XXX. (( Si je n'ai pas répondu plus tôt à plnsieursde vos
duc détour- * lettres, mon cher archevêque, ce n*€St pas que gognc à Fé- » j'en aie plus mal reçu ce qu'elles contiennent^
nclon. Douai. • «.«^ ••••
5déc I 08 ^ ^^ ^^ ™^'* amitié pour vous en soit moibsvive.
(fdanuscr.) » Je suis ravi'de tout ce que vous m'avez mandé » que l'on dit de moi. Vous pouvez interroger le » Yidame (0 qui vous rendra cette lettre, sur la » suite des faits publics, qu^il me seroit bien long » de reprendre ici. Je vous parlerai cependant
/ » de quelques-uns.
. » Je n'ai jamais eu ordre du Roi d'attaquer le » prince Eugène pendant l'éloignement du duc » Marlboroug; au contraire, quand il marcha ' » à M. de Vendôme, du côté d'Oudembourg,.le )> maréchal de Berwick et moi, voulions rassem- » bler les difierens camps qpi étoient le long de » l'Escaut, et marcher au prince Eugène. L'ordre » de marche fut donné, et je l'aurois exécuté, si 9 nous n'avions trouvé tous ceux que je consultai, » d'un avis contraire, et^'u'il falloit plutôt for- » tifier M. de Vendôme du côté de Bruges et de >j Gând. Ceux à qui je parlai furent MM. d'Artai- » gnan (2), Gassion (3), Saint-Frémont, Cheyladet.
CO Louis-Auguste d'Albert, fils puiné du duc de Cfaerrease, portoit alors le titre de vidame é^ Amiens^ et fut depuis duc et maréchal de Chaulnes.
(a) Voyez les Pièces justificaûtfes du Krrc septième; n.** I*»*.
^3) Jean y marquis de*^ Gassion et d'Alluye.
» Les
tlVKE SEPTIEME. Il3
» Les trois bataillons d'Opdenardé sont vrais^ » mais on me les exposa séparés de Farmëe enne^ » mie, etil n'y auroit eu nul combat, si l'on s'étoit » arrêté à Tendroit oui Ton disoit qu'ils étoient^ M et on ne les trouva point ; du moins les enne- » mis les fussent -ils venus chercher*
» Sur la Marque, M. de Vendôme n'étoit poiat » pressé d'attaquer; il ne reconnut le côté où étoît » Artaignan que trois jours après son arrivée, et » dès-lors le retranchement étoit formé; les plai* » nés, il^st vrai, sont assez grandes; mais les en* » nemis y auroient toujours eu un plus grand » front que nous, pour nous envelopper, en dé- » bouchant les défilés*
» Je ne me souviens point d'avoir écrit à des
)> gens indiscrets ce que j'écnvois au Boi, en
» chiflTre, sur l'état du dedans de la ville de Lille.
» Je vous remets au Yidame sur tout le reste ^
» dont je ne puis vous faire un plus long détail.
» Je profiterai, avec Vaide de Dieu, de vos avis.
» J'ai bien peur que le tour que je vais faire en
» Artois, me faisant finir ma campagne à Arras,
» ne ni empêche de vous voir -à mon retour^
» comme je Vavois toujours espéré; car de la
» manière dont vous êtes à la Cour, il me paroit
» quil n'y a que le passage dans votre ville ar-
» chiépiscopale, qui me puisse procurer ce plai-*
FÉr<EL0»r. Tom» iv. 8
i r4 HIStOIRK DK FÉrNELONy
«> sir. Je suis fiché aussi que l'éloignement okjè » vais me trouver de vous, rn empêche de rece- » voir d'aussi salutaires ans que les vôtres. Ccn- )) tinuez'lesycependantj je vous en supplie^ quand » vous en verrez la nécessité, et que vous trou-- » verez des voies absolument sûres. Assistez-^moi » aussi dé vos prières^ et comptez que je vous an » merai toujours de même, quoique je ne vous » en donne pas toujours des marques »•
Louis XIV, convaincu qu'il étoit malheureusement impossible de dégager la citadelle de LiUé, ordonna au maréchal deBôuffler^de se rendre (0) et au duc de Bourgogne de revenir à Versailles, après avoir mis l'armée en quartier d*hiver. Louis XIV récompensa lé npréchal de BoufiSiers de la glorieuse défense de Lille , comme il Tauroit récompensé d'une victoire, et la nation entière applaudit à cet acte de justice^
Féoelon n'attendit pas que le duc de Bourgogne fût ai:rivé à Versailles, px)ur exciter les amis de ce prince à amortir les coups qu'on vouloit lui porter. Ce moment, comme il Tavoit écrit au duc de Bourgogne lui-même, devoit être un moment de crise; le jeune prince avoi^ besoin d'être soutenu par des conseils sages et modérés > et par des inspirations fermes et décidées*. Il y
(0 La capitwlaiion fut signée le 8 décembre I708.
