‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 2)Chapitre 65 sur 72 · EPIGRAMME · texte numérisé non relu

EPIGRAMME

Gueudeville et Faydit^ ces critiques fameux. Qui contre TMmaque ont fait mainte satire.

Depuis naguère ont un débat entr'eux.

«c Votre style plaisant, dit l'un , est ennuyeux » ; (( Le vôtre, répond Fautre, est d^un pédant crasseux. »

Qui Tauroit jamais osé dire , Us ont trouvé moyen d*avoir raison tous deu»

Lorsque la vigilance de la police se fut relâchée en France, on fit à|louen une édition clandestine du Télémaque, du vivant même de Louis XIY.

Tant que Fénélon vécut , il dédaigna d'avouer ou de désavouer son livre ; il ne s'occupa point de corriger les Chutes qui s'étoient glissées dans toutes ces éditions si rapides et si multipliées. Ce fut de sa part une espèce de respect qu'il voulut montrer à Louis XIY, en ne paroissant attacher aucun prix au succès d'un ouvrage qui avoit eu le malheur de lui déplaire. D'ail» leurs il lui étoit facile de prévoir qu'après sa mort et celle de Louis XTV, sa famille pourroit rectifier sans inconvénient les inexactitudes et les imperfections de toutes ces éditions étrangères. Nous avons même rapporté qu'il j avoit ajouté quelques morceaux qui lui parurent utiles , agréables ou nécessaires* Ce sont ces additions dont nous avons entre les mains le seul manuscrit original qui existe.

Enfin y en 1 7 1 7, le lùarquis de Fénélon , petit-neveu de l'archevêque de Cambrai, élevé sous ses yeux, passionné pour la gloire d'un onde qui l'avoit chéri avec toute la tendresse d'un père , fit paroi Ire une double édition du Télémaque ches Jacques Etienne; l'une en assert gros caractères, et l'autre en caractères plus pe« tits, mais toutes deux 1/1-12, avec des figures. Cette édition fut présentée et dédiée à Louis XV, alors Agé de sept ans. M. le Régent , qui avoit eii dès sa jeunesse une tendre vénération pour l'archevêque de Cambrai, s'empressa de lever tous les obstacles qu'on avoit apportés à la pubhci^ttion du Télémaque sous le

règne prëcëdent , et se crut heureax de pouvoir rendre cet hommage public à la mémoire de Fën^lon. Nous croyons devoir rapporter ici l'approbation que M. de Sacy (0 donna, en qualité de censeur royal, à cette édition de 17 17. M. de Sacy a exprimé en quelques lignes toute la morale du Télémaque. Ses expressions révèlent cette profonde admiration long-^temps comprimée par l'autorité de Louis XIV, et qui recevoit de cette contrainte même plus de force et d^énergie :

« Tai/lu , par ordre de monseigneur le Chancelier , » cet ouvrage, qui a pour titre: Les Aventures de » Te'lémcique, avec une préface qui en découvre toutes » les beautés, et j'ai cru qu'il né méritoit pas seulement » d'être imprimé, mais encore d'être traduit dans » toutes les langues que parlent ou qu'entendent les » peuples qui aspirent à être heureux. Ce poème épi- Df que, quoiqu'en prose, met notre nation en état de » n'avoir rien à envier de ce côté-là aux Grecs et aux » Romains. La fsible qu'on y expose ne se termine point » à amuser notre curiosité et à flatter notre orgueil. » Les récits, les descriptions, les liaisons et les grâces » du discours éblouissent l'imagination sans l'égarer; » les réflexions et les conversations les plus longues pa- » roissent toujours trop courtes à l'esprit, qu'elles » n'éclairent pas moins qu'elles l'enchantent. Entre » tant de caractères d'hommes si différens que l'on y » trouve , il n'y en a aucun qui ne grave dans le cœur

(0 Louis de Sacy, de F Académie française, mort à Paris le a6 octobre 1727, âgé de 73 ans.

