X. Il crut se mettre à Tabri de tout reproche , en
de l^raet ^® Couvrant du grand nom de Bossuet; mais une sur les Ré- si grande autorité y quelque imposante qu'elle fut y raies du père °® pouvoit le défendre qu'en supposant quelle QuesneL parlât clairement en sa faveur.
Il est certain qu'à l'époque où parut le Problême ecclésiastique (en 1699 )y ^^ cardinal de NoailleSy un peu embarrassé des contradictions qu'on lui reprochoit au sujet de l'approbation
donnée au livre des Réflexions morales, avoit appelé Bossuet à son secours : on étoit alors occupé à préparer une nouvelle édition de ce livre. Le cardinal et les partisans du père Quesnel se trouvoient donc également intéressés à repousser les accusations qui déjà commençoient à s'élever
(') Mémoires du chancelier d^Aguesseau.
contre la doctrine des Réflexions murales; d'ail^ leurs il s'étoit imprudemment engagé à autoriser cette nouvelle édition par un mandement. On ne pouvoit guère justifier Tapprobateur qu'en excusant l'auteur y et en adoucissant ses expressions autant qu'une nlatière aussi délicate pouvoit le permettre. Ce fut dans cet esprit qiue Bossuet écrivit l'espèce de mémoire dont il est ici question; et^si on le lit avec attention, on observera qu'il s'y étoit bien plus occupé de la justification du cardinal que de celle du père Quesnel. On remarquera aussi qu'il n'avoit jamais eu l'intention de le faire paroitre sous son nom y mais sous celui des théologiens chargés de l'examen du livre ; il n'avoit même consenti à se ciiarger de cette pénible tâche qu'à certaines conditions. Bossuet composa donc, un Avertissement ^ qui ne de voit être placé à la tête de la nouvelle édition, qu'après qu'on auroit changé ou corrigé cent vingt propositions du texte qui lui paroissoient les plus répréhensibles; il cherchoit ensuite à donner une inter* *prétation favorable à un gi*and nombre d'autres propositions qui lui parurent seulement équivoques et avoir besoin d'explication ; mais un pareil travail, qui devoit être regardé plutôt comme une censure que comme une approbation, ne pouvoit convenir aux vues des partisans du livre et de l'au^
4o4 HISTOIRE DE FÉNÉLON^
teur. On fit donc paroître Tëdition de 1699 ^ et on se garda bien d'y insérer V Avertissement qu'on ayoit demandé avec tant d'empressement à Bossnet (0. Une infidélité aussi remarquable léclaira Bossuet sur les motifs peu sincères qui avoient inspiré la demande qu'on lui avoit faite ; des témoi*^ gnages irrécusables ont ensuite fait connottre quece prélat f pendant les qnati*e années qu'il survé* eut encore y s'étoit hautement expliqué contre la doctrine du livre tel qu'on l'avoit fait parottre, sans le soumettre aux nombreuses- corrections qu'il avoit exigées (^).
Bossuet avoit laissé parmi ses papiers ce projet èi Avertissement comme un travail imparfait' et inutile ; ce ne fut que quelques années après sa mort y qu'un ami ardent du père Quesnel, alors
0) 0& ne peut guère douter que Bossuet n^e&t suffisamment prémuni le cardinal de Noailles contre le danger aucpiel il s'exposoit s^il donnoit son approbation à ce^e nouvelle édition j car, malgré sa foiblesse naturelle , et malgré Tespéee d^engagement qu'iLivoit prisy le cardinal se refusa k autoriser l'édition de 1699 par un mandement, ce qu il eut bien soin de faire remarques* dans la suite.
(*) Madame de Maintenon déclara dans la suite à M. le duc de Bourgogne, devenu dauphin, « que Bossuet lui avoit dit à elle- ^ même plusieurs fois que le nouveau Testament du père Quesnel » étoirtellement infecté de jansénisme, qu^îl n^étoit pas suscep,- I» tible de correction ». (Manuscrits. )
LlVRS SIXIEME. 4^5
exilé à Meaux, parvint à s'en procurer une copie, et le. fit imprimer à Tournai, sous le titre frauduleux de Justification du Liyré des Réflexions morc^j par feu M. Bossueij évéque de Meaxix.