HVRE SEPTIÈME. Ij5
^voit un juste milieu à tenir entre l'excès d'irritation que de si violentes contradictions avoient du lui causer, et une coupable indifférence sur l'opinion publique. La lettre que Fénelon écrit au duc de Chevreuse, peint avec une effrayante vérité Tétat de la Cour et celui du royaume, la disposition générale des esprits, le découragement de toute la nation, les dangers actuels, et l'avenir encore plus sinistre dont on étoit menacé*
« Je me sers, mon bon duc, dune occasion XXXI. « sûre pour répondre h votre dernière lettre* Vous ^^^* "^^
, Fénelon au
» avez su que la campagne finit ^ar une conclu- dac de Chc-
» sion très-honteuse. M. le duc de Bour^gne n'a '^®"*®» ^' .
>» point eu, dit -on, pendant la campagne assez (Manuscr.)
« d'autorité, ni d'expérience, pour pouvoir re-
^> dresser M. de Vendôme. On est même très-mé-
» content de notre jeune prince, parce qu'indé-
» pendamment des partis pris pour la guerre, à
» regard desquels les fautes énormes ne retom-
» bent point sur lui, on prétend qu'il n'a point
» eu assez d'application pour aller visiter les pos-
» tes, pour s'instruire des détails importans, pour
» consulter en particulier les meilleurs officiers,
» et pour connoitre le mérite de ehacim d'eux.
» Voilà, si je ne me trompe, la waie source de
» l'indisposition générale des militaires, qui re-
» viendroient, s'ils voy oient au printemps pro-
Il6 HtSTOtRE DE FÉNELOX^
3> chàin ce prince montant plus souvent à che-' » val, voulant tout voir et tout apprendre, ques- » tionnant les gens expérimentés, et décidant » avec vigueur. Mais il faudroit qu'au lieu de » M. de Vendôme, qui n'est capable que de le » déshonorer, et de hasarder la France, on lui i> donnât un hoinme sage et ferme , qui com- » mandât sous lui, qui méritât sa confiance, qui » le soulageât, qui l'instruisît , qui lui fît honneur » de tout ce qui réussiroit, qui ne rejetât jamais » sur lui aucun fâcheux événement, et qui réta- )) blit la réputation de nos armes. Cet homme -» oh est-il? ce seroit M. de Catinat (0, s'il se
(i) On voit dans toutes les letttes de Fénelon , combien il ai'moit et estimoit le maréchal de Catinat. Nous avons celle qu^il écrivit à Fabbé Fucelle, neveu du maréchal, à Foccasion de sa mort; elle peut être rapportée comme un titre honorable pour une mémoire déjà si honorée.
Cambrai, «4 mkn iyia.
«c Le mauvais état de ma santé à retardé, Monsieur, le cOmpli>- » ment que je vous dois sur la perte que vous avez faite de M. le » maréchal de Catinat. On ne peut aimer VEiat sans regretter » un homme qui Ta si dignement servi, ni honorer la vertu sans » respecter la mémoire d*un hortmie qtiiena donné tant d*exem- » pies. Sa retraite lui a fait grand honneur, mais elle ne sera M pas imitée. Sa mort me rappelle le souvenir de M. de Croi- » silles. C^étoit un précieux ami \ je ne puis penser à lui sans » m'attendrir et sans m^attrister : Tamitié coûte cher, car elle » cause de grandes douleurs. Pespère, Monsieur, que la mémoire
» pertoit bien. Mais ce n'est ni M. de Villars, ni
3» la plupart diss autres que nous connoissons..