» des lecteurs Thorreur du vice ou Famour de la vertu. » Les mystères de la politique la plus saine et la plus » sûre y sont dévoilés ; les passions n'y présentent qu'un » joug aussi honteux que funeste ; les devoirs n'y mon- » trent que des attraits qui les rendent aussi aimables » que faciles. Avec Télémaque, on apprend à s'attacher » inviolablement à la religion dans la bonne comme » dans la mauvaise fortune, à aimer son père et sa pa- 9. trie; à être roi, citoyen, ami, esdave même, si le » sort le veut. Avec Mentor^ on devient bientôt juste , » humain, patient, sincère, discret et modeste. Il ne » parle point qu'il ne plaise , qu'il n'intéresse, qu'il ne 3) remue, qu'il ne persuade. On ne peut l'écouter qu'a- D vec admiration , et on ne l'admire point que l'on ne » sente qu'on l'aime encore davantage. Trop heureuse » la nation pour qui cet ouvrage pourra former quel- » que jour un Télémaque et un Mentor!

» A Paris , ce premier juin 17 16.

»De Sacy. »

A la tête de l'édition de 17 17 on plaça une dissertation de M. de Ramsay sur la poésie épique et sur le poème de Télémaque, M. de Ramsay avoit voué à la mémoire de Fénélon une espèce de culte religieux . Il avoit vécu plusieurs années auprès de lui dans la plus grande intimité, et il devoit à ce prélat le bonheur d'avoir abjuré les erreurs de la religion dans laquelle il avoit pris naissance , et de se réunir à l'Eglise romaine. M. de Ramsay prit la peine assez inutile de répondre dans son discours préliminaire , aux critiques de Faydit et de Gueudeville , déjà aussi oubliées que leurs au^

46o riècES JUSTIFICATIVES

leurs. Ce fat alors qu'on vit la première fois le Télé^ moque divisé en vingt-quatre livres. Bfous avons déjà fait remarquer que cette division n'existe point dans le manuscrit original de la bibliothèque du Roi, et qu'elle fut imaginée après coup par Fénélon , et établie pour la première fois. dans la copie originale que nous avons entre les mains , et qui fut corrigée et perfec* tionnée par Fénélon lui-même. L'objet de cette division fut sans doute de donner à chaque partie cette juste précision qui soutient l'attention du lecteur sans jamais la fatiguer.

L'édition de 1717 a fixé pour toujours le véritable texte du TélémaquCy et a offert pour la première fois au public les fragmens précieux que Fénélon avoit ajoutés à sa première composition , et dont nous avons déjà rendu compte. Enfin , cette édition étoit terminée par une ode de Fénélon , ouvrage de sa première jeunesse, inspirée par sa tendre amitié pour l'abbé de Langeron y et qui fait éprouver cette espèce de tristesse calme et douce, que nous appeUerions mélancolie, si on n'avoit pas abusé 4^ cette expression depuis quelques années.

On supprima de l'édition de 17 1 7 les aventures d'Aristonoiis, qui n'avoient en effet aucun rapport avec celles de Télémaque , et qui dévoient mieux trouver leur place dans une nouvelle édition des Dialogues et des FableSy que le marquis de Fénélon se proposoit de publier , et qu'il fit en effet paroitre en 17 18, en deux volumes in-ii.

On se conforma dans les pays étrangers à l'édition de Paris ^ de 17 17. Dès la même année, on la réim-

DU LITRE QUATEIEME, 4^1

prima à Rotterdam, en deux Yolumpm-12. Deux ans après 9 en 17191 Westein en donna une nouvelle édition en deux volumes iii^ia. Ce fut k cette édition qu'on ajouta, sous la forme de notes , ces allusions personnelles et odieuses que la malignité avoit imaginées p«ar nuire à Fénélon dans l'esprit de Louis XIV, mais

qu'elle s'étoit contentée jusqu'alors de &ire circuler de bouche en bouché. Les imprimeurs de Hollande crurent que ces notes, ne pouvant plus nuire à hauteur , ni à sa famille , poiirroient donner plus de valeur k leur édition.

