LIVRE SEPTiàME. l^S
venu d'associer la nation elle-même à l'administration de l'Etat. i * /
Il est difficile de savoir si le remède n'eût pas XL. été au5si dangereux que le mal lui-même; une
o ^ ' propose une
triste expérience peut porter à penser qu'une as-- assemblée de . semblée de notables^ en 1710, auroit conduit tié- ^^^^ ^* cessairement à des états généraux^ comme on l'a vu en 1987. Les déplorables effets qui en ont résulté, doivent sans doute nous rendre un peu méfians sur l'idée et l'emploi de ces formes extraordinaires qui changent brusquement la marche accoutumée d'un gouvernement. Cepen*- .dant nous aurons bientôt occasion d'observer combien la différence des circonstances, des mœurs, et de l'esprit général de la nation, doit éloigner toute idée de comparaison et de rapprochement entre les temps et les hommes; Le cardinal de Richelieu avoit su, en 1606, faire l'usage le plus utile et le plus heureux d'une assemblée de notables y pour faire tomber cette multitude <le places fortes qui couvroient- l'intérieur de la France, et qui étoient bien moins des remparts contre l'ennemi , que des moyens d'attaque et de défense contre le souverain lui-même, entre les mains de quelques sujets puissans et audacieux. C'étoit en se couvrant du nom et du vœu de cette même assemblée de notables ^ que cet habile mi- Fénelow. Tom. IV. 10
1^6 HISTOIRE DB FËVIBLON)
nistre avoit dicté ces r^lemens sëvères, qui sou» mirent le régime militaire à un ordre et à une discipline inconnus en France jusqu^alors. Fénelon etoit sans doute fondé à croire que Louis XIV oocore tout-puissant , encore environné de tant de souvenirs de gloire > sauroit se montrer et agir avec autant d'autorité dans une assemblée de nth tables j que le cardinal de Richelieu à peine entre dans le ministère , et qui n^avoit pas encore révélé tous les secrets de son génie et de son caractère. G*est en général une règle peu s&re que celle de juger les hommes et les choses par les événemens^ Il est des temps où un seul homme commande aux ^vénemens^ et d'autres , où les hommes se laissent entraîner par les événemens. Il ne faut donc pas que , trop aigris par le sen^ timent de nos malheurs, nous condamnions Fé- ^ nelon avec trop de précipitation et de sévérité. Il est juste de Fentendre lui-même, et il est permis de croire que si Ton persiste à réprouver son opinion, on absoudra au moins ses intentions. Leure^ de " ^^ °® ixois point qu'ou doive se flatter do Fénelon au n lespéranoe de rétablir le crédit sur la rupture
^" » hautaine que les .ennemis ont faite de la névreusc, 4
août Ï710. » gociation (à Gertruydemberg). Cette rupture
(Blanuscr.) ^^ paroîtra injuste et odieuse à beaucoup de gens
» pour les deux premier^ mois.; mais quand on
LIVIIE SEPTIEME'. «47
» verra le Roi accabler les peuples , rechercher 9 les aisés, ne payer point ce qu'il doit, cooli- » nuçr ses dépenses superflues, hasarder la France » sans la consulter^ et ruiner le royaume pour » faire mal la guerre, le public recommencera » à crier plus haut que jamais. Il est impossible » que le Roi paie ses dettes, il est impossible que » les peuples paient le Roi, si les choses sbntaa V point d'extrémité qu'on nous représente; la » jB'raDce est comme une place assiégée ; le refus 9 d'une capitulation irrite le peuple et la garni- » çon^ on fait un nouvel efFoil pour quatre ou » cinq jours, après quoi le peuple et la garnison » afiâmés crient qu'il faut se rendre, et acceptent tt les plusbanteuses conditions* Tout est feit pri«- » sonnîer de guerre; ce sont les fourches caw' » dines.