}». M. de Berwicky qu'on louoit fort en Espagne^
». IX a pas été fort approuvé en Flandre ; je ne
u sais si la cabale de M. de Vendôme n'en a pas
9 été cause. Il faudroit de plus à notre prince
3> quelque homme en dignité auprès de lui^ plût
V à Dieu que vous y fussiez ; vous auriez pu lui
3» donner plus d'action pouc conteuter les troupes^
» Ce qui est certain , c'est qu'il demeurera dans utt
» triste avilisement aux yeux de toute la France
» et de tonte l'Europe , si on ne lui donne pas
» l'occasion et les secours pour se relever, et
9 pour soutenir nos affaires. Si M. de Vendôme
» revient tout s^ul avec un pouvoir absolu, il
» court risque de mettre la France bien bas ; il
9 Êiut savoir faire ou la guerre, ou la paix. Il
3» faut dans cette extrémité un grand courage ou
9 contre l'ennemi, pour l'abattre malgré ses pros-
» pérités, ou contre soi-même, pour s'exécuter
». sans mesure, avant qu'on tombe encore plus
» de M. de Croisflles, qui m^a aimé, tous engagera à me domier > qœlqae petite place dans TOtre oœnr j il j a long-temps que je » vous honore de font le mien arec tous les seniimens qui vous 9 sont dos. Personne n'est plus parfaitement que je le sais pour y tooiours, MoDsiear, votre Irés-humble et trés-obéissant ser^i^ «.tenr.
9 Fa., arch^. duc de Catfibrai. j».
Ïl8 HISTOIRE DE FÉNELOIT,
» bas y ou qu'on ne soit plus k portée de se V accorder des conditions supportables.
» Pour le jeune prince, s'il est mou , amu » foible en an-iyant à la Cour, il demei -» méprisé et hors d'état d'avoir sa revancl » faut qu'il parle avec respect et fermeté; » avoue les torts qu'il peut avoir; qu'il p » M. de Vendôme au naturel; qu'il mette * la campagne devatit les yeux du Roi; qu » mande à relever son honneur et celui d< ^ mes de Sa Majesté, en commandant Yi » prochaine avec un bon général sous lui. £ » presse pas avec une certaine vigueur, i » meurera dans le bourbier. II faut le fai j> arrivant, La réputation de ce jeune prin » sans doute plus importante à la France » ne s'imagine. Rien ne décrédite tant le I 1» l'Etat dans les pays étrangers, que de voi M petit-fils avili à la tête des armées, n'ayant » lui pour général qu'un homme qui ne s » prévoir, ni préparer, ni douter, ni consi » ni aller voir ; qui se laisse toujours surprei » qu'aucune expérience funeste ne corrige 3» se flatte en tout; qui est déconcerté au pn » mécompte; enfin, qui fait la guerre ce » M. le duc de Richelieu joue, c'est-à-dire ^ hasarde tout sans mesure dès qu'il est piqi
)> les ennemis au printemps entament notre fron-> » ttère dëjà à demi percée, rien lie les pourra » arrêter dans la Picardie. Vous connoïssez l'é-^ » puisement et riodispositioQ des peuples; Dieu » veuille qu'on y pense ; mais on ne pourra se ré^^ D soudre ni à changer de méthode pour la guerre,^ ^ ni à s'exécuter violemment pour la paix; et » Thiver, déjà fort avancé, finira avant- qu'on ait » pris de justes mesures. M. de Chamillart me » dit en passant ici, que tout étoit désespéré » pour soutenir la guerre, à moins qu'on ne » pût tenir les ennemis affamés dans cette fin i) de campagne, entre le canal de Bruges, TEs- » caut, et notre frontière d'Artois, Toutes ces » espérances sont évanouies; mais M. de Cha- » millart, qui me représentoit très - fortement » Timpuissance de soutenir la guerre, disoit d'un M autre côté qu'on ne pou voit point chercher » la paix aveci de honteuses conditions. Pour » moi je fus tenté de lui dire ; Ou faites mieux » la guerre , Ou ne la faites plus si vous conti- » nuez à la faire ainsi. Les conditions de la paix » seront encore plus honteuses dans un anqu'au'* » jourd'hui; vous ne pouvez que perdre à at- » tendre. Si le Roi venoit en personne sur la V frontière, il serpit cent fois plus embarrassé^ « que M. le duc de Bourgogne ; il verroit qu'o^
I2Q Q^STO^aB DE FÉNEicOlV,
» manque de tout^ et dans les places, en < 1» siège, et dans les troupes, faute dWg< Il verroit le découragement de Tarmée, le d D des officiers, le relâchement de la di^ci 31 le mépris du gouvernement, Tascendai )> ennemis, le soulèvement secret des p< 3» et Tirrésolution des généraux, dès qu'il V de hasarder quelque grand coup. Je ne s 1» les blâmer de ce qu'ils hésitent dans a » constances ; il n*y a aucune principale te » réunisse le total des affaires, ni qui os » prendre sur soi. Le branle donné du II, de M^ de Louvois est perdu ; l'argent et 9 gueur du commandement nous manqui 9 n^ a personne qui soit à portée de rétab » deux points essentiels ; quand même on le » roit, il fau droit trop de temps pour ren n tous ces ressorts. On ruine et on basa » France pour l'Espagne. Il ne s'agit pli » d'un point d'honneur qui se tourne en d< » neur dès qu'il est mal soutenu. Ni le î » Monseigneur, ne peuvent venir défen 9 France; M. le duc de Bourgogne, qui est » unique ressource, est malheureusement » dite, et je drains qu'on ne fasse rien de c » faut pour relever sa réputation.
