‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 54 sur 72 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

an duc de Glievreuse (0, oes expressions remarquables : « Ur coup d^aolorité, comme celut » qu*on vient de foire à^ Port * Rayai, ne peut n qu^exciter la compassion publique pour ces j» filles^ et Findignation contre ^çurs persécn^ » teurs » ; tant Pénéton éloit couiraîncu que les seuls moyens^uttles et légitimes contre les erreurs de Tesprit , sont les secours de l'instruction et de la persuasion. Il croyoit qu'un gouvernement est t(Hi|ours dispensé de recourii* à des mesures de rigueur et de persécution , lorsqu'il a la sagesse et l'habileté de réserver sa faveur et sa prQtection aux hommes paisibles^, soumis et utiles.

Ces principes invariables de Féqélon le rendi« vm. rent également cher à tous ses diocésiùns, malgré p^^V^^^! la diversité des partis et dé$ opinions. Aucun vers les Janr évoque de son temps ne s'est déclaré d'une manière plus forte et plus décidée contre les partisans du jannsénisme; mais en combattant leurs erreurs avec to^it le courage de la vérité, il plaignoit leurs malheurs ; il évitoit tous les- reproches odieux , toutes les réflexions trop amères. Son «èle même étoit devenu garant de leur sécurité personnelle, et Fénélon fut véritablement pour eux un ange tutélaire. Le gouvernement, tranquille sur un diocèse confié à un prélat qui veilloit avec tant de soin à la pureté de la doctrine,

(0 Bu a4 novembre 1709. (Maniisorita.)

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se regardoit comme dispensé d'exercer une surveillance trop inquiète sur ceux qui étoient venus y chercher un asile et le repos*

II falloit que cette opinion fut bien générale* ment établie , puisque M. de Saint-Simon en fait lui-même robservation dans ses mémoires, ^& Ton trouve si souvent des satires et si rarement des éloges (0. « Fénélon, dit M. de Saint-Simon , » fut toujours upiforme dans la douceur de sa » conduite : les Pays-Bas fom^milloient de Jansé- }> nistes ou de .gens réputés tels. Son diocèse en » pai^tignlier, et Cambrai même en étoient pleins; » Fun et l'autre leur furent des lieux de constant » asile et de paix. Heureux et contens d'y trou- » ver du repos , ils ne s'é^nurent de rien à l'égard » de leur archevêque qui, contraire à leur doc- » trine, leur laissoit toute sorte de tranquillité; 3) ils se reposèrent sur d'autrçs de leur défense » dogmatique , et ne donnèrent ppin^ d'atteinte » à l'amour général que tous portoient à Fé- «.nélon;>.

A ce témoignage, nous pourrions ajouter des preuves bieb plus décisives : nous nous borner rons à dire que nous avons entre nos mains toutes les lettres manuscrites de Fénélon , pendant les années les plus orageuses de son épiscopat ; elles sont adressées pour la plupart à dos personnes

(>) Mémoires de Saiut-Siîmoii.

LIVUE CINQUIÈME. S65

très-accréditées à la Gour^ et très à portée d'obtenir du gouvernement des actes de rigueur* Toutes ses lettres expriment sa profonde douleur sur les tristes suites de ces controverses religieuses ; mais il n en est pas une seule où il dénonce à Tautorité aucun de ceux qui mettoient le plus d'acharnement k propager leurs turbulentes opinions; il n'en est pas une seule oii il provoque des mesures de sévérité; tous le» moyens qu'il propose se réduisent à des moyens d'instruction pour ceux qui se trompent, et à des moyens d'encouragement pour ceux qui soht rest^ fidèles à la saine doctrine.

Les actes de violence et de persécution étoient Douceur de si opposés au caractère et aux principes de Féné- "^^^^^^^^^"^ Ion f xjvl'ù ne craignoit pas de condamner haute- testa&s. ment la rigueur que quelques agens de l'autorité continuoient à exercer envers les Protestans paisibles et soumis. Il improuvoit également le zèle peu réfléchi qu'on employoit à arracher à ces hommes 9 plutôt intimidés et effrayés que sincèrement convertis y des actes de religion qui n'auroient dû être regardés que comme des actes d'hypocrisie. « Le bruit public de ce pays, écri- » voit-il à M. de Beauvilliers (0, est qiiii|le con- » seil sur les affaires des Huguenots , où vous » entrez, ne prend que des partis de rigueur; ce

^0 Manuscrits.

