‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 59 sur 72 · II. ce Monseigneur, |'ai lu votre instruction pas · texte numérisé non relu

II. ce Monseigneur, |'ai lu votre instruction pas

Letlre de ,. i . . .., ,

Lamotte à " Morale j jamais matière ne m a paru mieux Fénélon, I.*' » éclaircie^ J'y ai Remarqué même que , pour ne » point laisser de réplique à la chicane , vous » avez le courage d'en dire plus qu'il ne faudroit » à des gens de bonne foi; que vous he dédaignez » pas les objections les plus absurdes , parce » qu'enfin on ne laisse pas de les faire, et que » vous croyez qu'il est de là charité de payer de » raisons les gens les plus déraisonnables. Se » péut-il, Monseigneur X car j'ai mon zèle aussi » sur cette matière), se peut-il qu'on donne au » mot de liberté un sens aussi forcé que celui » que lui donnent ceux que vous réfutez. Nous » sommes donc, selan eux, comme une bille sur » un billard, indifférente à se mouvoir à droite et » à gauche ; mais dans le tenips même qu'elle se » meut à droite, on la soutient encore indilfé- » rente à s'y mouvoir, par la raison qu'on l'au* » roit pu pousser à gauche. Voilà ce qu'on ose » appeler en nous liberté , une liberté purement » passive, qui signifie seulement l'usage différent » que le Créateur peut faire de nos volontés, et » non pas l'usage que nous en pouvons faire nous- » mêmes avec son secours. Quel langage bizarre » et frauduleux ! On croit, en attachant ainsi aux » mots des idées contraires à l'institution gêné-

» raie y éluder les censures de l'Eglise; on parle » comme elle en pensant totit autrement , et I) Ton trouve mauvais qu'elle ; rejette des enfans » qui ne tiennent à elle que par l'hypocrisie des » termes. I^ardonnez-moiy Monseigneur ^ cessait- » lies théologiques.

n Encore tin inot sur votre mandement , et je, » rentre dans ma sphère. J*y ai été frappé surtout » d*un argument qae vous faites ^r Fautorité die n l'Eglise; c'est d'elle seule que nous recevons >* l'interprétation de rEcrituré, à plus forte raison » celle det Pères. Il ne s'agit donc plus d'alléguer ^ les textes des saints docteu}^ ; il ne faut qu'in- » terroger l'Eglise sur le sens qu'elle y approuvé ; » et quand on supposeroit que ce n'est pas le vrai » sens des auteurs , il n'en seroit pas moins la » seule règle de foi. L*EgUse a décidé, par exem- » pie, que l'homme peut refuser son consente- » ment à la grâce s'il le veut ; il ne m'en faut pas » davantage ; c'est par cette seule parole que je » dois expliquer tous les livrés des Pères sur la » grâce ; et quelques difficultés qui s'y trouvent , » c'est le dénouement universel ».

Si cette lettre fait l'éloge de la sagacité avec laquelle Lamotte avoit saisi des questions qui lui étoient H peu familières, elle peint en même temps la clarté que Fénélon savoit répandre sur

les matières les plus abstraites. G'étoit là en effet une des qualités les plus remarquables de Fesprit de Fénâon ; et ce genre de mérite est d'autant plus étonnant , qu un goût particulier Tattiroit de préférence Vers les profondeurs de la métaphysique. Cette disposition auroit dû naturellement communiquer à ses idées et à ses expressions cette eq)èce d'obscurité sublime qu'on est souvent tenté de reprocher à quelques métaphysi^ ciens , soit qu'ils s'égai^ent malgré eux en voulant 5'âever jusqu'aux hauteurs inaccessibles que Dieu a interdites à l'intelligence humaine , %Mt que les esprits d'un qrdre inférieur ne puissent suivre l'essor hardi de leurs conceptions. Fénélon fei- «oit servir au contraire son génie métaphysique à simplifier toutes les idées , et à les traduire sous les signes les plus intelligibles.

Les adversaires de Fénélon furent déconcertés par le succès de la méthode aussi simple qu'ingénieuse dont il s'étoit servi pour se faire entendre de toutes les classes de la société ; ils l'accusèrent de n'être pas théologien^ pour se dispenser de lui répondre; et tandis que tous ses écrits attestoient l'étude approfondie qu'il avoit faite de tous les monumens de la tradition , on prétendoit qu'il manquoit de profondeur. Ce reprocha étoit un véritable éloge du talent qu'il avoit de fiiire dis*

parotfre toutes les aspérités dont les sciences sont trop souvent hérissées; mais la voix publique ven-* geott avec édat Tarchevéque de Cambrai de Tinjustice de ses détracteurs ; on admiroit la beauté de ce génie lumineux , qui portoit toujours la clarté dans les questions les plus obscures , qui s*attacbeità substituer des notions simples et naturelles, à dés définitions vagues et arbitraires , des comparaisons sensibles et familières à.des idées abstraites, et qui offroit sans cesse à la pénéti^ation des lecteurs une méthode claire , facile , et dégagée de tout cet appareil plus imposant que nécessaire à la counoissance de la vérité.

Cétoit avec le même artifice et aussi peu de bonne foi qu*on afièctoit de supposer que Fénélon étoit attiré de préférence vers le système de Mo« lijia par un penchant qu'il cherchoit en vain à dissimuler. Nous croyons au contraire avoir ob» serve que, parmi toutes les opinions que FEglisç a abandonnées à la liberté des écoles , Fénélon n*en avoit embrassé aucune en particulier, parce qu'il n'en étoit aucune qui ne lui offrît des diffi-* cultes presque insurmontables ; il n'avoit jugé ni utile y ni nécessaire de chercher à les résoudre ou à les. concilier y et il s'étoit sagement renfermé dans les limites où l'Eglise elle-même a cru devoir se renfermer; il s'étoit borné à combattre ceux

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qui s^en ëtoient écaii:és ou qui vouloiént s*en ëcar* ter, et il ne s^arrogeoit ni le droit ^ ni la prétention d'interdire à ses inférieurs la liberté du choix parmi tant d'opinions que FEglise n'a cru devoir ni condamner, ni approuver.

C'est ce qu^il répondit de la manière la plus

claire et la plus précise au supérieur d'une corn*

munauté, qui crut sans doute Temban^asser en

' lui oiTrant d'enseigner à ses religieux l'une de ces

opinions de préférence à l'autre.

m. « Vous me demandez , mon révérend Père y ce

Lettre de # • • v • <». i* -

Fénélon au ** 9"^ J^ veux que VOUS enseigniez à vos étudiansj sapërieur » permettcz-moi de vous répondre que je ne veux

d*une com- , i • i

munauté. ** ^^^^ y ^^ q"® j^ laisse à chacun toute l'étendue » de liberté que lIEglise laisse à ses enfans. Eh ! » qui suis-je pour vouloir aller plus loin ? Je me » borne à demander en son nom qu'on n'enseigne » rien contre le concile de Trente, ni contre les » cinq constitutions qu'elle a portée? sur les doc- » trines plus récentes. J'userois d'une autorité » qui ne m'appartient pas , si je voulois imposer » une loi sur les opinions libres dans les écoles « catholiques j fe ne veux ni ne peux condamner » aucune des opinions que l'Eglise ne condamne » pas, et il n'est nullement nécessaire pour la pu- » reté de la foi de s^attacher de préférence à qud- » qu'un des systèmes qui partagent les écoles ».

C'est

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