‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai, composée sur les manuscrits originaux; (volume 3)Chapitre 21 sur 72 · XXVI. « Monseigneur, quelque grande retenue que · texte numérisé non relu

XXVI. « Monseigneur, quelque grande retenue que

Ventés se- j, jg veuille garder le reste de ma vie sur toutes

▼ères de Fé- , ,

nelonauduc » '^s choscs qui ont rapport à vous, pour ne de Boiirgo- j, yQjjg commettre jamais en rien , je ne puis néan-

sne.

Lettre de * nioins m'eiûpêcher de prendre la liberté de

Fénelon au j, yôus dire encore une fois, par une voie trèsduc de Bout- . . ^ ., 11»

gogne, i5oc- ^* ^^^^ ^^ très-secrete, ce que j apprends que 1 on

lobre 1708. » continue à dire contre votre péi*sonne. Je suis

» plus occupé de vous que de moi, et je crain-

^ D drois moins de hasarder de vous déplaire en

» vous servant, que de vous plaire en ne vous

» servant pas. D'ailleurs , je suis sûr qu'on ne ^> peut jamais vous déplaire en vous disant avec » zèle et respect ce qu'il importe que vous sa- » cfaîez.

» i.o On dit, Monseigneur, que vous n'avez pas » voulu exécuter les ordres du Roi, qui vouloit » qu'on attaquât le prince Eugène pendant que » le duc de Marlboroug s'étoit avancé sur le che*' » min d'Ostende, et que, par ce refus, vous ave2 » été Ja cause delà perte de la ville, de Lille* C'est V un fait qui regarde les temps postérieurs h vot^-é » campement sur la Marque, et qui est des temps- » de votre campement du Saulsoir. Jç^ne saurois » x^roire qu'il soit comme on le raconte avec beau-^ » coup de malignité. < ^

». 2.0 On persiste à dire que vous avez été- là » vraie cause.du combat d'Oudenarde, par votre » ordre précipité de foire attaquer trois bataillons » des ennemis par deux brigiade^, sans auci|n » concert avec M. de Vendôme. <

» 3.0 On prétend que quand vous arrivâtes sur 9 la Marque^ M. d'Artaignan reconnut, dès le » lendemain , que les passages étoient ouverts, que » la plaine étoit assez .commode pour fai^e agir » toute la cavalerie, et que les ennemis n'étoient >i point alors retranchés, comme ils le furent deux 9 jours après- On assure que M. d'Artaignan se

9;^ HISTOIRE BC PÉNEliONy

» bâta d'en avertir, et de répondre du succès, si » on vouloit bien attaquer; qu*il n*eut aucune » réponse; qu'on demeura dans l'incertitude, et » que vous voulûtes , malgré M. de Vendôme , » attendre 1q retour du courrier envoyé au Roi ; » ce qui étoit laisser évidemment échapper roc* » casîon de sauver Lille. J'di vu ua homme de » service qui m'a dit avoir mené. M. d'Ârtaignan » dans^ cette plaine, parce qu'il la connoissoit pâr- » faitemeat;ii soutient qu'il n'y avûit qu'à se 3» donner la peine de l'aller voir, pour recon- » Aoitre que tout étoit uni et ouvert. Il dit même )» avoir été jusques auprès des ennemis, et avoir » vu qu'il n'y avoit encore alors, ni retranche- » mens commencés, ni défilés, ni bois, ni pmbre 3i.de difficulté, pour secourir la place. Il ajoute 3» qu'il prit la liberté de parler hautement; que 31 personnje ne daigna ni l'écouter ni prendre la 3) peine d'aller voir; et qu'en un iBot presqiie » personne ne vouloit eatendre opiner pour^ le 3» combat.

3> 4-^ On dit, Monseigneur, qu'encore que vous^ » ayez infiniment écrit à la Cour pour vous jus- 3> tifier, Vous n'avez jamais mandé rien de clair n et de précis pour votre décharge : que vous 31 vous êtes contenté de faire des réponses vagues 3> et superficielles y avec des expressions modestes

M et dévotes à contre-temps. La Gour et la ville, » dit-on y étoient d'abord pour vous avec chaleur; » mais la Cour et la Tille ont changé et vous con- » damnent. On ne se contente pas de dire que » le public est de plus en plus déchaîné centime » vous; pn ajoute que le mécontentement re- . » monte bien plus haut, et que le Roi même ne » peut s'empêcher, malgré toute son amitié, de 1» sentir vivement votre tort. Il y a déjà quelque )> temps qu'il m'a passé par Tesiprit que tant de D gens , d'ailleurs fort politiques , n'oseroient » point vous critiquer si librement, si cette cri- » tique n'étoit paâ autorisée par quelque préven- ». tion.du côté de la Gour.