366 H2ST6IEB DE PÉKÉLOIT.

» ]i*«st pas là le vrai esprit de TEvangile ; r<en* » vre de Dieu sur les coeu^ ne se fait point par » violence; fe suppose que s*îl y a de.la riguenr, j» elle ne vient pas de vous, et que vou$ ne pou* 4> vez la modères* ».

Ce n'éloit point à des vœux stériles, on à de simples conseils que se réduisoient les principes d*indulgence et de modération de Fénélon. Tous les actes de ^n gouvernement ecclésiastique por* toient ^empreinte de cette religion éclairée qui aspire surtout à régner -da^s des oœurs sovmis et sincèresf II fut informé que dam les parties du Hainaut comprises dans son diocèse , il existoit un grand nombre de paysaiis descendus d'anciens ProtestanSy qui avoient feint 'de se convertir, qui fréquentoient même les Eglises pour mieux dissimuler leurs sentiœens, et profitoient ensuite de la proximité des frontières pour idler r^aoplir tous les actes de leur ancienne ireligîan avec les Protëstans des p&ys voisins. Féûélôa voyait avec ^léuleur cette prefatia'tion de totit ce qu'il peut y avoir de plus sac^ parlai les baïames. Il résolut d'y appc^ter le seul remède >qlâ f&t en son pouvoir. Il fit venir le ministre Briinieiv qiûavoit la conlJlMAcede ces malheureux, el Iili dit: « ïAUeie » les trouver; pren^ leurs noms et ceux de leur M famille; remèttez^Ies moi, je vous donne ma. » parole qu'avant six mois je leur ferai avoir des

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» passe-ports ; c'est tout ce que |e puis faire pour )> leur soùlagemeat »•

Tels avoient été dans tous les temps les prin^cipes de Féoélon, ; il les avoit professés haute*ment avant même d'être ëvéqùe > et à Fépoque où le gouvernement avoit adopté .ksinesures les plus sévères 'contre les ProtestaosJ Le maréchal de ^oatUes ^ commandant en Languedoc , et chargé de Texéctttion des ordres . d« Roi^ dans cette grande province^ consulta labbe de Fénékm sur la conduite qu'il devoit tenir envers les soldats étrangers^ d'nue religion diife'rente , et employés nu ^service, du Roi. Les mânoires du temps nous apprennent que les commandans militaires s'efforçoient quelquefois dé signaler leur zèle pour le Koi I en excédant les instructions let las <»*dres qu'ils avoient reçus.

Pénâon râyondit au maréchal de Noailles: lettre de

-, , ^ . * ri j FabbédeFé-

« Il u est pomt à propos , ce me semble ^ de tour* j^^loa au ma- » menter et d'importuner les soldats étrangers ^^^^^ àe

. . , Noailles, aa

» et fiérétiques pour les faire convertir; on ny juillet 1684.

n réusûroit pas c tont an plus> on les jeteroit (^^'^^'^^O

9 dalis^ l'hypocriste., et ils (^sertitrogetit en foule;

n û suffit de ne souffrir pas d'exercice public^

» suivant rintentron du Roi. Qnand quelque offi***

» oier ou autre peut leur insinuer quelqne mot,

s on les metti^ ^ chemin de vénloin s'instruire

368 BISTOIUE DE FÉNÉLOlTy

3» de bon gré , cela est excellent ; mais point de » gène ni d'empressement indiscret. S'ils sont » malades , ' on peut les faire visiter d'abord par j> quelque officier catholique , quif les console^ » qui les fasse soulager, et qui insinue quelque » bonne parole. Si cela ne sert de rien , et si la » maladie continue , on peut aller un peu plus » loin, mais doucement et sans contrainte, pour » leur montrer que Tancienne Eglise est la meil- » leure, et que c'est celle qui vient des apôtres: » si le malade n'est pas capable d'entendre ces yi raisons , je crois qu'on doit se contenter de lui » faire faire des actes de contrition , de foi et » d'amour, ajoutant souvent: Mon Dieu, je me » soumets à tout ce que la vraie Eglise enseigne ; » je la reconnois pour ma mère , en qudque lieu

M qu'elle soit Il faut, pour* la sépulture,

3> suivre la règle de l'évéque diocésain , et éviter » l'éclat autant qu'on le peut , sans avilir la re- )i ligion ».

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