» Je ne vois aucune solide ressource que celle 9 que vous ne ferez point entrer dans la tête du * Roi. Notre mal orient de ce que cette guerre n'a » été ]usqu'ici que rafTaire-dn Roi; il faudroit en » faire l'affaire véritable detput le corps de' la » nation ; elle ne Test que trop devenue; car la » paix étant rompue, le corps de la nation se voit . » dans un péril, prochain d'être subjugué; de ce » côté-là, vous avez un intérêt clair et sensible a « mettre devant les yeux de tous les Français;
l48 HISTOIRE DE FÉKELOlf,
» mais pour le faire il faut au moins leur parler^ » et les mettre au fait. Mais d'un autre côté la » persuasion est difficile ; car il s'agit de persuader » à toute la nation qu il faut prendre de l'argent )> partout où il en reste, et que chacun doit » s'exécuter rigoureusement, pour empêcher l'in- » vasion prochaine du royaume. Pour parvenir » à ce point, il faudroit que le Roi entrât en ma- » tière avec un certain nombre de notables des » diverses conditions et des divers pays; il fau- » droit prendre leurs conseils, et leur faire cher* n cher en détail les moyens les moins durs de » soutenir la oause commune. Il faudroit qu'il se » répandit dans tout<e notre nation une persua^ » sion intime et constante que c'est la nation enj> tière elle-même, qui soutient pour son propre » intérêt le poids de cette guerre; il faudroit que ») chacun crût que, supposé même qu'elle ait été «entreprise mal-à-propos, le Roi a fait dans a la suite pour la finir et pour débarrasser le » royaume, tout ce qui dépendoit de lui; mais » qu'on ne peut plus reculer, et qu'il ne s'agit » de rien moins que d'empêcher une totale în^ » vasion. En un mot, je voudrois qu'on laissât » aux hommes les plus sages et les plus considé- 3} râbles de la nation, à chercher les ressources » nécessaires pour sauver la nation même. Us ne
/.IVRB SEPTIÈME. l^Q
,9 sei'QÎent peut-être pas d* abord au fait; aussi se-
» roit-ce pour les y mettre que je voudrois les
» faire < entrer dans cet examen. Alors chacun
» diroit en soi-même : Il n'est plus question du
» passé; il s'agit de Favenir; c'est la nation qui
» doit se sauver elle-même; c'est à elle à trou-
» ver des fonds partout oh il y en a pour le salut
» commun. Il seroit même nécessaire que tout le
» monde sût à quoi l'on dcstineroit les fonds pré-
» parés, en sorte que chacun fût convaincu que
» rien n'en seroit employé aux dépenses de la
» Cour. T avoue qu'un tel changement pourroit
» émouvoir trop les esprits^ et les faire passer
» tout'à^coup d'une extrême dépendance à un
» dangereux*exces de liberté. C'est par la crainte
» de cet inconvénient j que je ne propose point
» d'assembler les états généraux^ quij sans cette
» raison j seroient trhs-nécessaires ^ et qu'il seroit
» capital de rétablir; mais comme la, trace en
» est presque perdue ^ et que le pas à faire est
» très 'glissant dans lar conjoncture présente , j'y
» craindrois de la confusion^ Je me komerois
9 donc d'abord à des notables que le Roi con-
» sulteroit l'un après Vautre. Je voudrois consul-
» ter les principaux évoques et seigneurs^ les plus
^ célèbres magistrats j les plus puissans et eocpéri-
y mefités marchands , les plus riches financiers.
l5o UISTOIRfi DS FÊNEL^Ny
» mémcj non ^seulement pour en tirer dés luminières^ mais encore pour les rendre respon- » sMes du gouvernement^ et pour faire sentir » au royaume entier que lés plus sages têtes qu'on »peut y trousser, ont part a ce qù on fait pour
» la cause publique
» Pendant que le despotisme est dans Tabon- » dance^ il agit avec pluft de promptitude et d'effi- » oacité qu'aucun gottremenient modéré; mais » quand il tombe dans l'épuisement sans crédit^ il )» tombe tout-%i-coup sans ressource ; il n agissoit » quer'par pure autorité; le ressort manque, il ne » peut plus qu'achever de faire mourir de faim » une populace à demi morte; encore même en » doit-il craindre le désespoir. Quand le despo- » tisme est notoirement obéré et banqueroutier, » comment voulez «vous que les âmes vénales, yi qu'il iA engraissées du sang du peuple, se ruinent » pour le soutenir? C'est vouloir que les hommes
M intéressés soient sans intérêt C'est le
» temps où il faudroit que M. le duc de Bour- 3» gogne dit au Roi et à Monseigneur, avec res- » pect, avec force, et peu à peu, d'une manière » insinuante, tout ce que d'autres n'oseront leur » dire; il faudroit qu'il le dit devant madame de » MainteDon;il faudroit qu'il mit dans sa con- » fidenoe madame la duchesse de Bourgogne ; it