» 5^0 Ge qui est le plus fâcheux est qu'un gi^and i> nombre d'officiers y qui reviennent de l'armée et » qui vont à Paris, ou qui y écrivent, font enten- » dre que les mauvais conseils des gens foibles i et timides, que vous écoutez' trop, ont ruiné » les affaires du Aoi, et ont terni. votre réputaj» tion. J'entends ces discours répandus partout, » et j'en ai le cœur déchiré ; mais je n'ose parler 9 aussi fortement que la chose le mériteroit, parce* 1» que le torrent entraîne tout, et que je ne veux >x point qu'on puisse- croire que je sache rien de >i particulier à votre décharge.

» 6.0 On va jusqu'à rechercher avec un^ noire

94 HISTOIRE DE FÉJNELOBTy

M malignité les plus petites circonstances de votre » vie^ pour leur donner un tour odieux. On dit, >i par exemple I que pendant qde vous êtes dévot » jusqu'à la sévérité la plus scrupuleuse dans des i> minuties y vous ne laissez pas de boire quelqne- » fois avec un excès qui se fait remarquer.

» 7.0 On sç plaint de ce que votre confesseur » est trop souvent enfermé avec vous; qu'il se » mêle de vous parler de la guerre, et que quand » on Taccusa de vous avoir conseillé de ne rien » hasarder sur la Marque , il écrivit au père de » la Cbaise pour faire savoir au Boi qu'il étoit » allé recontioitre le terrain et l'état dès ennemis ; » qu'il avoit été d'avis qu'on les attaquât, et qu'il t> avoit trouvé qu'il étoit honteux de ne le pas » faire. On lui impute d'avoir écrit ainsi pour le >i tourner en ridicule comme un homme vain^ » qui se pique d'enlendrçla guerre, et d'aller re* » connoitre Fennemi.

» Je dois ajouter par pure justice que \e sais » qu'il n'a point mérité ces plaisanteries, et qu'il » n'a rien, écrit que de modeste et de conve- ,» nable.

» 8.*^ On prétenjd, Monseigneur, que vous avez » écrit à des gens indiscrets et indignes de votre » confiance, les mêmes choses que vous avez » écrites au Roi avec un chiffre, et que ces gens^

LIVÏIC SEPTIÈME. 95

"» là les ont divulguées, avant que sa Majesté » eût reçu vos lettres secrètes, où vous mandiez n ce qui manquoit dans la place assiégée.

» Voilà, Monseigneur, les principales choses 1» qui me reviennent par de bons canaux, quois> que )e sois loin de tout conunerce du monde. » Un hasard bizaiTe fait que je sais là-dessus plus » que sur les autres affaires. Peut-être personne » n'osera vous dire tout ceci. Pour moi, je l'ose » et je ne crains que de manquer à Dieu et à vous. » Personne n'est plus éloigné que moi de croire 3» tous ces discours ; la peine que je souffre de » les entendre est grande ; il s'agit de d^romper v le monde prévenu; ceux qui vous déchirent, » parlent hautement, et ceux qui voudroientvous . » défendre n'osent parler.

» Je suppose que vous ave^ éclairci chaque » point en détail avec M. de Ghamillart, et que » vous lui aurez fait toucher les choses au doigt, » pour convaincre pleinement Sa Majesté de la » fausseté de tout ce que Ton vous impute.

» Il ne m'appartient pas. Monseigneur, de rai- » sonner sur la guerre, aussi n'ai- je garde de le 9 faire-, mais on a de grandes ressources, quand » on est à la tête d'une puissante armée, et >» qu'elle est animée par un prince de votre nais- »'sance.qui la conduit. Il est beau de voir votre

g6 IlISTOtllE DE FÉXKLOir,

» patience et votre fermeté pour demeurer en » campagne dans une saison si avancée. Notre » jeunesse impatiente de revoir Paris avoit besoin » d un tel exemple. Tandis qu on croira encore » pouvoir faire quelque chose d'utile et d*hono- » rablcy il faut que ce soit vous, Monseigneur, » qui tâchiez de Texécuter. Les ennemis doivent » être afibiblis ; vou§ êtes supérieur en force ; il » faut espérer que vous le serez aussi en projets « et en inesures justes, pour en rendre Texécu- » tion heureuse. Le vrai moyen de relever la ré- » putation des àflaires, est que vous montriez » une application sans relâche ; votre présence » nuiroit et aux affaires, et à votre réputation, » si elle paroissoit inutile et sans action dans des » temps si fâcheux. Au contraire, votre fermeté » patiepte pour achever cette campagne, forcera » tout le monde à ouvrir les yeux, et à vous faire » justice, pourvu qu'on voie que vous prévoyez, u que vous projetez, que vous agissez avec viva- » cité et hardiesse ».