On imprima à Paris, en l 'jZo , une nouvelle édition du Télémaque en deux volumes m-4^. Elle fut exécutée avec une espèce de magnificence : on a placé de^ figures à chaque livre, et lé frontispice est orné du portrait de Fénélon , soutenu par la sagesse et la renommée , et couronné par la vertu. On devoit ce frontispice au burin de Tardieu; mais c'est la seule des gravures qui décorent cette édition, dont les gens de goût aient été parfaitement contens. Ils parurent même reprocher au graveur de n'avoir pas donné* une entière ressemblance à la figure de Fénélon.

L'opinion générale avoit déjà placé le Télémaque au nombre des livres classiques, et cette opinion étoit tellement consacrée, qu'vn professeur des humanités en l'université de Caen (0 entreprit de traduire ei| vers latins le Télémaque. Il fit réciter, dans un exercice public au mois de septembre 1739, la traduction des cinq premiers livres du Télémaque. Nous ne savons

(OMtHeurtaod.

46a PIEGES JVSTIFICATITES

pa5 si cette traduction a été terminëe et imprimée. Lorsqu'on imprimoit la seconde édition de VHis-- Urire de Fénélon^ nous ayons reçu une traductioa en vers latins du Télémaquey qui a déjà obtenu les suffrages de plusieurs gens de lettres distingués. L'auteur, le père Alexandre -Yiel, étoit grand préfet des études au collège de Juilly , à Fépoque o& cette maison jouissoit d'une réputation méritée , parce que l'on ayoit su y conserver tous les principes et toutes les formes des anciennes institutions. On en doit la publication à la piété filiale et à la reconnoissanoe des élèves du père Alexandre-Yiel. Il semble qu'il soit donné aux admirateurs de Fénélon y comme à Fénélon lui-même , de trouver toujours des amis fidèles et des disciples reconnoissans. C'est ce double sentiment que les éditeurs <mt exprimé dans une inscription latine ^pû atteste tout leur attachement et toute leur reconn<MSsance pour leur respectable instituteur.

Stepbano Âlezandre-Viel

PresbjterOy

In Âcademîà JnliaceiiBi

StodionuD olim îaoderatoriy

Hoc ipsins opus,

Qaod typis mandari f^eligiot é earafemiit

^ Offerebant

Amantissimi et memores alomnL

AvG. CRETJzé DE Lessei. J.-M.-E. Salverti.

J.-B.-B. £tri£s. Â.-y. AaiTAULT.

J.-A.-J. BURAHT. EnsEBius Sàlteitb.

Les éditeurs nous font connoitre le père Alexandre-

DU LIVRE QUATRiiCMC. 4^3

Yiel sous les rapports les plus attachans, et qui expliquent comment leur reconnoissance a survécu aux terribles ëvénemens qui les ont séparés depuis dix«sept ans d'un maître chc.i.

Le père Alexandre-Viel quitta la France en 1791 ^ à une époque ou son ame vertueuse pressentoit avec douleur tous les troubles et tous les malheurs dont elle étoit menacée. Il s'embarqua pour la Louisianne, où il est né ; c'est Ih qu'caijouréChm encore y disent les éditeurs , U coule une vieillesse heureuse, aimé et respecté de tout ce qui l'environne, servant de père à tous ses parens, et de consolateur à tous les mat" heureux (0. '

Nous avons obligation aux mêmes éditeurs de nous avoir fait connoitre deux traductions complètes du Télénuu/ue en vers latins. Il a faUu qu'ils eussent recours à la bibliothèque du Roi pour en avoir connoissance. #

« La première, sans nom d'auteur, fut imprimée à » Berlin, en 17 43 (m-S^.) Elle est divisée en vingt- » quatre livres comme l'original; elle porte pour titre: » Fata Telemachi.

«> La seconde est de M. Jos. Cl. Destouches , sous le i titre de: Telemachus VlyssiJiUuSy imprimée à Aus- » bourg en 1764 (pet. iV4^0 l^le est divisée en douze » livres , et faite probablement sur une ancienne édi^

(') Le père Alexandre-Viel est de retour en France depuis quelques années. Il a fixé sa retraite dans cette même maison de TuiHjTy ou il ffvoît formé tant d^éléves distingués, et dont il £u| encore rédificatioa par ses vertus et par ê^ exemples.