Tel étoit le retrandiement si facile à renverser, que le cardinal de Noailles prëtendoit opposer aux atta<]U#6 dont il ëtoit menacé; mais il eutx bientôt lieu de reconnottre qu'une si foible dé-^ fehse ne pouvoit ni le garantir , ni le justifier.
Un incident imprévu , auquel il attacha bèan^ coup d'importance, l'entraîna tdut-à-coup dans une suite de fausses démarches qui empoison<^ lièrent le rest« de sa vie. On doi^ en effet remarquer que ce fut le cardinal de Koailles lui-même qui provoqua en quelque sorte la constitution Vnigenitus par l'espèce d'irritation avec laquelle il s'engagea dans une discussion particulière, qu'il lui eût été facile d'étouffer ou de concilier dans son origine*
Lqs évêques de la Rochelle (0 et de Luçon (3) ^' )>ublièrecit 9 en 1711, une Instruction pastorale éTê({uesdela qu'ils avoient rédigée en commun , et datée du 1 5 ^<*^helie t\
* . deLuçoir.
juilMt 17 io« Cette Instruction pastorale condam-
(0 Etienne de Ghamflour, nommé à févêcHé dp la Rochelle
en 170a.
(«) Jean-François de Valderic deLescurç, nommé à réyéch^ de Luçon #n 1699.
4o6 HISTOIRE DE FÉHÉLÔH^
noit le livre des Réflexions morales du père Quesnel; comme renfermant et renouvelant les erreurs deJansénius; elle développoit avec beaucoup d'étendue les questions controversées, et ftrmoit une espèce de traité dogmatique sur la grâce.
Aussitôt que cette Instruction pastorale eut été imprimée et publiée à la Rochelle , Timprimeur de la Rocbeile en adressa, selon Tusage, un grand nombre d'exemplaires à son correspdbdant de Paris: Celui-ci , moins attentif aux convenances qu*à des calculs d'intérêt , fit annoncer cet ouvrage par une multitude d'affiches placardées dans toutes les places et à tous les coins des rues; on crut surtout remarquer une espèce d'affectation à étendre ces affiches jusqu'aux portes et aux cours de l'archevêché. Le mandement des deux éfêques portoit la condamnation d'un ouvrage anciennement approuvé par le cardinal de Noailles , et rien en eSet ne devoit parottre plus choquant et plus contraire à toutes les bienséances que cette aflfectation insultante, en supposant qu'elle eût été préméditée. Les deux évêques ont toujoui^ protesté qu'ils n'avoient eu aucun#^rt à un procédé aussi inexcusable; peut-être eû^il Aé de la dignité du cardinal de se contenter d'un pareil désaveu. Le cardinal de Noailles avoit feçu en cette circonstance , des principaux wcorps de
LIVAB SIXIÈME. 4^7
son diocèse, des témoignages détachement , d'estime et d'intérêt qui dévoient le consoler d une injure qui retomboit toute entière sur ses ad ver* saireSy parce que, dans la première effervescence de cette afiaire , on les avoit présumés coupables. Il ne tendit qu'à lui de conserver tout l'avantage d'une position aussi heureuse ; la malveillance l'avtit servi bien plus utilement que sa propre habileté ; mais il étoit de la destinée du cardinal de Noailles de se nuire à lui -même , maigre la fortune qui s'étoit plu constamment à le favoriser, n s'aigrissoit facilement ; on réussit à l'aigrir encore davantage. IjCS deux évéques avoient leurs neveux au séminaire de Saint-Sulpice ; il lès soupçonna assez légèrement d'avoir fait placer ces affixhes qui l'avoient si vivement choqué*
En vain le supérieur du séminaire lui attesta de la manière la plus formelle, que ces deux -ecclésiastiques, placés immédiatement sous ses yeux et sous sa surveillance continuelle, n'avoient et ne pouvoient avoir aucune part à ces affiches qui avoient excité tant de rumeur et de scandale. Le cardinal fut inflexible. Dans un premier mouvement de vivacité, et par un abus peu honorable de son autorité , il ordonna au supérieur général de Saint-Sulpice de les renvoyer de son séminajire , quoiqu'ils y vécussent avec édi-