» Voilà, mon bon duc, ce qui me pas
LIVRS SEPTIÈME. 121
» Fesprit. Je Q*ai point le temps d'en écrire au- » jourd*hui à M. le duc de Beauvilliers : mais je V vous supplie de lui communiquer cette lettre ; » elle sera y s'il vous plaît ^ commune entre vous » deux ».
Tel étoit l'état de$ choses, lorsque le duc de Bourgogne arriva à Versailles; il se conforma exactement aux avis de Fénelon, parla au Boi son grande père avec une noble et respectueuse fermeté y appela en témoignage de tous les détails de sa conduite à l'armée la véracité des généraux les plus distingués parleur mérite et leurs talens, et surtout l'opinion de Puységur en particulier. lie témoignage d'un homme tel que Puységur (0, étoit aussi puissant sur l'esprit de Louis XIY, qi^'imposant pour tout le corps militaire. On savoit qu'il étoit aussi incapable de sacrifier la vérité à des calculs d'intérêt ou d'ambition , que )uge éclairé dans la science de la guerre.
' Le duc de Bourgogne fut pleinement justifié dans l'esprit du Boi, des ministres , et de tous ceux qui n'apportoient aucun esprit de parti dans
{*) Jacqaes de Chastenet de Puységur, né à Paris en i655, maréchal de France en 1734» chevalier des ordres en 1739 , mort à Paria le i5 août 1743) âgé de 88 ans. (Voyez dans les mémoires de Saint-Simon, un beau portrait du maréchal de puységur.)
132 HISTOIRE DE FÉITELQIIy
une discussion délicate entre un prince , qui n donnoit encore que des espérances, et un gêné rai dé}à renommé. Mais on sait assez que Topiniot publique y toujours précipitée dans sesjugemens est toujours plus lente à revenir de ses préventions Le duc de Bourgogne eut encore à gémir pen^ dant plusieurs années sous le poids de Tinjustice et la calomnie. Il fit tout ce ijui dépendoit de lui pour reconquérir l'estime et la bienveillance générale par un dévoûment ardent et sans bornes ; il demanda au Roi , avec les plus vives instances, le commandement d'une armée pour la campagne suivante, et un général moins incompatible que le duc de Vendôme. Le Roi en prif rengagement, et lui destina le commandement de Tarmée sur le Rhin ; mais lorsqu'il fut ques-< tion au conseil de régler les* fonds, le contrôleur général Desmaréts déclara qu'il lui étoit absolument impossible de fournir atix dépenses inévitables qu'exigeroit la présence, du duc de Bourgogne à l'armée ; le jeune prince dit sur-le-champ au Roi son grand*père : « qu'à cela ne tienne ; » puisque l'argent manque, j'irai sans suite, je » vivrai en simple officier ; je mangerai, s'il le faut, » le pain du soldat, et personne ne se plaindra 3) de manquer du sïiperflu, lorsque j'aurai à peine » le nécessaire ».
LZVRE SEPTIÈ^IE. 123
M. de Beauvilliers, qui connoissoit Tame et le caractère de soti élève, prit la pafole : « Sire, » tout ce que M. le duc de Bourgogne a dit, il » le fera ». Mais Louis XIV, accoutumé depuis tant d'années à cette magnificence extérieure, dont il croyoit que la majesté du -sang des rois devoit toujours être environnée, ne put se résoudre à montrer son petit- fils. auit provinces et aux armées dans toute la simplicité d*un soldat.