464 PIÈCeS JUSTIFICATITBS

m tioa française, oii Too a adopté la même diyisioo.

m Rien n'indique y ajoutent les mêmes éditeurs, que 9 ces deux traductions aient été connues de M. Yiei, 9 lorsqu'il composa celle qu'ils publient aujourd'hui ; 9 et ik pensent que cette connoissance n'anroit pas du » le détourner de son entreprise »•

Ce fut en 1734 qu'on vit paroître la magnifique édition in-folio du Télémaque, imprimée à Amsterdam , par Westein et Smith. Cette édition est regardée arec raison comme l'un des plus beaux ouvrages que l'art de l'imprimerie ait pu mettre au jour; on n'en tira qu'un petit noâihre d'exemplaires. Cette superbe entreprise fîit surtout inspirée par le marquis deFénélon, toujours passionné pour la gloire de son grand-onde.

Plusieurs considérations lui en firent naître l'idée , et il en suivit l'exécution avec ardeur.

Le marquis 4b Fénélon avoit été mécontent de l'édition de Paris, de i^So, en deux volumes i>z-4'** 1^ avoit été choqué avec raison de n'avoir p^s été consulté par les imprimeurs, qui s'étoient permis de reproduire dans cette édition ces mêmes notes et ces mênies allusions qui déshonoroient les éditions de Hollande. D'ailleurs les gens de goût reprochoient jbe^ucoup de négligences et d'imperfections, à cette édition de 1730.

Mais une considération. bien plus puissante sur son cœur le porta à favoriser de tout son crédit et de tous ses moyens l'édition in-folio d'Amsterdam. Le marquis de Fénélon eut à éprouver en cette circonstance

sUnce des contradictions et même des chagrins qui exigent quelques détails qu'on ne trouvera ^a» sans doute déplaces dans les pièces justificatives de la vie de Fénélon. Nous puiserons ces détails dans les pièces originales que nous ayons entre les mains.

Le cardinal de Bissy, évéque de. Mes^ux^ avoit chargé dom 'iCoussaint Duplessis, bénédictin de la congrégation de Saipt-Maur, d'écrire l'histoire de l'église de Meaux. L'article de Bossuet ^ qui a répandu tant d'éclat sur le siège de Meaux, devoit naturellement former une partie intéressante de . cette histoire. Il étoit impossible de parler de Bossuet sans parler de ses démêlés avec Fénélon. Ce reUgieux trouva dans les ouvrages de Bossuet , dans tous les monumens qu'il avoit laissés, et dans les témoignages des contemporains qui ay oient vécu .à MeauK avec ce grand homme, tous les matériau;^ qu'il pouvoit désirer. Mais un sentiment assez naturel d'impartialité lui fit penser qu'il ne lui étoit pas permis de mêler le nom de Fénélon k ses récits, sans, chercher auprès de sa famille ou de ses amis des éclairçissemens et des lumières sur ses controverses avec Bossuet. Il s'adressa au marquis de Fénélon , qui lui comniuniqua une partie des papiers dont il étoit dépositaire. On peut voir, par toutes les pièces que nous avons rapportées sur l'affaire du quiétisme, que le marquis de fénélon put le mettre à portée de connoitre bien des faits et des détails encore inconnus au public , et qui lui laissèrent une impression favorable sur la conduite , les procédés, les intentions et les Fékélo». Tom. III. 3q