LlVaB SEPTIÈME. l^f
» faudroit qui! protestât qu'il parle sans éjU^ » poussé par d'autres ; il faudroit qu'il ftt sentir » que tout périt si l'argent manque ; que l'argent 3» manquera si le crédit ne se relevé ^ et que le » crédit ne peut se relever que par un change- » ment de conduite^ qui mette tout le corps de la » nation dans la persuasion que c'est à elle à sou«^ » tenir la monarchie penchante a sa ruine, parce » que le Roi veut agir de» concert avec elle. Le » prince pourra être blâmé, critiqué, rejeté avec A indignation ; mais ses raisons seront évidentes^ »> elles prévaudront peu à peu, et il sauvera le » trône â,e ses pères. Il doit an Roi et à Monsei-* » gneur de leur déplaire, pour les empêcher de » se perdre. En même temps il pourra demander » a#ec les plus vives instances la permission d'aïw 1er à l'armée comme volontaire; c'esl le vrai X» moyen de relever sa réputation, et de lui atti-* » rer l'amour et le respect de tous les Français..... » Vous me direz que Dieu soutiendra la France, » mais je vous demande où en est la promesse ? » Avez-vQus quelque garant pour des miracles? » 11 vous en faut sans doute pour vous soutenîi- » comme en Tair. Les méritez-vous dans un temps M où votre ruine prochaine et totale ne peut vous M corriger; où vous êtes encore toujours prêt à » vous flatter? Dieu s'apaisera-t-il en vous voyant
l5a UISXOIEB DE FÉUTELON,
M humilié sans humilité , confondu par vos pro- » près fautes sans oser les avouer, et prêt à re- » commencer^ si vous pouviez respirer deux
» ans? J'espère sans doute que Dieu sauvera
» la France y parce que Dieu aura pitié de la » maison de saint Louis , et que, dans la conjonc- » ture présente y la France est un grand appui » de la catholicité. Mais après tout , ne nous fiât- » tons pas; Dieu n*a besoin de personne, il saura » bien soutenir son Église sans ce bras de chair. » D'ailleurs^ je vous avoue que je craindrois au- » tant pour nous Içs succès que les adversités. » Eh ! quel moyen y auroit-il de nous souffrir, >» si nous sortions de cette guerre sans humilia- » tion complète et finale. Qui est-ce qui pourroit » nous corriger, après avoir été incurables mal- » gré Tusage des violens remèdes? Nous paroî- » trions abandonnés de Dieu dans la voie de no- » tre propre cœur, si Dieu permettoit -que nous » résistassions à une si horrible tempête; nous ne » verrions plus alors que des torrens de louanges » du clergé même. Je puis me tromper, et je le » suppose sans peine; mais il me semble qu'il » nous faut ou un changement de coeur par grâce, » ou une humiliation qui ne laisse nulle ressource » flatteuse à notre orgueil.
» Vous me direz que le changement du cœur
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» ne venant point, il faudroit donc une chute 3» totale. Je vous réponds que Dieu connoit ce y> que f ignore y soit pour donner un cœur nou- M veau , soit pour accabler sans détruire ; il voit )>^dans les trésors de sa providence ce que ma » foible raison ne découvre pas. J^adore ce qu'il » fera sans le pénétrer; j'attends sa décision. Il » sait avec quelle tendresse j'aime ma patrie; » avec quelle reconnoissance et quel attachement » respectueux je donnerois ma Vie pour la per- » sonne du Roi ; avec quelle afiection je suis at- » taché à la maison royale, et surtout à M. le duc » de Bourgogne; mais je ne puis vous cacher mon » cœur; c'est par cette affection vive, tendre et » constante, que je souhaite que nos maux ex- » trémes nous préparent une vraie guérison, et » que cette violente crise ne soit pas sans fruit.
3» Vous jugez bien, mon bon duc, que cette » lettre est commune peur vous et pour M. de » Beauvilliers. J'espère même que vous insinuerez » douceinent à M. le duc de Bourgogne tout ce » que vous croirez utile, et incapable de le bles- » ser. Mais cette lettre ne doit pas, si je ne me » trompé, lui être montrée; il ne convient pas » de lui ouvrir jusqu'à ce point les yeux sur le M B.oi et sur le gouvernement; il suffit de lui M montrer ce qui est nécessaire pour le mettre
}54 BISTOIRE DE rÉ^Zl^OS,
» en ëtat de parler avec farce ; il faut c^ae Dteo » lui mettre peu à ^eu le reste dans le cœur ; il 9 faut que lé^ hommes laissent à Dieu à acbever » tes derniers traits^ et que la* grâce les adoucisse » par son onction. Pardonnez ^ mon bon duc^ » toutes mes imprudences; je tous les donne » pour ce qu'elles valent; si j'aimois moins la » France, le Roi, la maison royale, je ne par- » 1er ois pas ainsi; d'ailleurs, je sais à qui je )» parte ».
