIKS BE FÉNÉLONy
dans la bouche d un éviqae et d*an homme ^i sait se respecter' lai-méme, que Fënëloii écrivoît et répondoit à ses adversaires. H e^ peu d*éyéques qui aient autant écrit sur les matières qui agi^ toient alors les esprits. La considération que de grandes vertus et de grands talens avoient acquise à Farcfaevéque de Cambrai^ ses justes inquiétudes sur les dangers qui menaçoient TEglise^ et le devoir de son ministère , ne lui permettoient pas de garder le silence ; mais s'il combat les opinions, il ménage toujours les personnes ; les écrivains les plus célèbres du parti opposé avoient réuni tous leurs moyens pour afibiblir ou éluder la force de ses preuves et de ses raisonnemens ; souvent même, comme il arrive presque toujours dans toutes les discussions, ils méloient les traits de la satire -ou des allusions piquantes à la discussion d^ preuves et des autorités; Fénélon mettoit à Técart, dans ses réponses, tout ce qui lui étoit personnei, opposoit des raisons à des injures , et ramenoit tou- * jours la question au seul but qu'il se proposoit, celui d'instruire et de persuader.
Le caractère qui distinguoit éminemment Fénélon , et qui semble lui appartenir d'une manière particulière, est celui de la candeur et de la mo^ destie. Bien loin de solliciter l'approbation de ses amis et de ceux dont il réclamoit les lumières, il s'attachoit à provoquer leui^ objections ; jamais