Lorsque Fénelon vit la campagne près de finir, et de finir de la manière la plus affligeante pour la France, et la moins honorable pour le duc de Bourgogne, il ne s'attacha plus qu'à lui tracer la marche qui lui restoit à suivre pour se justifier avec une noble fermeté dans l'esprit du

Roi>

B.oiy et chercher à ramener Topinion publique, cfu on avoit si cruellement égarée.

<c Monseigneur (i), Vexcès de confiance et de XXYii.

» bonté que vous me témoignez dans les lettres ^.j^ de*Fé-

» dont vous avez bien vdulu m'honorer, loin de nelonauduo

» me donner un empressement indiscret, ne fait * "T*^

* ' gne^apréila

» qu augmenter ma retenue et knon inclination campagaede

M.à continuer le profond silence où je suis de- *

» meure pendant tant d'années. Je prends même

» infiniment sur moi y en mç donnant la liberté

» de vous écrire sur des matières très-délicates ,

s> qui sçnt fort au - dessus 'de moi, et qui ne

» peuvent vous être que très- désagréables; mais

» je croirois manquer à tout ce que je vous dois,

» Monseigneur, si je né passois pas, dans une

» occasion si extraordinaire, par-dessus toutes

» les fortes raisons qui m'engagent au silence,

» pour achever de .vous dire tout ce que j'ap-

» prends*.

» i.o Le bruit public contre votre conduite y> croit au lieu de diminuer ; il est si grand à Paris, » qu'il n'est pas possible qu'il ne vienne des mau- » vais discours et des lettres maligne^ de l'armée. » Rien n'est plus digne de vous, Monseigneur, 3» que là disposition oii vous êtes de pardonner

(0 a5 octobre 1708. *

Fémelon. Tom. IV. 1

98 tllSTOlKE DE FÉNEXON^

» tout^ de profiter méiDe de la critique^ dans » tous les pointe où elle peut avoir quelques pe- » tits fondemensy et de continuer à faire ce que » vous croyez le meilleur pour le service du Rot; » mais il importerait beaucoup de voir quelles » peuvent être les sources de ces discours si in^ )» justes et si outres» pour vous prëcautixutnéc » contre des gens qui sont peut-^lre les plus em- ^ presses à vous encenaer, et qni osent néanmoins j» en secret attaquei* votre réputation de la ma*^ » nièrela plus atroce. Cette expérience, Mod- » seigneur^ doit, ce. me semble, vous engager à » observer i>eaucoup les honunes, et à ne vous 3» confier qu'à ceux que vous aurez éprouvés à » fon4> quoique vous deviez montrez de la bonté >« et de ItalTahilité à tous, à proporticm de leur » rang.

» Personne n'est plus mal infoi^né que moi de » ce qui se passe à la Cour ; mais je i$e saurois 9 'Croire que le Roi ignore les bruits qvii sont M répandus dans tout Paris îîontre votre con-* n duite : ainsi il me paroit capital que vous prenièe » des mesures promptes et justes pour empêcher » que, Sa Majesté n«n reçoive quelqu'impression ^ ^ et pour lui montrer avec évidence combien ces 39 bruits sont mal fondés. La voie des lettres a » un inconvénient, qui e^ que les lettres ne

LIVIl,E SEPTIEME. 99

M peuvent pas Képondre comme les conversations ; » auK objections qui naissent sur-le-champ^ et » qu'on na pas prévues^ mais aussi les lettres n ont an grand avantage : on y développe par » ordre les faits^ sans être interrompu ; on y me* H sure tranquillement toutes les paroles; on s'y » donne même une force douce et respectueuse » qu'on ne se donneroit pas si facilemf^nt dans » une conversation. Ce qui est certain , Monsei* » gneur, c'est que vous avez un pressant besoin » de vous précautionner vers le Roi, et de faire n taire le public, qui est indignememt déchaîné. » Vous ne sauriez jamais écrire ni agir avec trop' » de ménagement y de respect, d'attachement, » ni de soumission; mais il impot'te de dire très^' » fortement de très-fortes raisons, et de ne laissée 9 rien dont on paisse encore douter sor votre * condaite.