466 »liC£8 iXrSTIFIGATITKS

vertus Ae rarchevéque de Cambrai. D^aiUetirB le nom et la gloire de Fénélon étoient devenus une espèce de gloire nationale. H rédigea donc l'artide de Bossuet dans une disposition qu'il croyoit entièrement impartiale; il parla de Bossuet avec la juste admira* tion qui lui étoit due, et de Fénélon avec cet intérêt qu'inspire toujours la vertu malheureuse et persécutée. L'histoire de l'église de Meaux parut en 1731, en deux volumes «/t-4''- L'évéque de Troyes (ce même abbé Bossuet dont nous avons tant parlé) crut la me* moire de son onde outragée , parce que celle de Fénélon étoit respectée. Il voulut en tirer une vengeance assez conforme à l'opinion que l'on a pu prendre de lui dans sa propre correspondance. On fit imprimer clandestinement, en 1782 , le manuscrit de Tabbë Phélippeaux, que nous avons fréquemment cité sous le titre de Relation du Quiétisme» Le marquis de Fénélon y comme nous le voyons par ses lettres manuscrites y fut profondément affecté d'un outrage aussi cruel à la réputation d'un onde vénéré. Il dédaigna de répondre et de faire répondre à un libelle dont l'auteur étoit encore inconnu à la plus grande partie du public. Le neveu de Bossuet avoit cru honorer la mémoire de son oncle en faisant publier un libelle dontre Fénélon. Le neveu de Fénélon voulut ajouter de nouveaux titres à la gloire de l'archevêque de Cambrai , sans attaquer celle de l'évêque de Meaux. C'étoit même rendre le plus noble hommage à la mémoire de ces deux grands prélats, en mon- Uant que Fénélon fut digne d'avoir été l'élève et

BU LIVRE QUATRIÈME» ^6j

loBg* temps rami de Bossuet, et que le prëcepteur du dac de Bourgogne méritoit de succéder au prë* cepteùr du fik de Louis XIV. Le marquis de Fénélou avoit entre ses mams un manuscrit précieux de l'arehevéque de Cambrai. Cet écrit , connu depuis sous le titre d'Examen €le conscience d'un roi, ou sous

celui de Directions pour la conscience d!un roi, avoit été composé pour M. le duc de Bourgogne. Heureusement il ne s'étoit point trouvé dans la cassette de ce prince au moment de sa mon (0* Le ressenti-

(0 On Ht à la note 6 de k notice placée à la suite de Péloge deFénélon, par M. Tabbé Manrj, depuis cardinal , le passago ffuivant :

«c Cet ouvrage (/e# Directions pour la conscience d'un roi)^ » partagé en trente -sept directions , fut le £rait de la correa* » pondance secrète que rarchevêque de Cambrai entretint aveo » M. le duc de Bourgogne ; et après la mort de ce prince, on I» le trouva dans ses papiers. Le Roi lut ces directions avec ma- M dame.de Maintenon, qui écrivit la lettre suivante à M. de » Beanvillîers ^ »

Le billet de madame de Maintenon , rapporté à la suite de cette note , indique assez que le manuscrit des Directions pour ia conscience éPan roi ne se troavoit point dans la cassette de M. le duc de Bourgogne. Madame de Blaintenon > qui s'éloit nontrée si offensée des prétendues aSusions du TMmaguCf Fauroit paru bien davanta0 des rapprocbemens plus marqués qu*offre V Examen âe conscience* Elle n'auroit pas écrit à M. de BeauvUUers qu'elle audt un grand regret que le Roi eût hrM lui-même tous ces papiers. Elle regrettoit ces papiers » parce iju'on n'yflaUoit point le Jeune prince, et qu*on ne lui donnoit point des conseils timides; maiâ si elle etti connu les Directions pour la conscience d'un roi, elle anroit peut-être su mauvais gré

ment qae le Télémaque avoît excite dans l'esprit de Louis XlVy permettoit de craindre qu'il ne se trouvât également blessé par cet Examen de conscience. M. le duc de Bourgogne se contentoit de le lire fréquemment, et lelaissoit déposé entre les mains de M. de Beauvilliers. M. deBeauvilliers, en mourant, le confia à madame de Beauvilliers , qui crut devoir le remettre au neveu de l'archevêque de Cambrai. Cet écrit étoit- une espèce de secret , renfermé entre un petit nombre d'amis religieusement attachés à la mémoire de Fénélon.

