LIVRE SEPTlèltE. l4l
M vinces du royaume. Si on en perdoit uoe éh » Flandre , Tennemi pénétreroit jusqu'aux portes » de Paris; quelle ressource vous resteroit-il ? » Je Tignore , et Dieu veuille que quelqu'un le » sache !
» Si on peut faire couler Targent, neurrir les
» troupes, soulager les officiers, relever la dis- -,
)i cipline et la réputation perdues, réprimer Tau-
>i dace des ennemis par une guerre vigoureuse,
» il n'y a quà le faire au plus tôt; en ce cas, il se-
» roit honteux et horrible de rechercher la paix
M avec empressement; en ce cas, rren ne seroit
» plus mal-à-propos que d'avoir envoyé un mi-
» nistre jusqu'en Hollande pour tâcher de l'ob-
» tenir ; en ce cas, il n'y a qu'à bien payer, bien
» discipliner les troupes, et qu'à battre les en*
H nemiiSk Qu'on fasse donc au plus tôt un change-
v ment si nécessaire, et que ceux qui disent qu'on
» relâche trop pour la paix, viennent au plus tôt
» relever la guerre et les finances, sinon qu'ils se
» taisent, et qu'ils ne s'obstinent pas à vouloir
3» qu'on hasarde de perdre la France pour FEs-
» pagne. X
» On ne manquera pas de me répondre qu'il
» est facile de remarquer les inconvéniens de la ^
» guen-e, et que je devrois me borner à proposer
» des expédiens pour la soutenir et pour parve-
I^lja HISTOIRE DE FÉWELON,
1^ nir h iihé paix qjui soit honnête et convenable » pour le Roi.
» Je réponds qu^ilnes-agit plm que de comparer .iJ les propositions de paix faites' à M- àe Torcy^ » aveclesinconvéniensde la guerre. S'il se trouve » dans «ette exacte comparaison qu'on ne peut V se promeflre aucun snccèsi solide dansla guen-e, » et qu'on y basak^de la Finance, il n'y a plus à » délibérer. L'unique gloire que les Français ». peuvent souhaiter au Roi , est que dans celle » extrémité il tourne son courage contre lui- » même , et qu'il sacri&e tout généreusement » pour sauver le royaume que Dieu lui a confié. xl II n'est pas" même ed droit de le hasarder, car » il l'a i^u de Dieu, nop pour l'exposer à l'in- » vasiDnde$ eiihemis, comme une chose dont il .» peut faire tout ce qu'il lui plaît, mais pour le » gouvernisr en père « et pour le transmettre 3» codime un dépôt- précieux à sa postérité. »
Fénelon discute ensuite les différens articles de6 préliminaires dictés en Hollande à M. de Torcy. Il paroit pérsuladé que les ennemis n avoient jamais osé proposer sérieusement à Louis Xiydë détrôner lui-même son petit-fils, mais qu'ils n'avoient fait qtl'insinuer cette mesure pour obtecÂr des conditions capables de leur garantir la sincérité de l'engagement pris par le Roi d'à-
bàndoriner FÉspagiié à ses propres forces, ou plutôt à sa seule foiblesse. Il est; vrai que les alliés eux-mêmes/ honteux d'avoir seulement osé laisser entrevoir une idéé> aussi monstrueuse , qui outrageoit ia nature, et qui avoit excite une pro» fonde indignation dans le cœur de tous les Français, avoient ensuite affecté de la désavouer. Mais les mémoires de M. dé TÎ'orcy, faits pour inspirer une entière confiance par la candeur et la bonne foi qu'ils respirent, ne permettent pas de doiiter que les ennemis de la France n'eussent insisté sui^ cette condition avec la plus odieuse persévérance.
M. de Beauvilliers fit souvent valoir au conseil la force des considérations exposées dans ce mémoire, sans laisser soupçonner qu'elles lui étoient inspirées par Fénelon. Le É.oi et les ministres n étoient eux-mémd^ que trop convaincus de la nécessité d'acheter la paix à quelque prix qu^ Ce fut. Louis Xiy se détermina', malgré les hauteurs rebutantes de ses ennemis , à demander la reprise des négociations. Le congrès de Gertruydemberg s'ouvrit; et on eut tout lieu dé reconnoîtré qiife le prince Eugène et Marlboroug étoient trop intéressés à la continuation de la guerre, pour ne pas apporter les plus grands obstacles à U conclusion de la paix. ÏLes conditions, présentées à
ce congrès par les ministres des alliés ^ furent encore plus dures que celles qu'on avoît demandées un an auparavant à M. de Torcy -, les négo* dations furent entièrement rompues, et la France parut être arrivée à son dernier jour. C'est alors que toute espérance fut éteinte dans le cœur de tous les Français sincèrement attachés à l'honneur et au salut de leur patrie.
C'est^aussi à cette époque que nous devons placer quçlquçs fragmens d'une admirable lettre de Fénelon. «Elle peint sous les couleurs les plus sombres les profondes agitations de son ame, et les tourmenS d'une imagination frappée par la grandeur du péril , et qui recherche avec anxiété quelque moyen de salut.
Il falloit que Fénelon fût bien convaincu que tout étoit perdu^ et qu'on devoit tout risquer pour sauver quelques débri| d'un si grand naufrage, pour oser concevoir l'idée qu'il propose aux ducs de Beauvilliers et de Chevi'euse; il faut le dire, puisqu'on peut le dire aujourd'hui sans inconvénient, Fénelon ose déclarer que, parvenu jiu point où des maux extrêmes exigent (jes remèdes extrêmes, on doit renoncer avec courage aux formes accoutumées d'un gouvernemept qui ne peut plus se soutenir J ni se défendre; en un mot, il pense, et il prononce que le moment est
venu