9 n me igevient encore par le brait pablic, » qu'cm dît que vous voos resfenteK de Vééuc^" » tioD qu'on vous a donnée; que voos avez aoe 9 dévotioD finble, timide et soropoleafe sor de* m ba^ldlcs, Undis qoe voos oég^ez Tesseotiel » pour footesnr la prsaààear de votive rao^ et la » gloire des amcs àa Km; on ajoote qœ vootf 9 ftfs I— iif, inoppliqoe, irrâolo; qoe raaê m nwÊÊO, qo^voe vie iMoticoHère et ebeore^ qoe

roc BISTOIRB VTB FÉNBXON,

» votre goût vous éloigne des gens qui ont de Vé-^ n lévation et de Faudace; que vous vous accom'- » modez mieux de donner vobre confiance à. des » esprits fôibles et craintifs, qt^i ne peuvent vous » donner que des conseils déshonorans; on assure n que vous ne voulez îamaisrien hasarder, ni en- » gager aucun combat, sans une pleine sûreté » que votre armée sera victorieuse, et <iue cette » recherche d'une sûreté impossible, vous fait )è temporiser et perdre les plus importantes occa- » sions. ,

» Je siiis très-convaincu, Monseigneur, que la » vérité des faits est entièrement contraire à ces » téméraires discours; mais il $*agit de détromper 3» ^ceux qui en sont prévenus. On dit même que » vos maximes scrupuleuses vont jusqu^à ralentir » voire zèle pour la consenHtêion des conquêtes » du Roi; et ton ne manque pas d^àttribuer ce » scrupule aux instructions que je vo^g ai données yi dans votre enfance. Foussayez, Monseigneur, ». combien foi toujours été éloigné de vous inspi^ ». reir de tels senlimens; mais il ne s'agit nulle^ » ment de moi, qui ne mérite dtétre compté pour » rien, il s^agit de ÎEtat et des armes du Boi , que » je suis sûr que vous vouiez soutenir avec toute la » fermeté et, la vigueur possible. Je sais que vous » n'avez pris aucun parti de sagejsse et de précau*

BIVRE SEPTIÈME. tO*l

» t£oD| qae par le conseil des ofEciers généraux n les pliis expérimentés et les plus exempts de tî^ M midité; mais c*est là précisémenifce que le pu- »blic ne veut pas croire, et par conséquent, » c'est le point capital qu'il importe de mettre » dans un tel point d'évidence, que personne ne^ 3^ puisse Fobscurcir. Vous avez, Monseigneur ,^ » tous ks o£Sciers généraux qui sont autour de » vous : rien ne vous est plus aisé que de les éprendre chacun en particulier, et de les en- ^ gager tous, sous un grand secret, à vous don-- » ner par écrit une espèce de courte relation de » la manière dont ils ont opiné dans les princi- 9 pales occasions de cette campagne. Ensuite». » vous pourrez leur faire entendre que vous n croyez devoir citer au Roi leurs témoignages^ » afin qu'ils soient tout prêts à soutenir de vive 1^ voix leur petite relation écrite. Gel engagex> ment les liera, et les fera tous parler un langage « décisif et uniforme ; au lieu i\ne^ si vous ne le » Élites pas ainsi, chacun pourra, malgré sa » bonne intention, dire trop ou trop peu, varier » et obscurcir par des termes foibles ce que^vous 31 aurez besoin de rendre clau* comme le pur. » Après avoir posé ce fondement, vous pourrez 3» nomner au Roi touis vos témoins, en le sup* y pliant de les interroger lui-même Tun après

102 ^ HJ5T01IIB DE PÉMELON,

:» rauU*e. C'est aller ju$qu^à la racine du mal, et ^ ôter toute ressource à ceux qui veulent vous n attaquer dans les points les plus e^enti'els.

» Il me semble qu'il convient que vos lettres » dès à présent tendent à ce but d'une manière » très-forte y pour les raisons et pour les senti- » mens y quoique très-respectueuses et très-sou- » mises par rapport à Sa Majesté. Ensuite, quand » vous sere^ arrivé à la Cour, il sera capital ^ si o» je ne me «trompe 9 que vous fassiez, avec des » manières également fortes et respectueuses, » l'éclaircissement à fond de toqs les^ faits qui » vous justifient, en pressant le Roi d'interroger » les principaux offîciers^ après quoi je souhaite » que vous puissiez, sanis perdre un moment, » dès que les faits seront éclairçis à votre dé- » charge, obtenir de Sa Majesté des gens qui vous » conviennent, 'pour servir sous vous l'anpée pror » chaine. Plus on ose vous attaquer par les en- » droits essentiels, plus il vousimporte de conti- » nuer à commander l'armée avec les secours qui » peuvent assurer votre gloire et celle des armes » de Sa Majesté. Il faut que vos lettres commen- » cent cet ouvrage, et que vos discours fermes, » touchans et respectueux, l'achèvent dès votre » première audience, s'il est possibles Quand » vous arriverez à la Colir, plus on vous accuse

n de foiUesse et de timiditë, plas vous devez 9 montrer par votre procédé combien vous êtes » éloigné de ce caractère, cai' parlant avec force.