U Examen de conscience d'un roi étoit digne d'un évoque qui pensoit que les rois sont soumis comme les autres hommes aux lois de la justice et de la morale, et que les intérêts de la politique ne peuvent pas justifier leur infraction au tribunal du Roi des rois.

Le marquis de Fénélon crut que cet écrit , dont le sujet avoit tant de rapport avec les maximes du Télémaque, et avoit été composé pour l'instruction du même prince , pouvoit naturellement entrer dans la magnifique édition que Wetstein et Smith préparoient à Amsterdam , et contribueroit à lui donner un nou* veau prix. Il se proposa en même temps d'y ajouter un récit abrégé de la vie de Fénélon, et un mémoire pour la défense de-madam^^Guyon. Sans attaquer Bossuet dans ces deux écrits , il se bornoit à rétablir la vérité des faits dénaturés avec tant de mauvaise foi dans la Relation de l'abbé Phélippeaux^ qui avoit

• Fénélon des vérités séê^ires qui ■ adressoicnt indirecteikient k Ix>ai« XIY.

paru Fannée précédente. Le marqub de Fënëlon ëtoit . alors ambassadeur- de France à la Haye, L'autorîtë attachée à son caractère, et sa résidence sur les lieux, lui donnèrent la facilité de suivre les détails de cette édition avec tout le zèle et toute l'ardeur que lui inspîroit sa vénération pour son onde. L'impression du Télémaque, de F Examen de conscience dfun roi, du Récit abrégé de la vie de Fénélori, et de t Apologie de madame Gwyon étoit achevée et annondëe dans quelques journaux étrangers ^ tous les exemplaires alloient être envoyés à leur destination, lorsque le ministère de France en fut instruit. Le cardinal de Fleury ordonna aussitôt à M. de Ghauvelin {}), garde des sceaux et .ministre des affaires étrangères , d'en témoigner son mécontentement au marquis de Fénélon , et de lui enjoindre de la manière la plus formelle > de supprimer tous les exemplaires de X Examen de coh" science d un roi, de la Vie de Fénélon , et de f Apologie de madmne Guyon,

lïous voyons, par les lettres originales (a) de M. de Chauvelin , écrites dans les mois de septembre , octobre et novembre 1 733 , que le ministère, déjà excédé de toutes tes querelles excitées à l'occasion de la l^uUe Unigenitus, ctaignit de voir renaître de nouvelles dis* pûtes au sujet du quiétisme , entre les partisans de Bossuet et les défenseurs de l'archevêque db Cambrai.

(>) Germain- Louis Chauvelin, garde des sceaux et ministre des affaires étrangères depuis 1727 jusqu'en 1787, époque de sa disgrâce; mort en 1763.

(*) Manuscrits.

Quant à Y Examen de conscience d'un roi, le ministre pensoit (0 que cette morale très -éditante entre un confesseur et son pénitent, pouvoit'contrarier en qudqnes drconstances les vnes politiques du gouT^nement. Il faisoit entende que la nécessité de conseirver la tranquillité des peuples , l'équilibre des empires^ et de prévenir de plus grands malheurs, obligent quelquefois les cbe& des nations de déroger à ces maximes d'une stricte justice, qui doivent régler toutes les transactions particulières.

Le marquis de Fénélon se conforma religieusement aux ordres du ministère. H fat même obligé de £adre des sacrifices considérables (a), pour indemniser les imprimeurs des dépenses déjà faites pour Fimpressioik de ces trois pièces , et surtout pour le tort qui devoit en résulter pour le débit d'une édition k laquelle eUes dévoient ajouter tant de valeur. Mais ces sacrffices n'étoient rien pour lui en comparaison d'un sacrifice bien plus pénible pour son cœur. Il est facile de juger , par sa correspondance avec le garde des sceaux , Chauvelin (3) , combien il lui en coûta de sacrifier VExmnen de conscience d'un roi, qui montroit jusqu'à quel point Fénélon portoit la délicatesse de eonsd^ice es politique et en morale ; et les deux écrits si modérés qu'il avoit cru devoir publier pour venger la mémoire de son oncle des calomnies odieuses répandues dans le libelle de l'abbé Phélippeaux. Le ministère sentit lui^

(0 fifannscrits.

