‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 53 sur 72 · I.IVBE CIZfQUlEME. 3S · texte numérisé non relu

I.IVBE CIZfQUlEME. 3S

il n'ëtoit surpris de rencontrer une opinion dif^ Hpeiàte de la sienne y il reoevmt avec autant de douceur que à^ r^eonnoissance les observation» quelquefois sévères que ses amis les plus ebers ne craignirânt pas de lui transmettre. 11 ëtoît le premier à exiger de leur vertueuse amitié cette franchise austère ; il écrivoit à Tabbé de Langeron : « Vos remontrances y mon très-cher enfant, me Lettre de » firent quelque légère peine sur-le-champ; Yg^ibé de » mais il étoit bon qu elles m'en fissent , et elles Langeron ,

1 X X • • • aojuil.i^oJ.

» ne durèrent pas. Je ne vous ai jamais tant aimé ^ (Manuscr.)

» vous manqueriez à Dieu et à moi , si vous n'é-

y> ties pas pré^ à me faire ces sortes de peines

» toutes les fois que vous croirez devoir me con-

i> tredire. Notre union roule sur cette simplicité^

9 et Tunion ne sera parfaite que tjuapd il y ama

» un flux et reflux de cêenr sans réserve ».

Ses amis ne lui laissoient point ignorer les int^rélatioBS ou lestnetife que Fenvie et. la malignité aSectoient de donner à ses démarches les plus innocentes; il n'en paroissoit ni surpris ni affligé; et c'est dans ses lettres les plus intimes qu'on retrouve cette candeur touchante que personne ne sut jamais revêtir d'un style plus enchanteur. « Je ne suis pas assez présomptueux , écri- Lettre de » voit Fénélon au père Lami, pour espérer de-p^^e Lami, » ma parole un si prompt chansfément dans les i'ïmaii7o4-

*^ r r D (Manuscr.)

36o HISTOIUE DE FJÊSÉLOZr,

» esprits : d'ailleurs , les hommes n'ont pas assez 3» de force sur eux-mêmes pour s'arracher, en » trois heures de lecture, des préjugés enracinés » depuis tant d'années; il faudroit rompre les » liens les plus doux et les plus flatteurs, faire un » aveu infiniment douloureux à l'amour-propre, » démonter toutes ses pensées , et mourir, pour s> ainsi dire, à toutes les choses dont on a vécu ; » il faut attendre patiemment qu'ils se rappro* » chent peu à peu ; des éclaircissemens doux et

» paisibles; point de disputes

» Pour ceux qui vont fouiUer dans mes inten- S) tions, je leur pardonne ; quand même ce guUls » s'imaginent serait vrai^ la vérité que j'ai dite » en serait- elle moins la vérité? J'ai tâché de » leur dire des vérités nécessaires par les termes » les plus doux ; s'ils font contre moi des écrits » injurieux ^ je tâcherai de ne répondre à des in- » jures que par des raisons. Laissez-les donc e;x* » haler leur chagrin , et ne vous fâchez pas par » amitié pour moi de ce qui ne me fâche nulle- » ment. Un torrent s'écoule bien plus vite quand Lettre de » OU ne fait rien pour le 2:etenir. Prions pour les Fénélon au ^^ esprits prévenus ; et loin de nous irriter contre

même, aS * *

mai 1705. » eux, ne songeons qu'à les plaindre, qu'à les

(Manuscr.) ^^ attendre , qu'à chercher les moyens de les gué-

» ri r de leur prévention. Jl faudrait nêtre pas

LITRE CINQUIÈME. 36l

» homme pournepas sentir combien il est facile j» de s'engager dans l'erreur^ et combien il en » coûte pour en rei^enir ».

Si on veut de noqyelles preuves de la modéra- '^}'

Sentimens

tion.'habituelle de Féoëlon et de son opposition de Fénélon constante à toqs les moyens violens, on les trou- ^ ^^^ vera dans ses lettres les plus confidentielles et les plus, secrètes. Il étoit certainement très-affligé de voir que le monastère de Port-Royal , qui auroit pu offrir à la religion et à TEglise de grandes consolations y par le spectacle édifiant de la piété et de la régularité , étoit devenu un objet d'inquiétude et de scandale. Rien ne devoit plus blesser toutes les idées d'un esprit aifesi juste et aussi éclairé y que le travers ridicule dé quelques religieuses qui s'étoient érigées en théologiennes , et qui se glorifioient de leur résistance à des décisions généralement admises dans TEglise. Cependant, Fénélon toyoit avec peine que le gouvernement s'écartoit quelquefois de ces sages tempéramens qui lui paroissoient touJQurs préférables aux moy^ens de force et d'autorité: il écrivoit à M. de Beauvilliers (») :

c( Ce qu'on a fait contre madame la comtesse » de Gramont (^) ne me parott pas assez mesuré :

(0 3o novembre 1699. (Manuscrits.)

(*) Elisabeth Hamilton , femme de Pbilipert , comte de Gr^

36a HI&TOIKE DE VÉRÉLONy

y dire qu'on a Port-Rayal en abomination ^ c'est » dire trop, ce me semblé , il suffisoit de tiii re- » présenter cette maison comme suspecté (>). Elle » a d'ailleurs obligation à ce monastère ; elle >i n y croit rien voir que d'édifiant ; elle a devant » les yeux l'exemple de Racine , qui y alloit » très-souvent , qui le disoit tout haut ckea ma** yè dame de Mainlenon , et qu'oa n'en a jamaia » repris W ».

Lorsque cette maison fut entièrement détruite^ en 17 09 y avec des circonstances odieuses trèspropres à révolter les esprits, Fénélon, qui avoit plus à se plaindre que personne de l'acharnement avec lequel les écrivains de ce parti cherchoient ; à le noircir, gémissoit avec ses amis sur une mesure aussi violente. Je lis , dans une de ses lettres

mox^t, connu par les Mémoires imprimée sous son nom. £U« mourut le 3 juin 1708, âgée de 67 ans.

(>) Il paroît, par une lettre de madame de Maintenon, que la comtesse de Gramont s^étoit exposée à de justes reproches Jiar une exaltation et un esprit de pftrit peu conrenableâ à une personne de json seii9 et de son étftt. «c Bfiulanie la.oomiaise de » Gramont ne garde plus de mesvre là-dessu? (sur le j^nsé- » nisme)^ elle montre sans façon, dans une chambre qu'elle a 3> au couvent de la Madeleine, tous les portraits de Jansénius, > de M. Amauld, de Saey, «t autres ».' ( Lettre au duo de' JYoailles, )

(*) Voyez les Pièces justijficatiwes du livre cinquième, n.^li.

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