Le ministre des finances étoit assurément ex- XXXII. ensable à cette époque de parler du défaut absolu '^^ de moyens et d'argent 5 c'étoit à la suite de l'iriver de 1709, dont la tradition a conservé un si long souvenir. Toutes les calamités de la nature venoient de frapper la France déjà accablée et épuisée par toutes les calamités de la guerre. La rigueur extrême du froid avoit détruit les germes de toutes les p;*oductions de la terre, et la disette avoit causé des séditions dans un grand nombre de villes et de provinces. La succession d'Espagne ^ apportée à la maison de France, n'avoit été pour la France et pour TEspagne qu'une longue succession de désastres et de malheurs. La plupart des places frontières étoient déjà ati pouvoir des ennemis, ou menacées de subir leur joug. La paix e'toit plus éloignée que jamais. Louis XIV exploit quarante ans de prospérités par l'iiumiliation d'à-
1^4 HISTOIRE DE FÉNELOir,
voir VU rejeter les conditions honteuses qu'il c froit lui-même de souscrire. La paix et le bonhe de-tant de .nations étoient sacrifiés à Tambiti^ du prince Eugène et à Favarice de Marlborou La stupide insolence des Hollandais se vengée des anciennes hauteurs de Louis XIV. Peu acco tumés à vaincre, ils croy oient avoir gagné lesb tailles d'Hoechstœdty de Ramillies, d'Oudenard et de Malplaquety parce qu'ils soldoient les a mées commandées par Eugène et Marlborou La bataille de Malplaquet (0 avoit cependa rendu le courage aux armées françaises; etving deux mille ennemis laissés sur le champ de b taille, avoient fait payer bien cher aux alli l'honneur de la victoire.
XXXIII. Ce fut au milieu de tant de désastres, que I Noble gêné- nelon, placé sur le principal théâtre de la gueri
rosité de Fé- , . ,
nelon envers D^oûtra ce beau caractère et ces grandes vert les officie» et qui ont autant honoré sa mémoire, que les pr ductions de son génie. Son palais et sa ville Cambrai devinrent l'asile des généraux, des ( ficiers et des soldats malades ou blessés C^). a » maison ouverte, et sa table de même, avoit Yi « de celle d'un gouverneur de Flandre, et t.oul » la fois d'un palais vraiment épiscopal, et to » jours beaucoup de gens de guerre distingués,
(0 Du 1 1 septembre 1709. — C*) Mémoires de Saint-Simou
yi beaucoup d'officiers particuliers sains, malades , » blessés, logés chez lui, défrayés et servis, comme )i s'il n'y en eût qu'un seul, et lui ordinairement M présent aux consultations des médecins et des . M chirurgiens ; il faisoit d ailleurs auprès des ma- » lades et des blessés les fonctions du pasteur le » plus charitable , et souvent il alloit exercer le ^> même ministère dans les maisons et les hôpitaux » où l'on avoit dispersé les soldats, et tout cela » sans oubli, sans petitesse, et toujours préve* » nant avec les^ mains ouvertes. Une libéralité »~bien entendue, une magnificence qui n'insultoit » point, et qui se versoit sur les officiers et les ^ soldats, qui embrassoit une vaste hospitalité^ » et qui pour la table, les meubles, eties équi- » pages, demeuroit dans les justes bornes de sa » place ; également officieux et modeste, secret » dans les assistances qui pouvoient- se cacher^ » et qui étoient sans nombre ; leste et délié sur » les autres jusqu'à devenir l'obligé de ceux à » qui il les donnoit, et à le persuader) jamais » empressé, jamais de complimens, mais d'une » politesse qui, en embrassant tout, étoit tou- » jours mesurée et proportionnée, en sorte qu'il » sembloit à chacun quelle n'étoit que pour lui, » avec cette précision dans laquelle il excelloit » singulièrement; aussi étoit -il adoré de tous.
» L*admiration et le dévoûment pour liù étoient
» dans le cœur de tous les habitans des Pays-Bas^
i> quels qu'ils fussent, et de toutes les domina-
» tions qui les'partageoient, dont il étoit rameur
» et la vénération >k *
Il $emble qu en peignant sous des couleurs si
douces et si sensibles le tabjeait de la vie de Fé-
nelon, M. de Saint-Simon ait voulu reposer son
imagination et sa plume trop souvent trempée
dans le fiel de la satire.