(*) Lettres manuscrites du marquis de Fénéloik

^3) Manuscrits.

même que si des motifç de sagesse et de tranquillité lui avoient prescrit de demander au marquis de Fé<* pëlon un sacrifice si pénible pour lui , la justice exigeoit qu'on ne laissât pas outrager impunément la mémoire d'un homme aussi vertueux et aussi recommandable que Tarchevéque de Cambrai. Le livre de Fabbé Phé« lippeaux fut, comme on Fa déjà dit, flétri par un jugement de la police et ua arrêt du conseil , Tott* vrage brâlé par la main du bourreau, et trois particuliers, accusét^de l'avoir imprimé , furent condanmés i être attachés au carcan.

. Aussitôt que les retranchemens ordonnés par le mi* nistère de France eurent été exécutés sous la direction du marquis deFénélon, les libraires Wetsteîn et Smith firent paroitre , dans le commencement de 17349 cette magnifique édition inrfoUo du TéiémaquCi imprimée à Amsterdam.

Cette édition est un des plus beaux monumens de l'art de Fimprimerie, ëecondé de celui de la gravure ; on il'en tira que cent dnqnaate exemplaires. On avoit pbcé k la tête le portrait de Fénéloç , gravé par DreVet,iSur un portrait original en pastel qui appartenoit à la. famille. Elle est enrichie de figures, d'ornemens et d'estampes, gravés en taille-douce, sous la direction de B. Picart, par les plus habiles maiues. Le texte jde l'ouvrage est encadré à chaque page dans des omeçiens. La beauté des caractères typographiques répond à la magnificence de ces accessoires si avidement recherchés par les amateurs. En un mot, cette édition est placée dans les bibliothèques qui la possèdent^ comniQ

lin des plus beaux ouvrages qui puissent honorer Fes^ prit' humain par le génie de l'auteur qui l'a conçu et composé; et par le talent des artistes qui Font orné et décoré.

On avoit eu soin de retrancher de cette édition toutes

les noteç satjriques et toutes les allusions imaginaires dont on avoit sali les éditions précédentes ^ et depuis cette .époque elles ont entièrement disparu d^ toutes les éditions suivantes.

Malgré tous les soins que s'étoit dansas le marquis de Fénélon pour obtenir une suppression aussi entière et aussi rigoureuse qu'il l'avoit exigée des libraires y on conçoit facilement qu'il a duédiapper quelques exem-R flaires où l'on est parvenu 4r conserver les pièces retranchées. Nous voyons d'abord par une lettre du Xuarquis de Fénélon ^ qu'il avoit demaûdé à l'imprimeur de lui en réserver deux exemplaires , qu'il désiroit •de garder comme un monument précieux pour sa famille. Mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est qu'ayant fsdt présent au< garde des sceaux, Qiauvelin, d'uii )BX€»lij^aire de cette belle édition in^jfbfio, ce ministre, qui àvoît ordonné au nom du gouvernement la supr pression des pièces dont nous avons parlé, lui fit écrire paK son . secrétaire de coqfiance (^), pour le prier de vouloir bien -ajouter ces mêmes pièces à son exem^ plaire. Peut - être aussi les imprimeurs ne remplirentils pas avec une entière fidélité l'engagement qu'ils avoient pris. C'étoit sans doute un de ces exemplaires •quisetrouvoit dans le cabinet des livres de M. Gaignat.

(>>Maiiiificrit8.

DU LIVRE QUATRIEMES ' 4?^

De Bure rapporte, dans sa Bildwgraphie instmctwej (ii.° 3771 , tame second des belles-lettres, page 126,) « que tous les exemplaires de cette magnifique édition » originale finissent ordinairement à la page SgS ; mais » l'exemplaire de M. 6aignatétoit différent des autres, o en .ce qu'il ren£eniie de plus quelques pièces partica^ » lières dont voici rënumëration :

» I.® Examen de conscience pour un roi; partie de « 4^ pages d'impression.