Jamais sans doute on n'a peint avec des traits plus énergiques, et déploré avec des accens plus, louchans les malheurs de sa patrie; mais le dirons«>bous7 c^est dans ce tableau si lugubre et si effrayant, que nous trouvons un nouveau sujet d'admirer Louis XIY. Quel devoit être ce Roi^ qui, au milieu de tant de désastres, et dans un moment où. toutes les pièces de sa monarchie sembloient tomber les unes sur les autres, et devenir la proie de tant d'ennemis conjurés contre lui ^ a su conserver ce caractère de grandeur et de fermeté, qui commandoit encore le respect à l'Europe, et une soumission sans borne à ses sujets? Quelle était la force ctu ressor|t qu'il avoit donné à l'autorité royale, pour avoir su, dans un tel état de choses, comprimer dans sa main toulcpuissante l'inqirîetude et la légèi-eté de sa nation^
et maintenir tous les ordres de son royaume dansles limites qu'il leur avoit prescrites? Ce fut sans doute ce qui sauva la France^ Car il eh impossible de, sonder la profondeur de Tabime où elle seroit tombée, si, dans une pareille crise, il se ^
fût trouvé des corps assez imprudens, et des su* jets assez pervers, pour électriser la multitude, et Tenflammer contre le gouvernement. La plus légère commotion intérieure aurpit suffi pour séparer toutes les parties de cette machine affaissée, et les livrer san^ défense aux armées étrangères. ♦
Le motif, ou plutôt le prétexte dé la rupture du congrès de Gertruydemberg , avoit été le juste refus de Louis XIV, de se charger Lui-même *de détrôner son petit-fils. Fénelon avoit applaudi , comme tous les Français, à ce refus magnanime, et partagé le désespoir généreux de leur Roi ré-^ ' soluà périr sous les ruines de la monarchie, plutôt que de souscrire à cette indigne abjection. Mais Fénelon pensoit que Philippe V étoit obligé, XLI. en conscience et en honneur, de prévenir un si . ®°t^"
' * croit que Phi-
cruel malheur, en abdiquant volontairement la lippe y doit couronne d'Espagne. Nous avons à ce sujet deux ^^'^q'*®^-. Mémoires très-curieux de Fénelon et du duc de Chevreuse.
Fénelon avoit établi dans son Mémoire tous les
l56 ' HISTOIRE DE FÉNELONy
motifs puises dans Tordre des lois de la nature, de la justice, de la politique et de la reconnoissance, qui défendoient à Philippe V de compromettre, pour son seul intérêt, par une opiniâtreté peu réfléchie et peut-être inutile, l'héritage de sa propre maison , de la couronne de son aïeul , de son père, de son frère aîné.
* Quelque plausibles que fussent ces considérations, elles n'avoient pas entièrement persuadé le duc de Chevreuse, qui leur opposa des considérations également puissantes dans un mémoire que nous avons sous les yeux.
Ce que nous admirons le plus dans cette correspondance intime entre deux honimes vertueux et éclairés, qui discutent une question d'un si grand intérêt, c'est l'esprit de religion, de justice et de vérité, qui dirige toutes leurs vues, toutes leurs pensées, tous leurs argumens. On observe l'espèce dç scrupule avec lequel ils pcttent toutes leurs raisons au poids du sanctuaire. Rien peut-être n'est plus honorable pour la religion, que de voir combien ses principes et ses maximes peuvent inr fluer utilement sur la politique, en rectifiant tout ce que les passions humaines y ajoutent si souvent d'injuste et d'immoral.
M. de Chevreuse prétendoit que Louis XIV ne pouvoit conseiller à son petit-fils, et encore moins
LIVRK SEPTIÈME. \^*]
exiger de lui, qu'A renonçât à la couronne d'Kspagne, parce que Philippe V avoit un droit légilimement acquis à cette monarchie.
Cest la nature et la légitimité de ce droit que Fénelon discute dans sa réponse (0 à M. de Chevreuse; et il pprte dans cette discussion une supé^ liorité de vues, de raisons et d'idées, une simplicité et une clarté'qui prouvent qu'il n^étoit pas moins familiarisé avec toutes les questions politiques qu'avec les controverses théologiques.
Tous les droits prétendus par la postérité de Louis XIV sur la couronne d'Espagne, étoient fondés sur la nullité de la renonciation de la reine Marie-Thérèse, épouse de Louis XIV.