» n est aussi 9 ce me semble, fort à souhaiter » qu'après que vous vous serez bien assuré des » témoignages dédsifs de tous les priifcipaux » officiers, pour éviter les discours politiques et » ambigus, vous les engagiez à parler et à écrire, » dans les occasions naturelles, à leurs amis, la » vérité des faits, pour détromper toute la France. n Cest une chose inouïe qu'un prince, qui doit » être si cher h tous les bons Français, soit atta- » qné dans les discours publics, dans les lettres . » imprimées y et jusque dans des gazettes, sans » que presque personne ose contester les faits » qu'on avance faussement contre lui. Je v6udrois » que les personnes dignes d'être crues, parlas- » seftt et écrivissent d'une manière propre à re- 3» dresser le public, et à préparer les voies pour 9» rendre votre retour agréable. Ceux qui de- » Vi oient n'oser point parler, parlent hautement^ » et ceux qui devroient crier pour la bonne cause, » sont réduits à se taire. Je ne sais rien de secret » ni de particulier, mais je sais en gros ce que » personne n'ignore : savoir qu'on vous al!laque » dans le public sans ménagement.

tt On ne peut être plus édifié et plus charmé

io4 HISTOIXlE DE TÛlXiLOV,

î> que je le suis^ Monseigneur, de la solidité der i> vos pensées et de la piété qui règne dans tous » vos sentimens ; mais plus je suis touché de voir >i tout ce que Dieu met dans votre cœur, plus le » mien est déchiré d'entendre tout ce que j'en* » tendsf le donnerois ma vfé, non-seulelnent » pour l'Etat, mais encore pour la personne du » Roi, pour sa gloire, pour sa prospérité, et je » prie Dieu tous les jours sans relâche, afin qu'il » le comble de ses bénédictions.

» Je -nous crois infiniment éloigné des timidités » scrupuleuses dont on vous accuse^ et tfVLon yk m* impute sur la défense de Lille ^ qui est une » des principales conquêtes du T^Oi; j'espère que » si vous continuez à commander les armées , » sans être gêné par des gens qui ne vous con«* » viennent pas, et ayant sous vous des personnes » de confiance, vous montrerez à la France et ». à ses ennemis, combien vous êtes digne de sou- » tenir la gloire de Sa Majesté et celle de toute )) la nation ». *

Cette correspondance si intéressante (0 se ter-

(0 Les copies de toutes ces lettres ont été prises sar les originaux de k main de M. le duc de Bourgogne et de Fénelon, par feuM^ de Dévisse (Augustin -César de Heryilly), éyêquè de Boulogne, chanojoie de Cambrai pendant la yie de Fénelon, et honoré des bontés particulières de ce prélaL C'est ce que déclare M. de Dévisse lui-même au bas de ces copies.

LivnB SEPTIÈME. ID5

mine par une dernière letjfe qui achève de peindre Famé de Fénelon et sa tendre afièction pour son élève. iM. ImIuc de JÇourgogne yénoit de passer plus de six mois en Flandre; il avoit même séjourné long^temps dfins le diocèse de Cambrai; et pendant tout cet intervalle il n'avoit osé se permettre une seule entrevue avec Thomme qu'il vénéroit et qu'il cbérissoit le plus. Telle étoit la contrainte où ils passèrent le reste de leur vie. Dans Vimpossibilité où étoit Fénelon d'épancher son cœur dans toute la liberté d'un entretien particulier, il crut nécessaire de donner au jeune prince, au moment où il «se disposoit à retourner à la Cour, une dernière instruction sur la condùite qu'il devoit y tenir. La manière dont il , alloit s'y montrer, y parler, y agir, pouvoit décider de sa gloire, de sa réputation , de son honnear, et même dé son innocence. Ce he sont plus des reproches sur le passé; ce ne sont plus des conseils devenus inutiles par l'événement; mais il s'empare du jeune prince au moment. où il se présentera devant le Roi son grand-père ; il lui indique le maintien qu'il doit prendre en l'abordant, le langage qu'il doit parler, les aveux qu'il ne doit pas craindre de faire, la noble fermeté avec laquçUe il doit se défendre; il lui dicte jusqu'aux expressions dont il doit se servir.

I06 HISTOIRE X)iB PÉNELON,-

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