» 3.^ Récit abrégé de la Fie de feu M* de FénMtm; » partie de 43 pages.

p 3**" Chapitre de la généalogie de M. de FénéUm^ 9 avec la liste de ses ouvrages; partie de 10 pages.

» ^,^ Mémoire concernant la personne, les ^rits et ia 9 vie de madame Gi^on; psurtie de 3 pages, à deut 9 colonnes et en petits caractères ».

JÛe Bure ajoute en forme de note ;

«.On <:roit communément que ces quatre parties » s.éparées avoient été imprimées dans la vue d'être 9 annexées à la fin de cette belle édition du Télémaçue, » mids que la famille de l'auteur en obtint la suppres^ 9 sion pi^r des raisons particulières »•

On a vu, pur ce que nou$ avons rapporté, que la famille 9 bien loin d'avoir demandé cette suppression, en avoit été très^affligée } mais cette note de la BibUo^ graphie instructive indique en même temps qu'on n'é* toit pas encore exactement, instruit de tout ce. qui s'étoit passé à l'occasion de cette belle édition ùir folio (0.

(0 {le marquis d» F^néloQ fut tué à la bataflle delUtacouz,

474 ^ikcXS lirSTIFIGÀTITKt

L'ëditionm-4.'* de i735, que les mêmes imprimeur d'Amsterdam , Wetstein et Smith , mirent en vente avec Tédition in-folio, lui est bien inférieure. Elle fat tirée à un bien plus grand nombre d'exemplaires; le caractère en est aussi gros j ma» pas aussi beau que celui de l'édition i/t-4«® de Paris, de ijSo; et « elle » acheva d'user les planches qui n'avoient été gravées » que pour l'édition in-folio y devenue actuellement » fort rare ».

' Cette rareté fit naître, vers 1763, l'idée de réimprimer le Télémaque in-folio; « mais cette édiUon, » dit de Bure (0 , a trouvé peu d'approbateurs. On » en fait très-peu de cas dans le commerce , vu la grande » différence qui se trouve entre elle et l'originale, tant » à l'égard de la partie du type, que par rapport à la » qualité des épreuves et des figures »•

U existe aussi une édition française du Télémaque j imprimée à Londres en 1745, chez Watz etBod : elle est dédiée au duc de Cumberland, par M. Durand, ministre de Savoie, et membre de la société. royale de Londres, On y trouve des notes grecques et latines.

Tout le monde sait que le Télémaque a été traduit dans toutes les langues de l'Europe; mais ce que beau-

le IX octobre 174^^ et Pannëe suivante, 1747» 1'* Directions pour la conscience d'un roi furent imprimées pour la première fois à la Haye, par les soins de Fëliz de Saint -Germain. On les a réimprimées en 1774» ^^ commencement du régne du Louis XVI ,' et suivant les termes des éditeors, du €tmienUmeni exprès du Roi,

(*) Bibliographie instrucUffe, passage cité«^

CMp de personnes peuvent ignorer , c'est qu'en 1743 on pnUia, pour la première fois, une traduction greG<ine du T^maque; elle fut imprimée à Yenise, par Antoine Bertalo y et dédiée k Athanase Joanaqui« On prétend que quelques Grecs actueb, très-peu Ssiuiliarisés avec k langue de leur» ancêtres , ont la simpli^ dté de regarder cette traduction comme un ouvrage original d'fiiomàre, ou de quelque savant Grec qui « voulu continuer l'Odyssée.

Nous ne parlerons pas des éditions innombrables qui ont suivi oeMes dont nous venona de rendre compte, et qui n'offrent rien de remarquable. Nous dirons seu^lement, que de nos jours, la France a été redevable aux belles presses des Dîdot, d'une magnifique édition du Télénuuiuej en deux voL grand inr^.^^ qui fait partie de la coUection des auteurs français imprimés pour le Dauphin, fils de Louis XYIi

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