Mais si Philippe IV n'avoit pu légitimement faire renoncer sa fille Marie-Thérèse, Philippe II n'avoit «pas eu davantage le droit de faire renoncer sa fille Catherine , mariée au duc de Savoie.
Or, si la renonciation de cette dernière étoit nulle , le duc de Savoie étoit en droit de réclamer en sa faveur la coutume de Brabant, bien plus légitimement que ne l'avoit fait Louis XIV, à la mort de Philippe IV. Catherine étoit fille d'un premier lit, an lieu que Philippe III, dont descendoient Philippe IV^ et Marie-Thérèse, n'étoit
C> ) Mémoires mannscrils d€ Fénelon sur la succession d^£a« pagne.
l58 HISTOIAË DE FÉNELONy |
que du secoud lit. Louis XlV^étoit donc oblige^ par une conséquence même des principes quMI avoit établis en 1667, à restituer le Brabant au duc die Savoie.
Fénelon fait eâçuâte sentir Tabsurdité de tous ces argumens de jurisconsules, qui prétendent appliquer à des traités solennels^ sur lesquels reposent le sort des peuples, la tranquillité des empires* et l'équilibre de l'Europe , des lois particulières, plus ou moins obscures , des coutumes locales y qui ont eu pour objet de régler les limites d'un champ ou d'un pré, ou des transactions privées entre des familles et des propriétaires.
La renonciation de Marie-Thérèse servoit de fondement au traité des Pyrénées y et assuroit la paix et la liberté de l'Europe entière.
Ce n'est point là une question du droit civil , mais du droit des gens^ qui est d*an ordre supérieur;
Ce n'e^ que par abus que les filles^ mariées dans les pays étrangers , succèdent aux droits de leurs pères.
Une nation n'appartient point en propre à une fille comme un pré ou une vigne. Une nation n'est point une dpt.
Lorsqu'un pareil abus est autorisé, il faut au
Xivas SEPTIÈMB. i59
tnoîmfadûucirel le rectifier, en le subordonnant aux intérêts de la nation , et surtout à Fintéi^ de l'Europe -entière, pour en conserver Téquilibre^ Le contrat de mariage de Marie-Thérèse n'étoit que Faccessoire. Le Iraité des Pyrénées étoit le principal.
L'esprit du traité des Pyrénées étoit certaine*ment d exclura la maison de France de la succès* sion d'Espagne.
On auroit beau dire qu'une renonciation est nulle, loi^sque la personne qui J'a faite n'obtient pas quelque dédommagement. La couronne de France étoit an assez beau dédommagement pour Marie-Thérèse.
On avoît été jusqu'à alléguer que la dot de Marie-Thérèse n'avoit pas été payée, ce qui devott annuler sa renonciation. Cette règle de jurisprudence, qui est très- juste pour des particuliers qui ne peuvent^tre dédommagés autrement des biens auxquels ils renoncent, est inappliquable à une princesse que sa renonciation seule fait reine de France,
D'ailleurs de pareilles stipulations de dots entre xies têtes couronnées, ne sont que de style, La France n^avoit pas plus payé les dots des filles de France, mariées en Espagne, que l'Espagne n'avoit payé celles des infantes mariées en France.
. i6o histoihe de fénelon,
Mais, 9U pîs aller, le débiteur n'étoit obligé «de payer qu'après la demande.
Mais que gagneroit-on à soutenir que Philippe IV n'avoit pas pu obliger sa fille Marie- The'rèse à une renonciation? Il s'ensuivroit seulement que Louis XIV n'a pas pu faire renoncer M. le Dauphin ni M. le duc dé Bourgogne à la succession d'Espagne, et que, par conséquent, toute la monarchie d'Espagne appartient à M. le Dauphin, et non pas à Philippe V.
Fénelon semble même élever quelques doutes sur la liberté d'esprit dont pouvoit jouir Charles II, lorsqu'il signa son testament, et sur quelque^ expressions de ce testamment, qui paroissent plus convenir au prince électoral de Bavière qu'à Philippe V. ^
Si les lois civiles donrioient à Charles II le droit de rappeler ses neveux, malgré la renonciation de leur mère, elles ne lui donnoient pas celui de préférer le cadet à l'aîné; ou si, malgré la loi civile, il a eu ce droit, pourquoi Philippe IV n'auroit-il pas eu celui d'exiger une renonciation de sa fille Marie-Thérèse ?
Il expose ensuite tous les dangers qui menace' roient la tranquillité de l'Europe, si la ligne directe de Philippe V, ou celle du duc de Bour gogne venoit à manquer.
Lei